La 278e Saint-Louis dévoilée fera honneur au Monde des Joutes, et son programme s'adaptera aux conditions sanitaires

"La Saint-Louis aura lieu mais dans un format qui pourra être réduit en fonction de la crise sanitaire. Aucun risque ne sera pris" a précisé François Commeinhes.
 
 
Tony Bosc signe l’affiche de la 278e Saint-Louis
 
 
Les invités d'honneur cette année sont les barreurs historiques de la Pointe Courte Louis Molle et André Lubrano.
 
 
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278e Saint-Louis, du 20 au 25 août 2020


Du 20 au 25 août 2020, Sète va célébrer son identité singulière au travers de la Saint Louis. Cette fête patronale
et multiséculaire rend hommage au patrimoine maritime, aux traditions et aux joutes qui font la richesse de l’île
singulière et lui donnent un supplément d’âme.


Pour illustrer cet esprit sétois, ce sont deux barreurs de légende, André Lubrano et Louis Molle, qui sont les invités
d’honneur de cette 278e édition. La réalisation de l’affiche a été confiée au jeune artiste sétois Tony Bosc.

 

Chaque année, la Ville confie la réalisation de l’affiche de la Saint-Louis à un artiste. Cette année, c’est à Tony Bosc qu’elle a demandé
d’illustrer la 278e édition de cette fête séculaire qui célèbre le saint patron de Sète.

Tony Bosc travaille dans le bâtiment. Mais depuis toujours, il a une passion : le graff. “Quand j’étais gamin ma grand-mère me faisait dessiner. Je reproduisais des personnages de dessins animés. A l’adolescence, je me suis mis au graffiti «en mode vandale». C’était au début. Depuis j’ai évolué. Je le dois à un ami qui m’a offert il y a plus de 10 ans une toile et des Poscas. Et j’ai commencé. C’était ce qu’on appelle du flop, une sorte d’écriture arrondie. J’ai publié mes graffs sur facebook, et le 1er à me demander un mur, c’était le patron du restaurant Hippy Market. L’oeuvre y est toujours”.

Après… Après Tony Bosc s’est fait remarquer par le plasticien Maxime Lhermet, qui lui a demandé de travailler avec lui à la réalisation de sa prochaine exposition pour la galerie AD de Montpellier. “J’y suis resté 6 mois, puis j’ai décidé de voler de mes propres ailes”.

Une exposition à Baillargues avec Dépose, un séjour à Paris de 8 mois où il produit d’arrache-pied ce qui lui servira à monter une exposition personnelle de retour à Sète, une participation au Demi-festival avec Jos, et dernièrement à l’automne 2019, une collaboration avec l’association Sète-Los Angeles qui a accouché d’une fresque collective en hommage à Agnès Varda à la Pointe Courte, puis une participation à la foire d’art contemporain de Montpellier entouré du gotha des artistes sétois… Tony Bosc a fait du chemin et a trouvé sa voix. Pour ce Pointu de 32 ans, se voir confier par la ville de Sète l’affiche de la Saint-Louis, c’est une vraie reconnaissance. “J’ai choisi de représenter un départ de défilé de joutes, dans les bleu/blanc/rouge. Ce sont les couleurs des joutes. Et ce qui m’a fait le plus plaisir, c’est que les jouteurs ont apprécié mon travail. Je fais partie de la famille Molle. Pour elle, les joutes, c’est une véritable religion.

J’ai moi-même fait partie de la Lance Amicale Sétoise pendant 10 ans. On était une super équipe, Simon Caselli, Camille Faravoni, Maxime Molto... et tous les autres, c’était eux mes amis. Chaque année, on était devant le jury le lundi, dans le bateau. On partait en déplacement avec les anciens, toute la bande des ‘Coquines’, comme ils s’étaient baptisés : Vincent Stento, Guy Molle, les frères Rojas… C’était pas triste. Moi, je n’avais pas un bon niveau. Je n’ai jamais dépassé les 65 kg à cette époque. Les autres étaient plus costauds. Et j’en avais marre de prendre des bains. J’ai arrêté après un 3e prix en mi-moyen au tournoi de la LAS. Un 3e prix qui m’a valu le surnom de ‘’le joker’’ tant j’ai créé la surprise ! J’avais déjà commencé à dessiner et je me suis entièrement consacré à mon art. Et puis, si je ne suis pas bon sur une tintaine, j’ai tout de même fini par gagner ma Saint-Louis autrement, avec la réalisation de cette affiche”.

André Lubrano et Louis Molle invités d’honneur de la 278e édition des fêtes de la Saint-Louis

 

Cette année, la Saint-Louis est résolument séto-sétoise. C’est l’occasion pour la Ville de rendre hommage à deux barreurs légendaires dans le milieu des joutes nautiques languedociennes : André Lubrano, et Louis Molle.

 

Un hommage malheureusement posthume pour le second, disparu en 2018, que sa grande famille est invitée à partager en son nom. A bord d’une barque de joutes, le patron c’est le barreur. Il est les yeux des rameurs. Attentif aux signes du jouteur, il dirige la barque, donne la cadence et opère de délicates manoeuvres à l’approche de l’adversaire. C’est lui qui permet à son champion de se positionner dans les meilleures conditions pour l’affrontement. Un savoir-faire que Dédé Lubrano et Loulou Molle avaient en commun.

 

“Mais attention” tient à préciser André Lubrano. “Il ne peut pas y avoir de bon barreur s’il n’y a pas de bons rameurs”. Puis il raconte... “Loulou et moi, nous avions un an d’écart. Nous sommes nés tous les deux à la Pointe Courte, moi en 1946 et lui, en 47. On est tous les deux fils de pêcheur. J’ai commencé à pêcher sur l’étang à l’âge de 13 ans, comme avant moi, mon père et mon grand-père. Comme Loulou et comme tous les jeunes de la Pointe, nos parents joutaient ensemble. Mon père, Albert, a gagné le grand prix de la Saint-Louis en 1951. Joseph, mon oncle, a été un barreur de légende. Il y en eu d’autres à la Pointe : Hector Marquez, Jules et Daniel Jouet. Et au Quartier Haut, Antoine Rinaldi et Bouchon. Loulou et moi, nous avons grandi dans cette ambiance et nous avons passé toute notre jeunesse ensemble. Il n’y avait pas d’école de joutes à cette époque-là. Nous avons appris à jouter très jeunes sur des charriots en bois et sur des planchers qu’on fabriquait sur nos barques pour s’entraîner. Puis nous avons fait partie du Pavois d’Or, la plus vieille société de joutes de Sète. C’était comme un frère pour moi. Il a commencé à barrer la barque bleue longtemps avant moi’. C’est lui qui m’a appris. J’ai barré la barque rouge pendant 22 ans. Et nous avons quitté la barre ensemble, en 2012”.

 

Louis Molle : un homme de passion

lubra2CaptureLouis Molle a pris la barre à la Lance Sportive en 1969. “Pour la Saint-Louis, il barrait le dimanche et joutait le lundi” explique Guy, son frère, vainqueur de la Saint-Louis en 1971.Il a été à deux doigts de décrocher le grand-prix en 1965. Il avait 18 ans, il venait de remporter le tournoi des moyens et s’est retrouvé en finale du lundi contre André Marty le Frontignanais. Au bout de 5 passes, et au lieu d’accorder 2 passes supplémentaires, le jury a donné la victoire à Marty. Mais devant la bronca des supporters de Loulou, ils sont revenus sur leur décision. Et Marty l’a emporté loyalement”. Mais Loulou n’était pas l’homme d’une seule passion. “Il pratiquait aussi le jeu Lyonnais” raconte Jocelyne, l’aînée de ses 3 filles. “Sa quadrette, c’était ses copains, Roger Taillan, Gérard Pourquier, Richard D’Acunto et Claude Verdier. C’est avec cette équipe qu’à deux reprises, il a participé au championnat de France à Aix les Bains. Ils ont perdu en 2002 en demi-finale et en 2004 en 16ème de finale. Ils ont été une fois champion régional à Narbonne, et ils ont aussi décroché des titres départementaux, en quadrette et en doublette.

C’est pour ça qu’en avril 2019, un peu moins d’un an après son décès, la ville de Sète a donné son nom au boulodrome du quai des Moulins. C’était un très bel hommage et il en aurait été très fier”.

La plus grande passion de Loulou ne lui a rapporté ni trophée, ni médaille : c’est pour sa famille qu’il la réservait. Une famille au sens large : sa femme, ses trois filles, ses petits-enfants, la famille de son frère Guy, et tous les alliés, cousins et descendants. Une véritable tribu ancrée à la Pointe Courte depuis des générations et qui partage le sens de la convivialité et de l’amitié. Passion aussi pour les amis, les copains, les voisins pour qui il se dépensait sans compter au sein du comité des fêtes de la Pointe, allant même jusqu’à confectionner un arbre de Noël baroque la période venue.

La vie de Loulou, c’était une vie de joie, de partage, de franche rigolade avec pour seule récompense celle qui surpasse toutes les autres : l’amour inconditionnel des siens.

 

André Lubrano : les années de gloire à L’AS Béziers A partir de 17 ans, “Dédé” s’éloigne des joutes (mais jamais trop loin). Et pour cause : il vient d’entrer au poste de talonneur dans la grande équipe de rugby à XV de l’AS Béziers qui dominera le championnat de France de 1971 à 1975, et ne veut pas risquer une blessure.

LUBRACapture"C’est le début d’une très grande carrière sportive au niveau national et international. Il est champion de France avec son club deux années d’affilée (1971 et 1972). Sélectionné deux fois en équipe de France, la première en 1972, puis une autre fois en 1973, il disputera son premier test match contre l’équipe d’Australie, et le second contre l’équipe d’Écosse. La même année, il est co-vainqueur du Tournoi des Cinq Nations. Il s’arrête sur blessure en 1976. Un retour étincelant sur la tintaine Revenu à ses premières amours, André Lubrano reprend le pavois et la lance. Et en 1978, il remporte le grand prix de la Saint-Louis. Cette victoire a une saveur particulière. Car le nom d’André Lubrano rejoint sur le socle du bouclier la longue liste de ceux qui ont mérité, où figure déjà le nom de son père. C’est la première fois que le fils d’un vainqueur remporte le tournoi des lourds. Il ne sera pas le dernier. Depuis, les Baesa, les Montel, les Aprile, les Caselli... et d’autres encore ont eu le même bonheur. Ensuite commence une période noire pour les joutes sétoises.

Pendant les 9 ans qui suivent, le plus prestigieux des trophées, celui du lundi de la Saint-Louis, échappe aux locaux et finit sous domination “étrangère”.

Il faudra attendre 1987 pour qu’André Lubrano, l’enfant de la Pointe Courte, le dernier à l’avoir soulevé 9 ans auparavant, ramène le précieux graal en terre de Sète. “Ce jour-là, c’est la barque bleue et c’est Loulou qui barre. Dès qu’il voit que j’ai gagné, il lâche la barre et la passe à Jacques Noguet, et il monte me rejoindre sur la tintaine pour le tour d’honneur” raconte André Lubrano. Ce jour-là, c’est aussi la dernière fois que le pavois du grand prix de la Saint-Louis sera remis en salle des mariages. “Ça sautait de joie de partout. C’était la folie. Il y avait tellement de monde qu’on a eu peur pour le plancher. Les années suivantes, la cérémonie a eu lieu à la salle Brassens, et finalement place de la mairie”. Cette prouesse accomplie à 41 ans et après une longue absence sur la tintaine, réaffirme la vitalité de la tradition sétoise, les valeurs de courage et d’engagement qu’elle porte, et ravive le souvenir des anciens vainqueurs sétois solidement enraciné dans le coeur de leurs descendants. Aujourd’hui retraité, et Conseiller Régional depuis 20 ans, délégué à la pêche et à l’aquaculture, André Lubrano continue d’assumer sa mission ; une mission qui ne l’éloigne jamais trop des bords de la mer et de l’étang. Le Pharaon de Sète et Pachi Beaucoup de grands jouteurs se sont vus attribuer des pseudonymes à la mesure de leur talent : Barthélémy Aubenque dit “Le Terrible”, Louis Vaillé, dit “Le Mouton”, et plus près de nous, Vincent Stento dit “Le Magnifique”, Jacques Noguet dit “Le King”, Sébastien Abellan dit “Papillon de nuit”...

André Lubrano lui, c’est “Le Pharaon”. Ce surnom, il le doit à Guy Roger, un journaliste de l’Equipe :

“A l’époque, l’Equipe publiait des reportages sur un champion sportif qui pratiquait en parallèle un sport traditionnel. Guy Roger est venu me voir. Quand l’article est sorti, il parlait en conclusion des Pharaons de Sète. Et le surnom m’est resté”. Quant à Louis Molle, il n’a pas échappé à la tradition. “On l’appelait ‘Le Pachiderme’, et plus familièrement ‘Pach’. C’était à cause de sa forte corpulence. C’était un bon vivant !” explique Ginette Molle, son épouse.molleIMG_20200731_114026

Les temps forts de la Saint-Louis 2020 (susceptibles de modifications en fonction de l’évolution de la crise sanitaire) Les joutes en fil rouge Pas un Sétois ou visiteur ne reste insensible aux tournois de joutes au moment de la saison estivale. En particulier lors de la Saint- Louis. Les chevaliers ont déjà repris le chemin de la tintaine et la 278e édition verra s’affronter les lourds lors du Grand Prix qui se tiendra le lundi 24 août sur le Cadre Royal

. Avec à la clé, l’honneur de toute une ville et le nom du vainqueur inscrit à tout jamais dans l’histoire de la Saint-Louis.

Des spectacles en déambulation Au-delà des tournois de joutes, la Saint-Louis est aussi l’occasion d’assister à des spectacles qui ponctuent ces quelques jours de fête.

Quoi de mieux que le Cadre Royal pour offrir au public le premier des temps forts de cette 278e édition ?

Ce sera le vendredi 21 août à partir de 21 h avec un concert sur barge d’Amaury Vassili, le ténor français, souvent considéré comme le plus jeune au monde. Il interprétera son album intitulé Chansons populaires, un répertoire de variétés françaises et de pop lyrique. Ce concert sur l’eau sera suivi par un plateau de DJ sétois qui animera la deuxième partie de soirée. Avec Guy Lamour, Jean-Marc C, SebSax et DJ 2Fik aux platines pour vous faire profiter des bonnes vibrations que l’on retrouve habituellement sur le parvis des Halles.

Le samedi 22 août, c’est un incontournable de la Saint-Louis qui vous attend : la déambulation musicale en coeur de ville. Elle prendra la forme d’une battle qui sera menée par plusieurs fanfares de 20h30 à 22h30. Les “Tarafs Goulamas” pour la musique tzigane des Balkans, le “Tryphon Brass Trio” pour la partie instruments à vent, “Calle Caribe”, un orchestre de rue reprenant des musiques des Caraïbes, ou encore “Franflures Brass Band”, une formation toulousaine qui vous fera vibrer avec un répertoire mélangeant jazz, funk ou encore hip-hop.

Enfin, le spectacle à ne pas manquer se tiendra le dimanche 23 août à 21h en centre-ville. Une déambulation intitulée “Revue de rue” proposée par la compagnie Remue Ménage.

Née de l’union de différentes disciplines dont l’art plastique, la danse, le théâtre, le cirque, la musique et même les structures en mouvement, Remue Ménage présentera une nouvelle création pétillante, sensuelle et pleine de vie inspirée des cabarets indémodables à la française. Les spectateurs auront devant eux “une tour piano”, des comédiens acrobates, des danseuses, échassiers, marionnettes géantes et lumineuses.