Mèze

Le 16ème courrier de Spinoza : la résonnance

Merci à Michel Negrell pour ses lettres hebdomadaires. Depuis début 2021, il nous écrit et c'est avec grand plaisir que nous le lisons et le diffusons.


 "Chers tous et toutes,

Quelle place occupons-nous dans le monde en tant qu’espèce et en tant qu’individu ?  Comment le savoir ?

La Vérité est atteignable par la connaissance, et donc par la Raison, mais aussi par la résonnance, c’est-à-dire par le Sensibilité. Cette Vérité porte en elle le Salut, la Béatitude. Elle nous réconcilie avec le Réel, avec Dieu.

Ma dernière lettre (la 15ème) était consacrée à la connaissance, à la Raison. La Raison opère par l’esprit. Elle est une activité intellectuelle. Cette lettre-ci sera consacrée à la résonnance, à une activité de la sensibilité. La résonnance est une activité physique, corporelle, sensorielle. Le terme de résonnance, je l’introduis aujourd’hui. A l’époque je ne nommais pas cette activité.

Dans mes œuvres j’ai surtout développé la voie de l’esprit. Annonçant la seconde, celle du corps, plutôt que l’explorant. Aussi, depuis, beaucoup de mes commentateurs se perdent en conjectures pour expliquer mon traitement différentiel des deux voies. La plupart en profite pour m’attribuer, abusivement, un hyper-intellectualisme, un hyper-rationalisme. Certes j’ai contribué à l’époque à ses jugements abusifs en développant l’approche spirituelle et pas l’approche matérielle. Faut dire qu’à l’époque on en savait moins sur le corps que sur l’esprit. C’est la puissance de l’esprit humain qui, en ce XVIIème siècle, se révélait pleinement.

Le corps, comme l’esprit, pâtit (être affecté) et agit (affecter). Ils sont tous deux affectés et affectants. 

Aujourd’hui, j’appelle résonnance ce pâtir et cet agir du corps comme j’appelais connaissance le pâtir et l’agir de l’esprit.

L’humain est en relation avec le Réel et ses objets par un double flux, la Raison, portée par le langage et la Sensibilité portée par les sensations.

La Résonnance est une pratique spécifiquement corporelle. Elle recueille des affects en provenance de l’environnement physique et produit, en réponse, des affects atteignant l’environnement. Le corps agit par et sur les autres corps. La résonnance informe le corps récepteur de l’état et de la dynamique du milieu. Cette information est formée d’impressions sensitives. Elle ne prend jamais la forme d’un discours.

 La Résonnance c’est par exemple : 

      Le maçon  capable d’apprécier à l’œil et à la main dotée d’une truelle le suffisant mouillage de son ciment pour une tâche donnée.

       L’infirmière explorant de ses doigts agiles les épaisseurs de l’artère d’un patient pour poser un cathéter.

       La cuisinière qui établit la parfaite cuisson d’un mets à la vue et à l’odeur.

       L’artiste qui, affecté  par une inspiration, affecte  à son tour une toile.

       Le quidam qui, submergé d’émotions à l’écoute d’une musique ou à la senteur d’un parfum, convoque une mémoire inconsciente lui permettant l’évocation du lieu de son enfance.

Toutes ses activités requièrent  aucun raisonnement mais mobilisent les sens du corps.

      C’est aussi l’amant ou l’amante faisant sans réflexion le geste attendu de sa ou de son partenaire.

       C’est le militant politique qui attentif à la multitude lui révèle son unité et sa force.

Dans tous ces exemples, nous sommes dans des situations physiques, sensorielles pas dans des situations intellectuelles, idéelles. Les corps augmentent leur puissance d’être affecté et d’effectuer un retour de manière appropriée.  

Comme il y a avec la connaissance (3ème genre) un « Amour intellectuel de Dieu » de Dieu, de « Dieu ou la Nature » ou encore du Réel, il y a avec la résonnance un véritable Amour physique ou sensuel de Dieu, de « Dieu ou la Nature » ou encore du Réel.   

L’hyperactivité d’un corps (recevoir et donner) est un Amour sensuel du Réel [1] et une richesse pour les humains. « Ce qui dispose le Corps humain à pouvoir être affecté de plus de manières, ou ce qui le rend apte à affecter les corps extérieurs de plus de manières, est utile à l’homme. » La résonnance est utile à l’homme. Plus ou moins utile. La résonnance permet de trouver une place plus ou moins ajustée et réjouie au Réel. Cette ajustement au Rel apporte Salut et Béatitude.

Le salut par le corps est parallèle au salut par l’esprit. Aucun des deux n’est ni exclusif ni même concurrentiel. Le salut peut procéder du corps ou de l’esprit. Alors les deux en bénéficient puisque corps et esprit sont la même chose singulière.

La résonnance est une disposition naturelle, comme le raisonnement. Tous les humains en disposent. Disposition naturelle qui peut être encouragée.

La résonnance ne se raisonne pas car corps et esprit sont deux accès au savoir absolument distinct.

Dans L’Éthique j’écrivais  ceci : « Qui a un corps apte au plus grand nombre d’actions, a un esprit dont la plus grande partie est éternelle. » Cela signifie : celui qui a un corps puissant aura un esprit également puissant. La réciproque est vraie. Encore une fois : Esprit et corps sont la même chose considérée différemment par les humains en raison de leur finitude empêchant de saisir l’infini des manières d’être de toute chose.  

Comme j’ai écrit que la béatitude est « la satisfaction même de l’âme, qui naît de la connaissance intuitive de Dieu » j’aurais pu (j’aurais dû) aussi  écrire : la béatitude est la satisfaction même du corps, qui naît de la résonnance de Dieu, du Réel. Je ne l’ai pas fait et j’ai eu tort [2]. Cette absence crée une ambiguïté. Renforcée par le fait que j’ai rattaché la liberté et le salut à l’esprit, et pas au corps. Je ne l’ai pas écrit considérant que cela allait de soi, en toute logique. En effet, comme j’ai établi, comme le reconnait mon contemporain Leibniz, « un parallélisme » absolu entre l’esprit (« la Pensée ») et la matière (« l’Étendu ») et plus précisément entre les idées de l’esprit et les affections du corps, il va de soi que les affections du corps peuvent accéder à la béatitude comme les idées de l’esprit.Je ne l’ai jamais, jusqu’ici, écrit. Il n’empêche ! Cessons de me faire un mauvais procès, et même pire, de méconnaître mon estime du corps équivalent à celui de l’esprit. Résonnance et connaissance ont même importance. Elles conduisent, toutes deux, au Salut, à la Béatitude. Mais chacun de son côté. Le salut est toujours un, simultanément au corps et à l’esprit, mais il y a toujours deux voies d’accès possibles bien qu’incompatibles entre elles : l’une par l’esprit, l’autre par le corps [3].

 La résonnance procède en deux temps :

1) Je dois d’abord être affecté par quelque chose d’extérieur à moi. Je me tiens disponible à le recevoir. J’offre une hospitalité intérieure à l’affect.  

2) Cette affect modifie mon métabolisme et suscite chez moi une action affectante. Je réponds à l’affect initial par un affect induit.

La résonnance est une relation sensorielle au monde sensoriel.

La résonnance n’est pas planifiable, on ne l’obtient pas sur commande. C’est une ressemblance avec la connaissance du 3ème genre (Lettre 15).  Il y en a une autre. La connaissance intuitive du troisième genre et la résonnance d’un corps à travers un autre corps singulier sont des formes de communion avec le Réel (« Dieu ou la Nature »). L’Amour intellectuel et l’Amour sensoriel du Réel est de l’ordre de l’expérience existentiel. Nous existons pleinement d’avoir rejoint le Réel, l’existant absolu, par résonnance ou par connaissance. 

 Quand j’écris dans l’Éthique « on ne sait pas ce que peut le corps ou ce que l’on peut déduire de la seule considération de sa nature » c’est, comme le dit Deleuze, un « cri de guerre » contre le moralisme, contre la « moraline » pour reprendre un mot de Nietzsche. Le corps est un lieu de puissance à exister (Béatitude, Salut) comme l’est l’esprit. Égalité entre corps et esprit. Même dignité pour le corps et pour l’esprit.

                                                                                                                                                                         Salutation philosophique,                    Baruch."


Notes du secrétaire.

 [1] C’est le symétrique de la proposition de Spinoza qui reconnaît que (le 3ème genre de connaissance) l’hyperactivité d’un esprit en déterminations (recevoir et donner) est un Amour intellectuel de Dieu, du Réel.

 [2] Il faut bien dire que chaque fois que, dans ses œuvres passées, Spinoza aborde explicitement et frontalement la question du salut des hommes (ou de la béatitude, ou de la liberté), il n’est jamais question du corps mais seulement de l’intellect ou de l’esprit ; de même Spinoza ne parle jamais littéralement d’éternité du corps, mais toujours et uniquement d’éternité de l’esprit ou d’une « partie de notre esprit ». Pourtant quand il écrit « Nous sentons et nous expérimentons que nous sommes éternels » il évoque sans contestation possible l’importance du corps. Il ne parle pas de connaissance mais de sensation, d’expérience sensorielle. Dans l’ensemble la voie spinoziste qui mène au salut, est plutôt intellectuelle. Néanmoins il ne s’agit pas là d’un salut « spiritualiste » qui s’acquerrait contre le corps et contre l’ordre des appétits du corps, puisque d’une part les appétits humains, quels qu’ils soient, ne se rapportent jamais uniquement ou originairement au corps seul, mais toujours simultanément à l’esprit et au corps sans prédominance quelconque de l’un sur l’autre. Les déclarations actuelles de Spinoza en faveur du corps étaient attendues. Elles faisaient défaut. Aujourd’hui le spinozisme a gagné en cohérence. L’implicite est devenu explicite.

La bergerie de Thau : Michel Ibanez prépare l'estive alpine

Ce samedi 17 avril, le berger Michel Ibanez avait programmé la tonte de ses moutons, dans sa bergerie. En comité restreint, l'opération s'est bien déroulée à part pour le générateur électrique qui a déclaré "forfait" en début de matinée. Nous avons été reçus par un autre Michel, venu spécialement de Lunel (merci pour l'accueil). Kévin, le tondeur, et son assistant Lucas, ont mis tout leur savoir-faire à la disposition du troupeau. Si le métier de berger ou de tondeur disparaît petit à petit, il est malgré tout envié, surtout par son indépendance apparente et son lien direct avec la nature. S'occuper d'animaux n'est pas une sinécure et nécessite des contraintes telles que celles que nous avons filmées. L'approche de l'estive alpine, avec quelques 5 000 congénères, impose d'abord la tonte (malgré une laine de moins en moins attractive) et ensuite une protection médicale pointue afin d'éviter les contaminations dues à la proximité. Vermifugées et traitées contre les parasites, les brebis de maître Michel sont, ce soir, prêtes à affronter les alpages verdoyants pendant tout l'été. Comme tout ce qui touche à l'élevage, l'évènement est toujours un tantinet festif. Un nouveau générateur a remplacé rapidement le déficient. Ce soir, les ovins ont quitté définitivement leur tenue hivernale. Quant aux jeunes agneaux, non concernés, ils apprendront l'an prochain, à moins qu'une autre destination leur soit réservée dans les jours qui viennent… Ci-joint quelques photos ainsi qu'une courte vidéo. Bonne lecture !

Cliquez sur une image pour l'agrandir.

Crédit photos : dm

Navette maritime Mèze-Sète : test de 6 mois

On en a beaucoup parlé, on en parle et on en reparlera… Elle a même existé si l'on cherche bien dans l'histoire. La liaison de transport public entre les deux rives de l'Étang de Thau risque de devenir une réalité avec bien des avantages à tous les niveaux. La traversée d'une durée de 35 minutes entre le quai Descournut à Mèze et le quai de la gare de Sète (avant le pont de la gare) se fera au rythme de 7 allers/retours quotidiens avec des horaires adaptés aux travailleurs et en phase avec les horaires de trains. Le bateau-bus fonctionnera 6 jours sur 7 et 7 jours sur 7 en juillet et août.

Pour plus de détails cliquez  ICI

31ème festival de Thau : ça bosse !

Le 31e Festival de Thau aura bien lieu du 19 au 29 juillet 2021, autour du bassin de Thau, avec en prime, "si tout va bien", un préambule du 21 mai au 24 juin ! Cette édition sera celle de la souplesse, du renouveau et des retrouvailles ! Et c'est le cœur palpitant que nous vous dévoilons enfin les premiers noms !!!

Confinée ou pas, coincée avec les couvrefeux, l'équipe de Jazzamèze travaille et s'organise sans relâche sur son Festival de Thau 2021. C'est une évidence : cette association est sacrément solide et mérite un soutien à la hauteur de sa grande implication !

 

 23 juillet  Port de Mèze

 

 

24 juillet  Port de Mèze 

 

 

25 juillet  Port de Mèze 

 

On s'approche mais nous avons le temps… sauf que le 21 mai, la soirée-préambule, en accès gratuit, au parc du Château de Girard, à Mèze, nous annonce un parcours artistique en juin de grande qualité. Histoire de vous mettre l'eau à la bouche !

Qu'on se le dise !

15ème missive spinozienne : la connaissance !

Dans ma dernière lettre (la quatorzième), je vous disais combien notre vie était naturellement et essentiellement passionnelle. Cette vie contient du meilleur et du pire. Elle est néanmoins guidée pour chacun, chacune, d’entre nous par le fameux Conatus, c’est-à-dire par l’effort de persévérer dans l’existence. Nous sommes, nous humains, comme toute chose, conduit par cet Appétit. Nous nous distinguons, les uns des autres, par les affects sociaux et par les affects écologiques différents composant notre milieu. Ces affects déterminent notre vie, notamment en offrant à notre Conatus des opportunités sous la forme d’objets à désirer et de stratégies pour les investir. Cette manière de répondre aux affects constitue nos passions.  

La vie passionnelle nous chahute en permanence, suscitant peine et joie. Il y a deux voies pour mettre un peu d’ordre dans ce tohubohu. Celle de la morale et celle de l’éthique. La première consiste à obéir aux lois sociales et aux règles morales. La seconde consiste à comprendre les situations que nous vivions. La première voie est celle de l’ignorant et de l’homme assujetti, la seconde celle du savant et de l’homme libre. Mais, ne jamais oublier que le sage a autant d’idées inadéquates que l’ignorant, mais aussi plus d’idées adéquates.

Le savoir sur le monde et sur notre place en son sein est la voie de salut. Il permet d’accéder à la compréhension de la place occupée par notre être fini dans l’infini du Réel. Notre place n’est pas principalement topographique, elle se caractérise par une puissance, une intensité (passionnelle) à être, à exister. Cette intensité (changeante) à exister est notre caractéristique propre, notre singularité, notre Vérité personnelle. Notre Salut se trouve dans cette Vérité.  

Nous parvenons à la vérité par deux voies, celle de l’esprit et celle du corps. Ces deux voies sont parallèles. Elles sont distinctes. Elles ne se mêlent jamais, ni ne se croisent. Ces deux voies de savoir sont de même pertinence et donc de même importance. Dans mes œuvres j’ai développé surtout la voie de l’esprit. Annonçant la seconde, celle du corps, plutôt que l’explorant. Mes commentateurs se perdent en conjectures pour expliquer mon traitement différentiel des deux voies. La plupart en profite pour m’attribuer, abusivement, un hyper-intellectualisme, un hyper-rationalisme. Certes j’ai contribué à l’époque à ses jugements abusifs en développant l’approche spirituelle et pas l’approche matérielle.

La Vérité est atteignable par la connaissance, par la Raison, et, par la résonnance, par les Sens.

Qu’est-ce que connaître ? Connaître c’est raisonner.

La Raison est un processus emprunté par tout humain, autant par l’ignorant que par le philosophe. Il permet d’atteindre intellectuellement le Vrai, c’est-à-dire le Réel, tel qu’il est, et donc à toute chose qui le compose. Ce processus emprunte des degrés en teneur de raison. Du pire à l’excellence en passant par le meilleur. Il y en a trois. L’ignorant séjourne dans le 1er genre de connaissance, le philosophe dans le 2e et parfois atteint le 3e. Les trois genres sont des degrés d’une même activité. Néanmoins, il y a un saut qualitatif entre le premier et le deuxième genre. Un sujet peut habiter en même temps les trois genres de connaissance, selon ses objets d’étude.

Dans le 1er genre règne principalement l’imagination, dans le 2ème la raison, dans la 3ème l’intuition.  Pour atteindre la vérité, l’imagination est la voie la plus commune et la moins fiable, la raison est la voie la plus assurée, l’intuition est une voie d’exception. Ces 3 genres de connaissance sont néanmoins complémentaires. Ils correspondent à des besoins spécifiques. Le 1er à la vie domestique, à la vie quotidienne, le 2ème à la vie éthique et politique, le 3ème au Salut.

La connaissance n’est pas l’action d’un sujet, mais l’action d’une idée en nous. Cette action est une affirmation. L’idée s’affirme. La connaissance est auto-affirmation d’une idée. Nous l’accueillons et elle s’impose. Il n’y a ni volonté, ni entendement de notre part. Pas de faculté ! La connaissance est un processus sans sujet, et sans fin. Elle ne vise rien mais apporte la sérénité. Béatitude.  

Le premier genre de connaissance concerne des savoirs confus, mutilés, partiels, sous l’effet des affects-passions. Essentiellement émotionnel. C’est le point de vue de l’opinion. Connaissance par ouï-dire, par expérience vague, par signe, par imagination. Les médias et les réseaux en sont aujourd’hui les porteurs institutionnels. « Les Aveugles » [1] de Bruegel décrit la marche de l’opinion, ainsi que le poème du même nom de Baudelaire [2].

Il s’agit d’un récit empreint de préjugés, de lieux communs fondés sur des bribes de raison fragmentaire et décousue, s’appuyant sur observations isolées.

Connaissance par induction : à partir de quelques faits observés les généraliser. Égarement dû à la perception sensible d’une singularité abusivement généralisée. Les objets de savoir ont tendance à être étudiés séparément, de manière isolée les uns des autres. Ils sont perçus en eux-mêmes. Sans autre rapport entre eux que l’analogie.

Connaissances fantaisistes, faites d’images et non de concepts. Sans esprit critique, soumis à la coutume. Connaissances « par expériences vagues » mais éminemment utiles. Les connaissances du premier genre ne sont pas à négliger, mais elles sont propices à l’erreur. Elles procèdent d’une raison frustre, affaiblie, mutilée. Elles s’imposent par la répétition, par le buzz (la rumeur) comme vous diriez aujourd’hui.

Le premier genre de connaissance applique des recettes de pensée sans même le connaître. Il ignore sa propre genèse. Malgré ses déficiences, c’est une connaissance pratique qui peut être utile. Ainsi, je sais que je vais mourir, je sais que l’eau éteint le feu, je sais « presque tout ce qui se fait pour l’usage de la vie ». Il permet une insertion pratique dans le monde bien que ses explications soient fantaisistes.  

Imaginer, c’est capter de manière brute les rapports sensoriels et émotionnels et les convertir en idées. C’est le règne de l’empirie qui privilégie l’expérience concrète suivie d’un raisonnement par induction. C’est souvent attribué au monde des propriétés qui, de fait, sont du sujet connaissant (anthropomorphisme).

L’imaginaire collectif constitué par imitation, par us et coutumes, codes et normes, donne à la société sa cohésion mais elle est impropre à la conduite de sa vie, à guider son existence. Il est porté par le langage.

Le deuxième genre de connaissance. Les objets de savoir sont étudiés dans leur relation, particulièrement dans leur rapport de causalité. La recherche n’est pas celle du sens (le signe de…) dans une perspective finaliste mais celle de la cause dans une perspective déterministe.  Le deuxième genre de connaissance procède en suivant une démarche progressive et déductive. De l’universel aux particuliers, de l’être infini (le Réel) aux choses finies (nous, par exemple). Il requiert un discours démonstratif, il est discursif comme l’est la géométrie euclidienne, son modèle. Il est raisonnant dans l’acception la plus courante. Il s’impose par sa rigueur, par sa cohérence. Il repose, comme le dirait Descartes, sur « les idées claires et distinctes ». Les choses sont définies par leur cause car l’existence est d’abord causale. Le deuxième genre de connaissance procède des causes aux effets.

Le deuxième genre de connaissance ne dépend de rien d’autre que de la concaténation  des idées [3]. Cela lui confère une autonomie par rapport aux observations du milieu par les appareils sensoriels. [4] Il s’inspire de la science mathématique (géométrique), science de toutes les sciences de mon époque (optique, astronomie, mécanique). La Géométrie est « la mère de toutes les sciences ».

La vérité des idées initiales portent leur certitude en elles-mêmes. De cette base sûre, en progressant par démonstration on étend le domaine de la vérité. La raison n’a pas à chercher la correspondance des idées aux choses pour atteindre la vérité. La vérité s’impose de l’intérieur de la raison. [4]

La vérité des idées initiales vient du fait que les idées et les choses sont (en soi)  d’une même nature (monisme). Les idées expriment les choses et les choses matérialisent les idées. Il y a réciprocité.

L’idée vraie a le pouvoir d’expliquer les choses par leur cause singulière jusqu’à la cause globale, le Réel (« Dieu ou la Nature »).

La pensée strictement causale permet de placer toute chose dans des rapports stables de nécessité. Cette stabilité apporte la Joie.

Le troisième genre de connaissance.  C’est une connaissance intuitive, immédiate. Une fulgurance de la pensée. Une vitesse de la pensée, faisant l’économie des démonstrations pour les avoir intégrer par un usage constant dans le deuxième genre de connaissance qui, lui, privilégie la méthode. Le troisième genre de connaissance emprunte des raccourcis neurologiques. Ce genre de connaissance survient à l’improviste suite à une longue fréquentation fidèle au deuxième genre.

Le troisième genre de connaissance est celui du salut. Elle restitue pour chaque chose en un éclair à la fois son individualité complète, son essence propre (dépassant le premier genre fragmentaire) et son universalité qui en est la cause (deuxième genre). L’intuition est la compréhension instantanée et intérieure du rapport entre le singulier et l’universelle. Par exemple la place d’un humain singulier dans le Tout, dans le Réel. Le sujet comprend comme il appartient au Réel (à « Dieu ou la Nature »), comment le Réel s’exprime en lui, comment le Réel « s’explique » à travers lui. L’intuition exprime l’unité du fini et de l’infini, leur implication réciproque. La saisie intellectuelle et émotionnelle de notre place nécessaire dans le flux fécond de l’énergie universel est Joie suprême. Béatitude. C’est comme la goutte d’eau qui sait qu’elle participe de la même eau que l’océan sans pour autant se diluer. Union de l’être humain avec l’absolu. [5]  Le troisième genre de connaissance est à proprement parler « l’Amour intellectuel de Dieu » c’est-à-dire du Réel.

Tous les hommes [6] en tant qu’hommes peuvent accéder au troisième genre de connaissance et donc au Salut par effort propédeutique du deuxième genre.

                                   Salutation philosophique,                             Baruch 


P.S : Mon prochain courrier portera sur le savoir par le corps, par le sensible, par Résonnance.

Noureddine m’interroge sur l’expression « le critérium des passions » (Lettre 14).  Les passions concourent comme dans un rallye (comme du Dauphiné ou des Cévennes) pour dominer. Les passions sont en compétition. Le savoir favorise (la suprématie des) les passions qui accroissent la puissance d'exister.

Valérie S. m’écrit pour me donner son point de vue sur les thèmes que je traite. Je l’en remercie. Dans mon prochain courrier j’en ferai écho.

Notes du secrétaire.

[1] « Les Aveugles » de Bruegel 

[2]« Les Aveugles » de Baudelaire

Contemple-les, mon âme ; ils sont vraiment affreux !
Pareils aux mannequins, vaguement ridicules ;
Terribles, singuliers comme les somnambules,
Dardant on ne sait où leurs globes ténébreux.

Leurs yeux, d'où la divine étincelle est partie,
Comme s'ils regardaient au loin, restent levés
Au ciel ; on ne les voit jamais vers les pavés
Pencher rêveusement leur tête appesantie.

Ils traversent ainsi le noir illimité,
Ce frère du silence éternel. Ô cité !
Pendant qu'autour de nous tu chantes, ris et beugles,

Éprise du plaisir jusqu'à l'atrocité,
Vois, je me traîne aussi ! mais, plus qu'eux hébété,
Je dis : Que cherchent-ils au Ciel, tous ces aveugles ?

[3] « Concaténation des idées » = L’enchainement des idées. 

[4] Cette position caractérise un hyper-rationalisme appelé aussi théoricisme. Elle résulte de l’application de la science mathématique à la philosophie, pour le meilleur et pour le moins bon. Je ne partage pas le rejet de l’empirisme, le rejet de la considération des faits concrets. La géométrie est fondée sur des postulats. Les autres sciences sur l’observation. Spinoza va, d’ailleurs, nuancer son rationalisme absolu en introduisant les « notions communes » qu’il abordera ultérieurement.   

[5] Il y a un saut qualitatif entre le deuxième et le troisième genre. Le rationalisme et naturalisme ne s’opposent pourtant pas. Une dérive mystique, étrangère à Spinoza, a néanmoins dévoyé le spinozisme.          

[6] En fait, pour Spinoza, le Salut par la connaissance est réservé à certains. C’est un privilège naturel de classe, de genre et d’âge. Serviteurs, femmes et enfants en sont exclus. Si le deuxième genre de connaissance est typiquement celui des savants, le troisième genre semble plutôt celui des sages. Tout philosophe est à la fois assez savant et assez sage pour atteindre la Félicité.

Mon ami Éric m’écrit pour me dire que j’ai la chance d’avoir des lecteurs. C’est vrai. Je connais Spinoza depuis de nombreuses années, mais les visites hebdomadaires que je lui fais pour vous, me le rendent intime. J’apprends de lui en abondance grâce à vous. Outre le plaisir narcissique d’être lu, il y a le plaisir d’accroître mon savoir … ce qui, d’ailleurs, est très spinoziste.  

Penser avec Spinoza. Depuis, janvier, je suis l’hôte hebdomadaire de Spinoza et vous en rend compte. Écrire Spinoza, ce n’est pas l’expliquer c’est penser avec (et pas sur) lui. Je cherche, autant que faire se peut, à actualiser son langage et ses arguments. Je vous livre son propos en traduction contemporaine. Il s’agit pour nous, ses auditeurs et lecteurs, de nous approprier la philosophie de Spinoza, de marcher dans ses pas. Nous empruntons sa philosophie pour nous en imprégner. Un jour nous le quitterons, pour dériver d’une pensée qui nous aura fécondé.es.

Ça déborde !

Manquait plus que ça ! Les temps sont durs ! D'aucuns diraient : "la critique est aisée mais l'art est difficile." Nous en convenons. Toutefois, l'information doit remonter ! À Mèze, il y a aussi l'eau qui remonte ! Certes il a plu ! Est-ce prévu dans le PLU ? En tout cas c'est prévu dans la taxe GEMAPI…

Apparemment les préoccupations sont ailleurs et "on ne peut pas être partout !"

Nous passions par là, pas par hasard : quand on est en droit (et en devoir) de signaler les "bonnes" choses, il est naturel d'informer le citoyen, et donc celui qui paie ses impôts, sur les manquements ou erreurs. Prévoir, n'est-ce point gouverner ?

Toujours, le "roumegaïre" de service…

 

 

 

Crédit photo : Pixabay

Sète Agglopôle Méditerranée propose une subvention d’équipement pour l’achat d’un vélo ou d’une trottinette électrique

Sète Agglopôle Méditerranée propose une subvention d’équipement pour l’achat d’un vélo ou d’une trottinette électrique aux habitants domiciliés sur le territoire. Le montant de l’aide accordée est de 25% de la valeur du vélo ou de la trottinette, plafonnée à 200€. Il suffit de s’inscrire sur : http://extranet.agglopole.fr/velos/ pour recevoir un dossier.
Tous les détails sur : https://bit.ly/34aCdFIPeut être une image de une personne ou plus, vélo et plein air

Transhumance ovine chez les covidés

 
 
 

 Il n'y aura pas la fête traditionnelle, cette année encore, puisque les consignes sanitaires l'interdisent. Nous avons demandé aux brebis non masquées qui n'ont toujours pas compris…

Une petite colonie s'est quand même jointe, avec toutes les précautions d'usage, au troupeau géré de main de… berger ! Michel Ibanez et ses chiens "conduisent l'affaire" avec grande expérience. Partis du cimetière protestant de Villeveyrac et accompagné du maire local, M. Morgo (entre autres) les animaux ont traversé la garrigue environnante pour réintégrer leur bergerie du côté du Mas de Garric.

Là, leur propriétaire, les préparera à une estive alpine. Vraisemblablement, samedi prochain, les brebis auront droit à la tenue d'été et aux soins médicaux avant le grand voyage. Ce séjour de qualité, en altitude, leur fera connaître une autre nourriture et d'autres "congénères". Que du bénéf !

Nous avons l'intention de rédiger quelques lignes sur cette préparation. En attendant, voici une petite vidéo tournée ce matin, vendredi 9 avril.

 

Coup de froid fatal

29 mars 2021

Même vigne le 9 avril 2021

Pas besoin d'être "sorti" de Saint-Cyr ou de l'ENA pour comprendre que le millésime 2021 sera très compromis, voire inexistant…  Le constat de désolation, chez les vignerons, est irréversible : "Va falloir serrer la ceinture !" Ce matin, nous avons croisé M. Morgo, maire de Villeveyrac et conseiller départemental, faisant l'état des lieux dans la campagne autour de sa ville. À Mèze, la liste d'opposition municipale "Agir pour Mèze" a demandé à M. Le Maire "l'exonération du foncier non bâti"… Les dégâts sont très importants…

Episode de gel du 7 au 8 avril : recensement de l’ensemble des dégâts

L’épisode de gel du 7 au 8 avril a été très important sur l’ensemble du département et a affecté la quasi-totalité des productions agricoles.Peut être une image de plein air et texte qui dit ’GEL 7 ET 8 avril 2021’
Afin de recenser l’ensemble des dégâts, un questionnaire a été mis en ligne pour les agriculteurs sinistrés par la Chambre d’agriculture de l’Hérault sur https://bit.ly/2ODGs86
Cela permettra le déclenchement des mesures d’aides (exonération de la TFNB, prise en charge partielle des cotisations sociales…).
Par ailleurs, une procédure de reconnaissance pour les calamités agricoles est également mise en œuvre.
La commune n’a pas de démarche particulière à entreprendre pour être reconnue sinistrée au titre des calamités agricoles. Ce sont les données de Météo France qui détermineront automatiquement le classement des communes concernées.