Vins de nature dans un terroir d'exception.

 

Un groupe de passionnés s'est élancé de la gare de Vic-Mireval, sous la conduite de Florence Montferran, historienne-vigneronne du Clos de Mièges, sur les traces de l'introduction de  la vigne, deux millénaires et demi après les pionniers: grecs, étrusques, romains.
Moment d'émotion sur ces chemins près des étangs: Florence Montferran nous fait vivre ces habitants de ce pays, bien avant les romains, qui ont vu arriver par les étangs ces premiers commerçants-navigateurs. Nos ancêtres étaient potiers, forgerons, éleveurs, cultivateurs, pêcheurs. Les nouveaux arrivants (les migrants d'hier?) remontaient les moindres cours d'eau, Robine, Courren, Canebière. Quelques débris de poteries massaliotes (de Marseille colonie grecque dès le VII ième siècle avant notre ère) près de la résurgence de la Roubine en attestent. Mais on a aussi retrouvé des traces de la nécropole du Pigeonnier, et surtout des écrits anciens, des récits qui en parlent.
Rapidement la vigne devient prépondérante dans l'économie. Imaginez le trafic des amphores, les entrepôts, les chalands remontants les roubines, les échanges humains. Imaginez cette confrontation de civilisations, surprenante pour l'homme moderne qui craint tout, même ce qui vient de la mer. Imaginez la richesse des échanges au contact de ce qui est "étranger", la curiosité, les transferts de technologies, dans les deux sens, car les autochtones avaient une civilisation déjà bien structurée, avec ses oppidums fortifiés, ses routes, ses potiers, ses forgerons.
Si la description qu'en font les anciens donnent à penser que le vin d'Homère ( vin blanc, liquoreux, à la robe ensoleillée) n'était pas éloigné du nectar muscatier d'aujourd'hui, c'est bien Pline l'Ancien qui donne la description d'un raisin qui fait étonnement penser au muscat petit grains (petits grains précoces, sucrés et parfumés...)
Nous marchons sur ces chemins immuables, depuis la voie héracléenne, où serait passé le mythique dieu Héraclès ( qui deviendra le Hercule des romains) après avoir volé des taureaux noirs de la péninsule ibérique. Ces taureaux ont-ils engendrés les vigoureux bious de nos manades modernes, de nos razetades?

Cette nature semble immuable avec ses flamands roses, et un autre migrateur moins célèbre, un papillon, la vanesse du chardon, ou belle dame (en occitan, lo parpalhòl del cardon, ou bien vanessa). Ce papillon très répandu, orange et noir, décoré d'ocelles, parcourt au moins 4000 kilomètres, à 30 à l'heure, en se restaurant régulièrement.

Les romains instaureront une véritable viticulture, avec ses normes, ses mesures, ses villas. On imagine la vie grouillante dès cette époque sur ces chemins que nous foulons: les vestiges gallo-romains sont omni-présents. Cela a façonné l'époque moderne.

Plus tard, à la période nommée "moyen âge" dans nos livres d'histoires français, le "trafic" (mot occitan) est très intense sur ces chemins, sur ce littoral. Les abbayes contrôlent l'activité agricole et le commerce. Le sel, le poisson salé, le vin passent sur ces chemins, et sûrement bien d'autres denrées rares et chères, venues du commerce côtier: charcuteries, fromages, étoffes à la mode pour parer nos belles ancêtres, verreries, argenteries...
Nous foulons ces plantes halophiles de la sansouïre: salicorne, obione, soude kali, saladelles qui ont été tôt récoltées pour s'alimenter, mais aussi pour produire des amendements naturels, des cosmétiques (savons liquides, lessives), de la soude, dans l'industrie du verre pour abaisser la température de fusion du verre...

Après la promenade savante, une séance de dégustation de vins était organisée dans ce décor lyrique. La nature est bonne et généreuse à l'homme, à la femme qui sait la respecter. C'est pour cela que les vins ont été choisis dans l'esprit de l'harmonie avec la nature. Quatre vins vins sélectionnés selon un cheminement de découverte. On commence par un vin bio (sans intrant chimique) déjà bien plus riche en arôme qu'un autre vin. On passe progressivement à des vins en biodynamie, où le vigneron amoureux de son art s'attache les services de la nature elle-même pour produire des vins sans agression acide, sans âpreté, soyeux, faciles, digestes.

On termine par le vin nature du Clos de Miège, la cuvée d'exception "L'Originel", dans l'esprit des vins de la renaissance, dans l'esprit des antiques anciens.  Là on ne parle plus du travail de la vigne, mais de l'amour apporté à la terre(pas de soc tranchant de la charrue, on respecte le voeu de Mani, celui qui inspira les cathares, qui avant tout repas, demandait pardon à la terre d'avoir ouvert son sillon!), arrachage sélectionné de certaines herbes, élagage sélectif, vendanges vertes. On ne parle pas de taille de la vigne, mais de sculpture du cep. La tradition de taille languedocienne, en gobelet, permet en effet, par la répartition équilibrée des sarments, un ensoleillement et une aération optimale de l'aubre que-n-a la camba torta, le pied de vigne, lui permettant de se développer harmonieusement, et de résister naturellement et efficacement aux maladies.
Aussi il n'est pas étonnant de découvrir cette robe d'or et de lumière que Mani aurait mise sur le compte la lumière d'Ahura Mazda, principe du bien venant éclairer les ténèbres d'une infinité de particules d'énergie solaire.
Et puis cette explosion de senteurs et d'arômes en bouche: du coing sur-mûri, de l'orange confite, cette rondeur...et cette longueur de vie.

RR