L’Europe, la Nation, la Région

Les opinions publiques sont conscientes que l’Europe est nécessaire pour traiter les problèmes globaux, entre autres, la fiscalité, la concurrence déloyale, le trafic de drogues, le risque terroriste ou encore l’immigration. Dans un monde globalisé, l’union et la taille sont en effet des facteurs déterminants pour agir et être puissant. De même que les entreprises se regroupent par fusion ou acquisition, les pays sont appelés à s’unir pour continuer d’exister.

Les peuples d’Europe s’inquiètent néanmoins d’une Union qui profite surtout à une minorité et qui accroit les inégalités. La Nation apparait alors comme un bouclier à ceux qui sont en quête d’identité et, dans de nombreux pays, la Région semble tout aussi apte à jouer ce rôle.

Ainsi de nombreuses revendications d’autonomie régionale voire d’indépendance se font entendre, jusqu’au cœur même de l’Europe, où Flamands et Wallons sont près de faire éclater la Belgique. En Espagne, Catalans, Basques, Galiciens, Andalous ou encore Aragonais ont déjà obtenu une reconnaissance de leurs spécificités culturelles. En Italie, la Lombardie, la Vénétie, le Frioul, la Sardaigne et dans une moindre mesure la Sicile, ont des revendications spécifique. Dans le Royaume plutôt désuni du Brexit, les Ecossais et les Gallois se verraient bien un avenir à part de l’Angleterre. En Scandinavie, les Lapons veulent un pays à eux. La Frise aux Pays-Bas, la Silésie en Pologne et même la Bavière, en Allemagne, aspirent à des droits culturels particuliers. En France, lors des dernières élections, les Corses ont voté majoritairement pour les autonomistes et des mouvements identitaires existent en Alsace, en Bretagne et au pays Basque.

Ces régionalismes ne sont pas incompatibles avec la construction de l’Europe. L’aspiration des peuples d’Europe à s’unir reste en effet très forte, à condition que soient garanties leurs identités. Une identité européenne implique une adhésion à des valeurs communes mais elle n’est pas synonyme d’uniformisation.
De son coté, l’Europe tend à faire jouer aux Régions un rôle de plus en plus important avec le principe de subsidiarité qui vise à privilégier le niveau inférieur d'un pouvoir de décision aussi longtemps que le niveau supérieur ne peut pas agir de manière plus efficace. Ce faisant l’Europe contribue ainsi à conserver l’extraordinaire richesse culturelle et linguistique du continent. Dans ce contexte, les états-nations, dont la France est l’archétype perdent ainsi de leur pouvoir par le haut au profit de l’Europe et par le bas au profit des Régions.

Tout être humain a un besoin fort d’appartenance à une identité mais il ne peut multiplier les niveaux d’appartenance. Deux c'est déjà beaucoup et trois c'est presque impossible. Ce sont sans doute les états-nations, souvent récents à l’échelle historique (l’Italie ne date que de 1861), qui s’effaceront les premiers au profit de l’Europe et des Régions dont les existences sont millénaires pour nombre d’entre elles.

Le communautarisme est un autre facteur qui favorise le délitement des états-nations. Partout en Europe, le communautarisme des citoyens issus de l’immigration est une sorte de résistance passive à l’intégration, un refus conscient ou inconscient d’appartenir à la communauté nationale du pays d’accueil, avec ses règles et ses valeurs. Il est favorisé d’une part par les nouvelles technologies qui rendent beaucoup plus facile le maintien de racines avec la culture et le pays d’origine.
Il est aussi le symptôme d’une Europe qui n’a pas encore un projet idéologique clair. A trop faire pénitence de son passé, à trop douter et à trop dénigrer son présent, l’Europe ne suscite plus l’enthousiasme.

Dans le passé, l’immigrant était fier d’adhérer à son nouveau pays et il voyait sa naturalisation comme une promotion. Aujourd’hui la société européenne, pas plus que ses composantes nationales, n’a de vision collective, ambitieuse et généreuse pour susciter un désir d’intégration.

Bref il manque encore une âme à L’Europe.

Rhadamanthe

 

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