Un Grand Débat à l'initiative de l'équipe municipale réunie

Une bonne centaine de personnes a répondu à l'appel de l'équipe municipale unie autour de l'organisation de ce Grand Débat National, suite aux mouvements des Gilets Jaunes.
C'est bien, mais sur plus de 3 000 habitants, ce n'est ni représentatif, ni satisfaisant.
Outre Madame le Maire, Magali Ferrier et son équipe réunie, Monsieur Demoulin, député de circonscription de la Majorité présidentielle, avec lui-aussi son équipe, disponible sur tous les sujets, montrant son goût pour les discussions ouvertes, franches et directes, dans un réel esprit de clarification et d'échange, de respect des désaccords également.
Un professeur en sciences politiques à la faculté de droit animait et modérait le débat, de façon claire et posée, intelligente.
Il faut noter la qualité et la tenue des interventions.
Des opinions parfois jugées incompatibles ont pu se côtoyer, se confronter, dans un esprit constructif et de de respect mutuel.
Il est dommage que la majorité des intervenants représentaient la même classe d'âge: les retraités.
Néanmoins quelques personnes plus jeunes, en activité, ont fait des interventions remarquées.
Il est à noter qu'on a entendu des interventions techniques, techniciennes, érudites, des interventions de spécialiste.
On a entendu aussi des interventions pour rappeler à la première catégorie d'intervenants l'urgence sociale dans laquelle on se trouve, et qu'il faut trouver d'urgence des solutions fortes et nouvelles pour rétablir l'harmonie sociale.
Les sujets sont abordés par thèmes, comme avaient été remplis les cahiers de doléances.
L'équipe municipale avait assurée la très lourde tâche de les éplucher, de classifier, et de noter les fréquences de chaque remarque écrite.
Le débat est enregistré.
Nous ne ferons pas ici un compte rendu exhaustif de quatre heures de débat, riches et contradictoires.

                   
FISCALITÉ et JUSTICE SOCIALE
Fin des "privilèges" des parlementaires. Le modérateur fait remarquer que cela ne représente que 0,1% du budget.
Le député Demoulin détaille son salaire(5300€), ses frais de personnels (4 attachés parlementaires ) (9000€), ses frais de mandat (5500€) pour louer sa permanence, se déplacer. Bref, on est loin des revenus des grands artistes, des grands patrons. Et le travail n'est pas fictif!
Une revendication fréquente est celle de l'impôt indirect, c'est à dire sur le revenu, pour tous, avec des tranches suffisamment nombreuses pour limiter les effets de seuil.
On fait même remarquer que les taxes ( TVA, Carburant, CSG....) sont malheureusement devenues la première ressource de l'État.
Il est évoqué également le rétablissement de l'ISF (au moins 3 milliards d'euros). Malheureusement l'ISF épargne les plus grands revenus, qui ont profité des nombreuses stratégies d'évitement de l'impôt, mises en place par tous les gouvernements: le France est le champion de la fraude fiscale.
La lutte contre la fraude fiscale-de l'ordre de mille milliards d'euros (manque estimé pour l'État de l'ordre de 100 milliards d'euros) et la suppression du "verrou de Bercy", cette disposition qui soumet les investigations financières du Parquet ( Ministère de la Justice) à l'accord préalable du Ministère des Finances apparaissent en première préoccupation des vicois. Des milliers de français développent des stratégies connues pour échapper à l'impôt.Les tenants du verrou de Bercy évoquent une sorte d'invitation à la repentance et au retour des riches français fraudeurs. Le français "moyen", le citoyen respectueux des lois de la République appréciera !
Pour lutter contre la fraude fiscale, le modérateur invoque l'Impôt Universel, qui existe dans quelques pays ( par exemple les USA, la Suisse). Le ressortissant de ce pays, vivant à l'étranger paye l'impôt de ce pays, puis le différentiel, s'il y en a dans son pays, sous peine de perdre sa nationalité. L'évasion fiscale est éradiquée.
Est également évoqué le CICE ( 20 milliards d'euros par an) sont versées par l'Etat aux entreprises, sans aucun contrôle, ni aucune évaluation du dispositif.
Le secteur de l'entreprise privé vit ainsi au dépend des deniers publics, à l'heure où on parle de dette publique et de rigueur, d'économies pour les fonctionnaires. C'est un renversement des valeurs du système libéral: l'entreprise devrait rapporter au pays et non coûter.
Des voix se lèvent pour rappeler que nous sommes réunis à la suite du mouvement des Gilets Jaunes, et qu'ils sont le reflet de travailleurs pauvres, de jeunes ménages en difficulté exprimant un sentiment d'injustice: eux n'en sont pas à ouvrir un compte au Panama, ni à s'exiler en Suisse! Certaines voix disent le manque de réactivité du gouvernement face à ce mouvement social. Il est insisté sur ces travailleurs qui ne gagnent pas leur vie. La France des élites, des grandes écoles, de l'entreprise semblent sourde à ces difficultés. Des mesures significatives sont attendues.
DÉMOCRATIE
Il est évoqué le nombre jugé par certains trop grand de parlementaires, mais en face apparaît la nécessité d'une représentation proportionnelle(moins de parlementaires, moins de courants représentés).
Le vote uni-nominal à deux tours, avec majorité absolue au premier tour, tel qu'il existe a été mis en place avec la V ième République, a favorisé les grands partis les plus consensuels, afin de limiter le poids de gros partis politiques plus ouverts à des changements. On a pu en voir l'effet pour les municipales à Sète, et à Villeneuve lès Maguelone. Dans ce système, certains électeurs, toujours les mêmes, sont moins représentés. Cet effet pervers, est accentué par un découpage électoral réalisé sur mesure: les électeurs de la 8ième circonscription de l'Hérault en savent quelque chose, puisque le redécoupage aberrant de cette circonscription  a été étudié pour éliminer le député sortant de Sète, il y a dix ans. Il y a d'une certaine façon, confiscation de la démocratie représentative. Il s'en suit une perte de confiance dans le système démocratique: abstention, incivilités, violences...Le modérateur a évoqué une dose de proportionnelle (25%), mais, selon son éminent collègue Dominique Rousseau ne pense pas du tout ainsi et prône la proportionnelle intégrale.
Il est évoqué également la trop grande personnalisation d'un régime devenu trop présidentiel, trop influencé par l'image et le poids des médias, et du vœu de revoir le retour au septennat, séparé des élections législatives.
Sont également dénoncés la perte des pouvoirs de la Commune,  l'éloignement du centre des décisions, le manque de moyens locaux. La disparition des corps intermédiaires (collectivités territoriales, syndicats, associations...).
On dénonce les doubles fonctions, le cumul encore trop grand des mandats.
Sont dénoncés également les conflits d'intérêts. En particulier la perméabilité entre la haute-fonction publique et les grandes entreprises, ce qui fait que les lois, les règlements sont écrits, non pour l'intérêt général, mais pour les industriels et les banques.
Certaines personnes soulignent les contradictions dans lesquelles on vit: il est toujours proposé de réduire le service public, le nombre de fonctionnaires, et en revanche, ce sont les premières revendications entendues dans les manifestations des Gilets Jaunes.
Un grand projet doit être mis en œuvre pour l'école, pour la jeunesse. L'école doit affirmer la laïcité, la citoyenneté. Elle doit avoir de véritable moyens pour contribuer au ciment social. Elle doit mieux lutter contre l'illettrisme.
Le secteur associatif est un puissant levier pour contribuer au ciment social ( éducation spécialisée, culture, grand-âge, handicap..). Il est laissé à l'abandon.
De plus l'école ne doit pas être seule, la citoyenneté ne doit pas s'arrêter à la porte de l'entreprise. Il semblerait que l'esprit d'entreprise, de la compétition à tout crin envahisse toutes les sphères de la société: celles des entreprises, de l'école, du sport, de la fonction publique, de tous les grands secteurs d'activité (eau, énergie, transports, santé, éducation) et même de la culture et de la famille. Il serait bon de renforcer les droits et devoirs des salariés, des employés dans leurs entreprises. Droits et responsabilisation plus grande des représentants du personnel au Conseil, d'Administration, au Comité d'Entreprise, au Comité Hygiène et Sécurité. La collectivisation de toute ou partie du capital de l'entreprise devrait pouvoir être décidée par les employés (cela se fait dans les pays scandinaves).

 

                       
COLLECTIVITÉS TERRITORIALES:
La loi NOTRE (Nouvelle Organisation du Territoire) n'a pas eu l'effet attendu: éliminer le "mille-feuilles" administratif, faire en sorte que les Mairies restent le cœur battant de la République pour les citoyens. Un lieu de décision à proximité de chacun. Il faut faire revivre les territoires.
Les économies d'échelles attendues ne sont pas au rendez-vous.
LE RÉFÉRENDUM D'INITIATIVE CITOYENNE (ou RÉFÉRENDUM D'INITIATIVE POPULAIRE) peut être une initiative intéressante. Il donne la parole au peuple. Mais il n'est pas la seule mesure à envisager pour un progrès significatif de la démocratie. De plus il faut bien définir le champ des questions qui peuvent y être soumises, en sachant qu'à la plupart des questions on ne répond pas par oui ou non. Les problèmes sont souvent complexes.
TRANSITION ÉCOLOGIQUE:
La première idée qui est émise par les cahiers de doléances, c'est que les raisons écologiques ne conduisent pas à des mesures non souhaitées par les citoyens. Cela peut paraître étrange au regard de l'urgence environnementale. Cela s'explique sûrement par un rejet de nouvelles taxes, fussent-elles dissimulées sous un motif écologique. Cela sous-tend  vraisemblablement l'idée que le gouvernement devrait avoir un rôle incitateur: développer les transports en commun avant de pénaliser la voiture, relocaliser les productions (un yaourt parcourt en moyenne 3000km avant que vous ne le mangiez!), interdire les produits les plus toxiques (glyphosates, dérivés du pétrole, comme le Bisphénol...), accélérer la transition énergétique, dangereusement en panne...
Le désengagement de l'état, les très grands profits des multinationales alors qu'elles détruisent la planète (pétrole, gaz de schiste, nucléaire, colza OGM et huile de palme...). La métropolisation accentue les problèmes (transport, chauffage, déchets, démocratie, citoyenneté...). La  volonté politique est absente. Non seulement le ferroutage est abandonné, mais tout est fait pour accentuer la pression des poids-lourds: l'autoroute Narbonne-Toulouse va passer à 2v3 voies, la SNCF organise sa propre concurrence routière avec OUIBUS, GEODIS, BLABLACAR...
CONCLUSION
Difficile d'apporter une conclusion tant les sujets sont vastes et les solutions divergentes.
Une chose est sure: le mouvement des Gilets Jaunes ne part pas de rien.
Le désarroi est d'autant plus grand que le gouvernement ne prend pas la mesure des mécontentements: le sentiment est que tout pouvoir est donné aux multinationales.
Le mal logement en France, les problèmes de l'école, de la santé, de la police, de l'environnement, la désindustrialisation, la pauvreté ... ils sont nombreux les problèmes sous-estimés qui devraient être pris à bras le corps.