Les platanes

Voilà des arbres qui font la Une de l’actualité à Sète avec l’abattage de 73 platanes atteints du chancre coloré.  Paul Valery qui, enfant, jouait à leur ombre sur l’Esplanade,  leur a rendu un bel hommage car il ne prévoyait pas leur disparition…

 Bernard Barraillé

Tu penches, grand Platane, et te proposes nu,
Blanc comme un jeune Scythe,
Mais ta candeur est prise, et ton pied retenu
Par la force du site.
Ombre retentissante en qui le même azur
Qui t’emporte, s’apaise,
La noire mère astreint ce pied natal et pur
À qui la fange pèse.
De ton front voyageur les vents ne veulent pas;
La terre tendre et sombre,
Ô Platane, jamais ne laissera d’un pas
S’émerveiller ton ombre!
Ce front n’aura d´accès qu´aux degrés lumineux
Où la sève l’exalte;
Tu peux grandir, candeur, mais non rompre les noeuds
De l’éternelle halte!
Pressens autour de toi d´autres vivants liés
Par l’hydre vénérable;
Tes pareils sont nombreux, des pins aux peupliers,
De l’yeuse à l’érable,
Qui, par les morts saisis, les pieds échévelés
Dans la confuse cendre,
Sentent les fuir les fleurs, et leurs spermes ailés,
Le cours léger descendre.
Le tremble pur, le charme, et ce hêtre formé,
De quatre jeunes femmes,
Ne cessent point de battre un ciel toujours fermé,
Vêtus en vain de rames.

Paul Valery