Le street art : des « anonymes » qui fascinent !

Si le vandalisme est un acte condamnable par la loi, l’art urbain (ou street art) doit-il être considéré comme tel ? Derrière ce mouvement se cachent des réalités bien diverses allant du simple graffiti peu travaillé à de véritables chefs d’œuvre.

Se pose alors la question de la légalisation de l’art urbain. Néanmoins, n’est-ce pas le caractère illicite du projet qui lui donne une valeur supérieure ? Ces artistes recherchent-ils l’esthétique ou la provocation ? L’art urbain est-il un moyen d’expression ou une simple révolte ? Un peu comme le débat sur la légalisation du cannabis, accepter ouvertement et pleinement l’art urbain conduirait-il à des « dérives » encore plus importantes ? L’art urbain n’est-il pas en réalité un appel de détresse ?


DEIH
- "Are you ready?
rue Ulysse Darracq -Bayonne

http://www.blublu.org/sito/walls/2010/big/021.jpg
Blu et Os Gemeos à Lisbonne
le roi du pétrole aspirant le monde


JR/Marco Berrebi
Editions alternatives

 

Des réalisations prodigieuses

L’art urbain est un art très vaste et varié, en perpétuelle mouvance. Il désigne l’art réalisé dans la rue et existe sous de multiples formes : le graffiti, le pochoir, les stickers, la peinture, la projection vidéo, etc.  Il est parfois à tort ou à raison qualifié de vandalisme, car détériorant un lieu public. Cependant, certaines de ses productions sont véritablement stupéfiantes. À ce propos, le site Widewalls, spécialisé dans l’art et ses dernières tendances, a recensé en 2017 les 55 plus belles œuvres de street art au monde et c’est dans le Pays basque à Bayonne que se trouve la plus plébiscitée d’entre elles. Il s’agit d’une femme portant un casque et un blouson qui semblent être reliés par un tas de fils et connexions et s’insérer directement dans les méninges de celle-ci. La femme tient dans ses mains écartées les extrémités de ce qui raccorderait et alimenterait le circuit entier. Enfin des tuyaux émanant du casque laissent sous-entendre que toutes ces liaisons consumeraient le sujet lui-même. Pour Widewalls, la fresque est une réflexion fabuleuse sur l’importance et le poids de la technologie dans les sociétés occidentales. Si le message est limpide, la technique n’en demeure pas moins soignée ; les couleurs intelligemment assemblées et les jeux d’ombre bien choisis et mis en scène donnent au tableau une force saisissante. L’artiste espagnole Deih à l’origine de cette œuvre intitulée « Are you ready ? » est originaire de Valence et peint depuis une vingtaine d’années dans les rues. Les anonymes de l’art urbain acquièrent alors parfois malgré eux une certaine notoriété. 

Un art engagé

Au-delà des critères artistiques, c’est parfois le message ou l’engagement qui priment sur le côté purement artistique de la réalisation. L’art urbain joue alors le rôle de messager ou de moralisateur. Il vient pour redonner une vision transparente et intelligible à ceux dont le regard et les sens ont été obstrués. L’art ici vise à dénoncer pour faire ouvrir les yeux, prendre conscience de certaines réalités qui devraient être repensées. Il peut ainsi condamner des mesures ou des comportements politiques, des injustices, s’attacher à défendre la condition de minorités exclues, exprimer des difficultés, une colère, etc. Ces œuvres dénoncent les turpitudes des hommes ou peuvent même se montrer visionnaires en alertant la population sur les dangers auxquels nos sociétés pourraient s’exposer. Ainsi à Lisbonne, l'artiste argentin Blu et les jumeaux portugais Os Gemeos , avec l'œuvre ci-contre mettent en exergue les puissantes organisations pétrolières qui « aspirent » le monde. On voit sur l’œuvre en question le globe terrestre qui se dissipe et se réduit considérablement pendant que les rois du pétrole se développent. En outre, il revendique une véritable liberté d’expression, l’engagement est donc double : à la fois par le message qu’il souhaite véhiculer, mais également à travers le moyen de le faire, car selon les pays, s’adonner au street art est passible de sanctions sévères.

Un appel à l’aide

 Mais au-delà de l’esthétisme, au-delà même de l’esprit contestataire, l’art urbain apparait parfois comme étant un appel au secours. En ce sens, il n’est plus une simple dénonciation, il ne traduit plus simplement une aversion, il incarne le désespoir, une détresse profonde, un cri d’alarme ! Les artistes JR et Marco ont ainsi mis en place un vaste projet en 2007 baptisé « Face 2 Face ». Ce dernier consista à coller face à face des photographies gigantesques d’Israéliens et de Palestiniens exerçant le même métier de part et d’autre du mur de séparation. Selon ces artistes, le projet visait à montrer à ces populations qui se déchirent à quel point elles se ressemblent, encourageant la mise en place de solutions pacifistes pour résoudre le conflit. JR et Marco ne sont pas les seuls à s’être insurgés. Depuis la construction du mur en 2002, celui-ci a été l’objet de nombreux graffitis et réalisations mettant en lumière l’affliction des populations et leur désir de liberté. Banksy, pseudonyme d’un artiste aussi énigmatique que talentueux, fait incontestablement partie de ceux qui ont marqué par leur subversivité. Il ouvre un hôtel à Bethléem en Cisjordanie en mars 2017 pour sensibiliser la communauté internationale sur le mur et la réalité des populations : le Walled Off Hotel (l’hôtel séparé par un mur). Banksy souhaite rappeler les conséquences politiques de la déclaration de Balfour en 1917, texte reconnu comme étant un des actes fondateurs de l’État d’Israël, du nom du ministre des affaires étrangères britannique de l’époque marquant la prise de contrôle des Britanniques sur le territoire palestinien. Selon Banksy, c’est une décision « qui a conduit à un siècle de confusion et de conflit ». Le site précise que l’hôtel « accueille chaleureusement les visiteurs venus des deux côtés du conflit et du monde entier. » Les chambrent qui donnent sur le mur de la honte (qualificatif donné par certains en référence au mur de Berlin lui-même recouvert de graffitis, slogans et peintures en tout genre) offrent « la pire vue du monde » selon Banksy.

Tony Toilier

 

MaCO K live Musee a ciel ouvert Sete 2015 BaultLe MaCO à Sète

Si New-York a son MOMA, Shanghai son MOCA, Sète en toute modestie a son Musée à Ciel Ouvert.
Depuis 2008, des artistes phares du mouvement Street-Art se sont succédé, invités par le festival K-LIVE : C215, PHILIPPE BAUDELOCQUE, ROMAIN FROQUET, ALËXONE, MAYE, L’ATLAS, POCH, M.CHAT, EPSYLON POINT, JAN KALAB, CLET, BAULT, STEW, CHANOIR, JONNYSTYLE, PABLITO ZAGO, CLAIRE STREETART, SPOGO, JULIEN SETH MALLAND, KASHINK, MONSIEUR QUI, GODDOG, PEDRO & KAZ, LES MONKEY BIRD, SATONE, CODEX URBANUS, MADEMOISELLE MAURICE, RELLE, SUNRA, QUENTIN DMR, LEVALET. En laissant leurs empreintes dans des lieux en friche, ou sur les murs de la ville, ils ont enrichi le Musée à Ciel Ouvert (Le MaCO de Sète), une balade artistique et pittoresque le long des quais, sur les canaux ou encore dans les ruelles typiques du quartier haut. Un Musée à Ciel Ouvert pour une Ville Galerie !