Des bornes et des limites, au dernier Café Littéraire

Il est bien connu que "quand les bornes sont franchies, il n'y a plus de limite". L'aphorisme du "sapeur Camembert" venait à l'esprit après le Café littéraire du jeudi 6 juin, où Sylvie Le Bihan présenta son dernier roman Amour propre. L'entretien-fleuve était parfois interrompu par les chansons du répertoire de Reggiani, interprété avec relief et authenticité par Joël Alain.martiP1060855

 

Quelque peu noyé dans un flot aussi abondant que le Gardon en colère, Tino di Martino remarque "qu'avec Sylvie, on met la clé, on tourne et on n'a plus rien à faire". Il a pu toutefois expliquer au public qu'il s'agissait du 4ème roman de l'auteure, que certains avaient été primés et qu'avant de rejoindre J.C. Lattes, l'auteure avait été éditée aux prestigieuses éditions du Seuil. Le style, fluide, imagé, direct est toujours là et la critique a été excellente pour Amour propre. Abondante chevelure au vent, "Sylvie" précise quelques points de sa biographie.

Elle apprécie beaucoup Sète "ville magnifique" où "les gens sont sympathiques, tactiles". Mais sa vie est à Nîmes, "ville en souffrance", où l'on rencontre des "gens vrais". A part cela, son mari est un chef-cuisinier à réputation internationale qui a repris L'Imperator, restaurant haut de gamme.

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A par cela, il y a l'écriture et ce roman, plutôt autobiographique. Certes, Sylvie Le Bihan n'a peut-être pas fait retraite à la villa Malaparte à Capri, où l'héroïne, dans la solitude et le dépouillement, s'interroge sur son passé. Mais le questionnement est bien celui de l'auteure.

 Sont questionnés la maternité et la féminité. Et pour ce faire, "envoyée valser la bien pensante". Le désir d'enfant n'est pas aussi prégnant qu'on l'affirme. Si l'on suit bien S. Le Bihan, elle a eu des enfants "par défi".

Cela n'est sans doute pas courant, mais "chaque femme a une maternité différente". En conséquence, avoir des enfants reviendrait à relever un challenge :"on prépare l'après dès l'avant" et à la majorité, en principe, "on a fini le job". Diable. Il est vrai que la mère doit encore être femme et qu'à notre époque, on demande beaucoup au "deuxième sexe". Etre mère, épouse, maîtresse et avoir une vie professionnelle, le tout en sauvegardant sa personnalité.

Et cela, pour une femme, est déjà difficile. Mais par delà les péripéties de la vie de chacun, le vécu et le devenir des enfants et peut-être l'équilibre d'un couple, il est des valeurs que tout humain doit respecter. Même un peu courte, la sagesse des nations peut y aider : il ne faut pas faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas qu'on nous fasse. D'autant que cela renvoie à l'énoncé d'un droit humain qui était révolutionnaire en 1789 : "la liberté consiste à faire ce qui ne nuit pas à autrui".

 

Sylvie Le Bihan cultive la résilience après un vécu dramatique. Mais si, après Moustaki, Reggiani chantait la liberté, il oubliait quelque peu cet aspect, malgré l'apparition de "la belle geolière". Pourtant, il est vrai, au fond, que quand les bornes sont franchies…

P.S. Ceux qui liront Amour propre seront peut-être d'un avis différent.martiP1060848

Hervé Le Blanche