Littérature - Poésie

Audrey Marty : Le Destin Fabuleux de Jane Dieulafoy

«Jeanne Dieulafoy ne ressemble en rien aux jeunes filles de la bourgeoisie de son époque. La mode et la maîtrise des tâches ménagères ne sont pas vraiment de son goût...». C’est très jeune qu’elle peut se lancer dans ce à quoi elle aspire le plus, l’aventure. Le 11 mai 1870, Jane Magre, née à Toulouse, épouse à 18 ans Marcel Dieulafoy. Seulement deux mois plus tard, lorsqu’éclate le conflit franco-prussien, elle décide d’accompagner son mari qui s’engage en tant que capitaine du génie. Le commandant Vergne témoigne à son sujet : «cette femme, vraiment remarquable, a fait courageusement ce que peu de femmes ont fait. A 18 ans, venant de se marier, elle a voulu suivre son mari, partager les dangers et toutes les fatigues quand il le fallait, couchant dans la neige, restant à cheval la nuit et le jour...». C’est aussi au cours de cet épisode qu’elle prend pour habitude de revêtir des vêtements masculins et en particulier le pantalon qu’elle adopte définitivement. Elle obtient une autorisation spéciale pour déroger à la loi.

C’est ainsi que commence sa vie aventureuse, toujours aux côtés de son mari. Audrey Marty tombée sous le charme de cette personnalité exceptionnelle retrace leurs pérégrinations. Ayant pris goût aux voyages, ils embarquent pour la Turquie, ensuite pour la Géorgie d’où ils entament «une chevauchée fantastique de plusieurs milliers de kilomètres». «Après quatorze mois d’absence, cent quarante étapes, près de six mille kilomètres parcourus à cheval et plusieurs kilos en moins, Jeanne et Marcel sont donc de retour en France. Ils rentrent exténués, amaigris, malades...». Après avoir brièvement replongé dans la vie ordinaire, Marcel Dieulafoy obtient la direction d’une mission archéologique en Perse. Ils embarquent le 17 décembre 1884. La mission s’achève en juillet 1886 et permet d’enrichir le Louvre de «trésors artistiques et archéologiques d’une grande valeur.

Jane poursuit ses activités d’écriture, publiant une dizaine d’ouvrages, d’engagement dans ses combats féministes, de conférences très appréciées. A sa mort le 25 mai 1916 elle jouit d’une grande notoriété. Ainsi le New-York Times lui rend hommage : «Madame Dieulafoy, auteur, exploratrice, chevalier de la légion d’Honneur, et possédant le privilège unique, accordé par le Gouvernement Français, de porter un vêtement masculin, est morte. Durant les les soixante cinq ans de son existence, Madame Dieulafoy a vécu de nombreuses expériences qui lui ont valu d’être la femme la plus remarquable de France et peut-être même de toute l’Europe». C’est ce destin fabuleux que nous relate avec passion et admiration Audrey Marty.  
Michel Puech
Audrey Marty Le destin fabuleux de Jane Dieulafoy, de Toulouse à Persépolis, l’aventure au féminin. Editions Le Papillon Rouge

Deux coups de coeur de Nicolas de la Librairie l'Echappée Belle

Deux coups de coeur de Nicolas : deux BD drôles qui nous apportent un point de vue original sur le monde à travers les yeux de leur auteur et qui nous en apprennent un peu plus sur nous en même temps :
"L'homme le plus flippé du monde" de @theo.grosjean chez @delcourt_soleil_bd est une chronique drôle et touchante des peurs de l'auteur avec des conseils qui l'aident à mieux gérer ses angoisses au quotidien, quand ils marchent...
"Le bruit des gens" de @nikesco__ chez @editionslapin nous offre le regard incisif de l'auteur sur son quotidien de jeune sourd homo dans un monde où les entendants et les malentendus se rencontrent souvent.

Aucune description de photo disponible.

histoires inouïes en Occitanie aux éditions Le Papillon Rouge

Occitanie, terre tranquille de soleil et de farniente, de ciel bleu et de silence troué de vols d’hirondelles et de de chants de cigales ...? Santiago Mendietat et Hubert Delobette mettent un bémol à ces images d’Epinal. L’Occitanie fut aussi le théâtre de faits qu’ils qualifient d’»inouïs». Cette collecte d’évènements plus ou moins connus mais toujours étonnants, étranges ou prodigieux a été entreprise par ces deux auteurs pour une publication aux éditions Le Papillon Rouge. Des récits courts relatent des faits qui à différentes époques ont marqué profondément quelques lieux en Occitanie. A Lunas, un bras de fer entre l’évêché, le Vatican et quelques prêtres réfractaires a eu des répercutions sévères sur quelques protagonistes. A Montauban, les obsèques, le 5 novembre 1940, du dernier président élu de la Deuxième République Espagnole, don Manuel Azana Diaz, rassembla une foule gigantesque, pour la plupart des réfugiés espagnols arborant les couleurs républicaines. Le défilé s’étira sur près de deux kilomètres. A Sète débuta le dix juillet 1947 le périple «fou» de l’Exodus. Alès connu le 11 octobre 1831 une catastrophe minière particulièrement meurtrière qui inspira, plus de quinze plus tard, Emile Zola pour «Germinal». Trente récits nous font découvrir des pans mal connus, voire ignorés de l’histoire de notre région. «Inouïes», le terme est particulièrement bien choisi pour désigner ces histoires authentiques dont certaines, comme le vent de folie qui frappa Pont Saint Esprit et ses habitants en 1951, ne furent jamais tout à fait expliquées ou élucidées. Trente histoires étonnantes à connaître et parfois méditer.

Michel Puech

Captivus de Yves Desmazes aux éditions Le Papillon Rouge

La situation particulière créée par la pandémie met en difficulté un certain nombre de secteurs. L’absence de salons, des foires et de toutes les manifestations liées au livre atteint particulièrement le secteur de l’édition. Alice Dorques et Hubert Delobette, avec passion et obstination, n’en poursuivent pas moins leur travail d’édition sous le sigle du Papillon Rouge, dont le siège est à Villeveyrac. Ils nous proposent à présent plusieurs nouveautés dont «Captivus» de Yves Desmazes. Auteur d’une douzaine d’ouvrages déjà parus, Yves Desmazes nous invite à découvrir un personnage originaire de notre région : Guillaume de Nogaret (1282-1313). Né en Haute Garonne, de Nogaret étudie puis professe le droit à Montpellier. Grace à ses activités de conseil juridique il a l’occasion de rentrer en contact avec le roi auprès duquel il devient «juge-mage». A partir de 1295 il devient conseiller du roi et ses responsabilités s’accroissent au cours des ans et des affaires. En 1295 le roi Philippe le Bel est confronté à une grave crise financière. Pour y faire face il prend plusieurs mesures : il prive les Templiers de la garde du trésor royal qui est transféré au Louvre, il fait frapper de la monnaie contenant moins d’or - ce qui lui vaudra le surnom de roi faux-monnayeur, et il taxe les biens de l’Eglise.
Le rôle de Guillaume de Nogaret dans les charges menées contre les Templiers est bien connu : arrestation des Templiers, destruction du Temple et confiscation des biens. Mais son rôle dans l’opposition de la royauté à la papauté, de Philippe le Bel à Boniface VIII est moins évident bien que crucial dans la lutte pour la suprématie entre le pouvoir royal et le pouvoir papal.
C’est cet épisode de l’Histoire que nous conte Yves Desmazes, depuis le réquisitoire de Nogaret contre le pape qu’il accuse des motifs les plus infamants, jusqu’à l’arrestation de Boniface VIII  à Agnani en Italie. Yves Desmazes met en scène Thibaud de Cornilhac, jeune secrétaire particulier de Nogaret que nous suivons dans ces péripéties de lutte pour le pouvoir. Mené de façon alerte, le récit met en exergue la dimension du personnage de Nogaret et son implication dans ces faits historiques. Un récit passionnant.
Michel Puech

C'est parti pour la campagne de financement de BDplage Sète 2020 !

Pour la neuvième année consécutive, le festival estival de bande dessinée de Sète, BD PLAGE, revient avec un plateau haut en couleurs. Gratuit et ouvert à tous, BD PLAGE se déroule toujours dans le cadre magique et préservé de la plage du Lido à Sète, dans l'Hérault en région d'Occitanie, en partenariat avec le Bar-Restaurant La Canopée.

Par ici  : La campagne de financement de BDplage Sète 2020 !

https://fr.ulule.com/bd-plage-2020/

Cette année, le festival se déroulera le samedi 29 et le dimanche 30 août 2020, après les traditionnelles Fêtes de la Saint Louis.

D'un concept unique, BD PLAGE se déroule « les pieds dans le sable » directement sur la plage, c'est un événement convivial qui a pour objectif de populariser la bande dessinée en provoquant de belles rencontres. Dans un cadre insolite et naturel, il permet aux vacanciers venus se baigner et aux bédéphiles venus pour l’événement, de découvrir en toute décontraction, une partie de la diversité de la bande dessinée française et internationale.

 

Aucune description de photo disponible.

Giono dans la Pleiade, une nouvelle anthologie

Les oeuvres complètes de Jean Giono avaient déjà été publiées par la Pleiade en huit volumes, mais une nouvelle édition propose une anthologie composée de dix titres choisis dans la somme imposante et diverse de sa longue vie d’écrivain prolixe. André Gide disait que lire Giono c’est se laisser «emporter comme un fétu dans un puissant souffle». C’est de toute évidence embarquer pour un voyage au long cours dans d’étranges contrées peuplées de personnages forts en personnalité et en originalité. C’est se laisser envouter par une imagination puissante et un style unique, poétique et aventureux. Ainsi, cinquante ans après sa disparition la nature profonde de cet écrivain vient avec évidence briser cette fausse réputation de régionaliste. Si le cadre de ses écrits est bien celui de son lieu de vie choisi et vénéré, la nature y est violente  et les éléments s’y entrechoquent. Les forêts inquiétantes, les eaux tumultueuses, les nuages menaçant forgent chez la plupart des personnages des caractères rudes et puissants. Féru d’histoire, Giono nous fait aussi voyager dans le temps. La description de Manosque et la Provence au temps du choléra nous laisse entrevoir la cruauté d’une pandémie qui nous laisse atténuer ce covid 19 qui nous accable. C’est bien une oeuvre rare que nous a laissé Giono loin des poncifs provençaux de Pagnol et compagnie.
Michel Puech
«Ils étaient seuls maintenant sur la route. Des vols de feuilles mortes passaient dans la pluie. Les bois se décharnaient. De grands chênes vernis d’eau émergeaient de l’averse avec leurs énormes mains noires crispées dans la pluie. Le souffle feutré des forêts de mélèzes, le chant grave des sapinières dont le moindre vent émouvait les sombres corridors, le hoquet des sources nouvelles qui crevaient au milieu des pâtures, les ruisseaux qui léchaient les herbes à gros lapements de langue, le grincement des arbres malades déjà nus et qui se fendaient lentement, le sourd bourdon du gros fleuve qui s’engraissait en bas dans les ténèbres de la vallée, tout parlait de désert et de solitude. La pluie était solide et pesante.
Un épervier passa. Il baissait son vol comme pour essayer de passer sous la pluie. Il rasait l’herbe et il remontait en criant.» (Le Chant du Monde extrait)

L'homme qui plantait des arbres, texte de Jean Giono dit par Philippe Noiret

La Librairie L'Echappée Belle et son coup de coeur

Splendide chronique d’un échec annoncé le dernier roman de Thomas Giraud suit le projet fou de “Réunion” communauté utopique crée en 1865 par quelques français au milieu du Texas. Après avoir écrit sur le géographe anarchiste Elisée Reclus, Thomas Giraud continue d’explorer les rapports à l’environnement et aux idéaux dans une langue magnifique. Dans le bruit des tuiles la nature peut etre aussi belle que hostile, un très beau moment de littérature.

C'est aux Editions La Contre Allée, un éditeur que l'on vous invite à découvrir, à lire et à partager.

Un coup de cœur d’Antonin de l'ECHAPPEE BELLE

Le bruit des tuiles Thomas Giraud éditions la contre allée

Aucune description de photo disponible.

Actualité de Kessel.

kesselIl y a vraiment une actualité médiatique et éditoriale du grand "Jeff", ainsi que le surnommaient proches et amis. Le Monde des Livres du 5 juin 2020 expose dans une pleine page des vues sur le monde kessélien. Il nous apprend que l'ensemble de ses reportages a été réédité chez Tallandier en 2019 et que les Romans et récits de Joseph Kessel constitueront deux tomes de la collection La Pléiade.

 

La prestigieuse collection des éditions Gallimard serait-elle aujourd'hui en voie de perdre en respectabilité ? A La Nouvelle Librairie Sétoise, on ne s'offusque pas de l'entrée de Kessel dans ce Panthéon des Lettres (d'Ormesson n'y figure-t-il pas?), mais on rappelle que Gallimard cherche à s'ouvrir à de nouveaux publics. Et il se pourrait que plus d'auteures auraient droit à cette reconnaissance. Mais l'expression de l'auteure de l'article, Macha Séry, n'est pas exempte de certains défauts qui étonnent dans un grand quotidien.

Ecrire que Kessel pouvait être le chantre de la "technologie" comme des traditions ancestrales, c'est pousser le bouchon un peu loin. Quant à faire circuler des "caravansérails" au sud de l'Oural, cela est fantasmagorique. Des impropriétés aussi : on ne "représente" pas la culture "par des liens".

Et si Joseph Kessel avait été formé par son père au respect des humanités, son auteur de prédilection était Tolstoï dont il célébrera son Anna Karénine dans nombre d'interview. De même, l'article n'évoque pas la suite romanesque du Tour du malheur, dont Jeff ambitionnait qu'elle fit de lui le Tolstoï français…

 

Néanmoins, en écho à un entretien avec Serge Linkes, l'universitaire qui a dirigé l'édition, l'article expose des vues qui éclairent en profondeur le monde kessélien. Certes, "presque tous les romans de Kessel jaillissent de la même source que les récits...une expérience vécue.." L'expérience sans doute au sens concret, circonstanciel du terme.

Mais surtout, "l'aventure intérieure, le roman vécu par les hommes que l'on trouve sur son chemin". Encore, souligne l'auteure de l'article, faut-il deviner les drames, la complexité de leur écheveau, prêter l'oreille aux gens et ne pas les juger. Et ensuite, avec les mots, faire ressentir les passions, pulsions , appétits, petitesses et lâchetés qui agitent l'âme humaine et qui incarnent les personnages de Kessel. De l'aspirant Herbillon et du capitaine Gabriel Thélis de l'Equipage (1923) au cruel Ouroz et son père Toursène des Cavaliers (1967), en passant par Elsa Wiener (La Passante du Sans-Souci, 1936) et Séverine, la scandaleuse Belle de jour.

Il y eut aussi le djiguite (cavalier voltigeur) de Nuits de princes et les aventuriers de Fortune carrée (1932). De la Belle de jour, des souvenirs de Montmartre, des aviateurs de la Grande Guerre, de son ami Mermoz, il a parlé beaucoup, avec empathie. Il a donné du sens aux mots amitié, fraternité.

 Et parce que Jeff a su donner du plaisir à bien des cœurs et bien des esprits en France et dans le monde, parce qu'il a su répandre ce feu qu'il portait en lui, il est toujours un auteur éminemment populaire.

Hervé Le Blanche