Méritons-nous plus que les fourmis de rester sur terre?

En jouant aux apprentis sorciers blancs nous avons pollué la planète, dérèglé des équilibres interconnectés qui nous dépassent, et détruit une partie de la biodiversité au point d’engendrer un réchauffement climatique dangereux et incontrôlable. Au mépris de nos valeurs, et par cupidité, nous avons spolié de leurs terres et richesses une partie des peuples autochtones qui l’habitaient, leur vie ne valant pas plus pour nous que la peau d’une vache. Des rapports intimes, savants et respectueux qu’ils entretenaient avec la nature, nous n’avons rien retenu.

L’hypocrisie et le mensonge ayant été un moyen de gouvernance du système, l’heure fatidique est arrivée de se poser la question de la survie de notre espèce, faute d’avoir fait preuve de discernement, de responsabilité et de prudence. Confrontée à des centaines de catastrophes climatiques et à un réchauffement à venir de l’ordre de 4 degrés, l’humanité pourrait disparaître rapidement, malgré nos capacités «géniales» d’adaptation. Déjà, d’innombrables d’êtres humains en sont morts prématurément, et des centaines de millions d’autres en sont gravement affectés.

En 2050 nous serons onze milliards selon les prévisions des Nations Unies. Les biens matériels qu’espère le tiers monde augmentant avec la démographie, même si nous réduisons notre consommation, nous allons vers des évènements incontrôlables. Et la croissance immatérielle proposée en remplacement ne peut, hélas, que rester marginale. Elle n’a pas de réalité dans le tiers monde sans d’énormes investissements...Lors d’un reportage ethno photographique en Inde, j’ai rencontré des doctorants qui, pour survivre cultivaient des patates. Ainsi, quelques prospectivistes envisagent une économie de survie. L’humanité ne pourra survivre avec notre système d’économie basée sur une croissance sans fin, bien qu’il ait été un temps bénéfique en matière de santé publique, de redistributions et autres. Mais depuis vingt ans au moins, le cumul sans fin des inconvénients du système l’emporte sur les acquis.

La confiance n’aurait jamais dû exclure le contrôle par les sociétés civiles, tant des industries polluantes que des projets et dépenses de l’exécutif. Nous avons une perception idéaliste de l’élu, pris dans l’étau de sa propre personne (plus ou moins compétente), des lobbies, des parties politiques sectaires, et de la captation du pouvoir qui incite au clientélisme. En 2007 la Chambre des députés a bafoué de suffrage universel contre l’Europe. Maintenant le pouvoir promulgue des lois d’exception, tendant plus à contrôler la liberté d’expression critique que l’insécurité ponctuelle, pour entraver la critique publique du système. Et nous sommes dans l’incantation ! Et le pouvoir donne des leçons de morale au monde entier. Alors qu’il faudrait mettre en chantier une nouvelle forme de gouvernance. Ainsi, par tout notre comportement nous portons notre part de responsabilité dans les catastrophes qui nous attendent.

La priorité devrait être : l’environnement. C’est-à-dire la sauvegarde de la vie de nos enfants. Les questions économiques de tous temps conjoncturelles passent bien après. On ne peut plus faire confiance pour réduire le réchauffement à des politiques qui prônent un double langage, et privilégient la vente de véhicules qui sont pour partie responsables de l’effet de serre. Ce qui justifie l’intervention de la société civile. Cette vision à court terme n’est pas à la hauteur des problèmes. Mais nous donnons des leçons de morale. Il faudrait un projet ambitieux. Nous devrions donc revenir à l’essentiel. Faire rêver la population d’une croissance durable sans fin, pour justifier le budget insupportable des dépenses publiques, l’augmentation de la dette publique, de la fiscalité et la cherté de la vie en France, ne fera pas long feu. Cette situation nous a réduit à la condition d’esclave moderne. Se réapproprier nos précieuses vies, c’est revivre.

Comment faire évoluer les mentalités grégaires sans demander la lune ? C’est par la rencontre, l’amitié et l’expérience personnelle, que se crée par entrainement une prise de conscience durable, les médias ne suffisent pas. Jamais les médias n’ont autant parlé d’environnement, jamais les atteintes à l’environnement n’ont été aussi importantes. Réduire notre consommation n’est pas un projet passéiste : c’est revenir pour survivre à quelque chose d’acceptable après un abus. Bien des gens vivent avec moins de 20 degrés de température chez eux. J’ai fait de drôles d’expériences en entrant dans un supermarché sans argent. Un outil me semble indispensable, si après trois semaines d’attente j’en ai encore besoin, je vais essayer d’en trouver un à recycler. Essayez, c’est enrichissant. L’ouverture des magasins le dimanche ne fait que focaliser notre esprit sur la consommation. Les publicitaires savent bien qu’elle peut engendrer l’illusion d’exister. Nous sommes conditionnés. La manipulation effrénée et sophistiquée des consciences est le plus grand défi lancé aux hommes du troisième millénaire. Pour la confondre publiquement, il nous faudra associer le courage à l’intelligence.

Devant la splendide beauté de la nature-qui jamais ne nous lasse- et la complexité bénéfique de la biodiversité, l’homme est décevant. Par contre, en matière d’équilibre environnemental, l’animal (considéré comme un simple meuble dans notre Code) est presque exemplaire. Lors de la catastrophe de FUKUSHIMA les japonais ont eu très peur, mais ils construisent une nouvelle centrale nucléaire. Les informations consommées n’ont pas l’impact cognitif des catastrophes vécues. Nous sommes à plaindre. Une espèce qui mérite de la compassion, « mais qui ne peut pas durer ».

Méritons-nous plus que les fourmis de rester sur terre. Non ! Pourtant des hommes désintéressés et indépendant d’esprit se sont battus depuis cinquante ans pour nous éviter pareille situation, mais ces précurseurs ont été pris pour des illuminés, privés de reconnaissance par les politiques sectaires. Quand allons-nous disparaître si nous ne changeant pas nos comportements ? Dans cent ans, ou plus, nul ne peut actuellement le savoir. Alors retrouvons vite le plaisir de la découverte de la nature qui nous accueille encore, et nous entoure de ses derniers bienfaits.

Janvier 2015
Christian PUECH
du collectif informel d’écologistes actifs (artiste photographe, conférencier, voyageur. Vice-président de l’association : « Témoin au bout du monde ».