Des voix qui libèrent

Une dizaine de minutes avant que ne commence la représentation , les six élèves en Bac pro commerce ne sont plus dans la salle de spectacle de la maison des jeunes François Villon pour la voir se remplir. Professeurs, parents, camarades du CFA Albano, spectateurs lambda sont venus assister à la Note Noire : une lecture poétique et musicale. Enzo, Amélie, Jens, Clément, Morgane et Camille , qui s’apprêtent à lire, dire, vivre leurs textes, vont avoir une belle surprise. Une petite décharge de tract supplémentaire également . Le tout est de savoir la convertir positivement…

Et s’ils savent pouvoir compter sur de très bons  musiciens, tous issus du conservatoire – le directeur Georges di Isernia est à la batterie – ils n’ont répété qu’une fois ensemble le matin même. Il faudra laisser de l’espace pour les plages sonores, les chansons qui accompagnent et ponctuent la dizaine de textes étudiés avec Michèle Armenio et Cathy Puyrénier et mis en voix et en corps avec la comédienne Lohr Touati. Les poètes de la négritude – terme crée par Aimé Césaire apparaissant pour la première fois dans la revue « l’étudiant noir » et qui répond à la discrimination portée par le terme « nègre » et revendique que tous, blancs et noirs reconnaissent l’identité et la culture des noirs d’occident –, sont des hommes unis dans une même lutte mais dont les voix, fiévreuses, drôles, lyriques, incandescentes, sont plurielles. Ce faisceau  de voix tonifiantes  passa , ce mercredi, par celle de jeunes gens qui n’ont pas connu l’esclavage, mais hélas, vivent, même sans y être forcément victimes personnellement, le racisme ordinaire qui existe dans tous les pays du monde et que l’on ne dénoncera jamais assez.

Aussi, il fallait les porter avec vigueur et ce n’était pas chose aisée. Si certaines furent plus affirmées que d’autres, moins timides, c’est  incontestablement une réussite pour Lohr Touati , directrice d’acteur qui a toujours cru à ce projet qui s’inscrit dans un partenariat avec la Scène Nationale avec laquelle elle collabore. Au bout de cinq heures (sur un total d’une quinzaine environ) ils se sont appropriés magnifiquement le projet se réjouit la comédienne pour qui les difficultés doivent rester des stimulants. En effet,  la poésie n’est  pas connu comme le principal centre d’intérêt des jeunes adultes qui s’auto- censurent davantage que les enfants , ni sa connaissance , l’atout de futurs commerciaux . D’où l’importance du travail préparatoire qu’elle appelle simplement : la chauffe. Travailler la respiration, l’ancrage, la posture, les gestes,  car c’est d' un véritable travail d’acteur dont il s’agit. Incarner un texte exige cette mise en condition absolument primordiale pour celle qui a mis en scène ce lumineux  Note Noire.

Celle-ci s’est également réjouie  de l’implication de ces jeunes (  Enzo a même signé un des textes, très beau ) qui au départ étaient plutôt réticents à ce projet qu’ils n’ont pas choisi et qui s’inscrit dans la politique culturelle chère au directeur du CFA,  Monsieur Mancuso qui,  dans la lignée de son prédécesseur Michel Ferrier souhaite, plus encore que des professionnels qualifiés, vouloir former des citoyens responsables. Mais plus que d’adhérer à une telle conception, cependant louable, ces jeunes gens  ont surtout pris un plaisir, un régal, visible à se retrouver ensemble sur une scène pour offrir le fruit de leur travail aux spectateurs. Plaisir à partager cette scène avec d’excellents musiciens. Plaisir à dire, à faire retentir des mots forts à la portée universelle. Le spectacle,  malgré quelques approximations, parfois un peu de retenue,  n’a pas manqué de sève... Ils ont simplement assuré, et on s’en est aperçu. Ils s’en sont aperçus. Si c’était à refaire, ils n’hésiteraient pas, ils n’hésiteraient plus. Le théâtre, le chant, sont des libérateurs de potentiels et ces jeunes adultes  en ont pris conscience. Aussi important qu’être libre est d’être heureux. Lorsqu’ on est heureux, on est libre. Parti de très loin, ils sont allés assez loin… le début d’une route, une belle brèche dans l’orée bariolée de tous les possibles.

J.B.S

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