courrier des lecteurs

Conte de vœux

Il était une fois dans un lointain pays un puissant tyran qui vivait comblé de trésors dans son palais et que l’on surnommait « Je veux ». En effet, depuis l’enfance, il se contentait, en début d’année, de clamer « Je veux » à chaque cérémonie des vœux, et tous les êtres se pliaient à sa volonté.
En janvier l’année dernière, l’année de ses trente ans, une magnifique artiste inconnue le toucha par un chant envoutant. Il s’écria aussitôt « Je la veux », mais, pour la première fois de sa vie, un être s’opposa à son désir. Il n’hésita pas à jeter aussitôt la soprano en prison. Là, elle chanta sa peine jour et nuit, et le roi l’entendait même quand il était au loin. Comme il ne pouvait supporter sa souffrance, il décida de la libérer. Elle refusa une nouvelle fois de lui appartenir malgré ses promesses de richesses, et, avant de disparaitre, lui offrit une rose rouge, un Chat et un médaillon.
Le roi exigea que personne n’approche sa rose. Il la contemplait chaque matin et constata avec effarement qu’elle fanait. C’était une situation nouvelle pour lui car les serviteurs et les jardiniers remplaçaient les bouquets de son palais au premier signe de flétrissure. Il s’aperçut de l’imposture dans laquelle il vivait et décida de quitter son palais pour parcourir son royaume. Il prit alors conscience de la beauté et de la fragilité de la nature qu’il essaya de respecter et de protéger.
Le Chat l’intrigua. En fait, il n’avait jusque-là possédé que des chiens et des chevaux parfaitement dressés qui lui obéissaient au doigt et à l’œil. Ce nouvel animal était étrange, il ronronnait et se laissait caresser avec plaisir, mais uniquement quand il le souhaitait ; en effet non seulement il n’obéissait pas et disparaissait parfois plusieurs jours sans permission, mais plus encore, il n’hésitait pas à le narguer du regard. Le roi détesta le Chat jusqu’au jour où il s’aperçut que la douceur et la tendresse était plus efficace que la contrainte pour obtenir son amour. Après cette découverte, il traita avec humanité les animaux.
Quand il ouvrit le médaillon, un hymne à l’amour s’éleva et il découvrit le portrait de la belle. Il ordonna : « Je veux que l’on m’amène toutes les femmes du royaume qui lui ressemblent et toutes les chanteuses qui ont son timbre de voix. » Un défilé continu se prolongea plusieurs mois au palais sans que le roi ne trouve la jeune femme qu’il désirait. Il se contenta alors d’ouvrir son médaillon chaque jour pour recevoir une bouffée d’Amour. Mais le son devint peu à peu inaudible et l’image s’altéra à son grand désespoir Il exigea en vain que les techniciens réparent son médaillon qu’il dut se contraindre à n’ouvrir que parcimonieusement.
Le premier janvier 2015, le chat disparut et le médaillon se tut. Le roi courût après le chat qui s’engouffra dans une masure dans laquelle un chant divin s’élevait. Le roi ne s’écria pas « je veux » ; il s’agenouilla devant la porte, joignit ses mains tremblantes et, pour la première fois de sa vie, fit un vœu.

Meilleurs vœux pour 2015 !
Patrick Misse
Auteur des Parias d'Aubenas

Ca ira mieux?

Il y a eu d’abord le choc. Puis la tristesse. L’effroi. La colère. Et les mille questions, qui alimentent encore la colère.
La recherche des coupables, le mea culpa général, puis le déni et la projection sur l’autre du pourquoi on en est arrivé là… on est tous responsables, mais pas coupables ? Vous, nous, eux et les autres, les autres et pas nous et qu’est-ce qu’on a fait, et qu’est-ce qu’on n’a pas fait, et qu’est-ce qu’on fait maintenant, il faut que ça change ! Ca ? Quoi, ça ? Tous ces cercles vicieux dans lesquels on est tous pris, je t’aime je te hais, je te prends je te jette, je te mange je te dégueule, je t’adore ô mon Dieu et je piétine tous les autres, je confesse mes péchés mais surtout ceux des autres, je veux, je prends, t’as eu bien plus que moi, donne-le moi, par quel bout on prend tout ça,  y’a-t-il un bout dans un cercle et où est-il ???

Les solutions ? La répression, l’éducation, l’évolution, la régression, la révolution ?
Reddition ? Dépression ?
Espoir ou noir c’est noir ?
Je suis en colère. Contre le monde entier. Contre toi, contre moi.
Contre la haine et la connerie, quelles que soient leurs couleurs et leurs religions.
Demain, sûrement, ça ira mieux. Oui. Ca ira mieux. N’est-ce pas ?

Bretzel de 7

Je ne suis pas Charlie !

Et bien, moi, je ne suis pas Charlie ! Si j'ai toujours apprécié le talent des dessinateurs assassinés, je n'ai pas souvent aimé le contenu du journal. Je ne lui ai jamais pardonné le "Bal tragique à Colombey : un mort". J'espère - sans y croire - qu'il n'y aura pas d'autres attentats dans le même genre.
Madeleine LEGUILLOU

Tristesse

...Je crois plus que jamais qu’il faut se battre pour que les mots, ceux qui sont nécessaires aux êtres et à l’humanité, puissent être entendus. Je crois que seuls les mots, d’autres mots, pourraient ramener vers une autre vérité tous ces jeunes qui se sont laissés embrigader par des manipulateurs extrémistes en quête de pouvoir sur le monde. Tous ces jeunes dans un état de carence culturelle, sans doute en mal d’un idéal non formulé, que d’autres savent s’employer à détourner, à manœuvrer.
Ce sont ces jeunes qui aujourd’hui tuent, et vont sans doute tuer encore. C’est à eux qu’il faudrait que d’autres mots s’adressent. On ne sait pas trop comment s’y prendre, mais c’est vers eux que doivent aller d’autres paroles que celles qui les ont asservis dans le pire. Il faudrait que les efforts de tous puissent aller dans cette direction. Et en premier lieu les efforts des Etats...

Maïthé Vallès-Bled - Directrice du Festival Voix Vives

A propos d’une réunion publique à Florensac.

Voici un point de vue que j’espère original et bienveillant sur cette réunion qui rassemblait public et élus dans notre petit village languedocien. Donc, samedi 10 janvier 2015 à Florensac.
Nous (200 personnes) avons assisté au vœux du parti socialiste de Florensac, parti qui gère notre commune depuis de nombreuses années, d’ailleurs Michel Gaudy nous rappela son ancienneté et notamment son élection en tant que maire en 1977 . A ses côtés, il y avait Michèle, Pierre, Sébastien (le député), Vincent (le maire) et Gérard, il me plaît de les citer par leurs prénoms ce qui les rend affectivement plus proches et d’ailleurs, ils nous ont présenté les nouvelles recrues de cette manière: ces nouveaux venus sont les suppléants dans le cadre de la restructuration cantonale avec Pézenas comme capitale. Donc voici ces jeunes loups et louves, à peine trentenaires: Julie, Chantal et Joffrey. Je m’empressais de sonder ces nouveaux venus pour en savoir plus sur leur jeune conscience politique : à ma question sur la difficulté à faire plier le pouvoir financier international face à l’idéal socialiste, ils me répondirent par leur foi en l’avenir : d’après eux, le capitalisme ne peut que décliner, je souhaite que leur foi démolira cette montagne !… En avant pour une société nouvelle.
Il me plaît aussi de mettre en lumière les obscurs, les sans-grade, ceux qui oeuvrent dans l’ombre, qui font que l’intendance suit. Il va s’agir de Simone Garrigues, aujourd’hui elle « assure » derrière le buffet et pendant des années, elle a soutenu affectivement son grand Gérard de mari lui-même pilier du parti socialiste et qui fit le discours inaugural de cette soirée.
Je voulais ainsi démystifier cette position artificiellement entretenue entre l’élu et le citoyen. Ne l’oublions pas , c’est le peuple qui a le pouvoir, les manifestations populaires de ces derniers temps l’ont magnifiquement prouvé ; elles marquent un réveil des idéaux républicains, à nous de ne pas les laisser se rendormir.

Dominique Coërchon

N'oublions pas Clarissa

Clarissa Jean-Philippe, jeune policière en formation, tuée par Coulibaly à Montrouge, le lendemain des assassinats à Charlie Hebdo.
Dans l'émotion actuelle peu de personnes parlent d'elle...
J.P Cano

Émotion et Raison

Comment ne pas être ému devant la multitude des pancartes "Je suis Charlie" qui ont fleuri partout en France et sur tous les continents ces trois derniers jours ? Il faudrait être de pierre, ou un barbare, pour ne pas être emporté par la vague d'émotion qui a soulevé le monde. Mais cette émotion est-elle une émotion qui nous étreint à l'évocation des victimes de ces tueries (car j'associe évidemment celle de Charlie-Hebdo et celle de la porte de Vincennes), ou de façon plus prosaïque cette émotion ne se résume-t-elle pas à une simple compassion de faits dramatiques auxquels nous sommes totalement étrangers ? Ne vivons-nous pas ces terribles événements comme un film qui se déroule devant nous, dont nous connaissons les acteurs, et dont nous savons qu'ils seront vengés par la cavalerie lorsqu'elle arrivera ? Les méchants seront tués et le spectateur respirera un grand coup.

Il n'en faut pas beaucoup alors pour que le spectateur de la "vraie vie" se confonde avec celui de l'univers virtuel et se mette à penser que sa petite pancarte, écrite en blanc sur fond noir, serait pour quelque chose dans le dénouement du drame. On a tôt fait de devenir héros virtuel lorsque le danger est passé et qu'il s'est acharné sur les autres... Non, la compassion ne fait pas de nous des héros ! Et la manifestation spectaculaire ne donne pas plus de droit que le recueillement. Chacun, avec sa sensibilité, exprime comme il peut son émotion. Certains, en utilisant les procédés de la communication publicitaire, d'autres en essayant de réfléchir à notre propre positionnement dans un phénomène qui nous envahit et qui nous dépasse. Mais jamais le spectacle ne remplacera la réflexion et l'action. Les manifestations, c'est bien. Mais c'est à l'action qu'on jugera les résultats.
Car la constante, c'est que le terrorisme fait maintenant partie de notre quotidien. Que chacun de nous, en France et en Europe, au même titre que ces clients de "l'hyper casher", peut y être mêlé au moment où il s'y attend le moins. Et que nous devons vivre avec, comme les Israéliens vivent les attentats au quotidien, comme les libanais qui ont vécu la mort à tous les coins de rue avant d'être soumis par l'occupant syrien, comme les Kurdes et les chrétiens d'Orient pourchassés par les intégristes d'un côté et la dictature de l'autre et comme tant d'autres que cette modeste réflexion ne saurait évoquer sans lasser le lecteur.
Il ne s'agit pas de se laisser submerger par l'émotion mais de réfléchir au mode de vivre ensemble que nous allons adopter.
La raison nous impose de penser que l'unanimité de façade conçue par l'émotion ne saurait perdurer. Il ne serait d'ailleurs pas bon qu'elle perdure car l'unanimité oblige l'individu, sous la contrainte soit de la force, soit de la pression sociale, à refouler ses convictions les plus profondes . C'est sur cet axiome que se fondent les dictatures pour l'imposer. Le pluralisme, qui est le fondement de la démocratie, s'imposera donc, de toute façon. Rejetons le pessimisme de ceux qui estiment que la force l'emportera.
Mais pour que le pluralisme, la contradiction, et par conséquent, pour que la liberté d'expression l'emporte, il faut que l'esprit de tolérance l'emporte. C'est le plus difficile. Car au fond de chacun de nous persiste la conviction que nous détenons la vérité et qu'il faudra imposer cette vérité aux autres. C'est ce schéma qui crée le terrorisme. C'est celui qui a été adopté par l'Islamisme radical. Mais pas seulement par lui. Par tous ceux qui mettent au pilori ceux qui émettent une opinion différente de la leur. Les extrêmes sont les maîtres de ce genre d'exclusion.
Nous ne combattrons pas le terrorisme islamiste en épousant les thèses radicales de l'exclusion. Nous le combattrons en parvenant à convaincre les musulmans que l'Islamisme est le cancer de leur religion. Que, s'ils croient en Dieu, puisque Dieu est unique, ce ne peut être que le même que celui des chrétiens et des juifs et que l'on ne peut donc pas tuer au nom de Dieu.
C'est d'une révolte au sein de l'Islam dont a besoin le monde musulman. C'est la grande aventure qui doit se préparer au cours de ce siècle qui n'est pas religieux, mais sectaire et criminel.
La marge est étroite entre le sectaire et le religieux. C'est de refuser de le reconnaître qui conduit aux guerres de religion et au terrorisme. L'occident le plus raisonnable a choisi, pour éviter cette confusion la laïcité, garantie de l'expression de toutes les religions. Il appartient donc à la laïcité de trouver le moyen d'empêcher qu'une religion, par ses excès, mette en danger l'équilibre social.
La confusion entre la religion et le droit est évidemment la base de ces excès. En recherchant dans sa propre constitution les causes de sa pathologie, on trouve la plupart du temps la thérapeutique adaptée.
La foi en un créateur, qu'il s'appelle Dieu, Allah ou Yahvé, ne saurait permettre aux hommes de parler en son nom, pour décider qu'il existe un droit divin d'interprétation humaine applicable aux hommes. Le Droit est l'affaire des hommes. Il est imparfait, limité dans le temps et dans l'espace. Il n'est pas l'affaire de Dieu. L'Islam, en faisant cette révolution qui lui permettra de conserver ses grands préceptes, peut devenir, dans le respect des autres, la grande religion monothéiste qu'il veut être.
Faute de l'aggiornamento qui s'impose à lui, l'Islam ne peut devenir qu'une dictature.
Mais alors, il sera combattu comme une dictature. Et il perdra la guerre.

Yves Marchand
10 janvier 2015

Après dimanche

Le 11 janvier restera dans notre histoire pour cela, pas pour la cohorte de dirigeants étrangers – pour certains massacreurs et censeurs à souhait, comme Benjamin Netanyahou, Ali Bongo, Viktor Orban ou le premier ministre turc. Mais désormais, il faut savoir que faire de cet élan. Déjà, les spécialistes de l’amalgame, les pourfendeurs de l’immigration, les agitateurs de paniques sont à l’oeuvre. Marine Le Pen ainsi a ouvert l’échoppe de la haine, avec la peine de mort en tête de gondole. Prenant prétexte des mesures de sécurité nécessaires, des ténors de l’UMP veulent mettre en place des lois qui écorneraient les libertés, comme si résister aux terroristes était réaliser leur souhait le plus vif. Les jours qui viennent mettront aux prises les humanistes, les républicains, aux croisés de la guerre des civilisations. L’usage même du mot guerre mériterait d’être soigneusement soupesé…

Désormais, les grands sujets sont sur la table. La République doit s’établir sur des faits, des actes et non seulement sur un triptyque gravé sur ses frontons. Elle ne sera solide qu’à la condition que cessent les discriminations, les suspicions, les relégations, les misères, les inégalités. Sans cela, elle court le péril de devenir un songe creux, rejetée par ceux qu’engloutissent les frustrations, les mises à l’écart, les souff rances. La citoyenneté ne peut être réduite à l’addition de communautés, séparées par des parois étanches.

La France doit devenir la promotrice dans le monde d’un nouvel ordre qui bannisse ces interventions impérialistes qui ont semé les germes du terrorisme, celles d’Irak et de Libye notamment. La liberté d’expression ne doit pas rester une fleur de rhétorique pour ceux qui la découvrent après le massacre, mais étaient prêts à laisser crever ce journal qui, comme tous les titres de la presse rebelle et indépendante, était menacé dans son existence. Le pluralisme ne peut plus rester lettre morte. Les progressistes ont du pain sur la planche pour que cette vague populaire porte ses fruits. Ainsi, pourra-t-on assurer avec Pablo Neruda : « Ils pourront couper toutes les fleurs mais ils n’empêcheront pas le printemps."

Lionel Couty

En 2011, qu'avons-nous-fait pour Charlie?

Aujourd’hui tout le monde défend la Liberté d'expression, la Liberté, la Démocratie, et c'est très bien.

Mais ou étions nous en 2011 lorsque les locaux de Charlie Hebdo ont brulé, qu'avons nous fait?
Rien, ni nous, ni tous ceux qui passent à la télé pour dénoncer ces barbares.

Ne pas faire d’amalgame je veux bien mais c' est L'Union des Organisations Islamiques de France et d'autres Associations Musulmanes comme la grande Mosquée de Paris qui ont porté plainte en 2007 contre Charlie Hebdo et nos chers Magistrats ont jugé la plainte recevable !!!

A cette époque je n'ai pas vu de rassemblement pour s'indigner de l'attaque contre la Liberté d'expression, je n'ai pas vu de Français Musulmans descendre dans la rue, ni des Français de Gauche ni des Français de Droite, Ni moi non plus !

Adieu Cabu, Charb,Wolinski,Tignous, vous avez retrouvé le Professeur Choron et Cavanna et de la haut foutez-vous encore de nous, on le mérite bien !

Georges Cantin

"Risques" commentés

Suite à l'édito de Bernard Barraillé intitulé "Risques" :

Il est très à la mode de critiquer le nucléaire. Comme toute énergie, le nucléaire a ses avantages et inconvénients. Mais là n'est pas mon propos. Pour votre information, les centrales thermiques, charbon ou gaz, en plus du CO2, produisent des déchets ultimes, contenant de l' arsenic, du soufre et essentiellement des métaux lourds tels que le plomb, le cadmium, le mercure, tout aussi dangereux que les déchets nucléaires. Ces métaux lourds, il faut le rappeler, ont une durée de vie infinie et sont tout simplement rejetés dans l' environnement. Ce qui donne à ces types d' énergie un avantage certain par rapport au nucléaire en les "dispensant" de tout processus de traitement des déchets, du fait d'une meilleure acceptabilité sociale(ou méconnaissance?) de ce type de pollution par rapport aux déchets radio actifs. De plus cette électricité, trés sensible aux cours mondiaux, pése forcément dans la balance commerciale d' un pays ne disposant de telles ressources et constitue une rente appréciable pour les producteurs de gaz et de charbon. Vous devriez aussi vous intéresser à la suite donnée par l' Allemagne pour satisfaire ses besoins énergétiques après la décision , prise par Schröder, de sortir du nucléaire à partir de 2020?
Espérant que vous accueillerez ces remarques comme contribution à un débat ...

Lionel COUTY
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