Bouzigues et ses huîtres


A Bouzigues, on déguste... ses Huîtres !
Dès que vous quittez la Départementale 613 et que vous entrez dans le village un panneau en forme de fruit de mer vous souhaite la bienvenue et présente d’entrée sa ressource, son or, la fierté de ses habitants ; « l’Huître de Bouzigues ».
Bouzigues (Bosiga en occitan) est le plus petit village du Bassin de Thau.

Plusieurs siècles en arrière il n’était que désert de garrigues et de broussailles où des bergers semi-nomades faisaient paître leurs moutons. Vers le XVe siècle s’installent quelques pêcheurs au bord des eaux calmes du Thau à l’abri des tempêtes. Peu à peu ils sont rejoints par une communauté de paysans qui défriche et domestique la terre en cultivant le blé et les oliviers et en plantant des ceps de vigne qui vont vite border le Bassin. Ainsi naît la première génération de vignerons Bouzigauds.
Vers 1925 l’invention de Louis Tudesq va bouleverser la croissance économique de la petite cité et devenir sa principale ressource, l’élevage des huîtres en suspension sur des « tables ».
De cette évolution, des dizaines de mas abritant les ouvriers affairés à la tâche en été comme par les rudes journées d’hiver, vont sertir les rives du Thau.

Bouzigues est aujourd’hui un charmant village typiquement languedocien aux maisons claires, résolument étendu d’un côté sur le bord bleu et scintillant de l’étang de Thau, le berceau du divin fruit et adossé, de l’autre côté, à la garrigue tapissée au printemps de farigoule en fleurs, d’ajoncs, d’asphodèles, où prennent le temps de s’épanouir les oliviers à la posture nonchalante.
Installés dans ce qui servait autrefois à remiser les barques des pêcheurs et les charrettes des vignerons, une vingtaine d’établissements de dégustation et de restauration s’étirent le long de l’étang jusqu’au musée.
Les Paysans de la mer vous invitent à déguster leur production en terrasse sous des parasols tamisant les rayons du soleil ou à l’abri frais d’une haute voûte de pierres.

Bouzigues, grâce à son dynamisme et la qualité de ses coquillages, est classé parmi les sites remarquables du goût français. Ses rues pittoresques sont baignées de soleil, elles résonnent des rires des enfants et du gazouillis des hirondelles. Ici et là, sur les chaudes façades grimpe un odorant jasmin, un bougainvillier, un laurier rose ou un plumbago aux fleurs aussi bleues que le ciel.

En haut de la Grand’Rue, nichée dans une maison du siècle dernier, la boulangerie.
Il faut s’y rendre lorsque sonnent les douze coups de midi au clocher de l’église Saint-Jacques, c’est un véritable carrefour de communication avec les habitants. A l’intérieur, sous une voûte de pierres blondes et un éclairage subtil s’étalent des pains dodus, des fougasses dorées et de délicieuses pâtisseries aux fruits colorés.

Un peu plus bas, assises sur une margelle ou une chaise de paille des femmes du village ; Dolorès, Jeannette, Manon et Marinette devisent avec la parisienne d’à côté. Leur accent chantant est à peine couvert par celui tout aussi cigalien d’un groupe de mamans, trois jeunes femmes pilotant fièrement une poussette, des petits bolides embarqués de nourrissons, parfaitement alignés dans l’étroite rue telles des Formules 1 sur la grille de départ.

Au bout du parc ombragé de la Mairie, face au port de plaisance, vous admirerez la silhouette imposante de deux lauriers roses croulant sous les fleurs en Juillet.
Cette tonnelle naturelle se métamorphose en hémicycle sénatorial de quelques anciens du village, des «collègues» qui, tranquillement installés sur le banc, la galéjade battant son plein ou plus sérieusement, évoquant leurs souvenirs de la rude profession de conchyliculteur, profitent des doux rayons de la fin d’une belle journée.

Bouzigues est un village émouvant d’authenticité, on ne le visite pas, on le découvre au fil de ses rues et ses ruelles. Il a évolué avec son temps tout en conservant subtilement ses traditions.

Ses habitants, des citoyens qui subissent aussi les turpitudes du XXIe siècle, restent viscéralement amoureux de leur terre et de leur Thau, naturellement accueillants et attachants ils vous en parleront avec passion.

Nous, touristes, émettons un souhait ; que leur belle et rude profession ne disparaisse pas au profit d’une urbanisation outrageante et que les derniers Paysans de la mer ne se retrouvent pas parqués dans une réserve tels les indiens.
A Bouzigues ce sont les huîtres que l’on parque …

Carol Geslin-Philippe