Centenaire du 11 novembre: ces massacres qu'on aurait dû éviter


Une assistance nombreuse, beaucoup de jeunes en cette commémoration de la Paix de 1918, après les terribles carnages de la guerre de 14-18.
Les symboles de la République devant le monument aux morts: drapeaux, uniformes, médailles, discours du Maire, Hymne national chanté par les élèves de l'école primaire, anciens combattants, décorations, la Chanson de la Butte Rouge chantée par la chorale a donné la parole aux poilus(C'qu'ell' en a bu, du beau sang, cette terre !/Sang d'ouvriers et sang de paysans,/Car les bandits qui sont cause des guerres,/N'en meur'nt jamais, on n'tue qu'les innocents !).
Madame le Maire citait Charles Péguy, la Bataille de Bouvines*, la révolution Française. Elle a découvert la plaque qui a changé notre "Placette" en "Place des Poilus". Inauguration suivie avec émotion par tous. Les trois militaires morts en 2018 sont cités, (morts en service en Iraq, et au Mali: Mougins, Dernoncourt, Pochylski)de même Arnaud Beltrame, mort à Carcassonne en sauvant un otage. Une minute de silence est respectée. Monsieur Roméro, des anciens combattants décore le gendarme Gavot. Monsieur Sablier, ancien combattant prononce le discours du Président.
Dignité du recueillement pour célébrer près de vingt millions de morts, et autant de victimes survivantes, blessés, veuves, orphelin, dont deux tiers étaient étrangers à l'Europe: peut-être les grands parents de ceux qui meurent aujourd'hui sous les bombes au Moyen-Orient, en Afrique, ou tentant de traverser la Méditerranée. Ce sang mêlé qui a abreuvé notre terre sera-t-il garant de la paix?
Le sang versé à Valmy en 1793 devant la barbarie des aristocrates coalisés de l'Europe entière a sauvé la République. Il a fait de nous des citoyens.
Le sang des résistants de 39-45 nous a sauvé de la barbarie. Peu sont au Panthéon!
Mais le sang versé en 14-18 fut du sang d'ouvriers de paysans contre des ouvriers, des paysans, chair à canon. Sang versé pour compétition des nations et des puissants pour la conquête coloniale.
 
Aujourd'hui, 11 novembre 2018, la guerre n'a pas de répit le jour de la Grande Paix.
149 morts à Hodeida, au Yemen. Si loin de nos poilus, et si proche en même temps.
Qui sont les assassins? Qui sont les nouveaux héros et de quelle Patrie? Qui en fera des nouveaux martyrs?
En 14, avant de partir en guerre, Charles Péguy soufflait le patriotisme:

Heureux ceux qui sont morts pour la terre charnelle,
Mais pourvu que ce fut dans une juste guerre.
...Heureux sont ceux qui sont morts dans les grandes batailles,
Couchés dessus le sol à la face de Dieu...
heureux les épis mûrs et les blés moissonnés.

Charles Péguy mourra au combat, après un mois de guerre, en s'écriant "Mon Dieu, mes enfants". Charles Péguy repose heureux au paradis, avec 20 millions de morts.
Anatole France écrira plus tard: "On croit mourir pour la France, on meurt pour les industriels".
La Paix "parenthèse entre deux massacres de peuples" ne durera guère.


Le fracas des armes ne s'est jamais éteint. Les armes que nous vendons.
On nous dit que les contrats d'armement rapportent des milliards et font travailler des centaines de personnes.



L'assistance se retrouve autour d'un pot convivial.

                                                                          

René Rispoli

* La bataille de Bouvines est une victoire de Philippe-Auguste contre une coalition de seigneurs français, flamands,  allemands, anglais.
Son effet essentiel sera de priver Jean Sans Terre de son fief d'Aquitaine.
La bataille de Bouvine est considérée dans certains milieux comme la première expression de la nation française.

  • Rappelons que Philippe-Auguste, à son arrivée au pouvoir est à la tête d'un royaume étriqué, ne dépassant guère la région parisienne. Son arrivée au pouvoir est marquée par le renvoi des juifs, la ré-ouverture des tripots et des maisons-closes. Philippe-Auguste inaugure Notre-Dame et rénove et agrandit Paris. A son accession au pouvoir, il est le Roi des Francs, et se fait appeler "Roi de France", premier capétien à porter ce titre. Il ré-organisera les bandes de mercenaires, préfigurant l'armée de métier.
  • Jean Sans Terre, c'est le fils d'Henri Plantagenêt et d'Aliénor d'Aquitaine. Il est le frère de Richard Coeur de Lion. Il est à la tête d'un des plus grands domaines européens: de la Normandie aux Pyrénées, et de l'Atlantique aux Alpes. Le rattachement de l'Aquitaine au royaume, et surtout le refus des pairs de France de reconnaître les droits des Plantagenêt sur la couronne de France, par la suite, ont provoqué des siècles de guerre. De cette époque nos manuels patriotiques retiennent la guerre contre les "anglais", pour désigner en réalité la guerre contre l'Aquitaine, la Guyenne, l'Armagnac...(tout comme la bataille de Poitiers était déjà dirigée contre les aquitains autant que contre les arabes)
  • Le Languedoc, la "Septimanie" n'ont pas une histoire capétienne, ni franque.
    Le Languedoc, Montpellier, sont liés au comte de Toulouse, et une entente est scellée avec Pierre d'Aragon, seigneur de Montpellier, de Rodez, du Gévaudan. la suzeraineté au roi des Francs est distendue. la civilisation est prospère, brillante: commerce, artisanat, sciences(Gerber d'Aurillac père de l'école scientifique moderne européenne), arts(troubadours), industrie(moulinages du Bajazet à Toulouse), universités, tolérance des religions, droit des femmes. Mais au début du XIII ième siècle Philippe-Auguste et les barons français, au nom de l'église lancent la terrible guerre de conquête dite "croisade des albigeois", et sa litanie de massacres qui vont anéantir tout ça ("tuez les tous, dieu reconnaitra les siens", déclara Arnaud Amaury, légat du pape devant Béziers, massacres de Marmande, de Carcassonne, buchers de Minerve, de Montségur....).  La débâcle de Muret (1213) fait entrer Toulouse sous la coupe du roi de France. L'Inquisition est mise en place. Par bonheur Montpellier reste dans le royaume de Majorque et profitera d'un siècle et demi de libertés, libertés d'enseigner à l'université, liberté de commerce, alors que l'Université de Toulouse est rattachée à la Sorbonne et subi la censure. 
    Il s'en suit des siècles de guerre, au prétexte de la religion, mais en fait guerres d'opposition au roi de France. Au début du XVIIIième Louis XIV assiège Bordeaux, Montpellier (voir l'inscription sur le Peyrou, symbole de la main mise du roi de France sur la région, voir aussi le plan de la Citadelle qui s'ouvre sur la ville, pour mieux la mater!), Marseille.
  • c'est sous la Révolution française, à la fin du XVIII ième siècle que naîtra vraiment le sentiment national.