Venise, les valises et les Sétois.

Venise fascine les esprits en Europe, et ailleurs dans le monde. Il y a "Venice" aux Etats Unis et des millions de touristes arpentent chaque année la cité des Doges. Mais les Vénitiens, eux, sont chaque année plus nombreux à quitter les rivages de la Sérénissime. Et il y a peu, ils ont brandi les valises du départ.

 Ville d'îles et de canaux, Venise inspire les noms de lieux : la "Venise verte" du Poitou. Dans les années trente on a chanté la "Venise provençale" (les Martigues) et la "Venise verte" est paraît-il en danger. Jusqu'aux années 90, Sète était "La Venise du Languedoc". Après tout, il y a à Sète au moins deux îles urbanisées et une profusion de canaux qui déconcertent les touristes. Le canal Royal et ses perspectives ne sont-ils pas dignes, selon certains, d'être classés au patrimoine de l'UNESCO ? D'ailleurs, si l'on en croit le panneau du pont de la Savonnerie, le canal est bordé de constructions du XVIIIème! Le XVIIIème, vous savez, l'élégance architecturale, la finesse des sculptures… Et puis, Venise a été république indépendante et à Sète, on est plutôt indépendant en esprit, mais quand même… Alors, l'ex "Venise du Languedoc" se fait belle pour séduire.

Mais le très sérieux Monde éco du 13/14 novembre se fait l'écho de certains défauts du modèle vénitien. Il se trouve que les transports publics sont engorgés, que les commerces de proximité disparaissent, que les prix de l'immobilier prennent plutôt l'ascenseur que l'escalier. A Sète, on ne connaît pas le coudoiement de la place Saint Marc, mais, souvent, les voies de circulation frôlent la thrombose. Et l'immobilier ? A la résidence sénior du quai de Bosc, un F1 se loue 561 euros mensuels. Ah! Quai de Bosc ! Face au canal, royal par son passé et bientôt de notoriété mondiale ! Alors, pas de mesquineries, il faut ce qu'il faut !

 Le centre historique de Venise comptait 160 000 habitants en 1970 ; 55 000 aujourd'hui. Et 1 000 Vénitiens quittent le centre de la lagune chaque année. A Sète, depuis au moins une décennie, pour certains, il est difficile de se loger en ville. On porte alors ailleurs ses pénates et, comme les Vénitiens, nombre de Sétois du cœur de ville se font la malle !

Hervé le Blanche