A bord du "Ville de Mèze"

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En février 1914, Valery Larbaud fit, depuis Cette, de fréquents voyages à Mèze. Et ceci, en bateau, par l'Etang de Thau. Le romancier nomade, dans son Journal, a noté de façon précise les circonstances de ses traversées et nous donne des indications sur les passagers qui, de Cette, gagnaient ce port de l'étang.

 

Ni Mèze, ni Cette d'ailleurs n'étaient les villes préférées de Larbaud en Languedoc. En 1914, il note que la ville selon son cœur en Septimanie est Montpellier et que, lors de son précédent séjour (1907), il fuyait Cette après s'y être promené deux heures. Mais celui qui se campait parfois comme le type du "riche amateur" était écrivain. Et, en février 1914, il revint à Cette et à Mèze pour rafraîchir ses souvenirs et chercher les décors pour un roman. "Sans la préoccupation du livre", il "n'aurait jamais pensé à revoir Mèze".

Pour aller de Cette à Mèze, en 1914, la voie la plus directe et la plus sûre est le bateau. Souvent il s'embarquera, quai de la Bordigue, sur le Ville de Mèze. C'était une des trois unités de la Société Maritime de Mèze, dont faisaient aussi partie le Nouveau courrier et l'Ancien courrier. Ce dernier, navire ancien que Larbaud verra en radoub à Mèze. Le Ville de Mèze doit être également âgé en 1914. V. Larbaud le trouve "déteint, comme je ne l'avais jamais vu". Le "riche amateur" ne parle guère de ses dimensions. Il ne note que "l'on se sent trop grand pour le bateau" qui, d'après les photos d'époque, devait mesurer une quinzaine de mètres de long. On part de Cette à 11 heures et quart, on est à midi à Mèze.

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 Parfois, même en février, le voyageur écrivain est "sur le pont sans pardessus". On arrive à Mèze "avec un léger remous à l'entrée du port de Mèze". Une autre fois, des averses de grêle crépitent sur le pont et, dans la cabine, l'écrivain observe les passagers. Comme le 20 février où de grosses vagues aspergent le pont et où Larbaud écoute "trois belles vieilles femmes" qui s'appellent "ma mie" et parlent parfois en français, parfois en "dialecte".

Ces dames très dignes, en coiffe, parlent de …divorce. Le 9 février, c'est une jeune femme qui parle "confidentiellement en dialecte" à une "vieille paysanne au visage immobile" et qui comprend aussi le français. Car c'est en français que la plus jeune évoque une vie difficile. Avant de se fixer rue Lazare Carnot à Cette, elle "habitait Frontignan et ramassait son bois de chauffage dans la garrigue".

A Cette, le charbon coûte 8 sous. Sa mère est malade et elle a un enfant de trois mois. Autre voyage, autre rencontre : avec trois "mousses du Gabès".

Adolescents de 14 à 16 ans, "très poseurs, comme des jeunes filles". L'un d'eux répète sans cesse "la Russie, la Russie !" Larbaud suppose qu'il a dû voir quelques ports de la Crimée. L'Etang lui rappelait-il la Mer Noire ?

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 Ni Larbaud, ni nous ne le saurons. Et si nous savons qu'une bourgeoise endimanchée a fait des visites à Mèze (!), nous ne saurons pas plus ce que faisaient là 4 Catalans rentrant à Cette à 5 heures.

Comme sur l'océan, ce sont les rencontres insolites que l'on fait sur les navires de la Compagnie Maritime.

 

Hervé Le Blanche

Brocante - les conseils d'un pro

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LA PASSION DE LA DÉCOUVERTE

Pourquoi ce titre : la passion de la découverte ? Parce que la découverte est une passion tout comme la chine, tout comme la collection. Parce que chiner c'est conjuguer le passé au présent, ressusciter un objet endormi, répondre à la question du poète : objets inanimés vous avez bien une âme. Parce que chiner, c'est agir de manière écologique.

LES CHINEURS : UNE GRANDE FAMILLE

Amateurs ou professionnels, chineurs ou collectionneurs, tous ont un point commun, la passion. Chaque semaine vous irez avec eux chiner dans les foires et les marchés aux puces, dans les brocantes et les salons, les braderies et les vide-greniers, dans toute la France et même au-delà. Et bientôt, sans vous connaître, vous vous reconnaîtrez comme faisant partie de la même famille.

LA CHINE : UNE ÉCOLE DE PATIENCE

Chiner ce n'est pas aller en famille dans un magasin, pour y acheter un secrétaire de 1,12 m de large, afin qu'il trouve exactement sa place entre la cheminée et la fenêtre du salon.
Ce n'est pas aller chercher dans le vide-greniers qui se tiendra le samedi suivant, au coin de la rue, la série complète des boîtes Banania pour égayer une étagère de la cuisine ; même si vous avez lu la veille, dans un magazine de décoration, gue les objets publicitaires sont à la mode.
Dans les deux cas, vous risqueriez de vous exposer à une désagréable déconvenue car chiner, ce n'est pas trouver, à coup sûr, un meuble ou un objet des siècles passés, comme on achète un article vu dans un catalogue ou sur une publicité. Au contraire, la chine est une preuve, et non pas une épreuve, de patience et de pugnacité, comparable à celle d'un chercheur ou d'un explorateur. Et plus l'objet sera ancien, fragile, délicat, plus il sera rare mais plus la trouvaille prendra pour son découvreur une valeur inestimable. 
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