Éolien offshore, éco-dialogue du Festival de Thau 2017

De gauche à droite : Olivier Guiraud, Thierry Salomon et Paul Neau.

C'est Thierry Salomon, ingénieur énergéticien, cofondateur de l'association négawatt, qui orchestre le sujet avec l'appui de deux intervenants : Olivier Guiraud, responsable du département "Éolien offshore Méditerranée" chez Quadran Énergies et Paul Neau, directeur du bureau d'étude spécialisé ABIES (bureau d'études en énergies renouvelables et environnement) dont il est le fondateur (1987).

Si tout le monde connaît l'éolien terrestre, l'éolien flottant reste pour la plupart d'entre nous une innovation sur laquelle on connaît peu de choses… Et pourtant ! Un peu d'histoire : 1991, la première éolienne terrestre française voit le jour à Port La Nouvelle… Même année au Danemark, ce sera la première éolienne en mer ! Le sujet "Énergie, le vent et la mer", choisi par l'organisation du Festival de Thau, a permis à une quarantaine de personnes de se documenter sur la production d'une énergie renouvelable quelque peu ignorée dans les détails (construction, avantages, inconvénients, démantèlement) par le grand public.

  • Deux sortes d'éolien marin :

1) L'éolien posé (fondations) se situe sur le littoral et à une quinzaine de mètres de profondeur. Son impact paysager est important. La production d'une éolienne voisine les 2 mégawatts.

2) L'éolien offshore est une éolien flottant loin des côtes (15km environ) avec ancrage dans des eaux atteignant plus de 50 mètres de profondeur. Le paysage marin est bien moins "détérioré". La puissance individuelle peut dépasser les 6 mégawatts. À l'heure actuelle cet éolien a "le vent en poupe" au Portugal, en Écosse, en Norvège, au Japon…

  • Deux projets, issus de concours, de 24 mégawatts (4x6) soutenus par la région Occitanie, concertées par le Parlement de la Mer et entérinées par l'État (le site d'Agde n'a pas été retenu):

1) Gruissan et Port La Nouvelle - Les éoliennes sont de fabrication allemande (pas de fabriques en France). Les flotteurs supports sont en béton (53-57m x 53-57m,10m de hauteur, 9000 tonnes), issus de l'exploitation pétrolière. La construction et la fixation de l'ensemble se fera sur le port. Un remorquage conduira le tout vers la zone choisie et amarrée ensuite aux points d'ancrage mis en place à 600m de la plate-forme. Ces attaches essentiellement en nylon tressé débuteront par une chaîne et seront maintenues par des flotteurs afin d'éviter le ragage (usure des fonds marins).

2) Leucate et Barcarès - Mêmes ingrédients que ci-dessus sauf dans la conception du flotteur : un triangle en acier (3 x 70m de côté, 25m de profondeur dont 15 immergés). Les lignes d'ancrage souples atteindront les 200m.

Ces projets seront opérationnels fin 2020, début 2021 (échéancier de l'ADEME et de l'État).

  • Les avantages de l'éolien offshore :

- les chantiers sont courts puisque l'éolienne est amenée sur site.

- les travaux ont lieu dans des zones portuaires proches donc locales (environnement adapté, économie locale avantagée)

- l'éloignement du littoral donne accès à un monde marin moins riche (plus de 7km, à 60m de profondeur). Les seuls usagers rencontrés sont les pêcheurs.

- le fait d'implanter une structure nouvelle va attirer la vie (dès que quelque chose flotte, le poisson arrive). Un lien avec la biodiversité va se créer.

- si l'accès au parc éolien sera interdit aux plaisanciers (sécurité) une collaboration est envisagée avec les pêcheurs professionnels (pêche durable, aquaculture…).

- le paysage est très peu affecté.

- l'impact économique (fiscalité locale, création d'emplois : 300 sur Port La Nouvelle, durée du projet chiffré à 20 ans…)

- le raccordement au réseau terrien est prévu en utilisant les transformateurs actuels (St Laurent La Salanque).

  •  Les inconvénients de l'éolien offshore :

- accès impossible aux chalutiers.

- l'impact balisage pour le domaine aérien (essais et concertations en cours).

La parole est ensuite donnée à l'auditoire. Des précisions sont fournies quant à la prise de position du Parlement de la Mer (nombreuses réunions et concertations). Les pêcheurs, partie prenante, ont toujours été représentés. Quant au coût et à la "rentabilité" de ces projets, il est précisé qu'au départ une subvention a été attribuée, que pour le moment cela revient à 260 euros le mégawatt/heure et que c'est très cher à cause de la phase pilote où "tout est à mettre en place". L'objectif est d'atteindre à la "vraie" production un coût aux environs de 100 euros le mégawatt/heure. À l'heure actuelle, dans le Nord de l'Europe, on avoisine les 50 euros du MW/h car "la phase de recherche" est terminée.

À la question : "Quel est le coût "carbone" de l'opération ?" Olivier Guiraud ne peut pas donner de réponse définitive puisque la chaîne de fournitures est incomplète. Paul Neau rajoute que le temps énergétique de mise en route atteint cinq années.

Le choix des sites s'est également fait sur l'évidence de proximité des entreprises concernées.

Autre question : "L'idée paraît tellement bonne que je me demande pourquoi "on" n'y a pas pensé avant ?" Réponse : "Nous n'avions pas de technologies prêtes !"

Quant au choix de la composition des flotteurs, il est dépendant de son coût initial et de son coût d'entretien. La résistance aux intempéries est évoquée ; les plate-formes actuelles sont de taille à affronter les tempêtes européennes. Dans les zones cycloniques, l'éolienne est "balayée". Cela n'empêche que des projets sont à l'étude (Île Maurice) et que des marchés émergents (Taïwan, Corée du Sud, Japon…) sont demandeurs donc… En ce qui concerne les tremblements de terre, l'impact est bien moindre.

Dernière question : "À qui appartiendront ces parcs ?" Réponse : "Les démarches sont différentes mais une part restera à l'actif de l'entreprise industrielle qui les aura bâti ; ensuite les investisseurs auront leur "mot à dire" tout comme les collectivités (région Occitanie, communautés de communes…). D'autre part, à hauteur de 1%, une collecte citoyenne sera possible et de ce côté-là, nous sommes très optimistes."

Sans minimiser les autres éco-dialogues, nous pouvons affirmer que ce dernier était attendu et répondait à un besoin. Heureuse initiative !