Corrida

Feria de Béziers : dimanche 14 août

CORRIDA À 18h - 6 Toros de ROBERT MARGÉ - DIEGO URDIALES - JUAN BAUTISTA - DAVID MORA - NOVILLADAS SANS PICADORS À 11h

GANADERIA DE ROBERT MARGE

GANADERIA DE ROBERT MARGE

Propriétaire : Robert Margé
Devise : Bordeaux et or
ancienneté à Madrid : pas d'ancienneté
Élevage : Finca « Les Monteilles » à Fleury d'Aude
Origines : Cebada Gago – Nuñez del Cuvillo – Santiago Domecq
Temporada 2015 : 19 toros - 14 oreilles


DIEGO URDIALES

DIEGO URDIALES

Né le 31 mai 1975 à Arnedo
ALTERNATIVE : 15 août 1999 à Dax
TEMPORADA 2015 : 16 corridas - 11 oreilles

JUAN BAUTISTA

JUAN BAUTISTA

Né le 12 juillet 1981 à Arles
ALTERNATIVE : 11 septembre 1999 à Arles
TEMPORADA 2015 : 25 corridas - 39 oreilles

DAVID MORA

DAVID MORA

Né le 5 février 1981 à Madrid
ALTERNATIVE : 31 août 2006 à Borox
TEMPORADA 2015 : pas de corrida (blessé)

   

Le taureau de combat - un animal unique.

La troisième corrida de la feria de Béziers verra rentrer en piste des taureaux qui ont vu le jour à quelques dizaines de kilomètres des arènes dans les basses plaines de l’Aude. Robert Margé, le directeur de la société gestionnaire des arènes est également l’éleveur de ces toros, dont les novillos sont également présentés le matin à 11 heures pour des novilladas sans picadors ce samedi et ce dimanche.

L’histoire de la ganaderia des Monteilles a commencé en 1978 lorsque Robert Margé a commencé à élever des taureaux de race camarguaise destinés à cette tauromachie particulière qui oppose ces animaux à des hommes ( les raseteurs) qui doivent, en pleine course, leur arracher les trophées qu’ils portent entre leurs cornes.

Sur ces étendues entre terre et mer, sur les berges de l’Aude, Robert a décidé, en 1993, de rejoindre ce cercle très fermé des éleveurs de taureaux de combat de race espagnole. Depuis le début du XXe siècle en effet, ces taureaux ont pu trouver, particulièrement en Provence, des espaces propices à leur développement au cœur de la nature. Il convient d’ailleurs de rappeler que l’existence de ces élevages permet de protéger de l’agriculture intensive et de la spéculation immobilière de vastes espaces naturels. Les animateurs du lobby anti taurin gagneraient à réfléchir, si toutefois ils en sont capables, à cet effet positif du maintien de la tauromachie dans nos régions.

Les premiers taureaux de Robert Margé ont été présentés en corrida il y a moins de 15 ans ; cela représente peu de chose à côté d’élevages qui ont commencé à se développer dans la deuxième moitié du XIXe siècle en Espagne, et dont les souches originelles remontent à l’antiquité. En rentrant dans ce cercle d’éleveurs, Robert a fait preuve de beaucoup d’humilité, car l’élevage de taureaux de combat est une alchimie complexe qui demande beaucoup de rigueur et de patience. Il s’agit en effet de conserver la nature sauvage de l’animal tout en le rendant propre à la pratique de la tauromachie à pied.

Les taureaux présentés sont issus de la rencontre et de croisements de plusieurs souches dont les comportements sur le sable de l’arène peuvent être très différents. Les premiers taureaux sont issus de l’élevage de Cebada gago, des bêtes à la robe tirant souvent vers le brun clair ou le roux, (on dit castaño). Ils sont particulièrement agressifs et pèsent souvent sur le torero surtout s’il ne parvient pas à imposer d’emblée sa volonté. À cette souche originelle l’éleveur à intégré au fil de croisements dont il est le seul à détenir les secrets, d’autres élevages, ayant aussi leurs particularités, comme les Nunez del Cuvillo et les Santiago Domecq. Cela donne à ces taureaux une grande diversité de robes, le gris foncé tacheté de blanc pour les Nunez del Cuvillo ou le noir profond des Santiago Domecq sur lesquelles on peut retrouver le châtain tirant vers le roux des Cebada Gago.

Un taureau qui montre ses origines Nuñez del Cuvillo par sa robe « salpicada ». ( Poivre et sel)

Depuis que ces taureaux s’élancent en piste, avec leur devise, les rubans bordeaux et or aux couleurs de l’élevage, ils suscitent toujours l’intérêt du public. Le Majoral, le maître du troupeau, qui n’est autre que Olivier, le fils de Robert Margé, veille avec un soin jaloux sur la parfaite conformité de ces toros. Toujours bien proportionnés, avec des cornes effilées, un large poitrail et une musculature bien dessinée, ces toros sont souvent applaudis lorsqu’ils rentrent en piste.

Cette corrida du dimanche verra présentés au cartel des toreros qui savent concilier le sens du combat indispensable face aux taureaux de cette origine avec la volonté d’offrir au public des sensations esthétiques.


Beaucoup de maîtrise de Juan-Bautista pour cette passe naturelle « aidée ».
L’épée tenue de la main droite permet de déployer l ‘étoffe de la muleta.

Juan Bautista est un torero arlésien, de la même génération que le biterrois Sébastien Castella, qui apprécie énormément les taureaux de cet élevage. Juan Bautista fait partie de cette catégorie de torero qui ne renonce jamais. Lorsqu’un taureau est difficile, peu coopératif, dangereux même, il n’hésite pas à s’imposer en se croisant devant les cornes. Avec la muleta il parvient, par un léger mouvement de poignet, à faire passer le taureau et à en conduire la trajectoire pendant la charge. C’est très exactement ce que signifie le verbe : «toréer ».

Ses compagnons de cartel, Diego Urdiales et David Mora sont également des matadors confirmés. Dans toutes les arènes d’Espagne comme dans celles du Sud-Ouest et du Sud, ces matadors affrontent, tout comme Jean-Baptiste, tous les types de taureaux, et souvent des élevages réputés comme étant les plus difficiles. Les deux premières corridas de la feria ont vu présentés en piste des taureaux dans les comportements permettent, en général, car en la matière rien n’est jamais sûr, l’expression artistique des toreros. Les taureaux de Robert Margé, à l’instar de ceux d’autres élevages, peuvent se révéler comme de redoutables combattants. Mobiles et puissants, solides sur leurs appuis, ils exigent des toreros une parfaite maîtrise technique.

le majoral Olivier Margé
le maître du troupeau accompagne ses taureaux jusqu’au bout de leur destin.

Pour cette troisième corrida le comportement des taureaux de l’éleveur sera examiné à la loupe, et pendant le combat, juste à côté de la sortie du toril, Olivier Margé, le majoral regardera ses taureaux piste. Il connaît les secrets de leurs origines, leur généalogie, et déjà, derrière ses grands yeux bleus, il sera en train de planifier avec au moins quatre ans d’anticipation, les croisements futurs qui permettront aux couleurs de l’élevage de permettre aux toreros de triompher. Quelque part cette réussite espérée sera aussi la sienne.

Bruno Modica

 

Feria de Béziers : lundi 15 août

Toros de Miura - Rafaelillo, Mehdi Savalli, Alberto Lamelas. 
Les Miuras, des toros de légende.

Les taureaux présentés en piste pour la dernière corrida de la feria de Béziers ont une réputation telle qu’ils donnent leur nom au spectacle. Franchir les accès des arènes de Béziers ce 15 août, ce n’est pas seulement aller voir une corrida, mais une Miurada, du nom de cet élevage mythique à la réputation sulfureuse.

Hauteur au garrot, gabarit impressionnant, cornes larges, sont les caractéristiques des toros de Miura.

Plus encore que pour tout autre corrida, l’acteur principal d’une miurada est bien ce taureau dont l’élevage se situe en Andalousie, à Zahariche. Cette ganaderia a été constituée en 1842 et présentée à Madrid en 1849 et elle appartient toujours à la même famille. La souche originelle ( Cabrera) est fondamentalement différente de la plupart des élevages présentés par ailleurs, tant du point de la morphologie  que du comportement en piste. Sur la balance ces taureau affichent souvent une bonne centaine de kilos de plus que leurs congénères, leur hauteur au garrot 20 à 30 centimètres de plus, et leurs cornes impressionnantes.

Les hommes qui affrontent ces taureaux ne comptent pas parmi les mieux placés dans l’escalafon. Car les triomphes, les oreilles coupées face aux Miuras sont beaucoup plus difficiles à obtenir. Rafaelillo, l’Arlésien Mehdi Savalli et Alberto Lamelas qui remplace Manuel Escribano blessé, sont des familiers de ces corridas si particulières. Au-delà du gabarit impressionnant des toros de Miura c’est leur comportement qui est fondamentalement différent. En quelques secondes ces taureaux prennent possession de l’arène, s’imposent sur leur terrain et les hommes doivent venir les défier au plus près pour pouvoir les toréer. Face aux picadors leur poussée peut-être impressionnante, et en raison de leur gabarit, ils frappent la protection du cheval beaucoup plus haut. Les 600 à 700 kg de muscles peuvent très souvent renverser le cheval et le cavalier. Seuls les meilleurs picadors peuvent s’imposer face à ces monstres. Si les Miuras sont plus hauts, plus armés, plus lourds que leurs congénères, ils sont aussi paradoxalement extrêmement mobiles, et ont la particularité de se retourner après la passe beaucoup plus rapidement. Le matador doit en permanence se replacer pour éviter un choc qui pourrait être grave. Il n’est pas rare que des toros de Miura ne fassent une incursion dans le couloir qui entoure la piste, (le callejon), en sautant la barrière avec la même aisance qu’un chat. Cela déclenche alors une belle panique chez les personnes protégées heureusement dans des abris disposés tout autour de la piste.

Voir toréer les Miuras est une expérience particulière. Rares sont les spécimens qui permettent au torero des passes lentes, permettant l’expression artistique. Cette corrida, plus que toute autre, est un combat et les matadors en piste, des guerriers. Pour espérer triompher face à de tels clients, le torero doit s’imposer, paradoxalement le plus près possible de ses cornes, pour lui présenter en permanence la cape ou la muleta et espérer guider sa trajectoire. Permettre au taureau de voir l’espace entre la muleta et le corps du matador est une erreur qui peut être lourde de conséquences. Tous les toreros qui les affrontent le disent, les Miuras comprennent plus vite que tous les autres toros que la menace n’est pas constituée par l’étoffe qui s’agite mais par l’homme immobile qui les défie.

Beaucoup de maîtrise dans cette naturelle aidée pour Rafaelillo.

Rafaellilo, comme ses deux compagnons de cartel, Mehdi Savalli et Alberto Lamelas construisent leur carrière dans ce que l’on qualifie de corridas « dures ». Le public appréciera la prestation à l’aune de leur capacité à gérer les comportements de ces fauves qui ne pardonnent pas la moindre erreur.
Plus ancien dans le métier, Rafaelillo apparaît comme l’un des spécialistes de cet élevage, de taille plutôt moyenne il cherche à imposer sa volonté face aux cornes de son adversaire en servant des passes vers le bas pour que le taureau continue à suivre la muleta le plus longtemps possible. Il est présent dans les arènes comme matador depuis 20 ans cette année. Il construit sa carrière à la pointe de l’épée, face aux élevages réputés les plus difficiles. Si les Miuras sont redoutables, les Victorino Martin, Dolores Aguirre, Valverde, sont aussi des clients pas faciles.

Le torero arlésien Mehdi Savalli pose les banderilles de façon très spectaculaire

Mehdi Savalli est un torero arlésien, spécialiste de la pose de banderilles, toujours spectaculaire et qui sait enflammer le public. Avec un lumineux sourire il sait défier ses adversaires sur leur propre terrain, et le public des arènes de Béziers le soutient avec constance depuis 10 ans. C’est aussi une des particularités de la corrida de Miura. Face à des taureaux qui peuvent se révéler impossibles à toréer, ce que le public comprend assez vite, le respect est de rigueur. Rentrer en piste face à ces monstres est en soi une démonstration éclatante de courage.


Impressionnant de courage, Alberto Lamelas affronte les taureaux les plus difficiles
 

 Du courage, Alberto Lamelas qui foulera le sable des arènes de Béziers pour la première fois, comme matadors de toros, - Il rentrera tête nue en piste - en a assurément. Depuis deux ans, dans les arènes de Vic-Fezensac, face à un terrible taureau de Dolores Aguirre qui avait renversé, à deux reprises, le picador et son cheval, avec un comportement totalement imprévisible, Alberto Lamelas avait su s’imposer avec un brio exceptionnel. Il a aussi triomphé dans le Sud-Ouest cette année.
Face aux élevages les plus difficiles Alberto s’engage, sans calcul ni faux-semblant. Parfois bousculé et même blessé, il est toujours revenu en piste pour relever le défi.

Ce toro de Dolores Aguirre a été l’un des plus redoutables adversaires
combattu par Alberto Lamelas. (Vic 2014)

Avec les trois maestros présentés en piste, pour la dernière corrida de la feria 2016, c’est encore une fois la fête du courage qui sera célébrée. La survie de ces élevages, réputés difficiles, dont les taureaux de Miura sont les chefs de file, participe du maintien de l’authenticité de la tauromachie. Si la capacité des hommes à créer peut offrir des sensations esthétiques pendant la corrida, sa vérité réside dans ce postulat fondamental : le taureau de combat est un animal sauvage, une parcelle de la nature authentique que l’homme, pendant sa brève histoire sur notre planète, apprend à dominer. Les 15 minutes du combat d’un taureau en piste, face à un homme armé d’une épée et d’une étoffe, sont un résumé de la vie. La mort du taureau en piste rappelle aux hommes, qu’ils sont aussi mortels.

Bruno Modica.