ANCIENS EDITOS

Macron et Paris rendent hommage aux "héros" de Notre-Dame

 POOL/AFP

Emmanuel Macron a salué jeudi le courage des pompiers et personnels mobilisés pour sauver Notre-Dame, "exemplaires" sous le regard du "monde tout entier", trois jours après le gigantesque incendie de la cathédrale, en pleine Semaine sainte.

"Merci à vous qui avez pris tous les risques (...) Le pays et le monde tout entier nous ont regardés et vous avez été exemplaires", a déclaré le chef de l'Etat devant 250 pompiers de Paris, ainsi que des pompiers franciliens, des policiers, des membres de la Croix-Rouge et de la Protection civile, réunis à la mi-journée dans la salle des fêtes de l'Elysée.

En savoir plus : https://www.afp.com/fr/infos/334/

Le 16 avril ce sera la Journée mondiale de la voix

 Journée mondiale de la voix

Organisée pour la première fois au Brésil le 16 avril 1999 par la Sociedade Brasiliera de Laringologia e Voz, elle s'est perennisée ensuite dans différents pays comme l'Argentine, la Belgique, les Etats-Unis, la France et l'Espagne, avec comme objectif des rencontres entre professionnels de la voix venant d'horizons multiples.

L'information du grand public et des professionnels de la voix (qu'ils soient spécialisés dans l’éducation vocale au sens large ou directement concernés par les problématiques de prévention et de prise en charge) permet une prise de conscience plus large des questions touchant à la voix humaine.

En protégeant sa voix des agressions, en adaptant sa manière de parler aux besoins spécifiques liés à son utilisation, de nombreuses difficultés peuvent être évitées.

Lors de la seconde Journée Mondiale de la voix organisée par Claire Gillie à Paris, a eu lieu le 4 juin 2011 au Cloitre Oouvert, une manifestation sur le thème de La Voix Aveugle. L'illustration utilisée pour cette notice est tirée du site consacré à cette manifestation (lien ci-dessous)

Un site à visiter : db.hautetfort.com

L’Europe, la Nation, la Région

Les opinions publiques sont conscientes que l’Europe est nécessaire pour traiter les problèmes globaux, entre autres, la fiscalité, la concurrence déloyale, le trafic de drogues, le risque terroriste ou encore l’immigration. Dans un monde globalisé, l’union et la taille sont en effet des facteurs déterminants pour agir et être puissant. De même que les entreprises se regroupent par fusion ou acquisition, les pays sont appelés à s’unir pour continuer d’exister.

Les peuples d’Europe s’inquiètent néanmoins d’une Union qui profite surtout à une minorité et qui accroit les inégalités. La Nation apparait alors comme un bouclier à ceux qui sont en quête d’identité et, dans de nombreux pays, la Région semble tout aussi apte à jouer ce rôle.

Ainsi de nombreuses revendications d’autonomie régionale voire d’indépendance se font entendre, jusqu’au cœur même de l’Europe, où Flamands et Wallons sont près de faire éclater la Belgique. En Espagne, Catalans, Basques, Galiciens, Andalous ou encore Aragonais ont déjà obtenu une reconnaissance de leurs spécificités culturelles. En Italie, la Lombardie, la Vénétie, le Frioul, la Sardaigne et dans une moindre mesure la Sicile, ont des revendications spécifique. Dans le Royaume plutôt désuni du Brexit, les Ecossais et les Gallois se verraient bien un avenir à part de l’Angleterre. En Scandinavie, les Lapons veulent un pays à eux. La Frise aux Pays-Bas, la Silésie en Pologne et même la Bavière, en Allemagne, aspirent à des droits culturels particuliers. En France, lors des dernières élections, les Corses ont voté majoritairement pour les autonomistes et des mouvements identitaires existent en Alsace, en Bretagne et au pays Basque.

Ces régionalismes ne sont pas incompatibles avec la construction de l’Europe. L’aspiration des peuples d’Europe à s’unir reste en effet très forte, à condition que soient garanties leurs identités. Une identité européenne implique une adhésion à des valeurs communes mais elle n’est pas synonyme d’uniformisation.
De son coté, l’Europe tend à faire jouer aux Régions un rôle de plus en plus important avec le principe de subsidiarité qui vise à privilégier le niveau inférieur d'un pouvoir de décision aussi longtemps que le niveau supérieur ne peut pas agir de manière plus efficace. Ce faisant l’Europe contribue ainsi à conserver l’extraordinaire richesse culturelle et linguistique du continent. Dans ce contexte, les états-nations, dont la France est l’archétype perdent ainsi de leur pouvoir par le haut au profit de l’Europe et par le bas au profit des Régions.

Tout être humain a un besoin fort d’appartenance à une identité mais il ne peut multiplier les niveaux d’appartenance. Deux c'est déjà beaucoup et trois c'est presque impossible. Ce sont sans doute les états-nations, souvent récents à l’échelle historique (l’Italie ne date que de 1861), qui s’effaceront les premiers au profit de l’Europe et des Régions dont les existences sont millénaires pour nombre d’entre elles.

Le communautarisme est un autre facteur qui favorise le délitement des états-nations. Partout en Europe, le communautarisme des citoyens issus de l’immigration est une sorte de résistance passive à l’intégration, un refus conscient ou inconscient d’appartenir à la communauté nationale du pays d’accueil, avec ses règles et ses valeurs. Il est favorisé d’une part par les nouvelles technologies qui rendent beaucoup plus facile le maintien de racines avec la culture et le pays d’origine.
Il est aussi le symptôme d’une Europe qui n’a pas encore un projet idéologique clair. A trop faire pénitence de son passé, à trop douter et à trop dénigrer son présent, l’Europe ne suscite plus l’enthousiasme.

Dans le passé, l’immigrant était fier d’adhérer à son nouveau pays et il voyait sa naturalisation comme une promotion. Aujourd’hui la société européenne, pas plus que ses composantes nationales, n’a de vision collective, ambitieuse et généreuse pour susciter un désir d’intégration.

Bref il manque encore une âme à L’Europe.

Rhadamanthe

 

Retrouver le sens du bien commun pour ne pas avancer en arrière

Notre système politique est un mélange de libéralisme et d’état providence.
Avec la montée de l’individualisme, on attend du libéralisme qu’il mette la personne au centre des préoccupations tandis qu’on attend de l’état providence qu’il résolve tous nos problèmes. Comme l’état ne peut faire les deux à la fois, répondre à toutes les demandes individuelles - moi d’abord, tout de suite - et éradiquer la misère, il finit par mécontenter tout le monde.
Dans ce système schizophrène les élus perdent leur fonction essentielle : celle d’éclairer et de guider le peuple. Ils se contentent d’organiser la société ou de gérer l’économie, du moins la faible part sur laquelle ils ont prise. La démocratie représentative est alors prise au piège. Dans l’incapacité d’additionner les envies contradictoires elle accepte la montée des particularismes, des corporatismes, des communautarismes, pendants sociaux de l’individualisme. L’équipe au pouvoir oublie qu’elle a en charge ce qui est bon pour tous et pas uniquement pour certains.  Elle s’appuie sur une élite qui décide de ce qui est bien, de ce qui est juste, de ce qui est vrai. Elle n’écoute guère ceux qui ne pensent pas comme elle. Les opposants adoptent une position symétrique et campent sur leurs propres vérités. Ils n’écoutent pas davantage et promettent de massacrer l’autre s’ils gagnent politiquement. Ils sont prêts à échanger un système honni pour une tyrannie nouvelle potentiellement plus dangereuse encore que les féodalités antérieures.

En 2017, quelques semaines à peine après l’élection du nouveau Président de la République, nous annoncions dans un éditorial daté du 9 juillet que les conditions étaient réunies, pour que la cocotte minute se mette à siffler : un État avec des caisses vides, un endettement abyssal, une fiscalité  écrasante, des inégalités et une insécurité croissantes. 
En ce début 2019, le large soutien de l’opinion aux gilets jaunes et la dangereuse acceptation tacite de la violence montrent que la révolution que nous pressentions est en cours. Comme toujours dans un tel cas, attendons-nous à présent à traverser une très longue période d’instabilité.

Pour éviter l’anarchie et les risques qu’une période révolutionnaire implique Il nous faut redonner du poids à la démocratie participative. En effet le salut ne peut plus venir d’en haut. Dans le contexte actuel, le pouvoir descendant à sens unique ne peut que récolter la révolte ascendante.  Nos représentants ne sont pas tous pourris, beaucoup sont mêmes compétents et animés de nobles sentiments mais ils ne sont pas magiciens, pas plus que ceux qui, en embuscade, promettent la lune s’ils parviennent à les remplacer.

 La seule solution raisonnable est de faire appel à l’ensemble des ressources démocratiques. C’est au peuple de redéfinir le sens du bien commun et c’est au peuple d’identifier ce  à quoi tous les citoyens tiennent.

 En Pays de Thau,  entre conseils de quartier, conseil de développement ou autres conseils participatifs, des expériences intéressantes sont en cours depuis plusieurs années et débouchent sur des projets concrets qui font avancer notre agglomération ou nos communes. Il faut bien sûr aller au-delà de ces pratiques limitées dans leurs objets et raisonner au niveau national.  Cela implique de ne pas  faire l’impasse sur des questions plus fondamentales encore que le pouvoir d’achat ou la fiscalité comme l’idée que nous nous faisons collectivement de la nation ou de l’Europe.
Qu’est-ce que la Nation ? Qu’est-ce qui nous unit ? Une histoire ? Une culture ? Une langue ? Des valeurs républicaines ? La solidarité de l’état providence ? L’exaltation de la nation peut-elle nous entraîner vers le nationalisme : le retour des tranchées de 14-18 et de leurs millions de morts, une nouvelle Shoah et l’extermination de ceux qui sont différents ?
L’Europe dans son fonctionnement actuel est rejetée par une grande partie des citoyens. Mais quel est son bilan objectif  depuis sa création en 1957 ? Que nous a-t-elle apporté : la paix, la monnaie commune, etc. Quel problème n’a-t-elle pas su résoudre : le chômage, le terrorisme, etc. Comment la France peut-elle contribuer à relancer l’idée européenne sur de nouvelles bases ?

Le débat annoncé par le gouvernement sous la pression des gilets jaunes peut être une occasion inespérée de retrouver le sens du bien commun et de réussir pacifiquement la révolution en cours. Nous avons peut-être l’opportunité exceptionnelle de redéfinir notre société et d’expliciter les raisons pour lesquelles nous formons un tout.
Cela implique que chacun joue vraiment le jeu. Le pouvoir comme les oppositions doivent comprendre que les antagonismes simplistes ne mènent à rien. Des gens convaincus de détenir à eux seuls la vérité seraient de piètres acteurs d’un théâtre tragique : des méchants qui refusent aux gentils ce à quoi ils pensent avoir droit, des décideurs qui jugent le peuple trop ignare pour comprendre où se trouve son intérêt, des affreux qui sentent le soufre, avec lesquels on ne peut dialoguer et qu’il faut envoyer au goulag.
Il ne suffit pas d’avoir raison pour imposer son point de vue. Il faut pouvoir le confronter à d’autres et le soumettre à l’épreuve du débat pour qu’il devienne un élément du socle commun des idées et des valeurs à partager. La décision condescendante qui vient d’en haut n’a pas plus sa place dans un tel débat que le «  y a qu’à, faut qu’on » si répandu chez les démagogues et les irresponsables civiques. De même, recueillir l’assentiment de la majorité ne donne pas le droit d’ignorer voire d’opprimer la minorité. Notre idée du vivre ensemble et du lien social ne repose pas que sur des lois et des règles fiscales, elle suppose l’adhésion à des valeurs communes et à des principes comme le respect de l’autre ou l’acceptation du pluralisme politique.

Le peuple est parfaitement capable de croiser divers points de vue et de fertiliser les idées des uns et des autres. Si le processus annoncé est mené avec l’aide d’élus transparents et d’experts capables d’apporter un éclairage de réalisme au débat, le peuple de France saura retrouver et définir le sens du bien commun pour ne pas avancer en arrière.
Le peuple de France est prompt à s’indigner et à s’opposer à l’injustice. Il n’est cependant pas idiot et ne s’engagera pas dans une voie qui l’amènerait vers des lendemains qui déchantent. Si son génie l’amène parfois à rêver l’utopie, il a su démontrer dans son histoire que rêver à plusieurs est souvent le début de la réalité.

Rhadamanthe
6 janvier 2019

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L’avenir des gilets jaunes

La jeunesse reste le vrai moteur du progrès économique et social. Fonder une famille et avoir des enfants constituent pour tous les humains une puissante incitation au travail et à l’investissement. Une natalité qui chute est donc rarement un signe positif pour une nation.

Depuis 2010, la France, a vu son taux de natalité repartir à la baisse. Pire, depuis 2015, le phénomène s’accélère et l’arrivée d’un jeune président en 2017, ne semble pas avoir suffi à inverser la tendance. Selon les derniers chiffres de l’INSEE, le déficit des naissances par rapport aux décès n’a même jamais atteint un tel record depuis la fin de la seconde guerre mondiale.

Cette démographie en berne traduit une perte de confiance non seulement dans l’avenir mais aussi dans les responsables politiques. Les parents sont d’autant plus enclins à mettre des enfants au monde qu’ils ont le sentiment de vivre dans un pays où les dirigeants accordent la priorité au bien commun et prennent les mesures qui garantissent le bien-être de leurs descendants. Dans le contexte actuel où le renouvellement des générations n’est plus assuré, la France, sent confusément qu’elle est un pays en perdition et elle doute de ses élites politiques.

Dans le passé les périodes troubles ont souvent été associées à des crises de la natalité. La Révolution de 1789 a coïncidé avec une première phase de chute de la fécondité française. En Europe, la faible natalité caractérisait la période 1914-1945 qui connut la révolution russe, le nazisme, le fascisme, deux guerres mondiales et la guerre civile en Espagne. A l’inverse, les trente glorieuses qui ont suivi, de 1945 à 1975, ont correspondu au baby boom.

Parallèlement, les causes des révoltes sont toujours les mêmes : un État avec des caisses vides, un endettement abyssal, une fiscalité écrasante, des inégalités et une insécurité croissantes. Aujourd’hui les conditions sont donc remplies pour que le mouvement des gilets jaunes se transforme en révolution.

Au début de toute révolution, l’idéologie est absente. Les revendications sont concrètes : du travail et de quoi vivre décemment. Mais rapidement, livrés à eux-mêmes les révoltés s’engagent dans la surenchère, la violence et les excès. Faute de savoir se structurer ils sont récupérés par les absents de la première heure, ceux qui n’ont pas pris part aux évènements mais qui ont suivi une situation dont ils ont tout à gagner. Placés en embuscade, ils s’insèrent dans le mouvement au moment opportun pour en prendre le contrôle. Il en ressort généralement un pouvoir dictatorial qui se révèle très dommageable pour la nation.

La révolution française de 1789 après avoir aboli la Royauté a finalement accouché de l’Empire et de Napoléon 1er dont les guerres ont causé la mort de centaines de milliers de personnes. Le même Napoléon 1er qui a vendu en 1803 la Louisiane et un immense territoire américain pour financer ces guerres, faisant ainsi perdre au français toute chance de s’imposer comme première langue internationale.

La révolution russe de 1917 a rapidement été confisquée par Staline. Les immenses espoirs suscités par le communisme se sont alors évaporés pour laisser la place au goulag et à ses dizaines de millions de morts.

La révolution iranienne de 1979, partie sur des revendications sociales, fut initiée par une population dont la démographie évoluait à l’européenne (moins de 2 enfants/femme). L’ayatollah Khomeini, à l’abri en France, a su habilement profiter des troubles et revenir au pays pour instaurer le régime des mollahs.

Plus près de nous, les frères musulmans, ont su prendre en marche le train des printemps arabes. Ils sont parvenus à confisquer à leur profit le vent de la démocratie qui soufflait sur les terres de l’islam. En Tunisie, par exemple, la jeunesse, les femmes non voilées et les réseaux sociaux ont permis, dans l’allégresse, la destitution du tyran Ben Ali mais en peu de temps le parti islamiste Ennahdha a pris le contrôle de l’Etat et renvoyé le peuple à sa misère.

On pourrait ainsi multiplier les exemples de mouvements de sans-culottes ou de sans grades qui se sont fait voler leur révolution.

Si les gilets jaunes ne parviennent pas à s’organiser et mettre de l’ordre dans leurs contradictions, ils courent à l’échec. La défense des intérêts individuels les plus divers avant celle des intérêts collectifs, l’absence de prise en compte des réalités politiques, économiques et internationales ne peut conduire qu’au chaos, à la ruine et à la destruction de l’ordre social. Les conditions de leur récupération, par une force plus organisée qu'eux, seront alors réunies. Au lieu des lendemains qui chantent attendons-nous dans ce cas à voir l’arrivée d’un despote au pouvoir. Et rien ne garantit que ce soit un despote éclairé. A l’inverse s’ils parviennent à structurer leur démarche, leur soulèvement peut déboucher sur une vraie avancée innovante et démocratique.

Rhadamanthe

Parole

Lire et écrire sont indispensables pour survivre dans nos sociétés mais aujourd’hui savoir parler est devenu tout aussi important que savoir écrire. La maîtrise de la parole est une compétence de plus en plus recherchée par les entreprises. Avec la réforme du bac prévue pour 2021, l’éducation nationale, elle-même, annonce le retour en grâce de l’éloquence et de l’expression orale.
Les nouvelles technologies transforment la communication entre les humains. Les smartphones et des applications comme FaceTime et SnapChat multiplient les occasions de communiquer oralement. Sur l’internet, l’audience des vidéos de conférences riches de contenu ne cesse de croitre et les youtubers redonnent de la modernité à la rhétorique. A la télévision les débats font de nouveau recette et les émissions où la parlotte est reine se multiplient. Même les objets deviennent « intelligents » se mettent à parler. Le digital nous mène peu à peu au vocal.

Platon, il y a 25 siècles, expliquait pourquoi Socrate n’écrivait pas : l’écrit transmet une pensée limitée, figée, morte pour ainsi dire. Sans la parole pour l’exprimer et l’expliciter, la pensée perd avec l’écrit sa profondeur et ses nuances. Le savoir, disait-il, contrairement à l’information n’existe pas en dehors de l’homme. L’écrit ne permet pas le dialogue. Il ne peut répondre aux objections ni adapter les arguments en fonction des réactions de l’interlocuteur. Pour Socrate, rien ne remplaçait la parole et c’est pourquoi son enseignement était uniquement oral. Seul le débat public et le contact direct entre personnes pouvaient permettre de confronter les idées et de conduire à de véritables échanges.

Socrate craignait d’ailleurs que l’écriture n’ait un autre effet pervers : celui d’amoindrir la mémoire. De fait, en utilisant l’écriture, on perd l’habitude de mémoriser et on s’appuie sur un support externe pour retrouver la connaissance ou les traces des expériences passées. L’écriture peut aussi, en quelque sorte, affaiblir le cerveau. Une critique reprise, après l’invention de l’imprimerie, par les clercs à l’instar de Girolamo Squarciafico qui déclarait, en 1477, que « l’abondance des livres détournait les hommes de l’étude ».

Platon, citant Socrate, expliquait aussi pourquoi nul homme sage ne devrait se risquer à écrire sur des questions sérieuses et livrer ainsi sa réflexion à l'envie et à l'incompréhension des autres. Il nous mettait en garde sur le risque de laisser tomber l’écrit « dans les mains du premier venu qui pourra le fausser et le triturer en tous sens ». Il ne parlait pas encore des « fake news » ni de l’interprétation dangereuse de textes religieux sortis du contexte de leur époque mais il le pressentait.

Dans la Grèce antique, l’écrit était d’ailleurs encore balbutiant et la mémoire était la seule façon de s’approprier le savoir. L’Iliade, le poème épique attribué à Homère, se transmettait ainsi oralement de génération en génération.

Comme le remarque le linguiste Walter Ong, si parler est naturel, écrire l’est beaucoup moins. Quelle que soit leur culture les hommes parlent. La parole est essentielle au lien social. Ecrire est déjà plus intellectuel, plus abstrait. L’écriture avec ses idéogrammes ou ses alphabet est une technologie, une invention dont le support a évolué au fil des siècles: la pierre et le silex pour l’homme préhistorique, le papyrus pour le scribe égyptien, le papier pour le typographe ou divers supports magnétiques pour l’informaticien d’aujourd’hui.
Quelle que soit la technique utilisée, la transmission écrite du savoir est plus difficile et moins abordable au plus grand nombre que la transmission orale. Avec l’évolution vocale du numérique, l’écrit ne va pas disparaître, il continuera de faire progresser l’humanité mais l’univers interactif et chaleureux des cultures orales reprendra de l’importance. L’écrit ne sera plus le seul pour enregistrer le savoir et les idées. La parole redeviendra le moyen premier de la communication. Les sétois, dont le parler vivant et coloré est bien connu, ne s’en plaindront pas.

Jacques Carles

Réformer l’école ?

Imaginons un hôpital spécialisé pour les personnes en bonne santé. Les technocrates chargés de l’évaluation du système de soins le donnerait en exemple : très faible taux de mortalité, coût des médicaments maîtrisé et excellente note pour la satisfaction de la clientèle.

Notre système éducatif se rapproche de cet hôpital. Il est très performant pour les enfants déjà bien dotés par la nature ou par le milieu social dans lequel ils vivent. Les enseignants s’occupent d’abord des enfants sans problème. Les belles écoles et les infrastructures modernes se trouvent en priorité dans les beaux quartiers des métropoles. Malheur aux enfants dont l’intelligence ne correspond pas aux critères étroits définis par l’Education nationale, malheur à ceux qui sont différents, malheur à ceux qui vivent dans les banlieues ou les zones rurales. L'Education nationale a bien prévu ces derniers temps de corriger cette situation mais les moyens techniques et humains mis en œuvre ne permettent que des aides ponctuelles. Celles-ci ne sont pas inscrites dans un cadre d'objectif général pour permettre à chacun d'aller le plus loin possible en fonction de ses capacités.

Depuis les lois scolaires de Jules Ferry de 1880, le système français a donc globalement peu évolué malgré les nombreuses réformes que n’ont pas manqué de faire presque tous les ministres de l’Education nationale. Le monde, par contre, a beaucoup changé depuis plus d’un siècle. Tout ne s’apprend plus à l’école et il est devenu clair qu’il existe de multiples formes d’intelligence. De même avoir un diplôme et être instruit ne veut pas forcément dire être intelligent.

Dans le nouveau contexte du 21ème siècle, la performance du système éducatif français diminue au fil des ans comme l’indique le classement international PISA (*).
Pour la lecture la France arrive en 19ème position, pour les sciences et les mathématiques, le résultat est pire encore : la France arrive en 26ème position loin derrière les pays asiatiques (Singapour, Japon, Chine, etc.) ou les pays d’Europe du Nord (Finlande, Estonie, Norvège, etc.). Plus grave encore, les inégalités d’éducation se creusent en France de façon très inquiétante pour la cohésion sociale.

Tous ces pays qui nous dépassent ont des systèmes scolaires différents et aucune martingale magique n’explique leurs performances. Par contre tous ces pays partagent quelques principes et quelques caractéristiques :

  • L’éducation est une valeur fondamentale de la culture nationale et constitue le levier du développement économique du pays. L’éducation n’est pas qu’une priorité de communication : elle s’exprime concrètement par la grande considération accordée aux enseignants, les salaires qui leur sont versés et la très forte sélectivité de leur recrutement, contreparties du haut degré d’implication et de compétence que les citoyens exigent d’eux.
  • L’enseignement public montre la voie. Il est la référence. Il innove et constitue le premier choix des parents. Le privé sert uniquement de complément. En Finlande le privé est même pratiquement inexistant : il n’accueille que 3% des élèves.
  • Aucun enfant n’est abandonné par le système d’éducation. Les élèves qui éprouvent des difficultés reçoivent très tôt, de la part des enseignants et de leurs assistants, l’attention nécessaire pour atteindre le niveau attendu pour leur âge. Au besoin des moyens supplémentaires sont mis en place pour y parvenir.
  • Le haut niveau et les études supérieures concernent autant les filières d’enseignement général que les filières professionnelles, y compris pour les métiers de l’artisanat
  • Le savoir-faire et l’expérience de terrain des enseignants locaux sont privilégiés pour la définition des méthodes et des contenus. Le personnel des administrations centrales, peu nombreux, est chargé essentiellement de fixer les référentiels nationaux et de régler les problèmes d’intendance ou d’allocation de moyens.

Ces traits communs aux systèmes éducatifs performants dans le monde montrent que ce ne sont pas seulement les méthodes qui sont importantes. Les notions d’équité, de solidarité et d’exigence qui sous-tendent la politique éducative sont tout aussi fondamentales. C’est en donnant réellement et concrètement des chances égales à chacun de réussir sa vie que le système éducatif contribue à la réussite d’un pays. Ce n’est donc pas d’une nouvelle réforme de l’éducation dont la France à besoin mais d’une refonte plus en profondeur de la société française et de ses valeurs, dans le cadre d’une ambition collective qui reste encore à exprimer clairement.

Jacques Carles et Jean-Marie Philipon

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[*] PISA  :  Programme for International Student Assessment (programme international pour le suivi des acquis des élèves).

 

Parking

La ville de Sète vient d’annoncer la construction d’ici 2020 d’un nouveau parking d’une capacité d’accueil d’environ 300 places sous la place Stalingrad. Ce nouveau parking, signe du dynamisme actuel de la ville, apportera une réponse aux citoyens et aux commerçants qui demandent depuis longtemps une offre supplémentaire de stationnement.

Souhaitons que ce projet soit aussi l’occasion d’une réflexion prospective qui intègre les évolutions technologiques et sociétales à venir car toutes les études réalisées dans le monde montrent que, si on n’y prend pas garde, plus on facilite le stationnement, plus le trafic augmente et plus les villes sont congestionnées ce qui nuit à la santé des citadins, au commerce et à l’économie en général.

En Europe, environ 30 milliards de m2 sont utilisées pour le stationnement des automobiles. De plus cet espace n’est pas utilisé au mieux : les parkings publics sont vides la nuit et peu utilisés les week-ends tout comme les parkings des supermarchés et ceux réservés aux employés dans les administrations et les entreprises. Par ailleurs la voiture individuelle est utilisée en moyenne une heure par jour. Elle est donc inactive 95% de son temps ce qui est une aberration économique justifiée uniquement par l’absence de solution alternative satisfaisante pour répondre aux besoins de mobilité des citoyens.

Dans les villes où la qualité de vie des citadins redevient la priorité, l’urbanisme cesse d’être pensé autour de la voiture. Les gens ne vont pas en ville parce qu’il y a des parkings mais parce qu’ils y trouvent de l’emploi, des commerces attractifs ou des activités de loisirs. La question pertinente n’est donc plus : « doit-on créer un parking ? » mais « comment un nouveau parking peut-il préparer la mobilité du futur ? »

Un peu partout, la tendance est à la réduction de la place de la voiture pour favoriser la marche à pied, le vélo ou les transports en commun. A cette fin, le stationnement devient plus restrictif et les tarifs dissuasifs.

Pour l’architecte danois Jan Gehl, très écouté des urbanistes, le modèle en terme d’aménagement est Venise, la ville avec ses canaux, ses petits ponts, ses places et ses innombrables ruelles où le piéton est roi. Pour ce défenseur de la cité à l’échelle humaine, les villes dédiées au tout automobile, comme Brasilia ou Los Angeles, sont des modèles dépassés.
Pour Jan Gehl, la ville doit être conçue pour encourager le vélo et plus encore la marche, le mode de déplacement naturel de l’homme. Copenhague, sa ville natale, fut ainsi la première ville d’Europe à réduire la circulation automobile et le nombre des places de stationnement en centre-ville. En 40 ans, malgré un climat rigoureux, le vélo s’est imposé comme moyen de transport et la superficie allouée aux piétons a été multipliée par 7. Résultat : 84% des habitants n’utilisent plus la voiture pour se rendre au travail et l’activité économique du centre-ville s’est accrue avec l’augmentation de la fréquentation piétonnière.

Le visionnaire danois a fait des émules en Suisse où la municipalité de Zurich a figé le nombre de places de stationnement dès 1996 : tout projet de nouveau parking n’a été accepté qu’avec la contrepartie d’éliminer des places de stationnement ailleurs en ville. Comme à Copenhague, l’usage de la voiture reflue peu à peu à Zurich et de l’espace public est rendu aux piétons et aux cyclistes.
A New-York la création de zones sans voitures autour de Madison Square, Herald Square et Time Square se sont traduits par une pacification et une baisse de la criminalité dans ces quartiers.
Dans les villes dynamiques d’Australie, “walkability” et “cyclability” (facilité pour se déplacer à pied et vélo) sont devenus des critères essentiels pour sélectionner le quartier où il fait bon vivre.
Paris, São Paulo, San Francisco, Philadelphie, Beijing, Shenzhen, Guangzhou et d’innombrables villes, petites ou grandes, suivent à présent ces exemples. Partout la tendance est à la densification des zones urbaines et aux mesures pour regrouper travail, vie sociale et loisirs sur le même espace urbain.

Enfin, dans les villes en pointe, les responsables de l’urbanisme anticipent par ailleurs le tsunami des évolutions sociétales et des nouvelles technologies qui va bientôt modifier profondément les déplacements en ville.

Pour les jeunes générations la voiture n’a déjà plus la même importance qu’elle avait pour les aînés. Posséder une voiture n’est plus aussi indispensable que par le passé. Le co-voiturage ou l’auto-partage se développent. Blablacar connaît une croissance à deux chiffres. Car2go, avec son offre de location en libre service total, rencontre un franc succès dans de nombreuses villes d’Europe. Les parkings eux-mêmes se mutualisent comme l’illustre la ville de Nantes avec son projet Îlink.
Cette tendance vers la mobilité partagée ne pourra que s’accentuer avec l’électrification du parc automobile et, plus encore, avec l’arrivée, dans les prochaines décennies, de la voiture autonome sans chauffeur. Cette dernière va transformer radicalement l’organisation des voies de circulation et l’infrastructure urbaine. Elle va non seulement rendre obsolètes les feux tricolores ou les panneaux de signalisation mais elle va aussi libérer de l’espace public pour les piétons et les vélos.
Comme les véhicules autonomes circuleront en permanence pour récupérer les usagers qui commanderont le service depuis leurs smartphones, le nombre de véhicules circulant en ville pourrait être réduit de 90% à terme estime Philippe Crist, un expert reconnu travaillant pour l’OCDE. Le besoin en places de stationnement et en parkings diminuera alors considérablement. Certains opérateurs travaillent d’ailleurs déjà à leur reconversion : Indigo par exemple envisage que ses parkings puissent devenir des relais pour le chargement électriques ou même un drive pour les produits de l’agriculture urbaine.

Dans ce contexte, le projet de nouveau parking place Stalingrad, peut être une excellente opportunité pour préparer l’avenir à moyen terme de la mobilité douce dans l’île singulière. Sète, ville créative, avec déjà ses bateaux-bus et ses bus électriques, pourrait bien alors faire partie de ces villes d’avant-garde qui replacent le citoyen au cœur de la ville.

Jacques Carles

Le sens de l’histoire

De nos jours rares sont les journaux ou les émissions de télé qui vont au fond des choses. La plupart délivrent de l’infospectacle ou nous abreuvent d’images négatives. Ils nous montrent un monde où tout est danger, un monde qui fait peur. Ils n’expliquent plus, ils mettent en scène des situations plus ou moins vraies à forte dose émotionnelle. L’analyse a laissé la place à l’instantané et à la recherche du sensationnel.

Plus grave encore l’internet avec ses réseaux sociaux et ses blogueurs diffuse maintenant des informations non vérifiées. Chaque jour un tsunami de rumeurs, de demi-vérité voire de purs mensonges inonde la toile.

Et pourtant l’internet n’est pas qu’un simple outil de propagande et de désinformation. En quelques années, il est devenu une formidable place publique qui permet aux citoyens de s’exprimer.
Malgré l’extrême difficulté de faire la part des choses dans les flux d’informations qui nous parviennent de cette agora, il est clair que nos concitoyens sont plein d'idées pour sortir d'une crise qui nous lamine depuis des décennies.

L’histoire est pleine d’exemples de crises qui débouchent sur des changements radicaux. Si Les citoyens ont encore du mal à clairement identifier ce qui se passe ils sentent bien que notre monde change. Ils peinent encore à donner un nom à leur désespérance mais ils perçoivent cependant qu’avec les nouvelles technologies l’air du temps est aussi aux idées neuves

Depuis toujours les nouvelles techniques et les nouvelles idées ont produit de grands changements dans nos sociétés ; une fois encore elles vont bousculer nos façons de vivre et de penser collectivement.

Avec une mise en commun toujours plus aisée des objets, même une notion aussi ancrée que propriété individuelle se relativise via le développement de la mutualisation des objets, la location, les achats groupés et autres coopératives citoyennes.
L’intelligence artificielle s’intègre aux voitures, aux maisons, aux hôpitaux. Dans l’entreprise ces machines qui prendront au moins en partie la place des cerveaux n’a pas fini de bousculer le marché de l’emploi. Souhaitons simplement que la dignité du travail puisse être prise en compte autant que le profit pour orienter l’économie

Ces évolutions encore difficile à énumérer et à expliciter clairement, ne tarderont pas à se préciser puis à s’imposer.
Suffiront-elles pour résoudre les grands problèmes planétaires de l’environnement et des tensions entre nations ?
En Europe, la France, à la suite de Jean Monnet, a su œuvrer pour que s’instaure une paix durable après deux mille ans de guerres incessantes qui ont ravagé notre continent.
Le peuple français saura-t-il de nouveau orienter l’histoire et faire en sorte que les rêves de liberté, de justice et d’humanité ne se terminent pas par la dictature et l’oppression ?

Jacques Carles