L'enfance de l'art.

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chanbP1060194(2)Lydie Parisse expose, jusqu'au 20 mai, à la galerie Open Space, 8 rue Garenne. Son expression plurielle interpelle et se montre bien propre à susciter rêves et émotions. Textes, objets, dessins, vidéo témoignent d'une démarche que le spectateur peut suivre au gré de son inspiration.

 Des textes, longs et denses, peuvent à eux seuls meubler une visite. Il est vrai que l'artiste, en plus d'être enseignante à l'université de Toulouse, est écrivaine, metteur en scène, plasticienne. Mais ses "chambres d'écoute" sont des œuvres différentes de celles diffusées en France et traduites en Europe. Les objets, comme les dessins, les images, sont là, "exprimés" en tant que "fragments du réel". Fragments parfois très matériels, comme les tables de nuit où sont de menus objets évoquant la Pointe courte ou Venise. Extraits de centaines de carnets de croquis, voici en noir et blanc des évocations de la Bretagne, d'Istamboul, du Maroc, de Collioure. Le trait est libre, mais révèle une bonne mise en place des monuments et une réelle perception des volumes. Et Sète ? Sète, l'artiste y venait régulièrement en pèlerinage sur les traces de Paul Valéry.

Elle a enseigné au lycée qui porte ce nom. Ainsi, par les dessins, avons-nous des points de vue originaux sur le carrefour de la rue Garenne et de la rue des Trois Journées. Impressions de villes, de paysages tels ceux du village natal des Vosges et qui sont mieux ressenties dans une chambre. Ce lieu qui n'est ouvert que par une fenêtre d'où l'on voit le monde en disposant d'une pleine conscience de soi. Comme pour le petit meuble inspiré du théâtre, ce lieu clos peut s'ouvrir et donner à voir des éclats de monde.

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Pour cela, il faut voir avec les yeux de l'enfance. En toute sincérité, en toute naïveté, être à l'écoute. L'enfance, si présente dans l'installation. Depuis les dessins et images du village natal jusqu'au lit de bébé, avec les affaires du premier âge, en passant par les tableaux sur bois où, dans un noir nocturne, s'étalent des morceaux de ciel. Et sur l'écran au fond de la galerie, défilent les images vues par une femme filmée de dos. Images de l'enfance, de villes et d'où s'élèvent bruits de bus, voix, chants d'oiseaux. Ces chambres où l'on est à l'écoute sont des chambres d'écho.

Ces échos vibrent dans la conscience, posée, pleine et entière. Ils sont porteurs de lumière et de poésie. Ils soutiennent une présence au monde, même pour celui qui n'y est pas immergé. La créativité de l'artiste face au monde est aussi solitaire que sa présence dans la chambre. L'artiste assume sa solitude, l'entretient par l'état de dissidence où elle se place par rapport au monde. Ce monde de plus en plus mécanique, technique, numérique suscite le "désir d'autre chose". Si nombre d'utopies sont mortes, il y a des domaines à défricher, des terres nouvelles à conquérir en esprit. Et de l'artiste viendra la flamme qui éveillera les esprits.

 "Il suffit pour cela de savoir "demeurer en une chambre". De regarder, d'écouter, être pleinement au monde. C'est tout un art. Et c'est celui de l'enfance."

Hervé Le Blanche