Jacques Prunac, boulanger et félibre.

 

 Jacques Prunac (1787-1865) est passé à la postérité comme boulanger-poète. Poète de langue d'Oc, apprécié par le félibre Reboul, de Nîmes et "mémé de gens d'esprit". Il a laissé, parmi d'autres, un recueil "Les fougasses" qui brode autour de sujets sétois et nous fournit aussi des indications sur Cette au milieu du XIXème siècle.

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Au 6 de la rue Frédéric Mistral, une plaque rappelle que Jacques Prunac vécut là. Il y travailla vingt ans après son père, venu de Mèze. Il vint au monde avant que ne se lève la tourmente révolutionnaire.

prunP1010280Cette époque "si noire" pour les Prunac car, aux dire du poète, c'était "un temps profanateur qui faisait les martyres". "Ses parents n'acceptèrent pas la Constitution civile du clergé" et quand vint la Terreur et les épisodes de la déchristianisation se réfugièrent au nord de Nîmes. Et là, "D'humbles toits s'érigèrent en demeures sacrées / De charme plus heureux que les voûtes dorées".

Autour du hameau-refuge, comme nous explique l'introduction au volume, se pratiquait le culte clandestin des prêtres réfractaires. De ces mystères rustiques, J. Prunac reçut une impression profonde, exaltée encore quand "Pour la première fois, le pain Eucharistique/ M'exprima le plus beau de tous les souvenirs". Soixante ans plus tard, pour le boulanger de la rue des Hôtes (ancien nom de la rue Mistral), l'émotion était toujours là. Ni le pétrin, ni la fréquentation du monde (marié, il eut 3 enfants) n'affadirent une religiosité très présente dans ses vers.

 Et il fut de ceux qui adhérèrent au culte marial développé dans les années 1850-1860 et se réjouit de l'érection de la statue de la Vierge sur le clocher de Saint Louis.

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Comme nous le dit le poète, la statue "Destinada au clouquié de Saint-Louis" fut en 1820 présentée à "Mountpeye", "Din lou palay de l'Industria". "Davan la viergé, on s'extasia", écrit celui qui, de toute son âme religieuse, trouve l'œuvre "Pu granda qué la pyramida" et prédit "Couma vas playré à mons pris !".

Si dans l'envoi du poème, J. Prunac écrit que "Dessus lou clouquié, tou imagé" / Dé la tempesta et dé l'ouragé / Preservara notre peis", ce qui sent un peu la superstition ; il constatait aussi : "Régnaras sus nostra marina / Quand séra jouta tous regard". Et il voyait juste quand il anticipait : "Das marins séras la planéta / Car sies l'estela de la mar". Certes, sans doute peu de "marins" saluaient la Vierge "en arrivan, en partan". Ils se recommandaient aux puissances célestes plutôt en saluant le "Saint Christ", ce crucifix implanté dans les pierres du môle. Mais tout catholique connaît l'exorde de l'Ave Maria. Et la prière à la Mère auxiliatrice montait aussi aux lèvres face aux périls.

 

Et entre les deux guerres, il est arrivé que les têtes chaudes (les Insoumis de l'époque) en perdition dans le golfe du Lion invoquent le Saint nom de la "divina Mera". Réchappés du danger, ils allaient à Saint Louis entendre la messe. Et, sans doute comme le boulanger, dire tout haut ou en eux-mêmes : "Bénis, bénis, Viergé Maria !" 

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