11 novembre 1918

EXPOSITION GIGEAN 1914-1918 : PREMIERE GUERRE MONDIALE

Quand le tocsin de l'église de Gigean se fit entendre le 02 août 1914, il sonnait la fin d'une époque heureuse.
La population qui l'écoutait gravement sut témoigner alors d'un bel esprit d'union et de patriotisme.
Les hommes partirent en chantant. Sept d'entre eux sont tombés dès les premiers jours en Lorraine

1. Louis Benoît à Lagarde le 11 août

2. Cabassut
3. Girard
4. Rieutord     
5. Valat
6. Vidal
aux alentours de Dieuse, les 20 et 21 août

7. Capitaine Carles à la tête de sa compagnie, le 24.

Ils ouvraient la voie du sacrifice aux 80 gigeannais dont les noms s'inscrivent aujourd'hui sur le monument commémoratif auxquels sont associés ceux de la deuxième guerre mondiale, tous dignes de leurs aînés parmi lesquels :

Ruffin Souchon, soldat de 2ème classe au 43e R.C.I. Jeune soldat d'un courage et d'un sang froid remarquables. A tenu seul devant un fort groupe d'ennemis, en a abattu un très grand nombre et a empêché les autres de passer.

Alphonse Margouet, sergent au 23e RC.I, 9e compagnie. Magnifique sous-officier, plein d'allant et d'une audace indomptable ; après avoir brillamment enlevé son groupe à l'assaut des positions fortement défendues par l'ennemi les 21 et 22 janvier 1945, à la cité Anna, a trouvé une mort héroïque d'une balle en plein front dans un combat corps à corps, sur des positions ennemies tenues par des forces trois fois supérieures, permettant en grande partie par sa fougue d'anéantir des positions et de ramener des nombreux prisonniers.

Dans le cadre des commémorations du centenaire de la guerre 14/18, Gigean a réalisé une exposition à la salle polyvalente à partir des photos d’ancêtres de gigeannais ayant participé au Premier conflit mondial. Un long travail d’enquête, de souvenirs et de mémoire leur donnant l’occasion de se réapproprier cette partie de l’Histoire, de leur histoire.
Cette exposition composée de nombreux panneaux d'affichage et d' albums fait découvrir leur histoire et leur implication dans la guerre de 14/18.
André-Jules Robert un conférencier atypique et un conteur de talent, jamais avare de détails et de précisions, a fait ressurgir la vie d’un poilu au lendemain de la signature de l’armistice du 11 novembre. Possédant l'art et la manière de captiver son auditoire avec humour ou émotion, André-Jules Robert raconte le retour à la vie civile (parfois difficile) pour les poilus après quatre ans de l’enfer des tranchées.

Remercions chaleureusement tous les gigeannais qui ont confié leurs souvenirs de famille, leurs photos et portraits de soldats, non sans émotion et fierté.

De même, saluons le travail des personnes qui ont rendu ce travail de mémoire possible, tout cela dans le respect et la sérénité :

Hélène Augé, Marcel Stoklein, Daniel Barret, Marie-Ange Martire ainsi que les seniors.

La Grande Guerre ou Première Guerre mondiale

L'étincelle qui va ruiner le Vieux Continent survient à Sarajevo, capitale de la Bosnie-Herzégovine, une possession de l'Autriche-Hongrie : le 28 juin 1914, un terroriste serbe tue l'archiduc Ferdinand, héritier de la couronne austro-hongroise, et son épouse morganatique Sophie Chotek, duchesse de Hohenberg.

L'empereur autrichien François-Joseph 1er se dispose à donner une leçon à la Serbie. La Russie apporte son soutien à cette dernière, par solidarité slave. La France se sent obligée d'apporter sa garantie à la Russie. L'Allemagne, de son côté, se doit de soutenir l'Autriche... C'est ainsi que l'équilibre européen va être victime de ses systèmes d'alliance.

Déclarations de guerre en 1914

• 28 juillet : Autriche-Hongrie à la Serbie ;
• 1er août : Allemagne à la Russie ;
• 3 août : Allemagne à la France ;
• 4 août : Royaume-Uni à l'Allemagne ;
• 6 août : Autriche-Hongrie à la Russie ;
• 11 août : France à l’Autriche-Hongrie ;
• 13 août : Royaume-Uni à l'Autriche-Hongrie ;
• 23 août : Japon à l'Allemagne ;
• 3 novembre : France et Royaume-Uni à l'Empire ottoman.

La France, malgré une population d’environ 39 millions d’habitants, peut disposer immédiatement de près de 800 000 soldats d’active depuis l’adoption de la loi des trois ans (août 1913) qui augmente la durée du service militaire. La mobilisation, terminée vers le 15 août, complète les effectifs.

Au front, les conditions de vie dans les tranchées sont épouvantables, mais peut-être plus acceptables côté allemand, dont les tranchées sont mieux aménagées. Les troupes allemandes ont en effet très rapidement bétonné leurs tranchées alors que du côté français, on trouve des tranchées de terre qui résistent tant bien que mal aux obus. Les soldats y vivent entourés par la boue, la vermine, les rats et l’odeur des cadavres en décomposition. De plus, dans les tranchées les plus exposées, le ravitaillement laisse parfois à désirer.

Le premier mort militaire français est le caporal Jules-André Peugeot tué le 2 août 1914 à Joncherey.

Le bilan humain de la Première Guerre mondiale s'élève à environ dix millions de morts et environ huit millions d’invalides, soit environ 6 000 morts par jour. Proportionnellement, en nombre de combattants tués, la France est le pays le plus touché avec 1,45 million de morts et de disparus, et 1,9 million de blessés, la plupart lourds (obus, tympans, gaz toxiques), soit 30 % de la population active masculine (18-65 ans), la plupart des hommes jeunes de 17 à 45 ans, qui n'auront jamais d'enfants.

Nous devons le recul des armées allemandes en 1918 aux régiments français, certes mais aussi aux troupe des USA et du Commonwealth. Les cimetières britanniques, petits ou grands, les immenses mémoriaux nous le rappellent.

Outre ce bilan humain, les 14 millions d'animaux de guerre mobilisés payent également un lourd tribut, notamment les huit millions de chevaux de la Première Guerre mondiale dont un million trouve la mort durant le conflit.

Si un hommage est rendu à ces combattants, à leurs actes de bravoure, il ne faut pas oublier que pendant la Première guerre mondiale, les femmes ont connu une mobilisation sans précédent. La plupart d'entre elles ont remplacé les hommes enrôlés dans l'armée en occupant des emplois civils ou dans des usines de fabrication de munitions.

Des milliers ont servi dans l'armée dans des fonctions de soutien, par exemple en tant qu'infirmières, mais en Russie quelques-unes ont vécu le combat.

Elles ont également un rôle important dans les campagnes, puisque les hommes sont au front, les campagnes sont désertes, les femmes doivent donc assumer les travaux des champs à partir de l’été 1914.

Quelques femmes célèbres :

MARIE CURIE

Marie Curie, icône du XXème siècle. On se souvient de ses deux Prix Nobel de physique et de chimie mais, on connaît moins sa participation à l'effort de guerre... Elle a favorisé l'essor d'une nouvelle technique, pour examiner les blessés. La radiologie. Ces appareils, il fallait les transporter jusqu'au front. Alors, Marie Curie a pris le volant. Ses voitures radiologiques furent surnommées les "petites Curie".


En 1914, le principe, c'est d'évacuer les hommes touchés le plus vite possible, souvent au mépris de leurs blessures. Le rayon X est la solution. La radio dévoilera les fractures, les éclats cachés dans le corps. Marie Curie va contribuer à installer des postes fixes dans les hôpitaux et puis elle va promouvoir un service mobile. Des voitures toutes équipées qu'il faut financer. Elle fait appel à des bonnes âmes, comme la princesse Murat. Celle-ci lui confie sa Limousine. Marie Curie offrira 18 voitures à la Nation. Pendant deux ans, Marie Curie sillonne le front, avec son équipe. Elle doit vaincre les réticences, arracher les laissez-passer. Certains chefs ne veulent pas d'une femme en zone de guerre. Elle décroche un « certificat de capacité pour la conduite des voitures à pétrole ». Sa fille Irène, encore adolescente, l'accompagne.
Marie Curie examine elle-même 1200 soldats. En 1918, la radiologie est devenue un instrument familier. 850 postes fixes ou mobiles sont à la disposition de l'armée. Marie Curie, elle, est retournée à l'arrière. Elle forme des infirmières, et elle poursuit ses recherches, militant pour une technique révolutionnaire. la radiothérapie. Après les rayons qui dévoilent, les rayons qui soignent.

LOUISE DE BETTIGNES

"Melle Louise de Bettignies, en captivité à Cologne, y a succombé après trois ans du plus dur martyre". C’est par ces quelques mots que le journal Le Figaro annonce en novembre 1918, la disparition de Louise de Bettignies. La jeune femme, âgée de 38 ans, est morte deux mois plus tôt, le 27 septembre 1918 dans une prison en Allemagne, à quelques semaines seulement de la fin de la Première Guerre mondiale. Celle qui a été surnommée la "Jeanne d’Arc du Nord" avait été condamnée en 1916 pour espionnage. Une préceptrice devenue espionne Rien ne prédestinait pourtant cette fille de bonne famille à un tel destin, héroïque.

Louise de Bettignies voit le jour en 1880 à Saint-Amand-les-Eaux, dans le Nord, dans une famille noble et catholique, mais désargentée. Elle suit cependant des études en Angleterre. Polyglotte, elle maîtrise aussi bien l’anglais, l’italien et l’allemand et se débrouille en russe, en tchèque ou encore en espagnol. Elle gagne ensuite sa vie comme préceptrice auprès de grandes familles d’Europe.
Lorsqu’éclate la guerre, elle s’illustre déjà comme infirmière. Elle soigne les blessés lors des bombardements de Lille en octobre 1914. Mais la ville tombe rapidement entre les mains des Allemands.
Louise de Bettignies est vite repérée par les services de renseignements britanniques. Ses compétences en matière de langues sont recherchées, et elle fait preuve d’un patriotisme à toute épreuve. Elle suit une véritable formation d’espionne en Angleterre et prend le pseudonyme d’Alice Dubois.
Exfiltrée en zone occupée, elle monte avec son amie Léonie Vanhoutte dite Charlotte, un réseau nommé "Ramble" qui compte jusqu’à 80 personnes. L’extension et l’organisation de ce genre de réseaux se faisait au tout venant en fonction des besoins : passage de frontière, hébergement, observation notamment des trains et des mouvements de troupes et de matériel, mais aussi du passage de courriers, parfois de presse clandestine. Il y avait aussi dans un second temps des évacuation d’hommes et des observations et transmissions de renseignements sur l’occupant.
De février à octobre 1915, la jeune femme n’hésite pas à traverser les lignes ennemies. Sa mission principale est alors d’identifier les mouvements de troupes allemandes dans la région lilloise. À l’automne, elle envoie un dernier message où elle annonce aux Britanniques qu’une importante opération militaire est prévue à Verdun au début de l’année 1916.
Le 20 octobre, son action est stoppée net. Elle est surprise lors d’un contrôle à Froyennes, près de Tournai, en Belgique, alors qu’elle tente de passer la frontière. Quelques mois plus tard, elle est jugée et condamnée à mort.
Comme le rapporte Le Figaro, cette catholique pratiquante adresse alors une lettre à la supérieure des Carmélites d’Anderlecht. On y perçoit toute sa détermination : "La décision du Conseil de guerre n'est pas discutable. J'accepte ma condamnation avec courage. Lors de mon opération, j'ai envisagé la mort avec calme et sans effroi, j'y joins aujourd'hui un sentiment de joie et de fierté, car j'ai refusé de dénoncer qui que ce soit, et j'espère que ceux que j'ai sauvés par mon silence m'en sauront gré."
Après la vague de réprobations suscitée par l’exécution de l’infirmière britannique Edith Cavell et de la résistante belge Gabrielle Petit, sa peine est finalement commuée en travaux forcés à perpétuité, à Siegburg, près de Cologne. Là encore, lors de son incarcération, Louise de Bettignies se montre encore une fois intransigeante envers l’ennemi. "Elle a fait de l’opposition. Elle refusait de parler ou de travailler pour l’industrie de guerre allemande. Elle avait un comportement insolent", explique Élise Julien. En raison de son attitude, ses conditions de détention se durcissent. "Les geôliers l’enfermèrent dans un cachot.
Elle était mourante quand elle en sortit. Si vous aviez vu son visage et ses yeux ! Seule la foi la soutenait. Elle nous disait encore : ‘Ne faites rien contre votre pays, rien contre votre conscience, rien contre l’honneur'", a raconté dans les années 1930 au journal Paris-Soir l’une de ses codétenues. Louise de Bettignies succombe finalement le 27 septembre 1918 des suites d’un abcès pleural mal opéré.

OCTAVIE DELACOUR

Le 15 septembre, une dizaine de soldats allemands quittent le front, à bord de deux automobiles. Ils traversent le département de l'Oise, pour rejoindre la Normandie. Leur objectif ? Faire sauter le pont d'Oissel. Un édifice hautement stratégique: il permettait d'assurer la liaison en train Paris-Rouen-Le Havre. Deux villes de Seine-Maritime où étaient en garnison des milliers de soldats.
Après 100 kilomètres de route, le commando allemand décide donc de s'arrêter dans une forêt. Ils choisissent un bois, près de la commune de Neuf-Marché, au croisement de trois département: l'Oise, l'Eure et la Seine-Maritime.
C'est là qu'une femme d'une village voisin, Octavie Delacour, remarque leur présence alors qu'elle marche sur un sentier. Elle voit des branches qui masquent artificiellement la voiture des soldats. Les Allemands sortent, la menacent, mais la laissent partir. Elle part donc prévenir du monde, dans les villages alentours.
On a du mal à la croire, mais au bout de plusieurs heures, les gendarmes décident tout de même d'aller vérifier ses dires. Une fusillade s'engage entre les gendarmes et les soldats allemands. Dans les tirs, 3 gendarmes français sont tués, ainsi qu'un civil, et un soldat allemand. Le commando arrive à reprendre sa route, disparaît des radars, avant de reparaître le soir, vers le pont d'Oissel, qu'ils voulaient faire exploser. Mais après le combat de la Rougemare, les autorités sont en alerte. Les soldats sont donc interceptés à temps, sans qu'il n'y ait d'autres victimes. Ils sont faits prisonniers de guerre.
Il reste aujourd'hui peu de traces de cet événement. A Neuf-Marché, dans la commune où le combat a eu lieu, on trouve tout de même un monument à la gloire des Français morts ce jour-là.

CHARLOTTE MAITRE

Mme Charlotte Maître, épouse d’un député de Saône et Loire, engagée volontaire en 1914 est infirmière militaire sur le front.
De taille moyenne, d’aspect plutôt frêle, le geste rare et gracieux, l’œil clair et le regard très doux, rien ne révèle en elle l’héroïne qu’aucun danger ne fit reculer, et seules, les multiples décorations épinglées sur le corsage de soie claire évoquent le souvenir de ses exploits ».

EMILIENNE MOREAU

Les Allemands occupent la ville de Loos-en-Gohelle.
Le 25 septembre 1915, les troupes britanniques lancent une attaque pour reprendre la ville. Émilienne va à leur rencontre et leur donne des informations sur les positions ennemies leur permettant de les prendre à revers. Elle met en place dans sa maison un poste médical et participe même aux combats, abattant quatre soldats allemands. Elle devient, à 17 ans, l'héroïne de Loos et elle est citée à l'ordre de l'armée par le général Foch. Elle est reçue par le président de la République, Raymond Poincaré, puis à Londres par le roi George V.

JEANNE MACHEREZ

Née le 12 avril 1852 à Guise, décédée le 9 décembre 1930 à Soissons.
Quand la première guerre mondiale éclate, elle fait preuve d’un grand courage et d’un dévouement sans faille.
Jeanne Macherez dirige 10 ambulances et un hôpital. Quand le premier officier allemand entre dans Soissons, la mairie étant vide, il s’adresse à Jeanne Macherez, réclame le maire et menace d’incendier la ville si celui-ci ne se présente pas. Prise au dépourvu, Jeanne Macherez répond : « Le maire, c’est moi. » Les pourparlers s’engagent et, pendant douze jours, c’est à elle que les Allemands s’adressent pour les réquisitions et l’administration de la ville.
Munie d’un laissez-passer, elle visite les entrepôts, la distillerie, la verrerie où des postes allemands sont installés et par sa présence, elle épargne le pillage. Le 12 septembre quand les Allemands évacuent Soissons, Jeanne Macherez abandonne ses fonctions de maire et retourne à son hôpital et à ses ambulances où des milliers de blessés passent.
Elle reçoit à ce titre le prix AUDIFFRED de l’Académie des Sciences Morales et Politiques. Le conseil municipal de Soissons du 20 décembre 1955 lui rend hommage en donnant son nom à une des nouvelles rues du quartier Saint-Crépin.

L'exposition s'est terminée sur l'excellente conférence de Gérard Gillet, professeur d'histoire, qui a su servir la connaissance du public pour honorer la mémoire des soldats et faire connaître aux jeunes générations les sacrifices consentis par leurs aînés.

Les organisateurs ont remarqué et apprécié la visite intéressée des scolaires venus découvrir ce gros travail de mémoire.

Un apéritif a été offert par la municipalité pour clôturer cette exposition et commémoration de la grande guerre.

P.S. MAIS POURQUOI LES POILUS ? Les soldats de la Première Guerre mondiale sont affublés d'un bien étrange surnom : les poilus. Est-ce à cause d'une forte pilosité ou une autre explication est à trouver ? Le surnom de ''poilu'' a été donné uniquement aux soldats français de la guerre 14-18 et n'a été que très peu utilisé pendant la Seconde Guerre mondiale. Pour l'époque, il était tout à fait normal de les surnommer ainsi. En effet, ce terme possédait alors une double signification, bien différentes de celles que nous lui connaissons aujourd'hui. Ce mot de ''poilu'' faisait partie de l'argot français et désignait une personne courageuse, virile. Il provient d'une expression bien plus ancienne qui est ''brave à trois poils'' qui était énoncé par Molière. Il l'utilisait également pour signifier un homme faisant preuve de beaucoup de courage. C'est donc pourquoi les soldats de 14-18 étaient surnommés "les poilus".

Valérie Campion

Ci-dessous toutes les vidéos de cette expositions