A propos des fonctionnaires

Le maire de Sète vient d’annoncer que le désengagement de l’état l’obligeait à geler les embauches à la mairie. Beaucoup vont applaudir car l’opinion, façonnée par les discours des médias dominants, a trouvé son bouc émissaire : la fonction publique. Trop nombreux et pas assez efficaces, les fonctionnaires coûtent trop chers.

Ce pilonnage anti-fonctionnaire résulte cependant plus d’une posture idéologique que d’une analyse objective de la situation. Dans bien des cas ce n’est pas de trop de fonctionnaires dont nous souffrons mais au contraire de pas assez ! L’hôpital avec son manque chronique de personnel soignant, les quartiers sensibles désertés par la police ou encore la mise en place difficile des nouveaux rythmes scolaires sont là pour nous le rappeler.

La privatisation, autre obsession de la pensée libérale, a aussi ses effets pervers. L’eau du privé coûte-t-elle moins cher que l’eau des régies municipales ? La poste ou la SNCF fonctionnent elles mieux depuis que le privé a repris des pans entiers de leurs activités ?

Le privé est-il le bien parfait ? Le public est-il le mal absolu ? Sont-ils même si différents ?
Il y a autant de petits barons exécrables préoccupés de leur propre ego ou de leur carrière dans le privé que dans la fonction publique. Il y a autant de petites mains payées chichement qui font tourner la boutique avec abnégation dans les deux secteurs. Qu’est ce qui distingue la standardiste du privé qui doit faire face à un client grincheux d’une standardiste du public qui doit expliquer à un "usager" pourquoi sa demande n’a pas été acceptée ?
Tout comme le privé, le public recourt maintenant aux contrats précaires et prend des libertés avec le droit du travail pour pallier les effets pervers de sa propre politique. Il y a des services défaillants dans le public comme il y a des entreprises en faillite dans le privé.
Opposer public et privé ne fait qu’entraîner un nivellement par le bas des conditions de travail et des salaires.

La pensée libérale est reine à Bruxelles et dans l’ensemble des pays européens. Elle pousse obstinément à la réduction du nombre de fonctionnaires mais paradoxalement, dans le même temps, on n’a jamais autant généré de lois, de règlements et de directives qui aboutissent à une augmentation de la bureaucratie rendant plus difficile la tâche des services publics dont on réduit les moyens.

Les pays scandinaves, dont la proportion d’emploi public est élevée (30% contre 20% en France) sont ceux qui s’en sortent le mieux. Leur qualité de vie reste un exemple et ils ont su préserver une croissance supérieure à la nôtre.
La Grèce moribonde, avant même son "sauvetage" par l’Europe et le FMI, affichait un taux d’emploi public de 6%, un taux parmi les plus faibles du monde occidental.
Un faible taux d’emploi public n’est donc pas synonyme de vertu. 

Le déficit public et la situation de la France ne sont pas dûs aux fonctionnaires, il est d’abord le fait d’une mauvaise gestion. Air Arko One, l’avion de luxe du précédent président était-il un investissement opportun ? La construction d’un hôtel de région pharaonique à Montpellier était-il nécessaire ? Des taux d’absentéisme à deux chiffres dans certains services sont-ils le signe de directions compétentes ?

Réduire les dépenses de personnel sans corriger les méthodes de gestion ne pourra qu’aggraver encore la situation du pays. La haute fonction publique doit donner l’exemple. Dans ce domaine comme dans d’autres, un escalier se balaye en commençant par le haut.

Jacques Carles