Avec « Rêves d’une poule ridicule » un regard cru sur la société

La 1ère soirée de la saison “En Poussan ta porte” 2018-2019, déjà la 4ème édition, se déroulait ce 5 octobre !

Elle a surpris tous les spectateurs et rencontré un très beau succès. Pourtant cet événement s’annonçait encore une fois particulier, décalé, et comme on allait le découvrir, il allait se dérouler sans une phrase durant plus de 50 minutes. Cela se passait dans un très beau jardin, au milieu des vignes, au nord-ouest de Poussan.
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Au programme, « Rêves d’une poule ridicule », de la Cie Hyppoféroce chez Ghislaine et Lionel Vergues très heureux d’accueillir  la troupe mais aussi un très nombreux public venu de tout le Bassin de Thau.

Hyppoféroce est une conséquence de la paraphasie naissante de l’équipe artistique. Les acteurs ont distordu les mots et  ils sont ainsi devenus un mélange incongru de plusieurs sens.

« De l’hypophyse, ce petit pois dans le cerveau relié à son hypotalamus qui génère notre émotion et nos besoin primaires en passant par l’hippocampe, ce gros vers où siège notre mémoire, l’hyppoféroce est le fruit de notre imagination débridée. Il est en forme de cavité, réceptacle de l’intuition et du sensible et siège entre les deux yeux tel un troisième œil. Il transforme la matière sensible d’une manière farouche et non domestiqué en acte créatif. Si cet organe est empêché ou obturé, il transforme la personne en un être cruel et orgueilleux dénué de toute humanité. » précisaient les acteurs.

Dans leurs différents spectacles ils partent d’une analyse du monde moderne. Ils cherchent la cause et les conséquences des Hyppoféroces obturés donc malades et ils témoignent et transforment leur ressenti en acte poétique.

« Le poétique s’inscrit alors dans les mots et l’écriture (Cyrille Atlan, autrice), dans la matière et la manufacture (Gaëlle Pasqualetto, manufactrice) ainsi que dans le son et la composition musicale (Yannick Harnois, compositeur). Forts de leur expérience commune, ils jonglent avec ces différents domaines artistiques au service d’un propos engagé sur les fonctionnements sociétaux. »lisaP1140705

Des thèmes forts comme la cruauté, le pouvoir, la mondialisation, la malbouffe, l’exil, la mort éveillent sans cesse leur besoin inconditionnel de dire et de comprendre.


 Une soiré douce, qui s’annonçait hors du commun, avec des  Hyppoféroces qui  revendiquent leur langage singulier relié à la musique et aux différentes transformations scéniques.
Christophe Mora à réalisé et intégré le jeu de lumière directement à « la table scène» afin d’acquérir une complète autonomie technique

On y retrouvait : Gaëlle Pasqualetto – Comédienne – Marionnettiste, Cyrille Atlan – Comédienne – Auteur – Metteur en scène, Tamara Incekara – Comédienne – Marionnettiste etYannick Harnois – Accordéoniste

lisaP1140739Avec eux, nous sommes rapidement plongés dans un univers  qui laisse peu de chances à la volaille. Trois femmes,  travaillent dans une batterie à poulets.


" Ce jour-là, elles tombent sur un œuf. La poule chétive et ridicule qui en sort va bouleverser leur chaîne et leurs habitudes. Elles vont, chacune à leur manière, tenter de sauver leurs restes d’humanité en choyant les rêves de cette pauvre poule épuisée."


  "D’abord il-y-avait l’œuf. Ou la poule? Et puis, il fallait une victime. Le monde moderne l’a désignée : la poule et toute sa batterie. Depuis qu’elle a endossé ce rôle, elle ne va pas très bien;"

"la poule. Alors elles, les sœurs Poulardovski, avec l’aide de leur cher Fiodor(Dostoïevski), elles ont décidé d’en sauver une. Poule. Et l’œuf alors? Et bien c’est un rêve, l’œuf. Tout fragile comme sa coquille. Oui, Madame! Alors l’œuf ou la poule ? Cococococotttt Codex……. » »

L’on oscille alors entre la marionnette et le masque dans un univers sonore, vivant et vibrant, sans parole. Les acteurs ont trouvé un langage singulier relié à la musique et aux différentes transformations scéniques.

Mais comme le précise la compagnie, Avec « Rêves d’une poule ridicule », le poulet est comme victime emblématique car pour eux, parler de la « malbouffe » et de la surconsommation aux enfants était une gageure.

« Nous voulions nous y confronter car nous considérons que notre travail artistique a du sens, à partir du moment où il rejoint celui de citoyens hommes et femmes engagés face au monde dans lequel nous vivons. Décortiquer notre assiette, c’était porter un regard parfois cru sur la société moderne. De cette assiette, nous avons gardé le poulet comme victime emblématique de la mondialisation agro-industrielle, de nos civilisations occidentales modernes. Réponse à notre surconsommation. : la surproductivité. »
Et ils rajoutent : « Celle-ci nous a éloigné d’une réalité humaine pour entrer dans une démesure ultra-intensive, d’une société qui va toujours plus vite, qui a rejoint les descriptions des romans d’anticipation. Nous nous sommes alors documentés. De Georges Orwell à Noam Chomsky, notre consternation grandissait en même temps que la pertinence d’aborder un tel sujet."
 
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"Fiodor Dostoïevski et son « Homme Ridicule » sont alors venus frapper à la porte de l’atelier avec leur récit sous le bras. "Ainsi est née l’histoire de leur poule ridicule.

« Ridicule car petite, déplumée, inconnue pour une bonne partie de la planète. On mange du poulet sans trop savoir d’où il vient comme on gobe des idées sans trop savoir qui les a pondues. Ridicule car maigre, molle, idiote, inintéressante sans épice, ni cuisson.
Cette poule ne fera pas un rêve, mais plusieurs. Ceux-ci seront salvateurs et l’amèneront jusqu’à l’envol. Car l’on ne peut envisager une aventure sans une échappée finale lumineuse.« 

Et pour finir, la Compagnie tient a cité Karl Marx :
« La critique a saccagé les fleurs imaginaires qui ornent la Chaîne, non pour que l’homme porte une chaîne sans rêve ni consolation, mais pour qu’il secoue la chaîne et qu’il cueille la fleur. »

La Cie Hyppoféroce a bien remué la chaîne et abordée durant ce spectacle des sujets qui sont souvent mis de côté pour ne pas mettre en question un système bien établi. Avec beaucoup d’humour Hyppoféroce a réussi à nous faire réfléchir, a laisser s’envoler quelques fleurs que certains auront saisies, et presque sans un mot, un exploit.

Mathilde Feuerbach précisait que 3 autres spectacles toujours aussi surprenants seraient proposés durant la saison avec même une déambulation.

La soirée pouvait se poursuivre en toute convivialité, en plain air et dans un jardin qui se faisait un plaisir d’être à la fête avec près de 160 spectateurs qui avaient envie de poursuivre la soirée entre copains et amis.

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