Balade singulière : rue Révolution

Mardi 18 août, 15h 25, le T.G.V en provenance de Paris s’arrête gare de Sète. Des passagers, nombreux, en descendent;

parmi eux un homme au crâne dégarni, une canne et un sac de voyage à la main “Mon nom est Benoît de St Just, j’habite Maubeuge d’où je suis parti ce matin.

”Depuis 23ans, Benoît de St Just parcourt la France un mois par an, le mois d’août, le mois de ses congés.

Aujourd’hui,il vient visiter sa 3526eme commune, ou plutôt un endroit particulier de celle-ci.”Je viens rendre visite à la rue Révolution...

C’est pour elle que je suis ici. J’ai visité 28 communes qui ont osé offrir le nom d’une de leurs rues à mon aïeul.

Je sais que dans la région , St André de Sangonis, près de Montpellier et Cabestany près de Perpignan ont aussi osé ce choix.

J’ai l’impression d’avoir sur mes épaules toute la détestation portée aujourd’hui envers les révolutionnaires tels que mon aïeul.

Je suis curieux de rencontrer la rue Révolution, d’autant qu’elle s’appelle parfois aussi rue de la Révolution.

J’aurais pu choisir la rue de la Fraternité,l a rue de l’Egalité ou la rue Rouget de l’Isle qui sont dans le même quartier, mais l’absence-présence du “ de la ”m’a intrigué”.

Après avoir déposé son modeste bagage à son hôtel, l’homme se rend au jardin du château d’eau baptisé aussi Simone Veil depuis peu.

Il s’arrête à l’entrée de la rue...un sens unique...comme la révolution? Des voitures, des maisons modestes,des groupes de jeunes gens.

L’’homme s’avance lentement comme pour un pèlerinage. Les personnes croisées ne lui prêtent pas attention...

Des habitants âgés étendent leur linge au balcon...Des cris d’enfants s’échappent des fenêtres. Peu de boutiques, une épicerie, un coiffeur...

“de la Révolution”...une laverie...tiens, on croise la rue Georges Brassens...un bureau de tabac...

une grande place arborée qui sert de parking et de lieu pour les puces le dimanche...

La révolution est populaire.

L’homme traverse la rue et revient sur ses pas. Il s’arrête devant un café. Il entre. ”Bonjour", je suis Benoît de St Just”.”Et moi Charlotte Corday

. Qu’est-ce que je vous sers à boire?”.”Un jus de tomate bien rouge”. Dans un coin de la salle, 2 hommes parlent P.M.U.”Pourquoi parfois rue Révolution et parfois rue de la Révolution ?” “Peut-être parce qu’il lui arrive souvent de mal finir, votre aïeul en sait quelque chose. Après vous avez la rue Jean Moulin, qui, lui aussi a mal fini, mais d’une façon plus glorieuse.

Il n’y aura bientôt plus rien à voir dans cette rue, lorsque le conservatoire de musique aura déménagé, à moins que vous ayez un enfant en bas âge ou bien un enfant qui vous pose problème et que vous alliez chez Franco Basaglia . “Je ne comprends pas!” “Cela n’a pas d’importance”. ”Décidément il y a beaucoup de choses que je ne comprends pas dans cette ville et il me semble avoir besoin de temps”. ”Sète est un port et on peut y faire escale”. ”Je vais jeter l’ancre quelque temps!” “Je vous sers un autre jus de tomate. Bonne escale dans l’île singulière.”

Henri Blain