prospective

2050 : 10 milliards d’humains à nourrir

 

Durant les 30 dernières années, la population de la planète s’est accrue de 70% mais grâce aux progrès de la science et des techniques, les sources d’alimentations sont cependant aujourd’hui encore globalement[1] suffisantes pour nourrir les 7 milliards d’habitants que compte la planète. En 30 ans la ration alimentaire moyenne   de chaque humain s’est même accrue de quelque 10% et dépasse à présent 2800 kilocalories par jour. La famine a été divisée par 2 dans nombre de pays d’Afrique. L’Inde, pays de disette endémique au siècle dernier, a réussi sa « révolution verte » et est devenue aujourd’hui l'une des quatre plus grandes puissances agricoles au monde de par sa production de lait, de thé, de riz et de blé.
En 2050 la Terre sera peuplée d’environ dix milliards d’être humains soit trois milliards de plus qu’aujourd’hui. La plupart de cet accroissement aura lieu dans les pays en développement dont les revenus auront beaucoup augmenté et dont la population sera en grande partie urbaine. Selon la FAO[2], la ration alimentaire moyenne dépassera les 3000 kilocalories par personne et par jour. La demande en nourriture connaîtra alors de nouveaux sommets. La demande annuelle de céréales devrait ainsi atteindre 3 milliards de tonnes (+ 40%) et la consommation annuelle de viande devrait atteindre 455 millions de tonnes (+75%).

Le réchauffement climatique aura des effets lourdement négatifs au sud mais effets positifs au nord. Aujourd’hui gros importateur de produits agricole, la Russie, immense pays dont la superficie dépasse les 17 milliards de km2, devrait devenir un géant agricole avec des nouvelles terres mises en culture et des rendements multipliés par 6 d’ici à 2050 dans les plaines de l’Oural et de la Sibérie. Dans une moindre mesure, l’Europe et les Amériques devraient aussi consolider leurs productions agricoles.

Les excédents du nord resteront malgré tout insuffisants pour couvrir les immense besoins du sud qui souffrira de sécheresses plus intenses. Selon la FAO pour atteindre l’équilibre en 2050, il faudrait accroitre les rendements de 80% et augmenter la surface des terres arables de 20% dans les pays en voie de développement, principalement en Afrique subsaharienne et en Amérique latine car ailleurs, au Proche-Orient, en Afrique du Nord et en Asie du Sud, les limites des terres disponibles sont déjà en passe d’être atteintes. C’est un défi considérable car les investissements qui seraient nécessaires, notamment en infrastructure et en R&D, risquent de ne pas être à la portée des pays concernés.

Sara Menker, présidente de Gro-Intelligence, société d’étude spécialisée dans le domaine agroalimentaire, estime que les problèmes de pénurie alimentaire apparaîtront dans moins d’une décade[3]. Selon cette experte, il manquera 214 trillions de calories à l’humanité pour se nourrir dès 2027. 
Dans peu de temps, la Chine dont les modes de consommation tendent à s’aligner sur celles des pays développées, deviendra très lourdement déficitaire et l’Inde, toujours en croissance démographique, redeviendra de nouveau importatrice nette de nourriture. L’Afrique malgré ses indéniables progrès devra continuer d’importer de la nourriture de par la croissance toujours forte de sa population et d’un impact négatif du réchauffement climatique. Certes de nouvelles espèces végétales résistantes à la sécheresse et aux parasites devraient être disponibles pour les zones arides mais le potentiel du monde à se nourrir restera malgré tout globalement insuffisant à l’horizon 2050. De nouveaux modes de consommation, de nouvelles pratiques alimentaires et de nouveaux comportements vont donc s’imposer par nécessité.

Déjà, dans le monde d’aujourd’hui, 2 milliards de personnes souffrent encore de la faim ou de carences graves en vitamines, minéraux et autres oligoéléments nécessaires à la santé. A l’opposé, approximativement 1,5 milliard d'individus, mangent trop ou mangent mal : trop de sucres, trop de sel, trop de gras. Ils sont en surpoids voire obèses, ce qui entraîne des pathologies sévères : maladies cardiovasculaires, diabète, cancers… Au total ce sont 3,5 milliards de personnes qui souffrent de malnutrition soit un humain sur deux.

Le problème qui se pose à nous dès maintenant et qu’il faudra résoudre bien avant 2050 n’est donc pas qu’un problème de production. Il est aussi politique et nécessite une volonté internationale de lutter contre la pauvreté en revoyant les règles du commerce mondial. Les victimes de la faim au sud n’ont pas les moyens de se nourrir et les pauvres du nord se nourrissent de calories de faible qualité qu’ils trouvent dans les aliments bon marché. En occident, la carte de l’obésité recoupe d’ailleurs très exactement la carte de la pauvreté.

Les pauvres du sud insuffisamment nourris sont, paradoxalement, pour la plupart des paysans. Faute de prix équitables pour leur travail, ils ne peuvent moderniser leurs exploitations, leurs rendements restent faibles et ils ne peuvent pas participer à la croissance de la production comme il le faudrait. Leur revenu est souvent même insuffisant pour acheter le complément de nourriture qui leur manque. Selon la Banque mondiale, 70 pour cent de la population vivant dans une pauvreté extrême réside dans les zones rurales. De meilleurs prix pour les agriculteurs seront nécessaire pour réduire cette pauvreté et permettre le développement agricole qui est la base fondamentale pour la croissance des économies des pays en développement. Le libre-échange et la mondialisation libérale des dernières décennies n’ont à l’évidence pas amélioré la situation des paysans et aucun instrument efficace de régulation des cours et des stocks n’a pu être mis en place. Si cette forme de capitalisme ne parvient à sortir de ce cercle vicieux, les prévisions les plus réalistes indiquent qu’au moins 300 millions de personnes seront encore en situation de famine à l’horizon 2050. Une réforme des circuits alimentaires mondiaux pourrait alors s’imposer pour remplacer un système incapable d’assurer la sécurité alimentaire du monde. Sinon le déséquilibre entre les pays déficitaires et les pays excédentaires ne pourra qu’entrainer l’accroissement des tensions migratoires et les risques de guerre.

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[1] Mais 600 millions d’humains restent néanmoins encore sous-alimentés.
[2] Alexandratos, N. and J. Bruinsma. World agriculture towards 2030/2050: the 2012 revision. ESA Working paper No. 12-03. Rome, FAO
[3] Sara Menker. A global food crisis may be less than a decade away - TED Talks. Août 2017

La Révolution Hyperloop

 

Le transport terrestre pourrait devenir aussi rapide que l'avion et révolutionner l'économie et le cadre de vie.

 

 

En 1967, un ingénieur anglais, Eric Laithwaite, démontre qu’il est possible d’utiliser les forces magnétiques pour se déplacer. Il imagine un train à sustentation électromagnétique, le Maglev, qui n'est donc pas en contact avec des rails contrairement aux trains classiques. Les premières tentatives d’exploitation commerciale, notamment en Grande-Bretagne et en Allemagne furent des échecs. Il a fallu attendre 2004 pour voir relancer le train à lévitation magnétique avec l’inauguration du Transrapid de Shanghai qui relie en 7 minutes le centre-ville à son aéroport, situé à 30 km, en effectuant des pointes à 431 km/h. Une réussite qui en fait la ligne la plus rapide dans le monde utilisée en transport régulier.
Depuis les projets et les réalisations se multiplient.

En 2015, le SC Maglev (Superconducting Magnetic Levitation) atteint la vitesse de 603 km/h sur le tronçon expérimental d’une ligne qui devrait relier Tokyo à Nagoya en 2027 puis à Osaka (400 km à vol d'oiseau) en 2037. Le SC Maglev a ainsi battu de 30km/h le record de vitesse détenu par un train.
En 2016, une ligne de 6 km reliant la station Yongyu à l'aéroport d'Incheon en Corée du Sud est mise en service et une autre de 19 kilomètre est ouverte à Changsha, en Chine, reliant la gare de Changsha-Sud à l'aéroport international de Changsha Huanghua, situé à l'ouest de la ville.
En 2018, toujours en Chine, la ligne S1 du métro de Pékin utilise cette technologie sur 8 km.
Aux Etats-Unis, la société Arrivo Loop, a conclu un contrat avec l'Etat du Colorado pour développer, d’ici 2025, dans la métropole de Denver un réseau de pistes électromagnétiques en parallèle des grands axes routiers. L’objectif est de permettre des déplacements à la vitesse de 300 km/h selon un principe s’inspirant du Maglev.

La véritable révolution devrait cependant venir de l’Hyperloop, le concept présenté dès 2013 par Elon Musk le patron de Tessla le leader de la voiture électrique aux Etats-Unis.

Hyperloop Transportation Technologie (Hyperloop TT)

 L’hyperloop TT doit permettre, à moindre coût et sans dommage pour l’environnement, de relier les villes en quelques minutes là où le trajet en train prend actuellement plusieurs heures.

Le système Hyperloop se compose de cabines mobiles qui flottent sur coussins magnétiques et circulent, d’une gare à l’autre, à l’intérieur d’un tube mis partiellement sous vide pour limiter les frictions de l’air. Chaque cabine peut accueillir de 28 à 40 personnes et se déplace à une vitesse proche de celle du son, soit quatre fois plus vite qu’un TGV. La propulsion électromagnétique des cabines est assurée par des moteurs à induction linéaire placés à intervalles réguliers le long du trajet. L’énergie est fournie par des batteries alimentées et rechargés par des panneaux photovoltaïques fixés au-dessus du tube. Selon Elon Musk, compte tenu de la faible consommation d’électricité du système électromagnétique, l’hyperloop devrait être un moyen de transport à énergie positive et retourner son énergie excédentaire sur le réseau électrique national.

Avec un départ des cabines cadencé toutes les 40 secondes, chaque ligne pourra transporter jusqu’à 164.000 passagers par jour. En mode fret, l’hyperloop pourra gérer quotidiennement 4000 containers.

Le développement de l’Hyperloop est assuré par Hyperloop Transportation Technologies, une société collaborative originale à financement participatif qui mobilise quelques 800 experts et ingénieurs issus de tous les continents et qui entretient des relations de partenariat avec de grandes entreprises, notamment du secteur ferroviaire, comme la Deutsche Bahn, les chemins de fer allemand.

Après la mise au point réussie des premiers composants magnétiques et des alliages spéciaux pour le tube et les cabines, un premier prototype est en cours de construction en France dans le centre de recherche et développement que HTT vient de créer à Toulouse sur l’ancienne base militaire de Francazal, Cette plateforme d’innovation est située non loin des ateliers d’Airbus Industries dans une zone d’activités dédiées aux industries de l’aéronautique et du spatial. Les essais seront effectués sur un tronçon d'un kilomètre de long et de 4 mètres de diamètre dont la construction a commencé en 2018. La cabine, fabriquée en partenariat avec l'entreprise espagnole Carbures, spécialisée dans les matériaux composites pour l'aéronautique, mesurera 30 mètres de long pour 2,7 mètres de diamètre.

 Arrivée des premiers éléments de l'Hyperloop à Toulouse (avril 2018)

Dans une deuxième phase, la mise au point finale de l’hyperloop sera effectuée sur un tunnel d’essai de 8 kilomètres qui sera installé en Californie.

La prospection commerciale pour implanter l’hyperloop au plan mondial est par ailleurs déjà lancée. HTT a ainsi conclu un premier accord avec le gouvernement slovaque pour étudier la faisabilité d’un réseau hyperloop reliant sa capitale Bratislava à d’autres capitales européennes comme Vienne en Autriche ou Budapest en Hongrie. Avec la ville de Brno en République Tchèque, un accord plus précis prévoie la construction d’une première ligne opérationnelle Brno-Bratislava (130 kilomètres) suivie d’une deuxième ligne pour relier Brno à Prague, distante de 240 kilomètres.

Aux Emirats Arabes Unis, HTT et Aldar Properties PJSC ont entamé la construction des premiers éléments d’une ligne qui doit à terme relier Abou Dhabi à la vieille cité d’Al Ain, classée au patrimoine mondial de l’Unesco, en moins de 10 minutes (contre plus d’une heure actuellement par la route).

En Indonésie, une étude est également en cours avec des investisseurs privés, pour créer un réseau hyperloop à partir de Jakarta et déterminer les possibilités de liaison entre Java et Sumatra. En Corée, HTT travaille avec l’Institut coréen du bâtiment et du génie civil [1] et l’université Hanyang pour développer localement l’ HyperTube Express (HTX). En Inde , HTT est également présent et a conclu un accord avec l’état d’Andhra Pradesh pour relier les villes d’Amaravati et de Vijaywada. L’objectif de temps de trajet de 6 minutes (contre 1 heure actuellement). Le projet doit par ailleurs générer 2500 emplois. Aux Etats-Unis, HTT et le Centre de Recherche des Grands Lacs de Cleveland ont reçu une commande de l’Agence de l’aménagement du nord-est de l’Ohio [2] pour étendre le projet déjà à l’étude d’un futur Hyperloop des grands lacs (Great Lakes Hyperloop) Cleveland - Chicago.

 

L'autre hyperloop : Virgin Hyperloop One

Virgin Hyperloop One est le concurrent le plus sérieux de l'Hyperloop TT

En 2014, Josh Giegel, un jeune ingénieur de l’Université de Stanford et Shervin Pishevar, un entrepreneur d’origine iranienne créent Hyperloop Technologies. Ils installe la jeune entreprise dans un garage du quartier de Los Feliz à Los Angeles et définissent les grandes lignes du projet. Prets à passer à l’action, ils déménagent leur société dans un local plus grand, baptisé Innovation Campus, situé dans le quartier des arts, en centre-ville de Los Angeles. Dans cet environnement propice à la créativité et à l’innovation, ils testent les premiers composants de leur futur hyperloops dont le principe est similaire à celui d’Hyperloop TT. Ils affinent le design et lancent le marketing du projet.

En juin 2015, Shervin Pishevar envoie un SMS à Rob Loyd, ancien président du géant informatique Cisco Systems avec ses simples mots : « rejoins moi pour changer le monde ensemble ». En septembre de la même année, Rob Lloyd devenait le président du conseil d’administration d’Hyperloop Technologies et organisait les levées de fonds nécessaires au décollage de l’entreprise.

En 2016, un atelier de fabrication des composant de l’hyperloop voit le jour sur 10.000 m2 au Nord de Las Vegas. L’équipe technique toujours dirigée par Josh Giegel, teste un premier prototype sur le parc industriel d’Apex dans le Nevada. Les essais de propulsion réalisés sont prometteurs. Ils permettent d’accélérer le projet et d’obtenir le soutien de nombreux investisseurs. La société réussit une nouvelle levée de fond de 80 millions de dollars. Elle change de nom et devient Hyperloop One. Elle construit sur le site d’Apex, le centre d’essai (Devloop) pour tester l’hyperloop à pleine échelle. Les propositions affluent d’un peu partout dans le monde pour concrétiser le projet sur des bases commerciales.

Un consortium, FS Links, s’est ainsi constitué pour développer l’hyperl...

En savoir plus sur : http://futuroscopie.org/index.php/technologie/transports/

L’Europe, de l’Atlantique à l’Oural

 

Europe de l'Atlantique à l'OuralDans un monde qui se globalise, la religion, la région, la langue apparaissent comme des boucliers à ceux qui sont en quête d’identité. L’Europe n’échappe pas à ce phénomène. De nombreuses revendications d’autonomie régionale voire d’indépendance se font entendre, jusqu’au cœur même de l’Europe, où Flamands et Wallons sont tout près de faire éclater la Belgique. En Espagne, les autonomistes sont au pouvoir en Catalogne et Basques, Galiciens, Andalous ou encore Aragonais ont par ailleurs déjà obtenu une reconnaissance de leurs spécificités culturelles. En Italie, pays dont l’unité est récente (1861) la Padanie (Lombardie), la Vénétie, le Frioul, la Sardaigne et dans une moindre mesure la Sicile, ont des revendications spécifiques, les Lapons en Scandinavie veulent un pays à eux, dans le Royaume plutôt désuni du Brexit, les Ecossais et les Gallois se verraient bien un avenir à part de l’Angleterre. En Frise aux Pays-Bas, en Silésie en Pologne et même en Bavière, en Allemagne, les aspirations à des droits culturels particuliers se font jour. En France, lors des dernières élections régionales, les Corses ont voté majoritairement pour les partis autonomistes et des mouvements identitaires existent en Alsace, en Bretagne et au pays Basque.

Ces aspirations régionalistes ne sont pas antinomiques de la construction de l’Europe. Elles sont plutôt à mettre en regard du mode de fonctionnement des institutions européennes et notamment du principe de subsidiarité qui vise à privilégier le niveau inférieur d'un pouvoir de décision aussi longtemps que le niveau supérieur ne peut pas agir de manière plus efficace.

Dans les faits ce principe amène à faire jouer aux Régions un rôle de plus en plus important au détriment des états. Le Comité des Régions, sorte de Sénat européen, dont les membres sont issus des élus des collectivités locales et régionales veille à l’application de ce principe. Le Comité des Régions n’a qu’un rôle consultatif mais il a le droit de saisir la Cour de justice européenne en cas de manquement à cette règle d’or. Le Comité des Régions promeut par ailleurs la « Charte pour la gouvernance à multiniveaux en Europe » qu’il a rédigé en 2014 pour inciter les administrations nationales à mettre en pratique les principes et mécanismes préconisés dans la Charte européenne de l'autonomie locale et régionale du Conseil de l'Europe.

Les états-nations tels qu’on les connaît en Europe et dont la France est l’archétype perdent ainsi de leur pouvoir par le haut au profit de l’Europe et par le bas au profit des régions. Ceci la construction ou la reconstruction d’un sentiment identitaire plus fort au niveau local et moindre au niveau national. Tout être humain a un besoin fort d’appartenance à une identité mais il ne peut multiplier les niveaux d’appartenance. Une double identité est déjà beaucoup, une triple est presque impossible. Tout laisse à penser qu’en Europe, ce sont les états actuels, souvent récents à l’échelle historique (l’Allemagne et l’Italie ont moins de 2 siècles par exemple), qui s’effaceront au profit des Régions dont l’existence est pour beaucoup millénaires. Une vision défendue dès 1968 par Yann Fouéré, militant séparatiste breton et fervent partisan du fédéralisme européen, dans son livre "L'Europe aux Cent Drapeaux"[1].

Différent du régionalisme, le communautarisme apparu récemment en Europe est un autre facteur qui favorise le délitement des états-nations. Le communautarisme des citoyens issus de l’immigration est une sorte de résistance passive à l’intégration, un refus conscient ou inconscient d’appartenir à la communauté nationale du pays d’accueil, avec ses règles et ses valeurs. Il est favorisé d’une part par les nouvelles technologies qui rendent beaucoup plus facile le maintien de racines avec la culture et le pays d’origine. Il est aussi le symptôme d’une Europe qui n’a pas encore un projet idéologique clair. A trop faire pénitence de son passé, à trop douter et à trop dénigrer son présent, l’Europe ne suscite plus l’enthousiasme. Dans le passé, l’immigrant était fier d’adhérer à sa nouvelle nation et il voyait sa naturalisation comme une promotion. Aujourd’hui la société européenne n’a pas assez de vision collective, ambitieuse et généreuse pour susciter un désir d’intégration. Bref il lui manque encore une âme.

Comme pour toutes les regroupements territoriaux que le monde a connu, il faut s’attendre à ce que dans quelques années la situation à l’intérieur du périmètre de l’union soit bien différente de celle qui aurait prévalu sans union : la répartition des populations et leur intégration dans l’espace commun, les salaires, les prix, la productivité du travail, les normes sociales et les valeurs seront déterminées par le périmètre de la frontière commune de la nation européenne. Or sur ce dernier point nous ne sommes pas à la fin de l’histoire.

En Europe, après l’effondrement de l’URSS, les 3 pays baltes[2] , la Biélorussie, l’Ukraine, la Moldavie se sont séparés de la Russie, la Tchécoslovaquie a donné naissance à la République Tchèque et à la Slovaquie, la Yougoslavie s’est fragmentée en Slovénie, Croatie, Bosnie Herzégovine, Serbie, Monténégro, Macédoine et Kosovo. La Transnistrie, séparatiste de la Moldavie n’est pas reconnue au plan international mais elle est bien indépendante de facto. Certains de ces pays ont déjà rejoint l’Union Européenne. Tous ont vocation à le faire et même l’adhésion de la Russie à l’espace communautaire est une option probable.

L’Europe de l’Atlantique à l’Oural chère au général De Gaulle est en effet dans le sens de l’histoire même si le chemin est encore long du fait des grandes disparités entre les pays. Par exemple le salaire net mensuel dépasse en moyenne les 3000 euros au Luxembourg alors qu’il n’est que de l’ordre de 700 euros en Russie. A l’est, les écarts se réduisent néanmoins au fil des ans avec un rythme d’augmentation annuel des salaires qui se rapproche actuellement des 10%. Par comparaison, le salaire mensuel moyen en Chine est d’environ 450 euros.

Au 18ème siècle, le tsar Pierre le Grand fixa la limite du continent européen au massif de l’Oural et au fleuve Oural et décida de faire de Moscou une des grande capitale européenne. De par la géographie et la culture, la Russie est une puissance européenne. Avec une superficie de 3 960 000 km2, la Russie européenne représente environ 40 % de la péninsule européenne avec ses 5 districts fédéraux 

  • Le district central (Moscou) - 39 millions d’habitants,
  • le district du nord-ouest (Saint Pétersbourg) - 13 millions d’habitants,
  • le district du sud (Rostov sur le Don) – 14 millions d’habitants,
  • district de la Volga (Novgorod) 30 millions d’habitants
  • district du Caucase du nord - 9 millions d’habitants

Compte-tenu de son faible taux de natalité, la population de la Russie se réduit mais à la fin du siècle, selon les prévisions de l’ONU, la Russie d’Europe comptera encore environ 90 millions d’habitants, à peu près comme l’Allemagne ou la France.

Au-delà des péripéties du moment, la Russie et l’Europe ont des liens anciens et historiques. Ces liens ont été ravivés après la fin de l’ère soviétique. En 1997, l’Europe et la Russie ont conclu un premier Accord de Partenariat et de Coopération (APC). Cet accord fixe les principaux objectifs communs, il établit le cadre institutionnel pour les contacts bilatéraux et prévoit des activités et un dialogue dans de nombreux domaines. D’une durée initiale de dix ans, il a été reconduit automatiquement chaque année.

Lors du Sommet de Saint-Pétersbourg, en 2003, dans le cadre de cet accord, les deux parties se sont entendues à renforcer leurs activités de coopération en créant à long terme quatre « espaces communs » :

  • L’espace économique, avec notamment une coopération dans les domaines de l’énergie, de l’environnement, du transport et des télécommunications. L’Europe est ainsi devenu le premier client de la Russie et la Russie est aujourd’hui le premier fournisseur d’énergie de l’Union. La coopération dans ce domaine continue de se renforcer. Ainsi en 2017, le président russe Vladimir Poutine et Patrick Pouyanné, le PDG du pétrolier français Total ont inauguré le démarrage du colossal complexe méthanier construit sur la péninsule de Yamal sur l’océan arctique à la frontière entre Russie d’Europe et Sibérie. Une première cargaison de gaz naturel liquéfiée a été chargée à bord du « Christophe-de-Margerie »,  un navire méthanier brise-glace de 300 mètres de long. Total participe à hauteur de 20% à ce projet piloté par le russe Novatek, actionnaire à 50,1 %. Le solde du capital est détenu par deux groupes chinois : le pétrolier CNPC et le fonds Silk Road. Malgré l’opposition de l’Amérique de Trump qui veut exporter son gaz de schiste en Europe, l’intégration énergétique de l’Europe et de la Russie va encore franchir une autre étape avec le projet Nord Stream 2, un gazoduc de 1.200 km qui reliera la Russie à l'Allemagne par la Baltique, doublant le gazoduc Nord Stream 1 inauguré en 2011. Le russe Gazprom est le principal intervenant, avec les allemands Uniper et Wintershall (BASF), l'autrichien OMV, l'anglo-néerlandais Shell et le français Engie.
  • l’espace de liberté, de sécurité et de justice : respect des droits de l’homme, immigration clandestine, sécurité aux frontières… 

  • l’espace commun de sécurité externe, qui vise à renforcer la coopération en matière de politique étrangère et de sécurité, prévention des conflits, gestion des crises ;

  • l’espace commun de recherche, d’éducation et de culture : promouvoir la coopération notamment à travers des programmes d’échange qui contribueront à renforcer les liens entre les personnes et la compréhension mutuelle entre les sociétés. La Russie est ainsi étroitement associé au projet européen « Horizon 2020 » avec son 7ème programme cadre de recherche et de développement technologique (PCRDT 7). Les domaines concernés sont nombreux et tournés vers le futur : aéronautique, espace, matériaux, nanosciences et nanotechnologies, climat, etc. La Russie participe aussi à plusieurs programmes ERA.Net comme Net RUS Plus dont l’objectif spécifique est de créer une collaboration dans la recherche et sur le long terme entre la Russie et les Etats membres de l'Union européenne

Depuis 2014, un accord intervenu entre la France et la Russie permet la reconnaissance réciproque des études, des qualifications et des grades universitaires. Cet accord intergouvernemental porte à la fois sur les diplômes français en Russie et russes en France, ainsi que sur les niveaux intermédiaires entre ces diplômes, du baccalauréat au doctorat. Les nouveaux bacheliers français peuvent ainsi postuler pour entrer dans une université russe dans les mêmes conditions que les diplômés russes du secondaire. De même, un étudiant russe ayant achevé sa première année de "Maguistratura" peut sans restriction administrative candidater en deuxième année de Master en France. L’accord permet donc de faciliter la mobilité étudiante entre les deux pays et renforce également la lisibilité des diplômes français et russes sur les marchés du travail.

La réception au château de Versailles de Vladimir Poutine par le président français Emmanuel Macron quelques semaines à peine après son élection de 2017 est significative de la volonté française d’un dialogue constructif avec la Russie.

L’Allemagne, ennemie d’hier, a renoncé à l’arme nucléaire. Comme la France, elle jouit à présent d’un grand capital de sympathie en Russie. Les dirigeants russes apprécient ses prises de position mesurées lors des crises internationales et son implication pour développer les relations entre l’Union européenne et la Russie. L’Allemagne, devenue le plus important partenaire commercial de la Russie, entretient ainsi des relations de plus en plus cordiales avec Moscou.

Selon les traités fondateurs de l’Europe rien n’empêche l’adhésion de la Russie à l’union européenne. L’article 237 du Traité de Rome (1957) repris dans le Traité de Maastricht (1992), stipule que « tout Etat européen peut en devenir membre ». Sur un plan historique et sur une longue période la Russie a d’ailleurs toujours été pro-européenne, bien davantage que l’Angleterre ou la Turquie. Contrairement à ce que pourrait laisser à penser les medias et indépendamment des tensions du moment qui peuvent exister entre Moscou et Bruxelles, les Européens sont à une écrasante majorité favorable à un rapprochement avec la Russie. Un sondage récent, réalisé par l’institut IFOP, révèle ainsi que 87% des Allemands, 85 % des Polonais ou encore 79% des Français souhaitent l'amélioration des relations avec la Russie.

Pour peu que les citoyens d’Europe imposent une démocratie à l’échelle du continent, l’Europe peut répondre au besoin d’identité des Européens.

Une identité européenne implique d’abord une adhésion à des valeurs et à des principes communs mais elle n’est pas synonyme d’uniformisation. L’aspiration des peuples d’Europe à s’unir est très forte, à condition que soient garanties les identités nationales et régionales. Si les institutions européennes évoluent pour prendre en compte cette nécessité de conserver l’extraordinaire richesse culturelle et linguistique du continent, les citoyens feront de l’Europe le continent de la Culture et des cultures auquel on est fier d’appartenir. Ceci implique de développer davantage encore les échanges entre européens. Une priorité est aussi de favoriser le multilinguisme des jeunes générations comme de nombreuses grandes nations ont réussi à le faire. Les nouvelles technologies de traduction automatiques, écrites et vocales devraient faciliter le processus. L’Europe peut alors devenir une patrie où les citoyens participent au projet global tout en restant fidèle au territoire qui les a vu naître.

D’ici la fin du siècle, l’Europe, unifiée de l’Atlantique à l’Oural, incluant la Russie mais aussi l’Ukraine et l’Arménie, aura le poids nécessaire pour maintenir le continent dans le jeu des grandes puissances du monde multipolaire. En mutualisant ses forces militaires et ses forces de polices elle assurera mieux sa défense et sa sécurité. En gérant la justice et la fiscalité au niveau continental elle pourra promouvoir plus d’équité et moins d’inégalités. En mettant en place un véritable contrôle citoyen de l’action parlementaire elle s’imposera comme un modèle de démocratie. Ayant abandonné toute velléité d’hégémonie, elle n’en occupera pas moins une place centrale dans la coopération mondiale par son éthique, ses bonnes relations et ses liens historiques avec le reste du monde



Europe : tous les états européens y compris Russie d’Europe (source OCDE)

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[1]Yann Fouéré : "L'Europe aux Cent Drapeaux" (Presses d'Europe, 1968)
[2] Estonie, Lettonie, Lituanie

 

Source : http://futuroscopie.org/index.php

A lire : les mobilités du futur

A lire

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Un pan crucial de l'économie a été jusqu'à présent mésestimé par les décideurs de l'Hexagone alors qu'il constitue un maillon essentiel de la chaîne de valeur et de la création de richesses pour les prochaines décennies : la logistique, qui est au fondement de l'économie et des échanges. Au moment même où la révolution numérique et la demande toujours croissante de nouveaux services laissent augurer une réinvention du secteur, les entreprises et l'Etat français doivent prendre conscience de l'importance stratégique que revêt la logistique pour leur avenir.
En effet, dans un environnement globalisé marqué par une sophistication croissante des échanges, les groupes logisticiens remplissent une mission vitale pour l'économie mondiale : fluidifier les flux, offrir des solutions à l'accélération des cycles, garantir une cohérence/homogénéité tout au long de la chaîne de valeur, soutenir le développement de nos PME à l'international, satisfaire la demande des consommateurs, simplifier la complexité et rendre cette dernière invisible aux yeux du client final.


Le retard qu'accuse notre pays en la matière (cf. indice de performance logistique) est tout sauf irrémédiable. A condition de lancer dès maintenant des programmes de développement et d'innovation orientés vers ce secteur, la France dispose de tous les atouts (position géographique, savoir-faire, infrastructures) pour faire émerger des champions nationaux d'envergure mondiale dans le domaine du transport marchand et de la logistique.
L'Hexagone a toutes les cartes en main pour restaurer son statut de puissance marchande et tracer les voies du futur ! .
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2050 : 10 milliards d’humains à nourrir

Durant les 30 dernières années, la population de la planète s’est accrue de 70% mais grâce aux progrès de la science et des techniques, les sources d’alimentations sont cependant aujourd’hui encore globalement[1] suffisantes pour nourrir les 7 milliards d’habitants que compte la planète.

En 30 ans la ration alimentaire moyenne   de chaque humain s’est même accrue de quelque 10% et dépasse à présent 2800 kilocalories par jour. La famine a été divisée par 2 dans nombre de pays d’Afrique. L’Inde, pays de disette endémique au siècle dernier, a réussi sa « révolution verte » et est devenue aujourd’hui l'une des quatre plus grandes puissances agricoles au monde de par sa production de lait, de thé, de riz et de blé.


En 2050 la Terre sera peuplée d’environ dix milliards d’être humains soit trois milliards de plus qu’aujourd’hui. La plupart de cet accroissement aura lieu dans les pays en développement dont les revenus auront beaucoup augmenté et dont la population sera en grande partie urbaine. Selon la FAO[2], la ration alimentaire moyenne dépassera les 3000 kilocalories par personne et par jour. La demande en nourriture connaîtra alors de nouveaux sommets. La demande annuelle de céréales devrait ainsi atteindre 3 milliards de tonnes (+ 40%) et la consommation annuelle de viande devrait atteindre 455 millions de tonnes (+75%).

Le réchauffement climatique aura des effets lourdement négatifs au sud mais effets positifs au nord. Aujourd’hui gros importateur de produits agricole, la Russie, immense pays dont la superficie dépasse les 17 milliards de km2, devrait devenir un géant agricole avec des nouvelles terres mises en culture et des rendements multipliés par 6 d’ici à 2050 dans les plaines de l’Oural et de la Sibérie. Dans une moindre mesure, l’Europe et les Amériques devraient aussi consolider leurs productions agricoles.

Les excédents du nord resteront malgré tout insuffisants pour couvrir les immense besoins du sud qui souffrira de sécheresses plus intenses. Selon la FAO pour atteindre l’équilibre en 2050, il faudrait accroitre les rendements de 80% et augmenter la surface des terres arables de 20% dans les pays en voie de développement, principalement en Afrique subsaharienne et en Amérique latine car ailleurs, au Proche-Orient, en Afrique du Nord et en Asie du Sud, les limites des terres disponibles sont déjà en passe d’être atteintes. C’est un défi considérable car les investissements qui seraient nécessaires, notamment en infrastructure et en R&D, risquent de ne pas être à la portée des pays concernés.

Sara Menker, présidente de Gro-Intelligence, société d’étude spécialisée dans le domaine agroalimentaire, estime que les problèmes de pénurie alimentaire apparaîtront dans moins d’une décade[3]. Selon cette experte, il manquera 214 trillions de calories à l’humanité pour se nourrir dès 2027. 
Dans peu de temps, la Chine dont les modes de consommation tendent à s’aligner sur celles des pays développées, deviendra très lourdement déficitaire et l’Inde, toujours en croissance démographique, redeviendra de nouveau importatrice nette de nourriture. L’Afrique malgré ses indéniables progrès devra continuer d’importer de la nourriture de par la croissance toujours forte de sa population et d’un impact négatif du réchauffement climatique. Certes de nouvelles espèces végétales résistantes à la sécheresse et aux parasites devraient être disponibles pour les zones arides mais le potentiel du monde à se nourrir restera malgré tout globalement insuffisant à l’horizon 2050. De nouveaux modes de consommation, de nouvelles pratiques alimentaires et de nouveaux comportements vont donc s’imposer par nécessité.

Déjà, dans le monde d’aujourd’hui, 2 milliards de personnes souffrent encore de la faim ou de carences graves en vitamines, minéraux et autres oligoéléments nécessaires à la santé. A l’opposé, approximativement 1,5 milliard d'individus, mangent trop ou mangent mal : trop de sucres, trop de sel, trop de gras. Ils sont en surpoids voire obèses, ce qui entraîne des pathologies sévères : maladies cardiovasculaires, diabète, cancers… Au total ce sont 3,5 milliards de personnes qui souffrent de malnutrition soit un humain sur deux.

Le problème qui se pose à nous dès maintenant et qu’il faudra résoudre bien avant 2050 n’est donc pas qu’un problème de production. Il est aussi politique et nécessite une volonté internationale de lutter contre la pauvreté en revoyant les règles du commerce mondial. Les victimes de la faim au sud n’ont pas les moyens de se nourrir et les pauvres du nord se nourrissent de calories de faible qualité qu’ils trouvent dans les aliments bon marché. En occident, la carte de l’obésité recoupe d’ailleurs très exactement la carte de la pauvreté.

Les pauvres du sud insuffisamment nourris sont, paradoxalement, pour la plupart des paysans. Faute de prix équitables pour leur travail, ils ne peuvent moderniser leurs exploitations, leurs rendements restent faibles et ils ne peuvent pas participer à la croissance de la production comme il le faudrait. Leur revenu est souvent même insuffisant pour acheter le complément de nourriture qui leur manque. Selon la Banque mondiale, 70 pour cent de la population vivant dans une pauvreté extrême réside dans les zones rurales. De meilleurs prix pour les agriculteurs seront nécessaire pour réduire cette pauvreté et permettre le développement agricole qui est la base fondamentale pour la croissance des économies des pays en développement. Le libre-échange et la mondialisation libérale des dernières décennies n’ont à l’évidence pas amélioré la situation des paysans et aucun instrument efficace de régulation des cours et des stocks n’a pu être mis en place. Si cette forme de capitalisme ne parvient à sortir de ce cercle vicieux, les prévisions les plus réalistes indiquent qu’au moins 300 millions de personnes seront encore en situation de famine à l’horizon 2050. Une réforme des circuits alimentaires mondiaux pourrait alors s’imposer pour remplacer un système incapable d’assurer la sécurité alimentaire du monde. Sinon le déséquilibre entre les pays déficitaires et les pays excédentaires ne pourra qu’entrainer l’accroissement des tensions migratoires et les risques de guerre.

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Source : http://futuroscopie.org/index.php/ressources-naturelles/se-nourrir/116-10-milliards-d-humains-a-nourrir-en-2050

[1] Mais 600 millions d’humains restent néanmoins encore sous-alimentés.
[2] Alexandratos, N. and J. Bruinsma. World agriculture towards 2030/2050: the 2012 revision. ESA Working paper No. 12-03. Rome, FAO
[3] Sara Menker. A global food crisis may be less than a decade away - TED Talks. Août 2017

Mars : les challengers arrivent

Mars, Planète Rouge, Planet, Ciel Étoilé

Dès 2003 l'Agence spatiale européenne (ESA) lançait la sonde Mars Express pour étudier la planète rouge. La sonde, toujours active à ce jour, continue de donner des renseignements précis concernant la nature des calottes polaires, la composition de l'atmosphère martienne et les interactions de celle-ci avec le vent solaire.

L’analyse du magnétisme résiduel de Mars et son effet sur l’ionosphère a par ailleurs permis de mieux comprendre l’histoire de Mars.

Au début Mars avait un noyau de métal liquide en mouvement qui par effet dynamo générait un champ magnétique, comme la Terre le fait encore aujourd’hui. En se refroidissant, le noyau s’est solidifié et l’effet dynamo a disparu. Des parties de roches martiennes, par un phénomène de ferro-magnétisme, ont toutefois été magnétisées et ces poches de magnétisme rémanent sont suffisamment puissantes pour perturber la ionosphère martienne. L’analyse fine de ce phénomène conduit à penser que le champ magnétique de Mars était à l’origine plus intense que celui de la terre.

Aller plus loin : http://futuroscopie.org/index.php/technologie/espace/100-mars-les-challengers-arrivent

A terme le niveau des océans pourrait monter de 6 mètres

 

 Depuis des millions d’années, la Terre connaît des alternances de périodes glaciaires et de périodes interglaciaires avec des variations considérables du niveau des océans.

Ainsi lors de la fin de la dernière période glaciaire, il y a quelque 20.000 ans, la fonte des calottes continentales et la dilatation de l’eau sous l’effet du réchauffement climatique[1] a entraîné une formidable remontée du niveau des mers de l’ordre de 120 mètres. Au plus fort de ce processus, il y a 14.000 ans, la hausse du niveau marin a pu atteindre 4 à 5 mètres par siècle pendant 400 ans selon une étude réalisée par une équipe scientifique française, étudiant les évolutions des récifs coralliens de Polynésie[2].

Après s’être peu ou prou stabilisé pendant quelques millénaires, le niveau des mers est reparti à la hausse au cours du 19ème siècle avec une nouvelle phase de réchauffement climatique. Le phénomène semble même s’accélérer depuis quelques décennies au point que, dans son dernier rapport, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a revu à la hausse ses prévisions. Il estime à présent que le réchauffement en cours pourrait se traduire par une montée des eaux de 0,5 à 1 mètre d’ici 2100.

En savoir beaucoup plus sur : http://futuroscopie.org/index.php/geopolitique/165-a-terme-le-niveau-des-oceans-pourrait-monter-de-6-metres

Les enjeux futurs d’internet


Dans les années 1960 à l’Université, l’informatique en était encore qu’à ses débuts. Il fallait écrire ses propres programme et ses données sur des cartes perforées que l'on confiait à une énorme machine, un ordinateur, laquelle nous restituait le lendemain une liasse de papier où figuraient les résultats des calculs. Puis vint l’ordinateur personnel doté d’un écran et d’une imprimante. Nous pouvions toujours écrire des programmes pour traiter nos données mais nous pouvions aussi utiliser des programme faits par d’autres (word, excel..). Nos données et les résultats restaient sur notre disque dur. Tout cela nous appartenait et nul n’avait accès à ces informations. Quelques années après, en entreprise, l'ordinateur personnel était devenu un terminal. Avec les autres ordinateurs de l’entreprise, il faisait parti d’un réseau et il avait accès à un ordinateur plus gros, le serveur central, sur lequel était stockés les bases de données et des logiciels.

Chacun pouvait toujours stocker des informations sur le disque dur de son poste de travail, il pouvait aussi les partager avec d’autres et avoir accès aux ressources communes stockées sur le serveur central. L’entreprise avait néanmoins le contrôle centralisé du réseau et des logiciels utilisés.
En 1966 la DARPA, l’agence de recherche technologique du ministère de la Défense des États-Unis[1], lance le projet d'un réseau informatique délocalisé reliant les universités en contrat avec elle. Plutôt que de centraliser le réseau autour d’un serveur unique comme dans une entreprise le choix est fait de faire jouer ce rôle à plusieurs ordinateurs, chacun placé à un nœud du réseau. Pour les militaires, ce choix stratégique répondait au besoin de continuer à faire passer l’information si un ou plusieurs relais étaient détruit par l’ennemi. Il allait en résulter l’ARPANET, l’ancêtre d’Internet qui fait ses débuts officiels le 20 septembre 1969.

En savoir plus sur : http://futuroscopie.org/index.php/technologie/internet/

Réchauffement climatique : jusqu'où montera la mer?

Cet article est reproduit avec l'aimable autorisation de Jacques Carles et de futuroscopie.org

Depuis des millions d’années, la Terre connaît des alternances de périodes glaciaires et de périodes interglaciaires avec des variations considérables du niveau des océans. Ainsi lors de la fin de la dernière période glaciaire, il y a quelque 20.000 ans, la fonte des calottes continentales et la dilatation de l’eau sous l’effet du réchauffement climatique (1) a entraîné une formidable remontée du niveau des mers de l’ordre de 120 mètres.

Au plus fort de ce processus, il y a 14.000 ans, la hausse du niveau marin a pu atteindre 4 à 5 mètres par siècle pendant 400 ans selon une étude réalisée par une équipe scientifique française, étudiant les évolutions des récifs coralliens de Polynésie (2).

Après s’être peu ou prou stabilisé pendant quelques millénaires, le niveau des mers est reparti à la hausse au cours du 19ème siècle avec une nouvelle phase de réchauffement climatique. Le phénomène semble même s’accélérer depuis quelques décennies au point que, dans son dernier rapport, le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC) a revu à la hausse ses prévisions. Il estime à présent que le réchauffement en cours pourrait se traduire par une montée des eaux de 0,5 à 1 mètre d’ici 2100.

Plus pessimiste encore, l'Agence américaine d'observation océanique et atmosphérique, dans sa toute dernière analyse, n’exclue pas une montée du niveau des eaux pouvant atteindre 2,5 mètres en 2100, ce qui n’aurait d’ailleurs rien d’exceptionnel à l’échelle des temps géologiques. Ainsi pendant les précédents âges interglaciaires, le niveau des océans a souvent été supérieur au niveau actuel. Lors de la période interglaciaire de Riss-Würm, il y a 125.000 ans, les scientifiques estiment que le niveau des mers s’élevait à environ 6 mètres au-dessus du niveau actuel. Lors de la période interglaciaire de Mindel-Riss, il y a 400.000 ans, le niveau des mers s’est stabilisé à un niveau proche, à quelque 5 mètres au dessus de la valeur actuelle. A noter que pendant cette période les paramètres de l’orbite terrestre par rapport au Soleil étaient proches de la situation actuelle.

Ces constatations montrent qui si l’activité humaine explique sans doute une part du réchauffement actuel de note planète, d’autres paramètres, liés au système solaire, sont également à l’œuvre. En effet plus de 99% de l’énergie terrestre provient du soleil et toute variation même infime de l’activité solaire a d’énorme répercutions sur le climat. Les fluctuations de l’activité solaire affectent d’ailleurs les autres planètes qui nous entourent. Ainsi les calottes polaires martiennes se réduisent également et les températures moyennes relevées à la surface de Mars montrent qu’elles s'accroissent encore plus rapidement que sur Terre (3).

Quelles que soient les mesures prises pour tenter de contrôler le réchauffement climatique, qu’il faut prendre car elles ont de toute façon des impacts positif pour l’environnement, il faut s’attendre à une modification importante du tracé des côtes marines dans le monde d’ici 2100 et plus encore dans les siècles à venir.

Avec l’hypothèse d’une montée des eaux limitée à un mètre d’ici 2100, ce sont quand même près d’un demi-milliard de terriens qui seront affectés dans les prochaines décennies.
En Asie, les pays très peuplés du sud du continent, entre autres, le Bangladesh, l’Inde, la Thaïlande, le Vietnam, seront les plus durement touchés. En Chine les zones industrielles de Shanghai ou de Shenzhen devront s’adapter très rapidement ou disparaître. Au Japon, Tokyo et Osaka feront également face aux inondations d’une grande partie de leurs agglomérations.
En Amérique du Nord, si le Canada devrait bénéficier du réchauffement climatique et devenir une puissance arctique majeure, les Etats-Unis par contre en subiront des effets dévastateurs. La façade atlantique dans son ensemble sera d’autant plus remodelée par la montée des eaux que les zones côtières subissent par ailleurs un phénomène de subsidence, c’est-à-dire un affaissement progressif de l'écorce terrestre. New-york, Miami, Cap Canaveral feront partis des zones les plus menacées. A l’ouest, le trait de côte de la Californie, de Los Angeles jusqu’à San Franscisco, pourrait reculer que plusieurs dizaines de kilomètres.
L’Amérique du Sud devra également faire face à l’élévation du niveau de la mer mais dans des proportions moindre que pour d’autres régions. Des zones de pêche et de tourisme seront néanmoins touchés telle que Rio de Janeiro où la plage de Copacabana disparaitra.
En Afrique, le delta du Nil sera submergé et provoquera la migration forcée de millions d’habitants., de grandes métropoles comme Lagos au Nigeria, Abidjan en Côte d’Ivoire, Lomé au Togo, Le Cap en Afrique du sud devront également lutter contre les eaux. Des villages côtiers disparaitrons entièrement et avec eux certaines des plaines côtières les plus fertiles d’Afrique.
En Europe, des terres seront englouties le long de l’Atlantique, aux Pays-Bas, en Angleterre et en France où des villes comme Dunkerque, Saint-Malo ou Bordeaux seront touchées. En Méditerranée, Sète deviendra plus jamais une île singulière.

A plus long terme, la dernière étude exhaustive, publiée par 59 chercheurs de 17 pays, dans la revue scientifique Nature Géoscience (4) montre que les modèles climatiques actuels pourraient encore sous-estimer les changements climatiques à venir. Selon un communiqué du CEA (5) qui a participé à cette étude, « un réchauffement même limité de 1,5 à 2°C au-dessus du niveau pré-industriel sera suffisant pour causer une fonte substantielle du Groenland et de l’Antarctique à long terme, et engendrer une hausse du niveau de la mer de plus de 6 mètres qui persistera des milliers d’années. Des vitesses de montée du niveau de la mer supérieures à celles de ces dernières décennies sont alors probables » . Une prévision qui rejoint les conclusions des paléoclimatologues qui ont pu mettre en relation, sur longues périodes, les cycles glaciaires et le niveau des océans.

De Béziers à Sète en passant par Agde


situation actuelle


Montée des eaux : +1 m (hypothèse GIEC, 2100)


montée des eaux : + 6m (consensus des paléoclimatologues pour le niveau d'équilibre à long terme)

références :

  1. Comme tout corps physique l’eau se dilate avec la température et plus la température s’élève, plus la dilation s’accentue. Le coefficient de dilation passe ainsi de l’ordre de 0,02% à 10° à 0,2% à 20° et 0,8% à 40°.
  2. Lettre n°5 du Changement Global (octobre 1996) : « Le niveau marin depuis 20 000 ans enregistré par les coraux ». La Lettre du Changement global, issue du Programme Mondial de Recherches sur le Climat, émane du Comité national français du changement global, en relation avec l'Académie des sciences.
  3. Lori K. Fenton, Paul E. Geissler & Robert M. Haberle. Global warming and climate forcing by recent albedo changes on Mars. Nature,Vol 446, 5 April 2007
  4. Fischer, H., Meissner, K.J., Mix, A.C., et al.: Palaeoclimate constraints on the impact of 2°C anthropogenic warming and beyond. Nature Geoscience, 25 June 2018.
  5. CEA, communiqué de presse du 26 juin 2018

L'ouverture de la route du Nord de l'Arctique bouscule le fret mondial

Brise Glace, Golfe De Botnie

 AFP

C'est une conséquence de la fonte des glaces qui pourrait à long terme révolutionner le fret mondial: parti en août de l'Extrême orient russe, un porte-conteneurs brise-glace danois est arrivé jeudi au large de Saint-Pétersbourg après avoir franchi l'Arctique par le Nord, du jamais vu pour un navire de cette taille.

Praticable auparavant seulement quelques semaines par an et pour des bateaux de taille plus modeste que ce géant des mers, cette route surnommée "passage du nord-est", qui longe les côtes septentrionales de la Sibérie, devient accessible de plus en plus longtemps en raison du réchauffement climatique.

La révolution internet ne fait que commencer

La barre des 50% de la population mondiale ayant accès à l’internet a été franchie en 2018. Au rythme actuel, le monde comptera bientôt 5 milliards d’internautes dont 4 milliards seront actifs sur les réseaux sociaux. Le taux de pénétration dépasse déjà 80% en Europe et s’en approche en Amérique.

En Afrique il atteint maintenant les 40% avec la plus forte croissance annuelle du monde grâce à des startups qui font bouger le continent. Ainsi, à Nairobi, loin de la Silicon Valley, une entreprise kenyane du secteur de l’économie sociale et solidaire, Ushahidi[1], développe la BRCK (la « brique » ), petit boitier électronique qui permet avec une seule carte SIM de raccorder 20 appareils à la fois à un réseau 3G, 4G ou Wifi en s’adaptant à l’infrastructure locale.

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