Corrida

Novillada de clôture

NOVILLADA Pages – Mailhan.  Carlos Olsina, Diego San Román, El Rafi

 

En matinée, la novillada avec picadors présentait les spécimens de l’élevage de Pages Mailhan. Le lot était exceptionnel et a permis aux trois jeunes de s’exprimer totalement. Encore une fois, il fallait être présent sur les gradins pour apprécier le comportement en piste des six novillos, (des taureaux de moins de quatre ans).  Cet élevage situé près des Saintes-Maries-de-la-Mer est issu de la prestigieuse lignée des Santa Coloma. On a retrouvé dans les novillos de cette matinée la qualité de leur comportement, la mobilité comme la noblesse, avec ce zeste de piquant qui transmet de l’émotion.

Les trois novilleros ont très vite vu tout le parti qu’ils pouvaient tirer de tels adversaires. Le biterrois, Carlos Olsina, revenu d’Espagne où il s’entraîne avec acharnement pour l’occasion, a su saisir sa chance. Une oreille à son premier, deux oreilles à son second, deux très belle estocades, et la grande porte s’ouvrait devant lui. On notera les immenses progrès réalisés depuis 2018, fruit d’un travail extrêmement sérieux et assidu qui lui a permis de disposer d’un bagage technique indispensable face à des novillos parfaitement sérieux de comportement. Carlos a su transmettre de l’émotion avec un torero classique tout à fait inspiré.

Le novillero biterrois a vite compris le parti qu'il pouvait tirer de cet excellent novillo

 

 Un bel enchaînement avec un taureau qui suit très bien la muleta

  

Une estocade parfaitement réalisée avec un très bel engagement

 

Le Mexicain Diego San Roman gratifié d’une ovation à son premier et d’une oreille à son second a pu également séduire. On appréciera la longueur de ses passes, favorisées par des adversaires qui suivaient inlassablement la muleta. De très belles séries sur les deux côtés ont été plébiscitées par le public. 

Diego de San Román particulièrement élégant face à son adversaire

 

 

Beaucoup de douceur dans cette charge guidée derrière le corps

 

Le nîmois El Rafi a sans doute touché le meilleur des novillos qui était particulièrement coopératif. Il permettait absolument toutes les séries, avec une charge franche et rectiligne. Les deux mises à mort un peu approximatives ne lui ont pas permis d’obtenir de trophées.   Deux ovations avec tour de piste sont venues récompenser de bonnes dispositions.

Le meilleur des novillos a été servi par le nîmois El Rafi

 

Encore une fois, il faudrait être beaucoup plus long pour détailler de façon précise tous les excellents moments qui ont été offerts au public. Cette journée de dimanche, avec des taureaux, mais aussi des hommes, a été exceptionnel, malgré un temps plutôt maussade.

L'élevage de Pages-Mailhan a été honoré d'une vuelta posthume

 

 

Le biterrois Carlos Olsina ouvre la grande porte des arènes et reste maître sur ses terres

Les regrets sur « une corrida sans soleil » ne doivent certainement pas faire oublier que c’est dans cette rencontre entre l’humanité et la nature sauvage, qui se dessine sur le sable, que réside l’essentiel. Le sel de la vie en quelque sorte… 

 Bruno Modica

L'erreur c'était d'être ailleurs !

Une magnifique corrida de Pedreza de Yeltes et une très belle novillada de Pages Mailhan en matinée ont offert au public une grande journée de toros…

CORRIDA Pedreza de Yeltes pour Octavio Charron et Juan Leal

Dimanche 18 août : Il est près de 21 heures dans les arènes de Béziers… Mironcillo, le dernier toro de la feria tombe sur le sable. L’épée de Juan Leal a fait son œuvre. Au terme d’une faena très engagée le matador arlésien voit au balcon de la présidence deux mouchoirs blancs tomber. Le public exulte. Il a conscience d’avoir vécu un grand moment de tauromachie, et, il faut le dire avec force, une grande journée de toros.

L’élevage de Pedreza de Yeltes a été présenté en 2018 dans les arènes de Béziers. Il remplaçait alors l’institution des Miura qui avaient fortement déçu en 2017. Ce choix de Robert Margé était particulièrement courageux. Les toros de Zahariche, les Miuras avaient déjà offert tellement d’émotion aux biterrois que les retirer de la feria pouvait apparaître comme un crime de lèse-majesté.

Une impeccable présentation pour ces taureaux de Salamanque

 

Exceptionnel de charge et de noblesse

 

En 2018, après avoir vu la prestation de cet élevage, nous avions pu titrer : « Pedraza de Yeltes, souverains en piste ! » En 2019, ces taureaux de Salamanque ont tenu toutes leurs promesses. Cela a déjà été écrit dans ces colonnes, il n’y a pas de corrida sans taureaux. Et pour cette dernière corrida de la feria, ces fauves hauts sur pattes, superbement armés, impeccables de présentation étaient bien là. Il faudrait poser la question, même s’il ne faut pas en attendre la réponse, pour connaître les secrets de cet élevage, récent, puisque présenté à Madrid en 2010, issu d’une origine Domecq à laquelle, dans de mystérieuses proportions, se retrouve la rame des taureaux d’El Pilar.  Le résultat se voit dès l’entrée en piste, avec ce magnifique spécimen de 585 kg, Burrenito que le matador Octavio Chacon reçoit dans sa cape. Une belle couleur de robe fauve, une armure qui force le respect, et une charge franche qui se traduit par un choc direct contre le cheval sur lequel est installé le grand picador Vito Sandoval. Deux piques impeccables, un groupe équestre fortement secoué, et il ne reste plus au matador qu’à servir ce taureau. Présent sur tous les terrains, répondant à la moindre sollicitation, suivant la muleta avec constance, Burennito devait rendre son Majoral, Curro, particulièrement fier. Il voyait sur le sable de la piste la concrétisation de cinq années d’efforts et d’impitoyables sélections.

Récompensé par un tour de piste posthume qui fait la fierté du Majoral, Curro

 

Cette corrida qui voyait deux toreros alterner, le second étant Juan Leal qui avait déjà triomphé en 2018, a véritablement tenu toutes ses promesses. Il faudrait des dizaines de pages pour rendre compte dans le détail du comportement de chacun des six taureaux. Quatre chutes de cavalerie sur six montrent assurément que l’origine Domecq de cet élevage n’est absolument pas synonyme de faiblesse. Au niveau de la morphologie les six taureaux accusaient sur la balance une bonne centaine de kilos de plus que leurs congénères présentés habituellement, mais rien à voir avec ces bêtes souvent engraissées dans les six derniers mois de leur existence. Ces taureaux à la musculature particulièrement développée sont de véritables athlètes, mobiles et totalement investis dans le combat.

Un excellent comportement qui permet à Juan Leal de s'exprimer en redondo

 

Pas très heureux au moment de la mise à mort pour ses deux premiers adversaires, Octavio a pourtant offert au public un très beau toreo classique, parfois inspiré, alternant de très belles séries des deux côtés. Pour son troisième adversaire une oreille est venue récompenser ses efforts. Ce torero sérieux, qui avait choisi deux excellents picadors pour l’accompagner, mérite incontestablement d’être suivi avec attention.

Le public biterrois connaît mieux Juan Leal, un des représentants de cette dynastie arlésienne, et son enthousiasme devant ses adversaires. Obtenant une oreille à son second taureau, il a confirmé son engagement pour son troisième, ce qui lui a permis, avec deux pavillons de sortir par la grande porte. L’éleveur l’a très légitimement accompagné, d’autant plus que l’un de ses pensionnaires avait été honoré d’un tour de piste posthume.

Une parfaite maîtrise du placement qui permet de guider la charge

 

Pour reprendre le titre de cet article, il faut vraiment réaffirmer avec force : « l’erreur, c’était être ailleurs ! ». Le temps plutôt maussade, les quelques gouttes de pluie en début d’après-midi, ont certes dissuadé une grande partie du public. Une demi arène, c’est peu et c’est surtout dommage. Ce qui fait de la corrida un spectacle à nul autre pareil, réside dans cette incertitude. Nul ne sait à l’avance ce qui pourra s’inscrire sur le sable. Avec les Pedreza de Yeltes déjà remarquables en 2018, il y avait quand même quelques certitudes. D’autant plus que cet élevage qui n’a présenté que cet élevage qui n’a présenté que 7 corridas en 2018, à peine plus en 2019, a fait le choix de la rigueur extrême. Cela explique pourquoi, même si les choses peuvent évoluer très vite, les grandes vedettes actuelles de la tauromachie ne se pressent pas pour affronter ces taureaux de Salamanque. Pour les deux toreros, Octavio et Juan, on peut considérer que c’est plutôt une bonne chose. Le public qui les a vus opérer face à de tels adversaires, devenus aussi, au fil du combat des partenaires, leur doit le plus grand des respects. Ils ont pu montrer, même si leur nombre de corridas peut sembler limité, qu’ils disposent à la fois du courage et du bagage technique pour les affronter et pour offrir aux spectateurs d’excellents moments de tauromachie.

 

Une sortie en triomphe accompagné par le Majoral

 

Bruno Modica

Une corrida d'heureuses surprises

Après des débuts difficiles la corrida de l’élevage de Robert Margé a tenu toutes ses promesses. Cinq oreilles coupées, deux vueltas posthumes et un éleveur qui sort en triomphe accompagné par Manuel Escribano et Joaquín Galdós. Daniel Luque est loin d’avoir démérité.


Si au niveau de l’ambiance, malgré le retard lié aux conditions de circulation, du torero péruvien Joaquín Galdós, cette corrida pouvait se révéler prometteuse avec deux musiques (Les bandas) venues animer cette fête, les comportements des trois premiers taureaux apparaissaient comme clairement décevant. Malgré son enthousiasme qui le conduisit à deux reprises à accueillir son adversaire à genoux devant la porte du toril, Manuel Escrivano tout comme Joaquín Galdos ne sont pas parvenus à tirer grand-chose de leurs premiers taureaux seul Daniel Luque à son premier a su montrer une très grande technicité arrachant littéralement des passes un adversaire dénué de charge mais qui pouvait se révéler dangereux.

Et puis, rentre en piste , lui aussi accueilli à genoux, ce taureau fauve, avec des lignes noires, que l’on appellerait en espagnol Colorado bragado, qui ne manquait ni de force ni de charge. Présent au cheval, armé d’un berceau de cornes impressionnant, il a montré très rapidement à Manuel qu’il était un adversaire exigeant et qu’il ne laisserait rien passer. Lorsque le torero lui a offert une série de passes de loin, présentant la muleta derrière son dos, le pantalon de son costume et son fessier en ont porté les marques très vite. Cela n’a pas empêché ce torero très spectaculaire d’offrir un combat intéressant, jouant sur la charge et l’entrain de son taureau, permettant de faire vibrer le public qui très logiquement lui a apporté son soutien. Les puristes pourraient aborder quelques réserves, notamment sur certaines passes un peu éloignées du berceau mais le public a exprimé sa gratitude en obtenant la première oreille est en manifestant sa volonté de voir le deuxième trophée tomber du balcon de la présidence. Le taureau a lui aussi été récompensé lorsque, sous la pression du public, le foulard bleu qui accorde à sa dépouille un tour de piste a été arboré.

 

Daniel Luque qui avait montré de très belles dispositions à son premier taureau s’est engagé avec énormément d’intelligence pour son second. Son adversaire était particulièrement difficile, on pourrait même dire avisé et il a fallu énormément d’engagement, au plus près des cornes, pour construire à la muleta, des deux côtés, une très belle faena. Encore une fois Daniel Luque a montré sa science du toreo ainsi que sa grande rigueur. La leçon de domination était à cette égard parfaite.

 

Pratiquement inexistant à son premier taureau, en raison probablement de son arrivée tardive qui l'a privée du paseo, le jeune péruvien qui a pris son alternative en France il y a trois ans, n’a pas laissé passer l’occasion d’offrir une remarquable démonstration de tauromachie classique au dernier adversaire de la soirée. Alternant les séries à droite comme à gauche, il a su tirer le meilleur d’un adversaire plutôt piquant, mais en même temps parfaitement toréable. Encore une fois le jeune péruvien a su saisir cette opportunité pour s’illustrer dans cette arène où il n’avait jamais figuré jusqu’à présent. Très logiquement, après une très belle estocade, les deux trophées sont tombés du balcon, le taureau a également été honoré d’une vuelta posthume, et le ganadero Olivier Margé invité à rejoindre sur les épaules des porteurs Manuel et Joaquìn. Comme hier avec Léa Vicens, la grande porte des arènes de Béziers s’est ouverte vers l’avenue Saint-Saëns.

 


 

La journée de clôture de la feria verra pour ce dimanche une novillada piquée avec des taureaux de trois ans de Pages Mailhan, un élevage français, opposé à trois espoirs de la tauromachie, le biterrois Carols Olsina, le Mexicain Diego San Román et le nîmois Rafi.


Pour la corrida de clôture il ne faudra absolument pas manquer les Pedraza de Yeltes, cet élevage présenté très récemment et qui offre des sensations extrêmement fortes aux amateurs de tauromachie de respect. Il faut noter que pour la deuxième année consécutive cet élevage de Salamanque a remplacé pour la clôture de la feria l’institution des taureaux de Miura qui avaient énormément déçu il y a trois ans.


On espère pour le final que ces taureaux du nord-ouest de l’Espagne seront aussi présents que l’an passé et que leurs toreros, Octavio Chacón et Juan Leal sauront en tirer le meilleur.

Pour accéder au programme de la corrida de clôture :
https://www.arenes-beziers.com/feria-2019/corrida-18-aout/

 

Bruno Modica

Une corrida d'émotion

Avec la ganaderia des Monteilles les aficionados peuvent s’attendre à des taureaux sérieux face à des matadors qui auront à cœur de s’engager.


Diriger les arènes de Béziers, et être également éleveur, n’est pas chose facile. Robert Margé, avec son fils Olivier, présentent pour cette troisième corrida de la feria, six de leurs pensionnaires. Le public biterrois connaît cet élevage, à l’impeccable présentation, issu des trois origines que les ganaderos ont su promouvoir. Pour chaque pensionnaire de cet élevage on retrouve le piquant du Cebada Gago et ses robes fauves, associé à la noblesse du Santiago Domecq et du Nunez del Cuvillo.


C’est dans le croisement de ces sangs d’origines prestigieuses que se retrouve le secret d’une tarde réussie. Les hommes qui devront affronter sur le sable ces taureaux savent à quoi s’attendre.


Manuel Escribano qui est le chef de Lidia est un torero qui banderille et que le public biterrois, orphelin de Juan José Padilla retrouvera avec le plus grand plaisir. Fin torero, très engagé avec les harpons, il peut transmettre beaucoup d’émotion si ses adversaires disposent d’une charge longue qui lui permettra de s’exprimer.

 


Daniel Luque n’est pas non plus le premier venu. Sa dernière saison a été particulièrement réussie, et ce torero qui a pris son alternative à Nîmes en 2007 aura à cœur de briller pour sa présentation dans les arènes de Béziers.

 


Venu du Pérou, Joaquín Galdós devra s’engager aux côtés de ses aînés, puisqu’il a trois ans d’alternative. Il découvrira le ruedo de Béziers. Il faudra espérer que la présidence qui a tendance à abréger le temps consacré aux capes laissera ce torero sud-américain s’exprimer suffisamment dans cet exercice.


On est rarement déçu par une corrida de Robert Margé. Rares sont les taureaux qui ne présentent aucun intérêt. Leur engagement et leur présence en piste suscitent toujours une émotion intéressante. Reste à savoir si cette alchimie entre les hommes et les taureaux réussira, mais c’est là que se situent les secrets de la corrida.


Réponse ce soir, aux alentours de 18 heures.

 

Propriétaire : Robert Margé
Devise : Bordeaux et or
Élevage : Finca « Les Monteilles » à Fleury d’Aude
Origines : Cebada Gago – Santiago Domecq – Núñez del Cuvillo
2018 : 12 toros combattus – 6 oreilles

 

Bruno Modica

Ouverture de la féria 2019, des toros en demi-teinte

La superbe scénographie proposée par Lauren Pallatier aurait mérité un spectacle de meilleure tenue.

Il aurait été possible d’espérer beaucoup mieux dans un superbe cadre qui avait été proposé par le scénographe Lauren Pallatier pour cette corrida de la culture méditerranéenne qui portait les espoirs de l’aficion biterroise. Le ruedo, car c’est ainsi que l’on désigne la piste, avait été décoré par un superbe labyrinthe, tandis que chaque burladero (l’ abri qui permet d’accéder à la contre piste), était orné d’un Minotaure. Certains taureaux ne s’y sont d’ailleurs pas trompés et ont gratifié de quelques coups de cornes les réalisations graphiques de Lauren Pallatier. On citera aussi la présence du ténor qui depuis six ans accompagne le paseo, avec l’air de Descamillo dans l’inoubliable Carmen de Bizet. Il convient de le citer, avant de l’écouter, il s’agit de Frédéric Cornille.

Le cartel avait été modifié du fait de l’indisponibilité du maestro péruvien Andres Roca Rey remplacé par Miguel Angel Perera. À ses côtés, comme chef de Lidia, le biterrois Sébastien Castella et le tout jeune torero, qui a pris son alternative à Nîmes en septembre dernier, Tonete.

Les lecteurs de ses chroniques le savent, en matière de tauromachie rien n’est possible sans taureaux qui servent. Et malgré leur histoire déjà très sérieuse, les pensionnaires de la ganaderia de Nunez del Cuvillo manquaient vraiment de force, malgré leur belle présentation, et la diversité de leurs robes.

Sébastien Castella a hérité du plus mauvais mais aussi du meilleur des taureaux. Mal servi pour son premier, très peu mobile et dénué de charge, il a été contraint de le toréer à mi-hauteur pour essayer de lui servir quelques passes qui intéressaient très peu son adversaire. L’estocade a heureusement été concluante mais ce taureau à la robe blanche tachetée de noir qui lui donnait un air de vache normande ne restera pas dans les mémoires.

Pour son second taureau accusant 540 kg, le maestro biterrois n’a pas laissé passer l’occasion de montrer toute sa science du placement, ce que l’on appelle de ce terme intraduisible en français « le sitio ». Après avoir servi des passes dans la longueur, au centre de l’arène, dans une sorte d’extase mystique, le maestro s’est imposé au plus près des cornes, parvenant à arracher d’une présidence particulièrement rétive quelque notes de musique. Il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire à ce propos.

Très engagé dans l’estocade, le maestro biterrois aurait pu espérer couper deux oreilles à son adversaire, ce que la présidence, très attachée à ses prérogatives, n’a pas souhaité lui accorder. Geste rare, avant d’entamer son tour de piste, Sébastien Castella a jeté au sol cette unique oreille.

 

On a pu être très séduit également par le sérieux et le professionnalisme de Miguel Angel Perera. Présent dans toutes les grandes férias, il a montré une maîtrise technique rare face aux plus mauvais taureaux de l’après-midi. Son premier adversaire était à peu près dénué de charge, et il l’a littéralement porté à bout de bras, tandis que le second impossible à fixer face au picador aurait probablement mérité les banderilles noires si la présidence avait été aussi rigoureuse dans ce domaine que pour l’octroi de la musique. Malgré ces difficultés Miguel Angel s’est littéralement « arrimé » parcourant toute la piste pour trouver un endroit où le taureau daignait charger. Difficile, avec de tels adversaires, d’être serein au moment de la mise à mort, ce qui évidemment ôtait tout espoir de trophée.

 

Le jeune torero âgé de seulement 22 ans, dont Simon Casas est l’impresario, avait des compagnons de cartel qui n’était pas les premiers venus. Il s’est pourtant très largement investi, notamment pour son premier taureau qu’il a dû aller chercher à côté du toril, ce qui n’est pas véritablement un signe de bravoure pour l’animal.

 

Globalement, du point de vue tauromachique, cette corrida d’ouverture ne restera pas dans les mémoires. On y trouve tout de même, au-delà du superbe décor du plasticien Lauren Pallatier, quelques bons moments, notamment l’engagement du jeune Antonio dit Tonete, le professionnalisme et l’élégance de Miguel Ángel Perera, et bien entendu la force de caractère de torero de Béziers qui fêtera l’année prochaine la 20e année de son alternative.


 

 

Pour le vendredi 16 août, avec la corrida mixte, les amateurs de cavalerie retrouveront avec plaisir Léa Vicens qui s’est illustrée l’an passé, aux côtés de ses deux compagnons piétons Emilio de Justo et Pablo Aguado. Ces deux toreros affronteront l’élevage prestigieux de Jandilla tandis que la cavalière sera opposée au bétail de Bohorquez, des taureaux particulièrement propices à la tauromachie à cheval.

 

 

Bruno Modica

Pedreza de Yeltes, souverains en piste

Le cinquième taureau de l’après midi de clôture de la feria aura été le meilleur. Juan Leal a su en tirer parti pour obtenir la faveur du public et sortir par la grande porte. L’ensemble de la course a été d’un bon niveau et cet élevage a fait oublier les anciens seigneurs du plateau de Valras.

Pedreza de Yeltes, souverains en piste

Cet élevage récent puisque présenté à Madrid il y a seulement huit ans a proposé six taureaux, très homogènes de comportement et de robes, superbement armés, et très largement toréables. Très engagés face aux picadors, ils ont permis aux toreroxs, Manuel Escribano, Juan Leal et Roman de s’exprimer.

Déjà présent les années précédentes, Manuel Escribano a déployé en piste tout son savoir-faire de torero engagé  en posant les banderilles et en proposant au public des faenas bien construites et à certains égards spectaculaires. Si son premier s’est révélé peu mobile après la sortie des piques, son second partenaire, appelé de loin avec une charge rectiligne, a pu très largement servir. Les deux conclusions de Manuel à l’épée, malgré son engagement, n’ont pas été concluantes, ce qui l’a sans doute privé de trophées.

L’arlésien Juan Leal a toréé avec beaucoup d’intelligence ses deux adversaires aux comportements très différents. Le premier particulièrement statique ne permettait pas une grande faena. Il manquait visiblement de charge, malgré sa force qui avait dû être émoussée après deux piques tout à fait sérieuses. Le torero arlésien, issu d’une dynastie bien connue dans les ruedos a déployé tout son savoir-faire de tremendiste pour offrir au public des moments d’émotion. En allant chercher le taureau au plus près des cornes, en pesant sur lui, il a été largement plébiscité par le public, parvenant à arracher sur son premier, après l’oreille des gradins, celle de la présidence. (Une performance liée à une épée très sincère) Son estocade a été décisive. Ces deux oreilles à son premier taureau lui permettront, du moins on l’espère, de conclure la temporada avec l’espoir de nouveaux engagements. Cela est d’autant plus vrai qu’il n’a pas laissé passer sa chance face au cinquième taureau de l’après-midi, Joyito, dont on peut penser qu’il aura été le meilleur de la feria. Efficace sur les deux cornes, il passait près du corps avec un incontestable entrain. L’épée,  légèrement de côté, a pu priver l’arlésien d’une deuxième oreille, mais il n’en demeure pas moins que Juan Leal, malgré un nombre de corridas en 2017 assez limité, mérite très largement que les empresas lui donnent des opportunités. Le taureau a été récompensé d’un tour de piste (vuelta) posthume. 

On connaissait moins Roman Collado, que l’on pourrait qualifier de torero celte-ibère, puisque breton par sa mère. Il n’est pas passé à côté de son premier taureau qui avait à la fois de la force et de la charge, et qui suivait la muleta avec beaucoup d’entrain. Ce lot de taureaux de Pedreza, assez homogène de comportement, se caractérisait aussi par ses capacités à charger d’assez loin, aussi bien le cheval que le torero. Cela permettait ces passes que le public apprécie généralement lorsque la muleta attire le taureau qui s’y engouffre après une charge de plus de dix mètres. Cela suppose une maîtrise évidente, mais surtout un incontestable courage. Une oreille à son premier est venue récompenser son engagement, d’autant que la mise à mort a été également très concluante.

Le dernier taureau, redoutablement armé et particulièrement haut a été très vite avisé, et il a très largement pesé sur son adversaire qui a été parfois en difficulté. Il ne permettait assurément pas à Roman de s’investir autant qu’il aurait voulu.

Au moment de conclure sur ces chroniques qui n’ont pas d’autres ambitions que d’amener vers les arènes un public non connaisseur qui voudrait comprendre, pour peut-être apprécier ce qui lui est proposé, il convient de revenir sur un élément fondamental.

Si la corrida est un spectacle à nul autre pareil, c’est qu’il met en jeu des paramètres qui sont difficilement prévisibles. L’acteur principal n’est pas l’homme habillé de lumière qui offre son corps et qui oppose à un animal sauvage son courage et son savoir-faire. Celui qui « décide » de la qualité de ce que le public verra en piste, et des émotions qu’ils pourra en retirer, reste « le toro bravo ». Et c’est dans les secrets de la sélection patiente, pratiquée par des éleveurs qui sont les dépositaires de ce patrimoine génétique, du bos ibéricus que réside la magie de la tauromachie. Les exemplaires de Pedreza de Yeltes sont le résultat d’un travail de sélection particulièrement rigoureux. L’engagement de ces taureaux face à l’acier du picador a démontré tout le bien que l’on pouvait penser de cette démarche. Pour autant la bravoure de ces taureaux, leur caste, ne les rendait pas pour autant intorérables, bien au contraire. Adversaires sérieux ils supposent évidemment une extrême rigueur des toreros. En même temps, et c’est aussi l’une des qualités de cette dernière corrida de la feria, leur homogénéité de comportement qui allait jusqu’au choix du terrain, que l’on appelle la querencia, démontrait l’excellence de cet élevage.

Amené à remplacer les Miuras pour la corrida du 15 août , cet élevage qui n’a présenté que trois corridas en 2017 devrait sans doute revenir fouler le sable du plateau de Valras. On espère tout simplement que les pensionnaires de Miguel Angel Sanchez, l’ancien torero devenu ganadero, sauront rester à ce niveau, même si leurs succès peut amener à répondre à une demande sans cesse plus importante, avec les risques de baisse de qualité que cela peut impliquer. Mais encore une fois, on espère le contraire.

Bruno Modica

Triomphe des caballeros en plaza

Les rejoneadors Pablo Hermoso de Mendoza et Léa Vicens ont offert une très belle prestation appréciée par le  public malgré des taureaux de Bohorquez un peu faibles. Une belle leçon de dressage avec ces chevaux toreros de grande classe.

Le choix de présenter une corrida à cheval a permis de rencontrer un succès incontestable au niveau du public qui a été au moins aussi nombreux que lors de la corrida du 12 août. L’affiche avait tout pour séduire avec deux cavaliers de grande renommée. Le numéro un de la spécialité depuis presque deux décennies, Hermoso de Mendoza et la nîmoise Léa Vicens présente l’an dernier à Béziers aux côtés de Sébastien Castella pour une corrida mixte.

Le public est rarement déçu par une corrida à cheval car il apprécie évidemment, et il a raison, les performances des cavaliers et de leurs montures, toujours superbement présentées, avec une diversité de robes toujours séduisante. Les costumes des caballeros sont également superbes, avec cette jaquette gris acier et or pour Mendoza et la tenue de caballera andalouse pour Léa.

Sortie en triomphe des deux cavaliers, Léa Vicens et Hermoso de Mendoza

La musique qui joue en permanence, sauf au moment de la mise à mort qui se pratique en piste, contrairement à la corrida portugaise, créée sur les gradins une ambiance toujours festive.

Les deux oreilles coupées au même taureau par les deux cavaliers leur ont permis d’ouvrir la grande porte des arènes de Béziers. En quittant le plateau de Valras, il y avait même un air de fête qui contrastait avec certaines sorties lorsque les prestations proposées avaient pu décevoir.

Mais si l’on cherche à éduquer le public, et les lecteurs de ces lignes, il convient de rappeler que la tauromachie à cheval n’est pas une « sous–corrida », et encore moins un spectacle « pour touristes » qui auraient tendance à oublier que la corrida de Rejon, son véritable nom, s’inscrit dans la plus ancienne tradition tauromachique sur l’ensemble de la péninsule Ibérique, Portugal compris.

Mendoza démontre ici que le mouvement du cheval obéit à la même logique que celle de la muleta dans la tauromachie à pied.

Les deux toreros ont proposé bien plus qu’un exercice de dressage de leurs chevaux. Comme dans la tauromachie à pied le taureau reste l’élément central de la corrida. La différence réside dans l’utilisation du cheval comme élément déclencheur de la charge du taureau, au même titre que la cape ou la muleta. On a tendance évidemment à regarder la pose de banderilles, et les figures artistiques qui en découlent. On apprécie forcément l’habileté des cavaliers qui évitent les charges rectilignes de leurs adversaires.

Le cavalier coupe la trajectoire rectiligne du taureau pour s’en approcher au plus près et planter là banderilles, comme élément démonstratif de sa domination.

Et pourtant, la pose d’une banderille vient conclure une série de passes dans laquelle le corps du cheval, parfois sa queue, sert de muleta. Mendoza il y a presque 20 ans a révolutionné la corrida de Rejon.  Avec son dressage particulièrement rigoureux, le pacte fusionnel qu’il entretient avec chacune de ces montures, il est parvenu à donner ce que l’on appelle de ce terme intraduisible « le temple », à cette tauromachie particulière. Les mouvements du cheval s’accordent à la charge du taureau, de la même façon que le frémissement de la muleta et son mouvement horizontal guident la charge dans la corrida à pied.

Mendoza a montré qu’il dominait évidemment cet exercice, avec une incontestable facilité. Mais Léa Vicens qui a incontestablement gagné en assurance depuis l’année dernière, et qui est très présente dans tous les spectacles, a su tirer le meilleur des enseignements de son aîné.

On retrouve tout le travail du cheval qui change de direction sur ses appuis postérieurs pour se rapprocher des cornes et permettre la pose de la banderille à la cavalière.

Le vent qui aurait pu gêner les toreros dans la corrida à pied n’a évidemment pas perturbé les chevaux et leurs cavaliers, même s’il a déclenché une poussière en piste que l’on aurait pu éviter avec des arrosages plus fréquents. Les connaisseurs les plus affûtés de la corrida de Rejon regretteront sans doute la faiblesse des taureaux qui se sont révélés, pour les quatre derniers comme assez peu mobiles. Les chevaux ont dû assumer l’essentiel du travail. Les puristes pourront s’étonner de la distribution plutôt généreuse d’oreilles par une présidence habituellement plus parcimonieuse. Faudrait-il voir une indifférence du Palco, (le balcon de la présidence) à l’égard de cette tauromachie, à moins que cela ne soit une méconnaissance.

Une belle démonstration de géométrie dans l’espace lorsque l’on regarde attentivement les convergences de lignes entre les banderilles, l’armure du taureau et la trajectoire du cheval. Cette composition ne doit rien évidemment au photographe mais tout à la caballera !

Mais peu importe finalement. La fréquentation plutôt positive des arènes pour ce spectacle de tauromachie à cheval a montré qu’il existait à Béziers une demande. Et de ce point de vue la direction des arènes a su anticiper. Peut-être faudra-t-il initier le public, a priori plus familier avec la corrida à pied. Lui montrer que au final la géométrie dans l’espace de la tauromachie à pied se retrouve avec des paramètres supplémentaires dans la corrida à cheval. Et bien entendu, si le taureau reste l’élément déterminant, ce qui suppose une exigence à l’égard des éleveurs, le cheval, plus noble conquête de l’homme, est un torero à part entière.

Bruno Modica

Pedraza de Yeltes : Une comète dans le ciel de la tauromachie

 

Les taureaux de Miuras décevants en 2017 sont remplacés par un élevage qui commence à s’imposer dans les arènes françaises et espagnoles.

La précédente édition de la feria de Béziers avait laissé un peu amer avec la prestation pour le moins décevante des deux élevages les plus prestigieux de la planète tauromachique. Les Victorino Martin et les Miura ont suscité de la part du public une certaine colère tant leurs faiblesses et leurs comportements se sont révélés indignes de leur réputation.

Pour 2018 l’équipe de Robert Margé a fait le choix de bousculer cette tradition de la feria de clôture du 15 août avec les Miura en présentant pour la première fois un élevage récent qui monte, celui de Pedraza de Yeltes.

Ils rencontreront en piste MANUEL ESCRIBANO, JUAN LEAL et ROMAN COLLADO, des toreros engagés et qui ne reculent pas devant les corridas réputées « dures ».

Pour le public qui découvre au fil de ces chroniques la tauromachie, sans être pour autant un lecteur assidu de revues autant spécialisées que confidentielles, il convient de souligner cette forme de divergence qui existe dans la planète des taureaux. Il existe des élevages que les vedettes, que l’on appelle « les figuras del toreo » choisissent de combattre, et qui leur permettent de maintenir leur statut et par voie de conséquence leur nombre de corridas. Les éleveurs répondent à cette demande et par leur patient travail de sélection parviennent à proposer des lots qui répondent aux besoins du spectacle. Un taureau suffisamment fort pour tenir face à de longues séries de passe de muleta, avec une certaine naïveté pour suivre le leurre du torero sans donner de coups de tête. Il n’en demeure pas moins que ces animaux sauvages peuvent avoir des comportements dangereux, mais trop souvent la sélection aboutit à les priver du « piquant » qui suscite l’émotion. On appelle cela la caste.

Et puis il y a les élevages que l’on appelle « de respect », parfois auréolés d’une légende noire comme les Miura, issus de branches qui se sont peu à peu réduites par le simple mécanisme des lois du marché. Ces élevages fournissent beaucoup moins de corridas, leur rentabilité est loin d’être assurée d’autant que les vedettes qui remplissent les gradins des arènes rechignent à les rencontrer. Leurs adversaires qui ne peuvent se permettre de refuser des contrats toréent beaucoup moins et peuvent parfois se révéler dépassés par des taureaux qui supposeraient un bagage technique plus important.

Les trois toreros qui fouleront le sable des arènes de Béziers pour le 15 août ne sont pas les premiers venus. Manuel Escribano a foulé le sable des arènes de Béziers comme novillero avant d’y revenir l’année dernière comme matador de taureaux. Entre son alternative en 2004 et la période actuelle sa carrière a connu une éclipse, mais il s’inscrit désormais dans la lignée des toreros pour les corridas de respect. Il se révèle comme un excellent banderillero, et il aura à cœur de retrouver son public de Béziers, un peu orphelin depuis le 12 août de Juan José Padilla.



Juan Leal fait partie de cette dynastie de toreros arlésiens, issus de l’école taurine de la ville, et qui se révèlent toujours très engagés. Face aux taureaux de Céret, avec des corridas sérieuses, il a pu montrer ses capacités à s’investir devant des adversaires peu commodes.



La découverte pour le public biterrois sera celle de Roman Collado qui a la particularité d’être à la fois Valencian et Breton.  Il a quatre ans d’alternative, et a pu largement séduire le public le 15 août 2017 à Madrid, (Sortie par la grande porte) et a passé la période hivernale en Colombie où il a également triomphé.



Il convient pour conclure de revenir sur les particularités de l’élevage qui fera sa première présentation à Béziers ce 15 août. L’enjeu est d’importance puisqu’il s’agit de remplacer peut-être les mythiques taureaux de Zahariche, les Miura, dans le cœur des biterrois. Cet élevage est tout récent, puisqu’il a été présenté pour la première fois à Madrid en 2010. Considérés comme des adversaires sérieux les taureaux de Pedraza  sont pourtant issus d’une lignée de taureaux plutôt destinés aux artistes qu’aux toreros guerriers. (Juan Pedro Domecq) Ils s’inscrivent pour l’instant dans la lignée de ces sélections pratiquées par Cebada Gago ou Fuente y Imbro, c’est-à-dire des taureaux piquants, qui demandent énormément de rigueur et que leur mayoral, l’ancien torero Miguel Angel Sanchez prépare comme des athlètes.

Les critères de sélection sont impitoyables, et les propriétaires de la ganaderia, les frères Uranga tiennent à ce que leurs pensionnaires soient impressionnants dans les arènes. Mobiles tout en étant extrêmement forts au cheval, ils demandent beaucoup de bagage technique pour être toréés. Pour l’instant les vedettes de la tauromachie sont particulièrement réticents à l’idée de les rencontrer. De plus, la sélection particulièrement drastique ne permet pas pour l’instant de fournir un nombre très important de corridas. C’est dire l’importance que cela peut avoir pour les arènes de Béziers.

Au-delà de l’élevage, l’enjeu est également très important pour le devenir de la feria de la ville de Paul Riquet. La baisse de la fréquentation aux arènes, en partie imputable aux mesures de sécurité inévitables, mais aussi aux prix des places dopés par une TVA abusive, est un phénomène général. Mais il en va de l’avenir de la corrida. Ce spectacle qui suppose évidemment une éducation qui soit accessible au grand public doit retrouver toute son authenticité. Il suppose que les hommes qui ont fait le choix de s’habiller de lumière s’engagent sans calcul, mais aussi qu’ils acceptent de rencontrer des adversaires exigeants. Le public, contrairement à ce que l’on peut en dire avec un certain mépris d’initiés, ne se trompera pas lorsqu’il verra en piste un combat authentique. Et si ce combat comporte, grâce à la valeur de l’homme, une dimension artistique, alors, au-delà du cercle étroit des aficionados détenteurs de vérités absolues, on pourra retrouver ces sensations qui se font malheureusement trop rares par les temps qui courent.

Bruno Modica

Rencontre avec les chevaux toreros !

 

  Corrida de rejon du 14 août pour Léa Vicens et Pablo Hermoso de Mendoza, les deux meilleurs rejoneador du moment.

Beaucoup moins connu que la tauromachie à pied, pourtant plus récente, puisque sa codification remonte au début du XVIIIe siècle, le combat équestre contre les taureaux remonte sans doute à la période de la reconquista. Entrainement militaire pratiqué par les chevaliers il permettait de maîtriser également la population de bovins sauvages. Peu à peu l’exercice a été fixé, organisé sur une place, d’où le nom de Caballeros en plaza que l’on donnait aux aristocrates qui se consacraient à ce loisir. Aristocrates car l’entretien d’une cavalerie n’est évidemment pas accessible, dans cette Espagne du siècle d’or, au commun des mortels. Cette spécialité se développe simultanément en Espagne et au Portugal. Sur la partie ouest de la péninsule Ibérique, la mise à mort publique du taureau est interdite au XIXe siècle.( Ce qui signifie que le taureau est abattu à la sortie des arènes).

Le choix des arènes de Béziers de proposer une corrida de rejon, puisque c’est ainsi que l’on désigne cette spécialité, a été précédé par des spectacles mixtes, les années précédentes, réunissant des toreros à pied et un cavalier.

En proposant pour un Mano à Mano celui qui domine cette spécialité depuis 1989 , Pablo Hermozo de Mendoza et la nîmoise, Léa Vicens, venue à Béziers en 2017, l’équipe de Robert Margé a fait un choix particulièrement pertinent. Le public sera évidemment séduit par la prestance des chevaux et de leurs cavaliers respectifs. Face aux taureaux de l’élevage de Fermin Bohorquez, une grande famille d’éleveurs et de cavaliers c’est en réalité un groupe équestre complet qui se présente. Le cavalier fait littéralement corps avec son cheval, et comme dans la tauromachie à pied il s’agit de proposer au taureau le corps du cheval comme une menace. Cela déclenche une charge particulièrement rapide, et la grâce du cheval fait tout de même parfois oublier le danger que représente un animal de près de 500 kg dont la course au démarrage équivaut à celle d’un cheval au galop.

Le cheval et sa cavalière représentent une menace pour le taureau qui s’élance

Les quatre ou cinq chevaux que les cavaliers présentent pour les différentes phases du combat sont particulièrement entraînés, les spécialistes considèrent qu’un cheval torero atteint sa maturité entre 5 et 10 ans. En dehors de l’activité dans les arènes, l’essentiel du temps d’un rejoneador est consacré à la sélection de ses chevaux, et à leur entraînement. Il s’agit de forcer l’instinct naturel du cheval qui serait de fuir face au taureau et de le conduire à le défier.

Ce spectacle est également un combat, et même si le diamant des cornes a été retiré pour éviter que le cheval ne soit blessé en cas de contact, le danger rôde aussi. La moindre erreur dans la conduite du cheval à pleine vitesse, le mauvais appui sur un changement de direction, et l’accident devient possible, avec toutes ses conséquences.

Mais les deux cavaliers, Léa Vicens et Pablo Hermoso ne sont pas les premiers venus. Léa Vicens a été à bonne école, celle de Angel Peralta, venu pour l’une de ses dernières prestations publiques à Béziers en 1996, et qui avait en son temps révolutionné sa discipline. La tauromachie à cheval a très longtemps été dominée par les Portugais, dont le costume est celui des cavaliers du XVIIIe siècle. Les caballeros de tradition espagnole, avec la révolution de Mendoza au début des années 90 ont renouvelé la spécialité. Le combat est beaucoup plus mobile, les figures inscrites sur le sable des arènes par le mouvement du cheval face aux taureaux de plus en plus proche de la tauromachie à pied.

Face au cheval, le taureau est loin d’être impuissant. Contrairement aux passes servies par un torero à pied qui lui imposent de baisser la tête avec un mouvement de rotation, le taureau de rejon poursuit inlassablement le cheval avec une trajectoire qu’il cherche à rendre rectiligne, tout naturellement. L’art du cavalier sera, comme avec une muleta, de guider sa charge et d’inscrire sur le sable des arènes cette figure de style qui démontrera sa domination face à l’animal sauvage.

Pose de banderilles courtes en pleine course du taureau

La corrida à cheval offre tout naturellement un spectacle plaisant, d’apparence plus accessible à un non connaisseur. On apprécie évidemment la beauté de ses chevaux de race espagnole ou lusitanienne, leur comportement parfois un peu cabotin, car certains ont parfaitement conscience d’être les stars du spectacle tout comme la posture des cavaliers et leur habileté pour poser les banderilles.

Mais en réalité, contrairement à la tauromachie à pied où un homme s’expose face à un taureau pour le dominer, le cheval introduit une troisième dimension. La géométrie euclidienne qui inscrit des figures sur le plan des arènes devient alors celle de Riemann, où le groupe équestre vertical rencontre dans l’espace l’horizontalité de la masse du taureau en mouvement.

Que les choses soient claires, au moment où la corrida devient de plus en plus contestée, et probablement pour les pires des raisons, il faut affirmer, haut et fort, que cette discipline artistique révèle les capacités de l’homme, celui à qui, pour reprendre Pic de la Mirandole, le créateur a donné la maîtrise de la nature. Rares sont les lieux où l’homme cherche à la défier, sans pour autant la défigurer, mais au contraire en la mettant en valeur et en la conservant.

Bruno Modica

 

 

De jeunes pousses prometteuses

 

Un lot remarquable de novillos (taureaux de trois ans) de Robert Margé a permis le triomphe des deux toreros mexicains, El Galo et Diego San Roman. Le Biterrois Carlos Olsina a montré de belles dispositions également.

Les habitués des arènes de Béziers connaissent bien l’élevage de Robert Robert Margé, l’impeccable présentation de ses pensionnaires et leur bravoure. Ils n’ont pas été déçus, et ces novillos, comme leurs congénères âgés de quatre ans et plus sont allés face au cheval du picador avec un incontestable entrain. Deux cavaliers ont même été mis en difficulté, ce qui démontre l’évidence que cet élevage situé sur les rives de l’Aude peut largement figurer dans tous les cartels.

Sérieux par leurs armures, les novillos accompagné par leur Majoral Olivier Margé l’ont également été par leur comportement. Leur noblesse n’était pas dénuée de piquant et la moindre approximation de leurs adversaires n’était jamais dénuée de conséquences.

Le Majoral des Monteilles, Olivier Margé confiant dans le comportement de ses pensionnaires

 

Les amateurs qui ont décidé de passer leur fin d’après-midi sur les gradins des arènes de Béziers n’avaient aucune raison d’être déçus. Ils pourront même dire aux absents, toujours trop nombreux, qu’ils seront passés à côté d’une belle soirée de taureaux.

Les trois novilleros présents au cartel se sont très largement exprimés, ils ont offert au public un beau spectacle, en même temps que de l’émotion. Car les novillos des Monteilles suivant inlassablement la muleta exigeaient de leurs adversaires de la rigueur et du sérieux.

Le coup de cœur du public et des connaisseurs, pour une fois d’accord, est allé au plus jeune dans le métier de ces novilleros. Diego San Roman a fait ses débuts en novillada piquée en janvier 2018 mais il a montré, notamment sur son premier taureau un sens de la domination particulièrement étonnant. Toréant contre les barrières  sur à peine 1 m² il a littéralement subjugué son adversaire en déployant un répertoire de passes qui s’imposaient aux novillo. Une belle estocade lui a permis d’obtenir un incontestable trophée. Un deuxième, celui que seule la présidence peut accorder n’aurait sans doute pas été indécent.

Une entame à la cape qui pèse d’emblée sur le taureau.

Une démonstration de domination imposant sa volonté au novillo contre les barrières. Le risque est évident en cas d’erreur !

 

Mais dans l’ordre d’entrée dans la profession, il convient de citer en premier le Franco mexicain « El Galo », l’un de ces toreros banderillero et au riche répertoire de cape qui séduisent toujours. Contrairement à Diego, malheureux à la mise à mort sur son deuxième taureau, il a été particulièrement efficace au moment de l’estocade, et le public a su reconnaître son engagement, son sens du combat, et aussi sa capacité à très vite comprendre les comportements de ses adversaires. Les deux oreilles obtenues étaient largement méritées.

Une belle passe de pecho (de poitrine) pour le torero franco-mexicain, El Galo

Carlos Olsina est l’enfant du pays, et il a commencé les novilladas piquées il y a tout juste un an. Il est issu de l’école taurine de Béziers Méditerranée, et son répertoire technique est incontestable. Il a pu servir de très belles séries de passe de la main droite, et de la main gauche, particulièrement à son second Toro, exceptionnel puisque gratifié d’un tour de piste posthume. Sa malchance au moment de la mise à mort l’a privé d’une oreille que son public lui aurait volontiers accordée.

Le torero biterrois a un incontestable bagage technique. Une belle sortie d’une série de passes qui ont pesé sur le taureau.

Au moment de conclure sur ce retour consacré à cette soirée du 13 août, il est possible d’exprimer plusieurs souhaits. La novillada avec picadors ne doit pas être envisagée comme une « sous–corrida », bien au contraire. Si le passage de trois à quatre ans pour un taureau de combat n’a rien d’anodin, il n’en demeure pas moins que les novillos sont de vrais adversaires, plus mobiles que leurs aînés, disposant peut-être de moins de force, mais de plus de charge, et en tout cas capables d’offrir au public, pour autant qu’ils trouvent des toreros à leur mesure, de belles sensations. Reste aux organisateurs de spectacles taurins à programmer ces novilladas et aux éleveurs de fournir des spécimens de qualité.

Autre élément non négligeable qui pourrait retenir l’attention du public, celui du prix des places. Plus accessibles que les corridas formelles les novilladas piquées peuvent partir à la conquête d’un nouveau public. L’enjeu est simple, il en va du maintien de la tauromachie !

Bruno Modica

Les Miura, la légende noire

 

Les amateurs de corrida éprouvent toujours une sensation particulière à l’évocation du nom de cet élevage dont l’ancienneté de présentation aux arènes de Madrid remonte à 1849. Si la plupart des taureaux présentés en corrida sont issus de divers croisements réalisés au fil des sélections, mais aussi des changements de propriétaires des élevages, les taureaux de Miuras sont issus d’une encaste ( une branche spécifique de la race des taureaux de combat) originelle, dont les origines remontent probablement à une sélection opérée dans les terres d’un monastère d’Andalousie.

La présentation des taureau de Miura est toujours particulière. Ils sont tout simplement plus grands, plus haut, plus longs, et plus armés que leurs congénères. Sur la balance les Miura accusent en général 100 à 150 kg, voire plus que les autres spécimens qui sont présentés en corrida.

Mais c’est leur comportement qui est sensiblement différent. Lorsqu’un taureau de Miura entre en piste, dans ce couloir (callejon) où se réunissent les professionnels, le silence s’installe. Car qu’avec ce type de taureaux tout peut arriver. Malgré leur masse ils peuvent se révéler très mobiles, et parfois sauter dans la contre piste, ce qui déclenche évidemment la panique que l’on peut imaginer.

Face au cheval, lorsqu’ils s’engagent face au picador, les murs ont souvent tendance à rechercher les parties hautes du groupe équestre, et beaucoup de biterrois se souviennent de séances de piques mémorables, ou les chevaux et le picador ont été mis en difficulté, même si les chevaux sont protégés par un caparaçon, ce qui leur évite de très graves blessures.

Face au torero, le comportement du Miura est également très différent. Ces taureaux de tous les superlatifs sont aussi considérés comme plus « intelligents », que tous les autres. Malgré leur taille et leur longueur, il se retournent, comme des chats, après la passe. Pour le matador, il n’y a pas de place à l’improvisation. La muleta doit être présentée avec la plus grande rigueur, et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, un torero qui chercherait à prendre ses distances face aux cornes, se mettrait en danger. En effet, la vision périphérique du taureau lui permettrait de comprendre que l’adversaire ne se situe pas dans la muleta qui lui est proposée, mais dans la silhouette immobile qui se trouve à côté. On imagine évidemment la suite.

Si l’on parle de légende noire à propos des Miura, c’est que leur histoire a été jalonnée par de très nombreux accidents et blessures, dont la mort en piste, en 1947, de Manolete, le torero du siècle.

Un des six redoutables adversaires que Rafaellillo et Juan Bautista vont devoir affronter. Cette robe grise, cette tête large, et ces cornes largement déployées, sont la caractéristique des pensionnaires de la ganaderia de Zahariche.

Le public d’une Miurada, puisque même l’élevage donne son nom au spectacle, est à la recherche de sensations fortes. Il s’agit véritablement d’un combat, et Stéphane Fernandez Méca, un torero français qui les a souvent combattus parlait tout simplement lorsqu’il rentrait en piste « de faire la guerre ».

Le public doit avoir conscience que les toreros ne pourront pas, sauf exception rarissime, se livrer à un toreo artistique. Mais cela donne encore plus de valeur à ce spectacle. Parvenir, par son courage d’abord, par sa science et son pouvoir a peser sur le taureau pour le guider dans ses trajectoires, est en soi une performance. Celle-ci offre au public des sensations à nulles autre pareilles.

Il faut aller voir une corrida de corrida de Miura, car il s’agit sans doute de la tauromachie la plus authentique, celle dont l’origine remonte au fond des âges, le combat de l’homme face à la nature sauvage. Et parfois, dans ce combat, comme à plusieurs reprises dans la longue histoire des présentations de cet élevage dans les arènes de Béziers, il peut y avoir des moments magiques. C’était le cas l’an dernier, avec le triomphateur de l’édition 2016 de la feria, Rafaelillo, sorti en triomphe face à ces taureaux. Il sera évidemment présent pour ce 15 août, accompagné pour un mano à mano, (deux toreros au lieu de trois), par Jean-Baptiste Jalabert, Juan Bautista. Ce torero arlésien a toujours été présent dans les grands moments. Rigoureux, fondamentalement honnête et très respectueux de son public, il est très apprécié par les biterrois, plus qu’en Arles parfois diraient certains esprits taquins. Et a la particularité, tout comme son partenaire Rafaellillo de ne jamais reculer devant ses adversaires.