Privilèges

Les français bénéficient de nombreux avantages collectifs: gratuité de l’école, sécurité sociale, hôpital accessible à tous, liberté d’expression, etc. Ces acquis de haute lutte ne sont même plus perçus tant ils paraissent naturels et obtenus pour toujours.

 Par contre les français perçoivent les avantages individuels, d’autant qu’ils sont nombreux à bénéficier de petits à-côtés.

Les agents d’EDF sur le terrain travaillent souvent dans de dures conditions et peuvent être appelés de jour comme de nuit 7j/7. D’autres dans les bureaux sont un peu moins sollicités mais tous, en activité ou en retraite, bénéficient de petits avantages qui pris globalement ne sont plus négligeables. La cour des comptes en a dressé un catalogue impressionnant dans son rapport public de 2019.

Les cheminots ont souvent des conditions de travail difficiles et des horaires qui ne ménagent pas leur vie de famille. Cela justifie nombre des compensations qui leur sont accordées mais pas toutes. La Cour des comptes dénonce aussi le système des « facilités de circulation » qui permet à plus d'un million de personnes de voyager pour pas cher… Le coût de ces billets gratuit est d’autant plus faramineux qu’ils ne sont pas accordés qu’aux salariés : les familles, les retraités et même certains élus en profitent sans compter.

A Air France des billets d’avion à prix discounts sont aussi accordés aux salariés et à leurs familles ; les vols peuvent même devenir gratuits pour les navigants et les dirigeants.

Une logique similaire est courante dans de nombreuses entreprises privées : un salarié du groupe Accor, par exemple, bénéficie de réduction substantielles pour ses réservations de chambres d’hôtel en France ou à l’étranger.

Les enseignants sont de moins en moins considérés. Pourtant l’avenir du pays dépend de la qualité de leur travail et de leur motivation. Revaloriser leurs missions et corriger les méthodes de gestion de leur carrière est donc une priorité. Cela n’empêche pas les enseignants d’avoir eux aussi leurs privilèges : vacances généreuses et retraite dans de bonnes conditions.

Les militaires et autres professions à risque méritent de partir plus tôt en retraite mais beaucoup d’entre eux entament ensuite une seconde carrière et touchent ainsi pension et salaire. Le cumul entraîne ensuite une seconde retraite, un privilège différent de la prise de retraite avancée pour les risques encourus au front.

La plupart des médecins sont admirables mais quelques uns le sont un peu mois et n’hésitent pas à demander des suppléments d’honoraires indécents à des petites gens atteintes de maladies graves.

La plupart des notaires sont irremplaçables. Ils évitent bien des soucis aux familles mais quelques uns profitant de leur situation de monopole, gagnent de l’argent sur les fonds de leurs clients ou s’enrichissent de façon éhontée en facturant des actes inutiles.

 Le président de la république a renoncé à percevoir sa retraite présidentielle. Bravo. Mais ce faisant il a mis aussi en lumière les avantages astronomiques dont bénéficient les hautes sphères de la monarchie républicaine. Gérard Larcher, le Président du Sénat, vent debout contre toute réforme de son institution, illustre bien l’intense opposition des privilégiés de la république à toute réforme qui les affecterait. Le patron du sénat est d’ailleurs également très réservé sur le projet de régime universel des retraite, estimant que le train de sénateur mérite mieux que le TGV de la SNCF.

 Personne ne veut perdre ses privilèges, aussi modestes soient-ils. Est-ce une raison pour ne pas faire un peu de ménage ? Les petits avantages connus ne sont cependant que les arbres de la lisière qui masque la forêt des gros privilèges cachés. Le ménage doit donc se faire à la façon dont on balaye un escalier : en commençant par le haut. De même que le froid ressenti est plus vif quand souffle le vent, les inégalités sont d’autant plus ressenties quand sont remis en cause les privilèges des petits avant ceux des grands.

 

Rhadamanthe

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