Aspects de Mèze à la Belle époque.

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Valéry Larbaud (1881-1957), qui vit tant de pays, s'intéressa à Mèze lors de son troisième séjour en Languedoc. Ce flâneur non salarié fit du tourisme en février 1914 en quête de pittoresque et de cadre pour un futur roman. Il se fit alors "espion littéraire" et nous livre, dans son Journal, des notations sur Mèze, ancienne et active cité du bord de l'étang de Thau.

 

mezeIMG_7132 (2)Larbaud prit plaisir à parcourir Mèze, trouvant à des perspectives "l'air hellène" et notant que tel pan de mur avait un air "très grec". Cela l'a aidé à mieux apprécier la petite agglomération (près de 6 000 habitants à cette époque). Alors, il fait connaissance avec Mèze. Devant la mairie, une fontaine "au bas de laquelle sont inscrits les noms des conseillers municipaux d'alors"…

Et derrière la mairie, voici l'Esplanade, longée par la rue Sadi Carnot. Larbaud n'a pas noté la densité de cafés et débits de boissons ouverts sur cette artère (selon les sources les plus disponibles), mais il nous parle d'un établissement qui eut son importance dans la vie de Mèze : le café de la Paix.

Il note de façon elliptique que le café "a un cinéma". Lui affectionne "La Terrasse" qui, si l'on en croit son croquis, avait une terrasse à l'étage. Il fréquente l'hôtel du Grand Galion, emblématique de la Belle époque. Larbaud, touriste consciencieux, n'oublie pas la librairie catholique, ni une petite boutique poussiéreuse aux vitrines encombrées, à l'enseigne du "Milliard de friandises". Et bien sûr, l'écrivain promeneur s'intéressera aux monuments.

 Outre l'église paroissiale Saint Hilaire (XIVème siècle) dont le clocher carré domine les toits de la petite cité, deux d'entre eux retiendront son attention. Tout d'abord, la porte de l'ancienne caserne "qui ressemble à une porte de ville". Cette caserne, construite de 1696 à 1699 et dont le coût de 36 000 livres fut partagé avec Loupian, "évitait aux habitants le poids de l'étape". Le bâtiment pouvait abriter 800 hommes. Puis, la vocation militaire s'estompa. Au XIXème siècle, ce fut le siège de la Banque de France, d'un presbytère, puis d'un hôpital militaire pendant la Grande Guerre et ensuite d'un hospice.

Tout en observant la couleur brune, "foncée, patinée" des toits de Mèze, Larbaud s'en fut sur le rempart dominant l'Etang visiter la chapelle des Pénitents. La confrérie des pénitents blancs fut créée en 1528, sous un patronage prestigieux (dont le connétable de Montmorency). Elle s'établit à Mèze dans une chapelle ruinée "qui servait de refuge à la jeunesse". La chapelle, réhabilitée, fut plusieurs fois restaurée au XVIIème et au XIXème siècle et placée sous l'Egide de Notre Dame des sept douleurs. Au XIXème siècle, une cloche sonnait par mauvais temps et brouillard pour venir en aide aux pêcheurs attardés ou égarés.

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Il ne restait rien de la grande croix qui faisait face à l'étang de Thau. On est plus soucieux de patrimoine aujourd'hui, on tente de sauver la chapelle des Pénitents Et sur le port, à l'enseigne du "Petit vapeur", sur le mur dominant la terrasse, une inscription rappelle le souvenir de la Compagnie des navires à vapeur.

 

Hervé Le Blanche