Votre facture d'eau expliquée grâce aux "Amis Vicois"

   

 

Ce jeudi 10 janvier 2019, l'association conviviale du bien-vivre ensemble à Vic-la-Gardiole, les Amis Vicois, avait invité un spécialiste en matière de gestion de l'eau: Georges Nidecker, élu municipal à Vic, délégué au Syndicat de Bas Languedoc ( SBL ).
Il était plus particulièrement question de la facture d'eau, celle que nous recevons deux fois par an.
Cette facture à laquelle même les plus assidus ont du mal à comprendre grand chose, un peu comme une feuille de remboursement de la mutuelle.
Et pourtant Georges Nidecker va réussir le tour de force de nous expliquer qu'un prix de l'eau, cela se construit.
Il va nous faire enter dans les tuyaux secrets de cette facture, cette pompe à débits à laquelle nous ne saisissons goutte,  cette facturation que nous payerons en liquide où en monnaie courante, fuyante comme l'eau vive, nous la paierons comptant mais guère contents, sans idée même de fuite, sans épanchements. Les flux de la foule se font parfois sans tourbillons, sans débordements.

C'est une assemblée motivée qui a suivi avec attention les explications du maître:  la motivation était de tenter de comprendre, une fois l'eau bue, l'explosion de la facture, le pourquoi de cette augmentation annuelle de 70 € de l'abonnement.
Une douche glacée pour beaucoup d'entre nous !
Ceux qui ont l'esprit tourné vers la sobriété, le respect de Dame Nature, ceux qui économisent chaque demi-chasse d'eau, chaque baignoire, chaque douche ont trouvé la pilule amère: on frise les 7 € le mètre cube, quand les plus dépensiers ne débourseront, eux,  pas moins de 4,4 € le mètre cube d'eau tombée du ciel, et mise dans des tuyaux.

La facture d'eau est salée.
C'est Suez qui la signe, car  SAM (Sète Agglopôle Méditerranée) a choisi ce grand groupe français pour effectuer ce travail de facturation. Pour cette fois, ce n'est que le bouc émissaire: les responsabilités de l'explosion du coût de l'eau à Vic sont à rechercher ailleurs.
Bien vite, même passée à l'adoucisseur des humeurs, le coût de cette eau-ci a conservé un goût amer d'eau-de-là inoubliable pour les vicoises et vicois.

Comme pour toute denrée marchande, il y a l'eau avant usage, qu'on appelle "eau potable", et les eaux usagées.
Les eaux de pluie, "le fluviatile", viennent rejoindre les eaux usées, cela forme l'assainissement.
Les eaux potables font l'objet d'un abonnement fixe, et d'une partie proportionnelle à la consommation. La facture n'est donc pas proportionnelle à la consommation, ce qui n'encourage pas ceux qui consomment peu, ceux qui ont le souci d'économiser la ressource.
Les relevés de consommation sont effectués automatiquement par télé-relève, plus de mystère, on économise le personnel et votre consommation est suivie d'heure en heure.
De même pour les eaux usagées ( " l'assainissement "), qui ont leur propre barème, mais qui sont calculées sur la consommation de l'eau potable.
C'est pourquoi les forages sont à déclarer: les eaux de forage ne doivent se retrouver ni dans l'assainissement ( pour des raisons de coûts non déclarés), ni dans les eaux potables (pour des raisons sanitaires,  il faut mettre un clapet anti-retour afin ne pas risquer d'empoisonner son voisinage).
C'est le Syndicat Mixte du Bas-Languedoc ( SBL ) qui assure la collecte, le contrôle et le traitement de la qualité de l'eau potable,  et sa distribution.
Il opère sur un grand territoire allant depuis Saint-Georges d'Orques jusqu'à Agde/Vias.
Nous buvons essentiellement  de l'eau en provenance de la nappe phréatique alluviale de l'Hérault (usine de Florensac) et de l'eau du Rhône ( pompée en amont d'Arles ), vendue par la société BRL (Bas Rhône Languedoc), et acheminée par le canal Philippe Lamour, puis par conduite. Cette eau est achetée 0,50 € le mètre cube. Il est à noté que Sète est en partie alimenté par la source de la Vène, à Issanka ( mot occitan qui veut dire "résurgente" - féminin du participe présent du verbe eissir, sortir ). Le contrôle de la qualité et l'adduction de cette eau sont réalisés par le SAGE de Thau (Syndicat d'assainissement et de Gestion de l' Eau).
La multiplication des points d'approvisionnement permet la sécurisation de la distribution de l'eau sur l'agglo.
Pour l'adduction et la distribution de l'eau, SBL a confié le marché à un prestataire privé: le groupe Suez.

Les Amis Vicois auront compris à la fin de l'exposé de Monsieur Georges Nideker, que l'augmentation de leur facture est liée

  • Aux travaux réalisés (réfection du collecteur principal de Vic…) ou à venir (Station d'épuration de Sète…) que toutes les communes adhérentes doivent financer.
  • A l'uniformisation des prix de l'assainissement sur les communes de THAU Agglo pour porter le prix unitaire à 1,70 €, lorsque la compétence assainissement a été transférée à l'agglo.
  • A la création d'un abonnement de 70 € suite à la fusion de Thau Agglo avec la Communauté de commune du Nord bassin de Thau dont la facture incluait un abonnement. Comme cette décision a été prise après l'émission de la dernière facture 2017, une partie de l'abonnement de 2018 n'a pas pu être facturé fin 2017... donc il faut payer 70€ pour 2018 et 35€ pour 2019, soit un montant de 105 €, que la baisse du prix du m3 n'arrive pas à effacer, surtout pour les petites consommations.

 

 

Merci, Monsieur Georges Nidecker pour vos explications claires d'un problème complexe, mais qui nous touche quotidiennement, depuis le goût de l'eau jusqu'à notre compte en banque.

Maintenant, entre les usagers vicois désormais éclairés peut s'engager un échange de points de vue qui n'engage plus l'expert.
Voici ce qu'on pourrait entendre en se penchant par dessus l'épaule des mamans joueuses de pétanques et des papas au sortir de la crèche:

On nous avait expliqué qu'on fusionnait pour abaisser les coûts.

On va "mutualiser les moyens", nous a-t-on affirmé, avant qu'on vote.
Aujourd'hui, on nous explique que l'augmentation est due à l'effet de structure: une petite structure pas chère comme la nôtre, en fusionnant avec une grosse structure chère, cela produit un prix en forte augmentation pour la petite structure.
On nous a déjà fait le coût avec la région: on a bien noté que de Languedoc-Roussillon à Occitanie on nous raconté les mêmes contes à dormir de bout.
Le principal , s'est d'y croire, comme pour le père Noël.
Ieronimus Bosch nous a tout expliqué il y a tout juste cinq-cents ans. Regardez le tableau "l'escamoteur". Vous êtes le personnage principal de ce tableau. Vous êtes-vous reconnu(e) ?

On constate que la régionalisation la métropolisation conduisent aux effets contraires de ceux annoncés:

  1. augmentation des charges
  2. déficit démocratique par éloignement des citoyens des centres de décisions. La gestion devient technocratique et opaque.


L'usager-payeur, trop souvent considéré comme un consommateur, est bien en droit de se demander si tout cela ne ressemble pas à ce qu'à Sète on appelle  "des craques". Et ma belle-mère qui en rajoutait toujours une louche appelait ça "des craques à l'huile" ( l'huile ça te ferait passer même le plus estoufarel des pastis ).

S'il est perspicace, l'usager citoyen se posera la question du retour en régie publique, ou de la privatisation.
Sur l'Agglo de Sète la plupart des services publics sont systématiquement mis en délégation au privé.
On s'apercevra vite que les délégations sont données à de grands groupes, comme Suez, à Sète, ou Véolia ailleurs.
Ces groupes pratiquent un lobbying effrayant pou conquérir de nouveaux marchés ( voir les procès pour Suez à Jakarta, à Casablanca, voir aussi les déboires devant les tribunaux de Car Postale le groupe suisse qui fait rouler les bus jaunes de l'agglo, sans parler de Nicollin ou autres). 
Suez et Véolia font partie des grands groupes français du CAC40 dont le chiffre d'affaire ne cesse de croître.
Ils possèdent des filiales partout dans le monde, y compris dans les paradis fiscaux.
Ils diminuent leurs effectifs en France.
Ces groupes servent les deux tiers de leurs bénéfices en cadeau à leurs actionnaires. 
Leurs dirigeants proviennent souvent de la haute administration française ( conflits d'intérêts: ils arrangent eux-même la réglementation en vigueur pour satisfaire leur besoins ).
Enfin, ces groupes Suez et Véolia dépensent des sommes folles en lobbying pour empêcher les collectivités territoriales à un retour en gestion publique de l'eau, comme c'est le cas dans l'Essonne, pourtant dirigée par un président LR, idem en Indonésie ou au Maroc !
Ces groupes s'entendent pour fausser la concurrence et maintenir des prix hauts.
Et, malgré tout cela, ces groupes sont les vrais assistés de l'Etat français: Une multinationale coûte en moyenne 300 millions d'euros à la société, par les allègements de cotisations, les crédits d'impôts, la précarité et la pollution ( voir le dossier sur BastaMag).
Ces multinationales n'épargnent même pas l'environnement, ce sont les plus grosses pollueuses et elles éreintent le tiers-monde (voir le dossier sur La Relève et la Peste).


Aussi il est étonnant de voir que - mis à part quelques conseillers de gauche militant pour le retour en régie publique de l'eau - le conseil d'Agglo ait décidé la privatisation complète du service de l'eau à une très large majorité.
La question du retour en régie publique se pose avec urgence aujourd'hui.
Aujourd'hui le réseau d'eau de SAM est surtout remarqué pour ses fuites, dues au vieillissement et à la mauvaise qualité du réseau.
Seule une régie publique agira pour entretenir, rénover, étendre le réseau.
Naturellement la Régie Publique doit impérativement s'accompagner d'une gestion efficace, à la pointe du progrès, d'un management humain et moderne pour le personnel: c'est le rôle des politiques de mettre cela en place.
En privatisant, ils bottent en touche, pervertissent la démocratie. 
Aujourd'hui on a des effets de manches et un discours de langue de bois, une lutte des places dans les institutions territoriales,

Et l'usager, le contribuable, le citoyen payent les pots cassés.

                             
 

 RR