Quelques pensées sur l'Art : Bernard Gasco

Biographie impeccablement exacte de Bernard Gasco (1938-             )  assortie de réflexions sur l'Art  

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Pour la date manquante dans la parenthèse de mon existence, vous vous adresserez à ma veuve le moment venu...

"Mon âge entraîne des malentendus. Ainsi  voudrais-je jouer à la marelle, à la balle aux prisonniers, à chat perché, à la main chaude mais je ne trouve aucune partenaire.  Je n’aime pas les garçons, tous plus grands, plus forts que moi et la fréquentation des adolescentes, espèce particulière, exige des talents et de l'inconscience que je ne possède plus, l'absence de tout sens du ridicule... Ou de l'argent que je ne possède pas encore."

Mais revenons à ma récente exposition à Bouzigues, à moi d'une certaine façon.

Des études, le service militaire pour la France obligatoire, devenu avocat j'ai travaillé pendant quarante ans. Après cette brève période, me voilà en liberté aussi provisoire que toute chose en ce monde. L'histoire de fou racontée par un idiot continue, rien ne ne sert à rien, tout passe, tout lasse, haut les cœurs...

 

Seules comptent nos traces même si elles disparaîtront aussi un jour mais notre manie sur la terre n'est-elle pas de toujours repousser la mort, c'est-à- dire la vie, c'est-à-dire la vérité ?

gasDSC_0012 (14)Même pas « tout faux », même pas « tout bon », je suis encore là. Différentes distinctions d'éloquence au Barreau, quelques succès pour des criminels aujourd'hui morts ou presque, pourquoi avoir fait tant d'histoires...

J'écris, je peins dans une indifférence sourcilleuse... Publiant moi-même, j'ai l'intention de continuer : livres, prose, poésie, billets d'humeur... Je viens d'écouter Edgar Morin, icône planétaire à qui le journaliste a soigneusement omis de rappeler que tout ce qu'il a écrit n'a eu aucune importance puisque rien ne sert à pas grand chose, sauf ici probablement un confort de vie physique et moral pour ce « grand intellectuel »... N'a servi à rien sauf pour lui, son bonheur à lui.

Pour moi, pareil, mon bonheur à moi de peinture pour moi, d'écriture pour moi dont je me sais gré à moi... Peindre, dessiner au crayon mine très acérée pour poser sur le papier un trait franc, loyal, précis...

Quelque chose d'honnête, de bien fait, du bon boulot d'émotion, du travail d'harmonie, d'équilibre, de solide expression, le contraire, je le cite au hasard, de « l'Art contemporain ».

Presque cinquante oeuvres cette année à Bouzigues, un bon vernissage, la visite de « Midi-Libre » et de « Thau Info », qu'ils soient remerciés.

Assis devant la porte j'ai regardé passer une certaine France d'été qui a peur d'entrer, sait-on jamais s'ils ne seraient pas « obligés » d'acheter. Je devrais les dessiner pour l'exposition suivante. En tout cas merci à ceux qui m'ont aidé et merci aux visiteurs à commencer par les acheteurs, il y a des frais. Les œuvres étaient variées, il m'en reste, posées dans le jardin, entreposées à l'abri, que je regarderai, montrerai, aimerai encore, l'émotion...

Parlons-en de l'émotion, phénomène brutal, naturel, physique, inévitable, ingérable sauf par le travail. Seule naissance de l'art, seule étincelle du feu, seule vraie, forte, intime griffure du cœur, seul trésor, la mémoire involontaire de Proust, sa madeleine... Le reste, élucubrations de l'intelligence, pauvres efforts ridicules de l'intellect, soubresauts pitoyables de la volonté, œuvres froides, construites, glacées, faciles, pantalonnades de music-hall, Dysneyland de « L'Art contemporain », j'y reviendrai...

 

Parlons-en de Proust, citons-le : « L'instinct dicte le devoir, l'intelligence fournit les prétextes pour l'éluder »...

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« … L'artiste doit écouter son instinct, ce qui fait que l'Art est ce qu'il y a de plus réel... le vrai jugement dernier. » Du lourd... Du vrai... "L'intelligence, ce tombeau de l'art, ce début des catastrophes des idées, les idées, cet ensemble de toutes les facilités, toutes les compromissions, toutes les conneries, pour parler clair... Parlons-en du travail... Chez l'artiste, il suit immédiatement l'émotion, ce qui n'est pas le cas de tous les amateurs, les amoureux de l'Art, incapables de traduire, exprimer formaliser, produire, mettre en forme, matériaux et matériel... . La caractéristique de l'artiste est le travail, la production, le mot n'est pas joli... L'artiste est une machine à produire montée sur deux pattes, équipée de bras, mue par un cerveau qui voit... L'artiste travaille, il ne lui faut qu'un local, de l'énergie, des moyens... A partir de là l'artiste peut être exploité, récupéré, marchandiser..."

Banalités, platitudes, chacun sait cela, trop peu le méditent, pas mal en vivent, quelques-uns très bien qui trainent l'artiste jusque dans des contrats, des pourcentages, des succès, de l'argent, beaucoup d'argent pour certains...

Jusque dans le répétitif de leur travail, l'obligation de « faire du »...

Notre pauvre Buffet a fini dans les gros tubes d'orange écrasés sur des toiles immenses d'un très mauvais travail.Mais ne soyons pas trop triste, il y a eu tellement de merveilleux peintres, des maîtres, des vrais...Sur leurs toiles d'abord de l'émotion, d'abord aussi le travail, d'abord de la technique, du métier. Chacun trouve « son » art, « sa » culture, « son » époque, « son » artiste... Hommage ici au Prince de l'intimité, du silence, de l'émotion, Giorgio Morandi dont une seule bouteille, un seul bol assènent la jouissance de la contemplation d'une si belle toile, de la maitrise de ce petit rectangle habité de vie, de mystère de l'objet familier mû par lui en une énigme de plaisir, un tactile regard...

Hommage au Roi de la créativité, l'habileté, l'humour, la fantaisie, Saül Steinberg dont un seul dessin éclaire l'instant, fait de la page un plaisir de la connivence, de l'admiration, de la rencontre de l'intelligence dont on ne peut évidemment pas se défaire complètement puisque l'Art est la vie et sa complexité....

De l'intelligence douce, subtile, supérieure. De l'intelligence émue. Quant à « L'Art contemporain », c'est une planète assez récente qu'il ne faut pas confondre avec « L'Art moderne ». La dite planète a ses artistes puisque l'Art est partout, même là... Mais globalement, il s'agit plutôt d'une idéologie déjà ancienne habilement transformée en énorme commerce avec le soutien d'abord des marchands d'Art contemporain (!), des médias, des institutions, de tout un fouillis de réseaux financiers, politiques, associatifs, en un mot de notre planétaire société et ses instruments.

N'entendant pas expliquer des évidences, il me suffit de renvoyer au magnifique article d'Aude de Kerros dans la revue « Commentaire » N°111 – Automne 2005 - où tout est dit :  le changement de définition du mot « Art »  le rappel que selon Hanna Arendt le philosophe et l'artiste portent la responsabilité de la propagation de l'épidémie totalitaire, ces derniers ayant abandonné la main au profit des conceptualismes, le triomphe du non-art officiel vers une nouvelle utopie d'un monde où tout est vrai, tout se vaut, tout est possible, tout est permis, la Révolution étant subvertie par le mercantilisme .

Le rôle premier des mass média qui créent une réalité, c'est-à-dire le n'importe quoi, en la montrant, la création d'un « art » directement par les marchands de cet art, un art sans esthétique ni métier.

gasDSC_0010 (15)L'intervention du ministère de la Culture, subventionnant et collectionnant. La disparition de l'artiste non reconnu par les réseaux et les institutions. Malgré cela l'augmentation exponentielle des autodidactes, souvent des « singuliers » continuant à produire dans leur solitude. Enfin le pronostic que beaucoup, artistes et collectionneurs s'effondreront complètement, ce que mérite ce « Contemporain ». Tout est dit... Je reviendrai à mon modeste propos, ma personnelle expérience, au final le regret que de braves gens, des masses dociles, souvent cultivées, amateurs de « l'art ancien » se laissent entraîner par des brocs d'eau installés sur une table, des tubes de néon pendant au-dessus d'une botte de fourrage, des maçonneries diverses, de gros préservatifs se gonflant en rythme sur la pelouse du Palais Royal, en se persuadant eux-mêmes qu'il s'agit d'art, de création et même d'émotion! Une émotion en béton, c'est le cas de le dire...

 

Après tout, heureuses femmes, heureux hommes, vivent les robots de Panurge, vive la suite que vous verrez, vivants du futur. C'est peut-être moi qui suis con mais là non plus on est jamais seul, d'ailleurs je n'aperçois au près que des esprits libres, ce qui fait assez peu.