Le scandale de la friche industrielle de la Mobil à Frontignan

Pierre Bouldoire veut une vraie dépollution 

Vendredi 29 avril le Conseil départemental de l'environnement et des risques sanitaires et technologiques (CODERST) se réunissait à Montpellier pour donner son avis sur le projet d’arrêté préfectoral concernant la réhabilitation complémentaire des terrains de l'ancienne raffinerie de Frontignan, un établissement classé protection de l’environnement (ICPE).
Un avis favorable au projet de l’arrêté préfectoral a finalement été rendu contre la recommandation de la commune de Frontignan la Peyrade. Bien que le CODERST ne soit qu’une instance consultative, cet avis est surprenant car il retient uniquement l’argumentaire du groupe Exxon Mobil responsable de la contamination des sols. Il ne prend pas en compte l’intérêt de la population ni les arguments de la ville pour obliger l’industriel à assumer pleinement ses responsabilités.

Vue générale du site depuis le Nord

 

 Le Scandale d’Exxon Mobil à Frontignan

En 2015 le groupe ExxonMobil a réalisé un Chiffre d’affaire de 234 milliard d’euros ce qui lui permis de générer un cash-flow de 29 milliards d’euros et un bénéfice net de 14 milliards d’euros.

Le groupe Exxon-Mobil a tiré profit pendant des décennies de la raffinerie dont il était propriétaire à Frontignan. Pendant toutes ses années, par négligence et pour maximiser ses bénéfices, le groupe Exxon Mobil, n’a pas pris les dispositions nécessaires pour éviter la pollution des sols qu’il occupait.


Lorsque la rentabilité du site a décliné, l’industriel a purement et simplement arrêté l’exploitation et licencié le personnel. Il lui a fallu ensuite 4 ans pour démanteler son usine et rendre le terrain théoriquement "réutilisable pour de nouveaux usages".

En 1992 la ville de Frontignan la Peyrade fait l’acquisition de ce terrain en vue de le valoriser et développer de nouvelles activités. Très vite elle se rend compte que, malgré les assertions et documents fournis par l’industriel, la dépollution des sols n’a été réalisée que très superficiellement et très partiellement. La ville réussit à faire revenir autour de la table l’industriel responsable de cet état de fait. Une longue bataille commence face à un groupe qui dispose de moyens financiers et de moyens de pression colossaux. La ville va néanmoins réussir à lui imposer de produire un premier plan de dépollution. Hélas la démonstration sera faite que ce plan était très largement insuffisant pour être en règle avec la législation et par rapport à ce qu'il est souhaitable pour la santé des habitants de la commune.

En 2013 la préfecture constate que les pollutions significatives avérées dans les sols (hydrocarbures, plomb, PCB) et la nappe phréatique (phase pure d’hydrocarbures) présentent un risque pour l’Environnement avec le canal du Rhône tout proche et pour les futurs usagers du site. En 2015, le tribunal administratif fixe l'objectif de la remise en état : rendre de nouveau le terrain propice pour un usage "industriel ou équivalent “.
Enfin en juin 2015 : Exxon Mobil remet un nouveau plan, avec 15 mois de retard. Un plan encore une fois a minima.


En 2016, après des années de controverses, d’études sans fin et de réponses dilatoires de la part du groupe Exxon Mobil, la réalité apparait enfin au grand jour grâce à une étude approfondie mandaté par la ville auprès d’un cabinet d’expertise indépendant. Non seulement la pollution des sols et des eaux souterraines est telle que le terrain est incompatible même avec un usage industriel mais les terres de la friche industrielle sont imprégnées d’au moins 4200 tonnes d’hydrocarbures dont certains sont particulièrement toxiques : hydrocarbures aromatiques polycycliques, benzène, toluène, éthylbenzène, xylène, etc..
L’imprégnation est en outre très sévère puisque que cette pollution se retrouve jusqu’à 3,5 mètres de profondeur. La présence de métaux lourds (plomb, arsenic) est également avérée. Enfin on retrouve d’autres polluants liés aux équipements, au process ou aux matériaux de construction de l’ancienne usine (PCB, MTBE, amiante, etc.)  

   


Le point de vue de Pierre Bouldoire, maire de Frontignan la Peyrade
exposé lors de la conférence de presse tenue à Frontignan ce lundi 2 mai

 Un programme de dépollution largement insuffisant

Pierre Bouldoire estime que “les choses ont favorablement évolué ces dernières années” et qu’il y a de “très bonnes choses” qui ont été présentées au CODERST. En particulier le projet d’arrêté ”reconnaît la pollution et désigne le responsable”. Par contre le programme de dépollution retenu correspond “à la moitié de ce qu'il faut faire”.
Le Maire clame donc son insatisfaction. Il déplore les insuffisances répétées de l’industriel et l’absence de proposition concrète pour résoudre un problème très dommageable pour sa commune et ses habitants.

Une situation qui pénalise les finances de la ville

L’absence de dépollution suffisante par EXXON MOBIL a en outre des conséquences financières importantes pour la Ville: depuis l’achat du site en 1992 par la collectivité, les coûts directs et les manques à gagner liés à l’impossibilité de louer les terrains contaminés s’élèvent à 108 millions d’euros soit 27 années de budgets d’investissement de Frontignan la Peyrade

La réalité  exige une action à la hauteur du problème à traiter

Depuis 2013, la ville est assistée dans ses démarches auprès du groupe Exxon-Mobil et des services de l'état par le cabinet EODD, une société d’ingénierie reconnue pour son expertise dans ce domaine.
Pierre Bouldoire alerté des retards de l’industriel pour présenter un nouveau plan de dépollution et constatant que le CODERST n’avait pu être réuni “dans les temps où il fallait” a commencé “à penser que quelque chose n'allait pas dans le bon sens”. Il a donc demandé au cabinet EODD d’expertiser tous les documents que l'industriel avait fourni et de faire des prélèvements sur le terrain "pour que concrètement on sache de quoi on parle". Les résultats sont édifiants. Alors qu’il ne devait rester que quelques "traces d’hydrocarbures", en 2015, le site est toujours fortement pollué (voir encadré ci-contre).

Pollueur, payeur

Pour Pierre Bouldoire, la loi est claire. "Elle ne dit pas il faut dépolluer jusqu'à tel seuil, mais elle dit il faut dépolluer autant qu'on peut en fonction des moyens financiers que le pollueur a à sa disposition, c'est à dire qu'on ne peut pas imposer à un pollueur de dépolluer en mettant en danger la vie de sa propre entreprise."
Le Maire estime que le plan examiné vendredi dernier par le CODERST représente une dépense entre 18 et 22 millions d'euros pour l'industriel et il estime « qu'il en faut 3 ou 4 fois plus autour de 70 millions d'euros, ce qui ne représente, pour Exxon Mobil, que 0,5% de son bénéfice annuel mais qui, pour la Ville correspond à des décennies d’investissements."
Pour l'anecdote, le procureur de New York a mis en accusation le groupe Exxon pour avoir payer entre 50 et 70 millions à un cabinet corrompu afin de produire des faux rapports pour prouver que l'industrie pétrolière n'était pour rien dans le réchauffement climatique. "Nous leur demandons la même somme pour garantir la santé des gens de Frontignan la Peyrade" remarque Pierre Bouldoire.

L’état doit défendre l’intérêt des citoyens

Au vu des données objectives du dossier, tous les éléments pour qu’un scandale éclate sont réunis. La pression des associations et de la population commence à être perceptible. Si aucun des responsables de Mobil n’habitent à Frontignan pas plus que la plupart de membres du CODERS, le maire et les élus ne suivent pas le dossier à distance, ils sont confrontés au problème tous les jours.
"Ce que je demande, moi, à ces pollueurs, c'est de laisser les lieux aussi propres en sortant qu'ils les ont trouvés en rentrant et si ils ne le font pas par conviction qu'ils le fassent par politesse, ils en ont les moyens" tempête Pierre Bouldoire avant de poursuivre : "Je ne voudrais pas que dans quelque années ma responsabilité soit mise en cause comme celui qui a laissé faire alors qu'il savait. Aujourd'hui je sais, j'ai demandé à savoir, plus que ce m'en dit l'industriel, plus que ce que m'en disait les services de l'état et il y 20 ans j'ai pris un engagement écrit avec les Frontignanais, j'ai juré, qu'il y avait des sujets sur lesquels j'utiliserai toutes mes capacités pour qu'ils aient satisfaction et notamment celui là.
Je demande donc au préfet de prendre un arrêté plus contraignant celui qu'a proposé le CODERST afin de dépolluer 100% du terrain et non pas uniquement 60% des terres comme c'est prévu actuellement. Je veux également que la procédure soit validée selon la norme AFNOR qui doit être respectée et qui précise quels sont les documents à produire pour suivre le plan de dépollution (et éviter que l'industriel ne s'affranchisse de ces obligations).
Je demande cela au préfet pour préserver la santé des Frontignanais et pour utiliser ces terrains afin d'y implanter une activité économique, créer de l'emploi et, entre autres, construire une nouvelle gare"
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Mobilisation générale

Le groupe Exxon Mobil avec ses 234 milliard d’euros de chiffre d’affaires pèse lourd, il représente environ 1000 fois le budget de la grande région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées ! Cette puissance financière colossale l’autorisera t-elle à se comporter comme un voyou. Après avoir tiré profit pendant des décennies de son usine, après avoir liquidé ses actifs industriels et licencié ses salariés quand la rentabilité faiblissait, osera-t-il aussi nous laisser en héritage une terre contaminée en profondeur et inutilisable.
Il en va de l’image du groupe Exxon-Mobil et les consommateurs jugeront mais il en va aussi de la crédibilité des pouvoirs publics à défendre les citoyens et l’environnement autrement qu’en parole.
Madame Royal, la ministre de l’environnement, est venue récemment pour Escale à Sète et les 350 ans du port. Elle aurait pu aussi venir à Frontignan et voir une des friches industrielles les plus polluées de France, mais cela lui a été déconseillé par les services de l'Etat. Ce n’est peut-être que partie remise car Pierre Bouldoire "en appelle à la ministre de l’Environnement " pour que les conditions soient créées pour que cette friche si endommagée puisse redevenir "une source de richesses et d’activités économiques porteuses d’emplois ".
Pierre Bouldoire demande également aux députés de se mobiliser « autant que faire se peut " rappelant "le pacte de Thau" qu’il avait alors proposé au moment de la campagne des législatives et qu’ils avaient passé ensemble.
"Nous avons des femmes et des hommes politiques, de droite ou de gauche, prêts à faire la démonstration que la politique ce n'est pas que des mots" affirme-t-il, ajoutant que "le développement durable ne peut pas être qu’une affaire de de communication".
"Nous ne sommes pas des actionnaires de Exxon Mobil et je ne suis pas là pour défendre les intérêts d'Exxon", conclue-t-il et "je demande à tous ceux qui sont en capacité de faire évoluer ce dossier de le regarder de près. Nous sommes confrontés au cynisme d'un industriel qui défend ses intérêts de façon outrancière".

A.Sanfilippo /J.Carles