Rencontres de Juillet

Rencontré le mareyeur sétois Jean-Raymond Azaïs qui passera au Tribunal parce qu’il a acheté à la Criée des poissons de 18 cm alors que la taille autorisée est d’au moins 20 cm. Notons d’abord que ce n’est pas le vendeur qui est pénalisé mais l’acheteur. Celui-ci a eu beau expliquer que, des tribunes de la Criée, il est difficile de voir la différence entre 18 et 20 centimètres, les pandores maritimes l’envoient devant les juges.

Dans le même esprit, rencontré un maraicher de l’arrière-pays, attaché aux légumes anciens, vient d’être frappé d’une amende de 450 € pour avoir vendu des tomates anciennes non cataloguées… C’était bien la peine qu’il se décarcasse à sauver une espèce en voie de disparition.

Si tous ces verbalisateurs zélés pouvaient être affectés à la surveillance des sauvageons et autres malfaisants qui empoisonnent la vie de nos villages, ce serait aussi bien…Gendarmes et policiers s’échinent à refréner la voyoucratie mais visiblement les décideurs préfèrent chercher les poils sur les œufs des animateurs économiques.

Rencontré un des pionniers de l’aquaculture dans l’étang de Thau qui m’a appris que cette année, pour la première fois, le tonnage des poissons élevés allait dépasser le tonnage des poissons péchés. Il en était fier et tout heureux. Je suis loin de partager son bonheur.

Bernard Barraillé

Sète la Singulière
par Louis Bernard Robitaille

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon