Les Pierres du Conservatoire Manitas de Plata

 Le 15 septembre 2017, l'architecte Rudy Ricciotti accompagné de Pierre Di Tucci, architecte partenaire du projet, était venu sur le site du chantier du Conservatoire à Rayonnement Intercommunal pour faire le point sur l'avancée des travaux. Une visite de chantier en présence du maire de Sète, François Commeinhes,  au cours de laquelle le nom du futur CRI avait été dévoilé : Manitas de Plata.

Fidèle à son personnage un rien provocateur, Rudy Ricciotti avait redéfini sa démarche : valoriser ce riche patrimoine en respectant son histoire. « La culture a davantage de responsabilités que de devoirs » a-t-il déclaré.servaP1140254

Après une période d'arrêt, en raison de problèmes au niveau du gros oeuvre, les travaux ont repris leur rythme de croisière depuis juin 2018 sachant que les défauts ont été corrigés. L’ouverture est prévue pour septembre 2019.

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Il faut savoir que derrière la façade visible depuis la route de Montpellier et qui représente le profil du futur pôle culturel, le chantier avance bien depuis quelques mois. La déconstruction des anciens bâtiments et le confortement des sols sont aujourd'hui achevés. Actuellement, après la pose des réseaux d'eau potable et d'eaux usées, d'électricité et de ventilation, certains travaux ont débuté même dans certaines salles, alors que pour d'autres les toitures ne sont pas réalisées.

Mais lors de la venue de  Rudy Ricciotti un module grandeur nature du brise-soleil en lames de pierre qui constituera la façade arrière du Conservatoire avait retenu l'attention des visiteurs.

En effet pour réaliser cette façade de 75m de long sur 9,50m de haut, il faudra pas moins de 4km de lames de pierre, une pierre froide dans les tons noirs, choisie pour sa solidité et taillée à la main, qui viendra se positionner sur un sous-bassement en pierre calcaire de la Gardiole. Le tout sera enchâssé dans une structure en métal et en béton, reproduisant à l'identique les chaînages verticaux d'origine, prévus entre les 5 corps de bâtiments. Une véritable innovation qui a permis de mettre le savoir-faire des tailleurs de pierre au service d'une conception moderne.

 Car un des soucis de l'architecte est le retour à l'origine par exemple pour pour l'entrée principale prévue par la porte monumentale des anciens chais Dubonnet avec toitures à pignon conservées et avec des marquises en bois; parois de l'auditorium et des salles de classe traitées avec du staff déstructuré pour une meilleure acoustique ; revêtements de sol en carreaux de ciment pour reprendre l'esprit des années 30 ; mobilier contemporain traité anti réverbération pour amortir le bruit...

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Ce jeudi 20 septembre, rencontre sur le chantier avec Gérard Gascon de "Pierres et traditions" de Poussan et Frédéric Veyrat, chef de chantier principal, Tailleur de pierre, pour l'entreprise PY. Ces deux structures s'occupent des "Pierres" du futur conservatoire.

L'entreprise Py basée à Perpignan est une filiale de Fondeville qui a obtenu le marché auprès de SAM. Elle est spécialisée dans les Monuments historiques et les pierres de taille tandis que Pierres et traditions est un sous-traitant de Py pour ce chantier.

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Si "Py" s'occupe des encadrements, des piliers en pierre et des appuis de fenêtre, Pierre et traditions réalise les soubassements et les lames des brise-soleils.

Les soubassements sont en calcaire jurassique et les brise-soleils en calcaire des Pyrénées (noir).

Le travail a débuté aux ateliers poussannais il y a 4 mois. En moyenne 4 hommes travaillent sur  les brise-soleils qui représenteront presque 500 tonnes de pierre avec les soubassements..

3000 éléments au minimum de 1m20.  Ceux-ci seront posées sur des épis (structures) métalliques eux-mêmes fixés à la structure en béton et capables de supporter les 35 T de chacune des travées. Il y a 11 travées au total. La pierre est travaillée avec la face vue éclatée, les lames étant aussi de différents épaisseurs. Il faudra compter 4 mois pour la pose avec une manutention très délicate. "L'on travaille au mm sur de gros volumes,  avec des réglages à effectuer pour chaque lame."

Et pour l'entreprise Py, les travaux ont débuté il y a une dizaine de mois avec 4 à 5 hommes sur le chantier. Cela concerne du calcaire sédimentaire coquillé similaire à la pierre d'origine des anciens bâtiments Dubonnet dont il reste des traces. Les blocs sont taillés en ateliers à Perpignan et pour les pièces les plus complexes à la carrière afin de réaliser des copies de fenêtres du XIXème siècle : 25 ouvertures monumentales, 20 piliers d'une dizaine de mètres, monolithes.

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Donc 120 m3 de matière avec un autre défi celui d'associer le béton, le métal et la pierre.

Et pour les deux entreprises une pose millimétrique malgré des dimensions hors normes. Si parallèlement à l'intérieur les travaux se poursuivent, une fois les fenêtres et piliers finis il restera l'habillage : "Un projet moderne qui respecte l'âme du site en cohérence avec ce qui existait. En partie une copie du XIXème et donc pour tous les tailleurs de pierre un challenge bien valorisant" Précisent Frédéric et Gérard.

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