Une monnaie singulière pour le Pays de Thau?

 

L'expérience de Wörgl 

L'expérience de Wörgl qui fut conduite de juillet 1932 à novembre 1933 est un exemple classique de l'efficacité potentielle des monnaies locales. Wörgl est une petite ville d'Autriche de 4 000 habitants qui introduisit un système de bon local durant la Grande Dépression. En 1932, la taux de chômage à Wörgl avait augmenté de 30 %. Le gouvernement local avait accumulé des dettes d'une montant d'1,3 million de schillings autrichiens (ATS) alors que les réserves en liquidité correspondaient à 40 000 ATS. La construction locale et l'entretien municipal étaient au point mort.
A l'initiative du maire de la ville, Michael Unterguggenberger, le gouvernement local imprima 32 000 bons-travail portant un taux d'intérêt négatif de 1 % par mois (monnaie fondante), et pouvant être convertis en schillings pour 98 % de leur valeur faciale. Un montant équivalent en schilling était déposé à la banque locale pour couvrir les bons en cas de rachat en masse et de réclamation des intérêts par le gouvernement. Les bons circulèrent si rapidement, que seuls 12 000 d'entre eux furent en fait mis en circulation. Selon les rapports du maire et d'économistes d'alors qui étudièrent cette expérience, le système de bons fut facilement accepté par des marchands locaux et la population locale. Les bons permirent de réaliser pour 100 000 ATS de projets de travaux publics incluant la construction et la réparation de routes, de ponts, de réservoirs, de systèmes de drainage, d'usines et de bâtiments. Le bon eut également cours légal pour le paiement des taxes locales. Pendant l'année où la monnaie fut en circulation, elle circula 13 fois plus vite que le shilling officiel[réf. souhaitée] et servit de catalyseur à l'économie locale. Les lourds arriérés en impôts locaux se réduisirent de façon significative. Les recettes du gouvernement local s'élevèrent de 2 400 ATS en 1931, à 20 400 en 1932. Le chômage fut éliminé, alors qu'il demeura très élevé dans le reste du pays. Aucune hausse des prix ne fut observée. S'appuyant sur le succès significatif de l'expérience de Wörgl, plusieurs autres communautés introduisirent des systèmes de bons similaires.
En dépit des bénéfices tangibles du programme, il se heurta à l'opposition de la banque centrale autrichienne, qui y vit une violation de ses pouvoirs sur la monnaie. Il en résulta une suspension du programme, le chômage se développa à nouveau, et l'économie locale dégénéra bientôt au niveau d'autres communautés du pays
source : wikipedia

   

Si l'euro est une avancée dans la construction européenne, la disparition des monnaies nationales a néanmoins des effets pervers dans un continent où les hétérogénéités restent fortes entres les pays.

Le capital étant totalement libre de circuler et les risques de change ayant disparus, les sites de production se concentrent inexorablement dans les zones où le prix de la main d'oeuvre est le plus faible : en Roumanie, en Pologne ou ailleurs.
Seul un niveau d'instruction élevé, des infrastructures de communication et un environnement culturel riche retiennent encore les centres de décision et les emplois qualifiés dans nos pays occidentaux. Mais pour combien de temps?

Si un retour au franc est aujourd'hui irréaliste, la création de monnaies locales complémentaires de l'euro semble par contre crédible à beaucoup.
Dans un monde globalisé favorable aux puissants, cette idée, loin d'être farfelue, pourrait même être une arme efficace pour stimuler les échanges au travers d'une relocalisation de l'économie.

Le concept de monnaie locale n'est d'ailleurs pas nouveau. Dès 1932, la ville de Wörgl, en Autriche, pendant la grande dépression, en fit l'expérience. Ce fut une réussite. En moins de deux ans la nouvelle monnaie locale relança l'économie de la région et résorba le chômage. L'expérience fut malgré tout stoppée par la banque centrale autrichienne qui y voyait une atteinte à son monopole.
Le flambeau fut repris en 1934 sous une autre forme par quelques artisans suisses qui s'associent pour créer leur propre monnaie le "wir" ("nous" en allemand) . Le wir existe toujours en 2014 et 60.000 PME ont encore un compte "wir". Le wir n'est pas convertible en franc suisse ni ne peut être capitalisé, c'est une monnaie d'échange qui circule entrent les membres de la communauté travaillant solidairement.

Dans le début des années 2000, un système à grande échelle de monnaie locale fut aussi mis en place en Argentine et contribua à sauver le pays de la débâcle. Depuis les expériences se succèdent partout dans le monde. Elles montrent le potentiel du concept. Elles font prendre conscience de l'importance des échanges locaux, sauvegarde l'emploi et renforcent le lien social entre les citoyens.

Pour réussir, un projet de monnaie locale ne doit cependant pas devenir un enjeu idéologique. Au contraire, il doit faire consensus autour d'objectifs concrets et pragmatiques. C'est la condition première pour que les utilisateurs fassent confiance au système.

La volonté affichée par nos responsable politiques locaux d'aligner les efforts de tous dans le même sens, pour le bien commun, constitue un terreau favorable pour innover en ce sens.
Alors pourquoi pas une monnaie complémentaire de l'euro dans un pays singulier qui a toujours su faire preuve de créativité?

Jacques Carles 

 

 

Les monnaies locales complémentaires dans le monde d'aujourd'jui

En 2014, plus de 2.500 systèmes de monnaie locale sont utilisés à travers le monde.

L'un des plus en vue est le LETS (Local Exchange Trading System), un réseau d'échange supporté par sa propre monnaie interne. Démarré à l'origine à Vancouver, au Canada, plus de 30 systèmes LETS sont aujourd'hui actifs au Canada et 400 autres dans le monde.

En Angleterre, la ville de Lewes, capitale de l'East Sussex, fut une des premières en 2008 à battre sa propre monnaie. Ses quelque 16.000 habitants peuvent l'utiliser dans les commerces locaux.Plus de soixante-dix sociétés ou magasins acceptent cette devise, valant autant que la livre sterling. D'autres petites villes ont suivi, avec une certaine réussite : Stroud, Totnes, Brixton, etc.
A plus grande échelle, Bristol, un ville de 400.000 habitants encourage depuis 2012 l'usage de la livre de Bristol ("Bristol pound"). L'investissement de la ville est très faible (5000£) mais son effet de levier est déterminant. Selon Guy Poultney, conseiller municipal à la vie communautaire à Bristol, "dans un contexte économique difficile, les habitants sont incités à acheter local... Cela encourage également la diversification de l’économie locale pour aider à la création d’emplois de qualité. Nous avons atteint des millions de personnes. Il est important de souligner  une accélération de la consommation puisque cet argent est fait pour être être dépensé et non économisé, stimulant ainsi le secteur indépendant.
Il y a sept espaces d’échange répartis dans la ville. Les gens peuvent aussi simplement recevoir des Bristol pounds lorsqu’on leur rend la monnaie. Nous avons également commencé à faire la promotion du Bristol pound sur les salaires. À noter que vous pouvez payer un autre membre du réseau en ligne ou via un simple texto.
Le réseau du Bristol pound est très large afin d’inclure toute entreprise indépendante locale. Nous nous réservons cependant le droit de refuser un membre si nous estimons que son activité sape la réputation et le fonctionnement du projet."

En Allemagne le Chiemgauer créé à Prien am Chiemsee en 2003, similaire au LETS anglais, a fait tâche d’huile en Bavière et prend une dimension de monnaie d’échange régionale. D’autres monnaies complémentaires ont également vues le jour comme le Berliner, ou les Tauschringe plus ou moins specialisés sur un type de troc ou de produits.

Partout dans le monde le système se développe : l'Italie, le Brésil, le Japon, les Etats-Unis, le Mexique, le Sénégal,la Lettonie, pour ne citer qu'eux, ont des expériences en cours de monnaies locales.

En France , de nombreuses initiatives de monnaies locales ont été lancées depuis 2010. Parmi ells on peut citer le SEL (Système d'échange local) l’équivalent diu LETS anglais ou encore le projet SOL avec sa monnaie “solidaire dématérialisée” . A Toulouse le Sol-Violette, est une "monnaie de territoire, un outil de cohésion sociale, un vecteur de création de richesses mais également d'emplois, un instrument d'échange au service du Bien ". De fait la mairie de Toulouse distribue une petite partie des prestations sociales en Sol Violette.
Comme le Chiemgauer en Allemagne, le Sol Violette de Toulouse, est une monnaie fondante. Elle perde peu à peu de leur valeur au fil des mois ce qui incite à l'utiliser et à faire tourner l'économie locale.
Au total une vingtaine
 de monnaies locales ont été crée en France : l’eusko en pays basque, le MIEL (Monnaie d'Intérêt Economique Local) à Libourne, le Bou’Sol à Boulogne sur mer, l’Elef à Chambéry, etc. Dans l'Hérault, les commerçants de Pézenas ont lancé l'Occitan, une monnaie alternative, moyen de paiement légal au même titre que les chèques déjeuners.