Feria de Béziers 2016 - Les Miuras en majesté

Rafaelillo est le triomphateur de la feria avec trois oreilles face à des toros de Miura exceptionnels. Mehdi Salvalli, ( Une oreille) et Alberto Lamelas n’ont pas démérité. 

Une sortie à hombros pour Rafaelillo, triomphateur de la feria de Béziers 2016.

Une corrida de Miura est toujours un spectacle très particulier pendant lequel on voit des hommes, vêtus de lumière, armés d’une étoffe et d’une épée, affronter des fauves au comportement imprévisible. Dans la longue histoire de la tauromachie ces taureaux sont auréolés d’une légende noire, en raison de leur agressivité, et surtout du nombre de morts et de blessés qu’ils ont occasionnés.
Dans le même temps, ces animaux de combat permettent des hommes qui les affrontent d’aller au bout de leur passion, celle de l’engagement dans un combat qui révèle à la fois leur courage mais aussi leur sens artistique.
Face à des Miura ce sont davantage les qualités de courage qui permettent au torero de s’exprimer. Mais pour une après-midi exceptionnelle, et celle de la dernière corrida de la feria du 15 août en faisait partie, derrière le combat, il y avait aussi de l’art.

Le torero de Murcie a su maîtriser avec brio la charge de son adversaire comme avec cette naturelle.

Rafaelillo a été exemplaire dans toutes les phases du combat, face à ses deux adversaires. Il s’est imposé avec une parfaite maîtrise des terrains, recevant la charge avec beaucoup de douceur et pesant sur son adversaire par de petits mouvements de poignet qui guidaient sa trajectoire. Au moment de l’estocade, un exercice particulièrement difficile pour cet homme de taille moyenne face à un taureau dépassant les 1,50 m au garrot, l’engagement a été total, et la mise à mort particulièrement efficace. Une oreille à son premier taureau, deux oreilles pour le second, Rafaelillo est incontestablement l’homme de l’année à Béziers. La dépouille de son adversaire a effectué un tour de piste posthume sous les applaudissements du public. ( Vuelta al toro)

Le torero arlésien, Mehdi Savalli est très soutenu par le public biterrois qui le connaît depuis longtemps. Il s’est largement engagé, notamment sur son premier taureau en allant l’accueillir à genoux, face au toril pour cette passe très spectaculaire que les spécialistes appellent : larga afarolada de rodillas a puerta gayola.

 Accueillir à genoux, à la sortie du toril, un toro de 600 kg à pleine charge, c’est le défi de Mehdi Savalli.

 La pose de banderilles par le maestro est également un moment très apprécié, et on a pu, encore une fois, apprécier sa sincérité, en se présentant entre les cornes.
Malheureux à la mise à mort  pour son premier taureau, il s’est totalement engagé face à son second adversaire et le public a très largement pétitionné en faveur de l’obtention d’une oreille.


La pose de la paire de banderilles, d’une seule main, en pleine course, s’appelle al violin. Elle est issue de la tauromachie à cheval mais a été adoptée par les toreros banderilleros depuis une quinzaine d’années.

Alberto Lamelas se présentait pour la première fois aux arènes de Béziers, en remplacement de Manuel Escribano blessé. Dans les arènes du Sud-Ouest, il avait été très remarqué lors de la feria de Vic-Fezensac en 2014 face à un taureau assassin de Dolores Aguirre dont il avait pu triompher grâce à un courage exceptionnel.

Face à des taureaux de Miura qui ne toléraient pas la moindre approximation, le maestro, malgré son enthousiasme, a pu sembler parfois dépassé. Cela ne remet pas en cause l’envie que l’on a de revoir ce torero très courageux, qui est rentré dans ce cercle peu envié par les grandes vedettes, celui des spécialistes des corridas dures.

Alberto Lamelas, un torero au courage exceptionnel reçoit son adversaire à genoux.

Si les Miuras de Béziers ont permis aux toreros de s’exprimer, il n’en demeurent pas moins des taureaux très particuliers. Leur hauteur au garrot, l’envergure de leurs cornes, et surtout la vitesse avec laquelle ils se retournent contre le torero en fait toujours des adversaires redoutables. Ils peuvent être parfois impossibles à toréer, mais c’était loin d’être le cas pour cette dernière corrida de la feria 2016.

Le majoral, le maître du troupeau assiste au combat de ses toros. Sur son petit carnet leur comportement est soigneusement noté
et permet d’anticiper les sélections futures des taureaux de combats. Il est le seul à en connaître les origines.

Sur le visage du majoral de Miura, la satisfaction était visible, à l’image de celle du public qui avait le sentiment d’avoir vécu un grand moment, parfois trop rare, celui d’une tauromachie authentique. Mais la longue histoire des Miura à Béziers a su en offrir, comme ce 15 août 2016, d’exceptionnels.    

Bruno Modica