Feria de Béziers 2016 - Corrida du 14 août

Bilan contrasté pour les toreros et les toros.

Pour, Robert Margé, l’empresa des arènes de Béziers, qui présente ses propres taureaux dans ses arènes, le pari est toujours difficile. Les deux oreilles coupées par Juan Bautista à son premier taureau et par David Mora à son second, ont permis au public d’apprécier la bravoure de la plupart des taureaux présentés qui se sont franchement engagés à la pique, avec deux rencontres à chaque fois. Les picadors de Juan Bautista et de David Mora ont d’ailleurs été exemplaires à cet égard, appelant le taureau de loin en évitant cette monopique que l’on voit trop souvent dans certaines arènes.

Ce premier taureau de Diego Urdiales aurait pu révéler son potentiel avec une approche plus engagée.

On attendait beaucoup du chef de lidia, Diego Urdiales, qui se présentait dans les arènes de Béziers pour la première fois, et qui n’a pas su tirer de son premier taureau, le remplaçant (sobrero) - le premier exemplaire s’est cassé une corne en entrant en  piste - , le potentiel dont il disposait. Il aurait mérité plus d’engagement que des passes à mi-hauteur qui n’ont pas permis d’apprécier la noblesse du pensionnaire de la ganaderia des Monteilles.

Avec beaucoup de sincérité dans cette naturelle, Juan Bautista n’ a pas déçu le public. 

Comme cela avait été annoncé dans le précédent article d’annonce de cette corrida, Juan Bautista s’est comporté en très grand professionnel, engagé face à des adversaires qui n’étaient pas forcément commodes, et proposant son répertoire de passes classiques, avec l’élégance mais aussi l’honnêteté qui le caractérise. Juan Bautista a le sentiment très fort qu’il ne doit en aucun cas décevoir le public, et il a obtenu, pour son premier taureau, un trophée très largement mérité. Au moment de la mise à mort, il a fait le choix de recevoir la charge du taureau, ce que l’on appelle al recibir, et le public a su apprécier cette forme d’estocade que l’on voit trop rarement.

Si son deuxième adversaire ne lui a pas permis de s’exprimer totalement, -il s’est très vite arrêté de charger - , il a tout de même essayé d’en tirer le maximum, et les gradins ne lui en ont pas tenu rigueur.

David Mora est allé défier son second taureau contre les barrières et lui a imposé sa volonté. Le public a su reconnaître sa détermination.

Mal servi à  son premier taureau, David Mora a montré face à son deuxième adversaire, qu’il pouvait s’adapter aux circonstances. Fuyant le long des barrières après la pique, ce toro aurait été estoqué très rapidement par d’autres toreros que David Mora. Sans doute piqué au vif, et avec une énorme envie, David Mora est véritablement allé chercher le taureau en effectuant avec lui un tour de piste complet. Totalement engagé face à son adversaire qui se réfugiait contre les barrières, le maestro lui a littéralement arraché les passes, l’une après l’autre, en se croisant et en s’exposant face à lui, en imposant littéralement sa volonté. Le torero a décliné son répertoire face à un animal peu coopératif, et après une mise à mort concluante, il a été récompensé par une oreille, celle du courage et de la détermination.

Les taureaux de Robert Margé étaient de belle présentation, ils se sont bien livrés à la pique, ce qui est un signe encourageant. Ils demandent pour être toréés beaucoup d’engagement et de maîtrise technique, car, même s’ils suivent la muleta volontiers, ils cherchent à peser sur le torero et peuvent se retourner très rapidement vers lui pendant l’exécution de la passe.

Ces taureaux ne sont pas des faire-valoir des toreros, et face à eux, les trophées se méritent. La frontière est très étroite entre la réussite et la déception, et encore une fois, cela dépend de chacun des taureaux et de l’engagement des toreros.

Il restera de cet fin d’après-midi le respect que l’on doit à David Mora pour son engagement, et à Juan Bautista, le torero arlésien, l’admiration que l’on doit porter à cet homme chaleureux, soucieux du public et fondamentalement honnête. Si le public des arènes de Béziers l’encourage avec constance, cela ne doit rien au hasard.

Bruno Modica.