Je me souviens à Vic

Une "Mission" menée à bien par une vicoise.

Nous ouvrons notre nouvelle rubrique « Je me souviens… » destinée aux vicois  qui acceptent de livrer quelques-uns de leurs bons souvenirs concernant la vie passée de leur village, un lieu particulier et l’on pourrait même aller jusqu’à une « recette ou un remède de grand-mère », une tradition familiale ou villageoise, qui faisaient le charme de cette vie que certains ont encore connue jusqu’à la première moitié du XXè siècle.

C’est une vicoise qui ouvre sa boîte à souvenirs, avec ce qu’elle se remémore de l’ancien statut de l’avenue de la Mission, actuellement en travaux (voir récent article sur Thau Info –Vic). Françoise Potet-Legros est une amoureuse de son village et elle nous livre là un délicieux texte, une sorte de poème en prose qui transporte de nouveau ceux qui ont connu Vic quelque 80 ans en arrière, pour en donner les couleurs, le parfum, le travail des hommes et des animaux, bref toute la saveur de ces années aux teintes sépia dont les traces s’effacent tous les jours sous les coups du modernisme.

Laissons alors parler Françoise Potet-Legros et dégustons son texte.

Thau Info reste preneur de toutes ces paroles qui pourraient  continuer à enrichir  l’album de ces souvenirs si chers aux anciens et pourquoi pas…aux plus jeunes ?!

P.M.

 DE l'Avenue de la Mission

On l'étudie, on la mesure, la remesure, on l'aménage, la réaménage, on y fait des travaux, tranche par tranche, elle est barrée, interdite à la circulation, une fois ici, une autre là. On la chouchoute, elle est la seule avenue de Vic. On parle d'elle si souvent que c'est à se demander si elle ne brigue pas le titre de star du village... C'est qu'elle est plutôt spacieuse, par rapport à ses consoeurs, les autres voies vicoises !

Une avenue en travaux actuellement.

Mais qui se souvient de sa modestie d'autrefois ? Car elle n'a pas toujours été une avenue ! Du temps où Vic comptait beaucoup moins d'habitants, avant les années 1970, elle portait, sans doute depuis des temps immémoriaux, un autre nom, au charme délicieusement suranné : «  Chemin des Litanies »...

En Languedoc, Vic n'était pas le seul village à posséder son « chemin des litanies ». Certains ont conservé le toponyme, survivance d'une époque où s'imbriquaient la vie paroissiale et la vie quotidienne, où l'année civile se calquait sur l'année liturgique, où monsieur le curé organisait de belles processions, où, par des rogations, on priait Dieu d'être attentif aux futures récoltes...

Allons ensemble faire un tour dans les années 1930. Empruntons-le, si vous le voulez bien, en plein mois d'août, au départ du Puits Neuf. Ce majestueux puits de caractère, en pierres, est situé... au diable vauvert ! Il dispense une eau divinement fraîche et surveille le chemin des Cresses, la rue qui remonte vers le « Plan », la route qui mène au cimetière et le Chemin des Litanies. A l'angle que forme ce chemin avec celui des Cresses veille une pauvre maisonnette. La mamet qui l'habite fait pousser, sur un minuscule terrain, une multitude de fleurs : de magnifiques belles de nuit odoriférantes que presque toutes les fillettes du village lui envient. C'est une joie pour les sens que de passer par là et là commence notre balade. Elle nous conduira jusqu'à la « croisette », une grande et belle croix de pierre, qui marque le bout du Chemin, à son intersection avec la route de la mer. A cette époque, la route qui conduit aux Aresquiers traverse le village, passe devant la Poste, les écoles et le Mas de Jacquet, salue de loin la Tour, avant de sinuer, tout environnée de vignes, jusqu'au bois.

C'est une fontaine-source, à Coursan, mais celle de Vic était-elle si différente?Oui, semble-t-il mais ça fait "époque"!

Il fleure bon la campagne, notre chemin, et s'étire tranquillement sous le chaud soleil languedocien. Il ne se prend pas au sérieux : n'étant pas citadin, habitué à recevoir la visite des hommes de la vigne et des chevaux de trait, il n'offre à nos pieds, chaussés d'espadrilles, que l'humble terre battue. Deux longues et profondes ornières le parcourent de bout en bout, marquant l'empreinte des charrues et des tracteurs et les promeneurs ne l'empruntent que par beau temps. Il attendra la fin des années soixante-dix pour recevoir un revêtement qui le rendra carrossable et le fera passer au statut d'avenue. En attendant, il vit paisiblement sa vie de chemin de campagne, bordé partiellement sur sa gauche, par un joli mur de pierres qui délimite les vignes de A. et nous rappelle, pour un instant, d'autres chemins d'Occitanie, tels ceux de Provence, chers à Marcel Pagnol. A sa droite, des vignes, à sa gauche, des vignes, en haut, le bleu du ciel... Le temps s'écoule ainsi, rythmé par le chant des cigales, le bourdonnement des abeilles et des frelons, le vol des libellules et les voix rudes des hommes qui s'occupent des ceps. Il se réjouit : bientôt Vic tout entier bruira de la vendange...

Il ne sait pas encore que, dans quelques décennies, il s'élargira, accueillera des trottoirs, sera bordé de jolies maisons et changera de nom. Il ignore qu'on roulera sur lui en automobile, à vélo, à moto et en car, qu'il lui poussera des ramifications où viendront s'accrocher de nouvelles maisons, que les cris des enfants remplaceront la parole rare et simple des hommes de la terre, qu'enfin il est voué à devenir l'une des plus connues des voies de son village. Il lui reste quelques décennies à vivre sans prétention, en chemin vicinal, et il ne s'en plaint pas : dans les années 1960-1970, il reste celui qui permet de décrire une charmante boucle pédestre, au large du village, de s'offrir une balade bucolique, dans le calme des vignes et des dieux...

Françoise Potet-Legros

 

" J'ai soif de cette eau-là", dit le Petit Prince. Nous aussi!

Effectivement, le Puits Neuf de Vic, c'est tout autre chose que la fontaine de Coursan. C'est le complément photos que nous apporte Françoise Potet-Legros. Avec ce petit supplément de commentaire : "Il est seul, loin du centre, le Puits Neuf...Georges Debaille, l'ancien maire aux six mandats, a construit sa maison sur un terrain, derrière ce puits....A la fin des années 60, elle était la plus lointaine du centre du bourg...Et les vicois de trouver alors qu'il allait habiter loin....!!!!!"

Voilà vraiment un puits sans fond pour les souvenirs de nos vicois....des souvenirs qui remontent quand même à la surface!!!

P.M.