Vincent Bricks : pour l'amour du disque

En quittant la faculté de droit de Montpellier, Vincent Bricks proféra pour lui-même  deux promesses :  jamais plus il n’y mettrait les pieds, il consacrera son temps à la musique. Des années ont passé sous les ponts, égides des artistes en transit, la justice se passera définitivement du zèle de Vincent Bricks tandis que ceux qui le suivent depuis ses débuts continuent d’assister (de se réjouir …) à l’évolution de son univers musical. Celui qui a grandi à Sète où il a passé son baccalauréat - période où  se développent et s’affermissent ses propensions artistiques, où il forme ses premiers groupes -  navigue aujourd’hui entre Béziers, Paris  l’Angleterre et l’Ile Singulière où il conserve ses attaches et qui continue de l’inspirer. C’est sur le pont de la Savonnerie, que nous le croisons, un vinyle sous le bras. Il est passé voir des amis, prendre quelques jours de vacances et si possible de soleil. Car il faut dire que Vincent passe donc pas mal de temps dans  la capitale, pire! de l'autre côté du tunnel où il vient notamment d’enregistrer ce vinyle ( une face de chaque côté de la Manche), son premier support physique dont les 500 exemplaires sont davantage destinés à faire entendre son travail qu’à engranger de quelconques bénéfices… Deux titres y figurent Stockholm, ville fantasmatique pour l’auteur compositeur, et My little beings dont le clip sorti récemment constitue son actualité du moment. C’est l’histoire de la garde d’un chat après une séparation - un chat auquel Vincent était très attaché ! Le sujet peut paraître léger mais les choses légères ne sont-elles pas le lot d’un quotidien qui influence principalement Vincent Bricks et dont - comme tout être humain a pu en établir l’agaçant constat - l’objectivation est impuissante à en freiner une effrayante évolution  que les artistes ont cette chance de pouvoir sublimer. Si, composer dans la langue de Molière dans la ville d’oncle Georges,  lui-même écrivant  humblement sous l’exaltant ombrage de Paul Valéry,  est une bien audacieuse entreprise  ce n'est pas ce qui a poussé Bricks vers l'anglais .

Comme nombre de jeunes gens bercés par la musique anglo-saxonne, il  s'est naturellement  lové dans cette langue lui apparaissant comme la plus à même de  transcrire ses émotions. Vincent bricks a beaucoup écouté les Les Beatch Boys, l'inclassable et génial Brian Wilson Love, Arthur Lee ou encore The Brian Jonestown massacre ou Sparklehorse découvert en première partie de Radiohead ( une des plus grosse claque de sa vie)  et les écoute encore,. Question chanson française, il ne suit pas la scène de très près, a entendu des choses bien, mais aucun nom ne lui vient spontanément à l’esprit. Non, c’est vraiment  outre-manche que l’imaginaire et les goûts du garçon ont établi leur lieu privilégié d’expansion. Au dénominatif de "sombre" que d’aucuns ont pu employer pour qualifier  sa production actuelle - peut-être parce que le garçon aux cheveux bouclés et aux airs de crooner ne pioche pas dans les vêtements les plus colorés (il faudrait pour cela qu’il en est) de sa garde-robe lorsqu’il l’a joue sur scène, il préfère le qualificatif, inde pop  psyche. Le son de Bricks s'est aussi affranchi  de son édulcorante frange électro et tend vers d’avantage de sobriété  sans être austère  pour autant,  conciliant  une rusticité anti-folk à la Adam Green  et une envoutante profondeur. En effet, en écoutant avec attention, et sa musique ne le mérite pas mais l’exige, on observera à travers ces accords ténébreux portés par un chant mélancolique parfois, et surtout d’une sincérité brusque aux accès déchirants, des percées lumineuses , comme des éclairs au creux d’un abysse. Bricks qui compose la musique avant d’y poser ses textes, ne mise que très modérément sur la pure inspiration. Ce qui l’intéresse, c’est avant tout le travail méticuleux qu’il opère sur la matière brute afin de le parer de toutes ces nuances qui font le charme et l’intérêt de ses morceaux,  suscite cette douce sensation d'hypnose … Stockholm et My Little being , présents sur ce beau disque décoré d’un colibri - qui est aussi le modèle  de sa Gibson hummingbird qui en est égayée - ont été enregistrés avec des musiciens dont Vincent n’attendait qu’une chose : qu’ils aient du temps à consacrer à la musique… Le résultat, après une semaine de résidence , au domaine de  Bayssan  Sortie Ouest a très agréablement surpris le musicien plutôt  habitué à jouer en solo, et a donné lieu à un concert à la salle Victoire 2. Vincent Bricks qu’on a pu voir récemment aux Caves Notre Dame qu’il affectionne particulièrement et qui a écumé les bars de Sète avec ces deux précédents groupes (avec son comparse de l’époque Shap ) Lala Power et  (co ) -pilot a-t-il quelque chose de prévu dans le coin ? Il aimerait bien nous dit-il, tout en laissant planer le doute que ce désir est en quelque sorte en partie exaucé. Enfin,  nous n’en saurons pas plus et en attendant, si on tient absolument et immédiatement à le voir à Sète, il suffit de visionner ses clips sur Utube qui y sont en partie tournés…