68 : révolte ou révolution ?

Michel Negrell, philosophe Mézois, réunissait ce jeudi 31 mai, à l'Atelier Dominique Schaetzel, une vingtaine de personnes en majorité "Soixante-huitard(e)s". Actifs ou "passifs" (car mineur(e)s au moment des évènements) chacun(e) a échangé… 50 ans plus tard, la cicatrice "positive" ou "négative" est encore à vif !

Michel découpe "son" exposé en trois mouvements en précisant que c'est sa vision des choses en tant que participant actif de 68 (étudiant essentiellement) :

  • « Mai 68 » n’est pas un mois : c’est au moins 10 ans, voire 20.  Mai – Juin a un avant et un après. Il y a l’amont et l’aval. En amont 54 ou 67, en aval 74 ou 77… les années qui ont précédé 68 ont vu le chômage doubler… un pouvoir d'achat s'effondrer… l'engagement des OS (travailleur non-qualifié) s'accroît, l'autorité des patrons se durcit, celles des enseignants ne fait plus recette… Les CAL (comité d'action Lycéen) se mobilisent contre les "lycées-casernes", réclament liberté d'expression, mixité, liberté sexuelle, contrôle des naissances… Déjà, en amont (de 54 à 62), c'est le temps des colères déterminées et de prises de positions contre : guerre d'Algérie et guerres coloniales, impérialisme américain en Indochine… également le refus du service militaire… Cette génération contestataire est influencée par Trotskistes, Communistes, Chrétiens progressistes… elle va former "les cadres" des prochaines mobilisations… Conséquence : les syndicats sont dépassés car bon nombre de non-syndiqués sont dans la lutte… tout va très vite… et le mouvement français rentre en échos avec le Mexique, l'Allemagne, l'Italie, la Tchécoslovaquie, les États-Unis, la Chine, le Japon, la Palestine…

Mai - Juin 68 est l’explosion d’un ras-le-bol dû à la rencontre du mécontentement populaire des années passées et de l’incapacité du gouvernement du capitalisme d’État de prendre une tournure libérale. L’étincelle qui met le feu… c’est la répression de la manifestation du 3 mai à La Sorbonne qui se transforme en émeute…

  • Il y a eu, toujours selon Michel, 3 mai…

1) Le premier est celui des revendications corporatistes étudiantes (apprendre) et ouvrières (produire). On s'exprime séparément mais on est solidaire… On innove : grèves, manifs, blocages, occupations et barricades. On fonctionne à l'action directe (je dis et je fais),… Virulence, dogmatisme et poésie règnent en maître dans les assemblées…

2) Le deuxième concerne la libéralisation des mœurs… il est porté par les étudiants et par les formules : « Jouissez sans entraves », « Vivez sans contrainte », « Il est interdit  d’interdit », « Soyez réaliste demandez l’impossible », « Ne travaillez jamais », « Désirer la réalité, c’est bien ! Réaliser ses désirs c’est mieux», « Je prends mes désirs pour la réalité car je crois en la réalité de mes désirs », « Oublier tout ce que vous avez appris. Commencer par rêver », « Il est interdit d’interdire », « Ne changeons pas d'employeurs, changeons l'emploi de la vie »… C'est l'éclosion du mouvement "hippie", des vies communautaires, de "l'amour libre", l'acquisition du droit à la contraception et à l'avortement… Sont évoqués aussi les droits des homosexuels, des enfants…

3) Le 3ème mai concerne l'unité étudiant-ouvrier… Les deux univers s'allient mais la méfiance est de rigueur… La génération les réunit, leur destin de classe les sépare. Pour les jeunes ouvrier(e)s, la libération des mœurs n’est pas prioritaire par rapport à la libération sociale des rapports d’exploitation et d’oppression du travail… Des comités d’action travailleurs – étudiants (CATE) voient le jour, mais rarement dans des entreprises… Les étudiants restent souvent à la porte des usines même occupées en raison d’une méfiance des ouvriers et de l’opposition des syndicats. Trop de politisation ? La jonction s’est effectuée mais sans assimilation…

  • Le 3ème moment a des allures de bilan…

En Mai 68  tous les militant(e)s, partagent le refus de la forme parlementaire de l’État (« Élections piège à con ! »), le constat que la gauche est récalcitrante voire hostile à l’autonomie ouvrière et étudiante. Mai 68 enseigne qu’un mouvement massif et joyeux ne suffit pas à faire céder l’État. Mai 68 enseigne que dans l’unité étudiant - ouvrier  la parité n’est pas possible. La question du rôle dirigeant est inévitable et l’existence d’une organisation politique est nécessaire… On distingue 3 catégories d'engagé(e)s :

- les contestataires (les plus nombreux)… 68 est un coup de pied dans la fourmilière politique : "Adviendra ce qui adviendra !"…

- les militants (Comités d'Action, coordinations)… libertaires, anarchistes, trotskistes (JCR) soutiennent et dirigent une cogestion "inter-classiste" de la société…

- les partisans de la révolution (Trotskystes Lutte Ouvrière, Maoïstes) entendent la mener sous la direction de la classe ouvrière notamment aux portes des usines…

Une chose est certaine, tous les révoltés de 68 ont dépassé la revendication pour la contestation du système capitaliste, beaucoup se sont néanmoins inscrits in fine comme force de pression sur le régime de démocratie parlementaire pour l’inspirer et le contrôler… On a certes raison de se révolter, mais cela ne suffit pas. Cela parait évident à la fin de la séquence 68, c’est-à-dire en 74 ou 77…

 Après un cours intermède de sustentation, l'assemblée a échangé : vécu pour certains, bilan pour les autres… Les comparaisons 1968-2018 sont allées bon train… Quoi de plus naturel ! Révolte ou révolution ? Si cette dernière est toujours en marche, il est de notre avis que MAI 68 ait été une révolte… cela n'engage que nous bien évidemment.À droite, Dominique Schaetzel, l'artiste plasticienne Mézoise, qui nous a gentiment accueilli dans son atelier.

Avec l'APAVH, Voyou, le beau chat, est à l'adoption

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"L'histoire de ma courte année de vie est triste, comme celle de milliers d'autres animaux sur cette pauvre planète. J'ai très certainement été donné lorsque j'étais un bébé à n'importe qui. Une fois que j'ai passé l'âge d'être un tout petit, je n'ai plus intéressé les membres de la famille. Du grand classique chez les humains. Ils m'ont donc tout simplement abandonné comme si c'était un acte normal et absolument pas grave. Un acte anodin dans de pauvres esprits. Je suis resté de long mois dehors... j'avais très faim et j'étais blessé. Je manquais énormément d'amour, je cherchais à rentrer chez des voisins, je cherchais désespérément une personne qui allait enfin me voir, je cherchais de l'aide tout simplement. ""J'ai mis du temps à en trouver... mon désarroi ne faisait que grandir... jusqu'à ce qu'une personne se mobilise enfin pour moi et contacte l'association. Merci du fond de mon petit coeur à cette personne. Ce fût la fin de mon calvaire de chat de rue. Depuis quelques semaines auprès de famille d'accueil, je revis ! Je suis enfin épanoui, je reçois enfin l'amour que je mérite et croyez moi je leur fais des milliers de ronrons et de bisous. Je suis devenu zen, tranquille, je ne suis plus inquiet( la preuve, je dors en montrant mon ventre ce qui est signe pour le chat d'une parfaite confiance)..."

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