La plage de Papa

Autrefois, dans les années 50-60, quand les sétois voulaient se baigner dans la mer, il leur suffisait de traverser le pont de la Victoire. La plage du Kursaal était tout de suite là. C’était avant que les tankers et les pétroliers n’en prennent possession. Citadins sétois et visiteurs venus des alentours de Thau durent alors prendre le chemin de la Corniche que, jusqu’alors, ne fréquentaient que les riches des premières villas cornicéennes, regroupés autour de la première paillote installée près du Lazaret par le père Dangles. Puis s’installèrent les premiers restaus de plage, tel le Corsaire du père Bonnieu. Suivirent l’Ouragan de Tape-Dur et Chez Charlie, où l’ancien milliardaire M. Schenk faisait la plonge dans le resto de son fils.

Progressivement, la plage s’étendit vers Marseillan et fut vite envahie chaque été par les campeurs sauvages, au point que Match en fit sa couverture. Les premières années, cette plage encore sauvage était recouverte de coquilles au point qu’il fallait être chaussé de sandales pour atteindre l’eau. A force d’être ramassés par les touristes, ces débris de coquillages disparurent vite, permettant enfin d’y marcher pieds nus.

Cette concurrence pour les nouvelles stations qui venaient de voir le jour au Cap et à la Grande Motte entraina l’interdiction totale du camping sur la plage dont les habitués disparurent du paysage au profit des campings du littoral et du Castellas. Ainsi s’acheva la préhistoire de la plage sétoise qui, 40 ans plus tard, baptisée le Lido, devint invisible depuis la route. Brassens ne reconnaitrait plus la Corniche de sa jeunesse.

Bernard Barraillé

 

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