Je me souviens à Bouzigues

La débâcle allemande de 1944 à Bouzigues

A proximité du petit port de pêche de Bouzigues, celui que l'on nomme toujours le port vieux, au-dessus du Musée, il y avait un magasin où l'on fabriquait jadis l'acétylène destiné à l'éclairage public.

Au moment de l'occupation allemande il fut réquisitionné et transformé en dépôt de munitions.

Le dimanche 20 août 1944 , entre 19h00 et 20h00, une fulgurante explosion, un immense souffle et beaucoup de poussière. En quelques secondes, le village disparaissait sous un épais voile de poussière et de fumée. L'occupant venait, en se repliant, de faire sauter le dépôt de munitions.

Jean Brel va nous raconter ce qu'il a vu ce dimanche là, le 20 août 1944.
Il avait alors à l'époque 10 ans, il a aujourd'hui 81 ans.



"C'était un dimanche et la débâcle des troupes allemandes battait son plein … Sur les routes, les allemands se faisaient mitrailler par l'aviation alliée. Passant près de Bouzigues, ils se dirigèrent vers le village et pour effrayer la population ils se mirent à tirer des rafales de mitraillettes en l'air et sur les façades ».

Comme chaque dimanche les parents de Jean Brel mangeaient chez le grand-père un peu plus loin dans le village. Sa grand-mère avait préparé un civet de lapin, que nous retrouverons au fil de l'histoire … Son grand-père un fin gourmet languissait de déguster ce lapin, il était environ 20h00 ce dimanche là.

Entendant des rafales d'armes automatiques, le grand-père se dirigea vers la fenêtre et tira les volets sans les fermer complètement tout en laissant une fente pour voir ce qui passait dans la rue... En petit curieux que j'étais, je regardais aussi caché derrière les volets. Deux hommes de Bouzigues arrivèrent dans la rue. L'un d'eux avait une poussette sur laquelle il trimballait une bombonne. Les deux hommes ont marqué un temps d'arrêt et deux soldats allemands se sont alors approchés d'eux et leur ont « demandé » (vous savez comment se comportent les armées d'occupation ….) de les suivre. Ils étaient devenus des otages. La rue devint déserte et je ne vis plus rien.
Sur les conseils de son grand-père il se dirigea vers une chambre située à l'opposée de la rue. Le civet trônait toujours au centre de la table...
 Quelques minutes après mon arrivée dans la chambre, il y eu une énorme explosion, une épaisse fumée a envahi toutes les pièces de la maison. Après quelques longues minutes nous nous sommes dirigés vers la cuisine. Le souffle de l'explosion avait fait voler en éclats toutes les fenêtres et naturellement le lapin en était couvert. Il fallut se résoudre à le jeter au grand désespoir de mon grand-père».

Jean et son père se dirigèrent ensuite vers l'entrée de la maison pour constater les dégâts occasionnés par cette explosion. La rue était jonchée de débris de tuiles et il y avait encore un soldat allemand qui « traînait ». Ce soldat ne du son salut qu'à l'intervention d'un voisin car le père de notre témoin, aidé d'un autre voisin, était prêt à le noyer dans le port...
Mon papa, ma maman et moi nous sommes allés voir notre maison qui était en face du dépôt de munitions . A leur arrivée ils ne purent que constater que leur maison avait été complètement détruite, il n'en restait qu'un gros tas de pierres. J'ai alors vu couler de grosses larmes dans les yeux de mon père.
Concernant les deux otages , on appris plus tard que ces deux hommes avaient été « enfermés » dans une des pièces du dépôt de munitions. Par bonheur, le soldat de faction oublia de fermer la porte à clé et tous deux en profitèrent pour s'enfuir, juste avant l'explosion.

Un mort, quelques blessés, deux otages qui ne durent leur salut qu'à la fuite, un quartier sinistré, toutes les barques d'étang détruites, le sol jonché de bombes à ailettes, de grenades à manche, de détonateurs, de gravats, tel fut le sinistre bilan de l'explosion. L'armée allemande poursuivit sa route et toute la famille de Jean Brel fut saine et sauve …

Jean Brel – Bouzigues 2015
propos recueillis par Jean-Marc Roger

Bouzigues d'antan
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Le vieux port et les Etablissements Ricard, mareyeur