Erwan Deveze : Le pouvoir rend-il fou ?

En ces temps mouvementés face aux défis qui se dressent et les incertitudes quant à l’avenir, on peut légitimement se poser la question sur les motivations et les dispositions de ceux qui aspirent à diriger dans ces conditions. Erwan Deveze nous éclaire sur certains aspects de ces aspirants au pouvoir. Le titre, un brin provocateur ne correspond que partiellement au contenu du livre, riche en anecdotes, analyses et prospections. Erwan Deveze ponctue son texte de nombreuses références et citations, telle celle-ci :  «Boris Cyrulnik non loin de penser que tous les dirigeants politiques sont ou deviennent à terme des pervers narcissiques oeuvrant dans un contexte de pathologie exacerbée». Dans son ouvrage paru en 2008, In Sickness and in Power (dans la maladie et dans le pouvoir), David Owen avait défini le «syndrome d’hubris», la maladie du pouvoir dont les symptômes sont essentiellement la perte du sens des réalités, l’intolérance à la contradiction, des actions à l’emporte pièce, l’obsession de sa propre image, l’abus de pouvoir. Le sujet atteint de ce mal étrange manifeste du narcissisme, de l’arrogance, de la prétention, de l’égotisme, pratique la manipulation, le mensonge, le mépris. Il se caractérise aussi par un sentiment d’invulnérabilité, d’invincibilité, de toute puissance.
Dans tous les stades du pouvoir, la conquête, l’exercice et la perte, Erwan Deveze analyse les prédispositions génétiques spécifiques du leader en puissance, la nature de l’environnement favorable ou pas, ainsi que le niveau de détermination du sujet. Il ne se limite pas à examiner le seul domaine politique, mais ausculte aussi les autres lieux d’exercice du pouvoir dont principalement l’entreprise.
A la question qui lui était posée, quelle est la plus grande qualité d’un homme d’état, François Mitterrand avait répondu : «j’aimerai vous dire que c’est le courage, mais c’est l’indifférence». Erwan Deveze ne fait évidemment pas preuve d’un tel cynisme dans son ouvrage. Il évoque par ailleurs des dirigeants qui ne sont pas exclusivement animés par une fêlure narcissique, mais qui veulent oeuvrer pour l’intérêt général. Il ne fait pas non plus écho à cette autre déclaration de Mitterrand, «le pouvoir est un poison pour quiconque y goutte». Il veut «proposer une nouvelle vision du leadership et du management bien plus en lien à la fois avec la réalité du fonctionnement de notre cerveau et avec le monde d’aujourd’hui. Il décline cette proposition en six dimensions : la sensibilité à l’autre, la conscience de soi, l’attention, l’adaptation, la résilience et la pensée positive. Il rappelle cette citation de Michel Serres : «la véritable autorité est celle qui grandit l’autre... Désormais la seule autorité qui veut s’imposer est fondée sur la compétence».

Michel Puech