Figures de Thau

Hommage à Joseph-Pascal Repetto au Musée de la Mer

Cette année, les Journées du Patrimoine de Sète ont été l’occasion de mettre en valeur le patrimoine maritime local en rendant un hommage à Joseph-Pascal Repetto (1886 – 1982).

exposi1-Joseph-Pascal REPETTO hommage le 6 juin 2015 (1) (Copier)

 Le Musée de la Mer sétois a ainsi ouvert ses portes à une exposition dédiée à un ancien charpentier de marine bien connu dans le quartier de la Plagette mais aussi au-delà des frontières de la ville.

 Petit retour en arrière pour découvrir l’homme.

 C’est au tout début la belle histoire d’un petit garçon qui rêvait sur les chantiers navals de Gênes. Il rêvait déjà de construire lui aussi des bateaux.

Le petit apprenti, puis l'ouvrier et le compagnon charpentier de marine Joseph-Pascal Repetto effectua son service militaire sur un navire italien pendant trois ans, ce qui lui fit faire le tour du monde.

Libéré de ses obligations militaires, et en route vers l'Amérique, c'est à Sète qu'il se retrouva à la suite d'une escale inopinée en 1912. Observant avec intérêt l'animation de la ville et ses chantiers navals, il accepta une offre et décida de rester,

Quelques années plus tard, le chantier naval SCOTTO & REPETTO qu'il créa à la Plagette, avec son associé et beau-père Léonard Scotto di Covella, avait acquis une belle renommée grâce à la qualité exceptionnelle de ses constructions.

exposition JP Repetto 2018 (92) (Copier)

Son autre passion, les maquettes de bateaux !

Ses chefs d’œuvre lui valurent l'admiration et la considération de ses pairs au-delà de nos frontières, fait rare et exceptionnel.

Il présenta trois maquettes au difficile concours des Meilleurs Ouvriers de France et fait inouï, il obtint trois fois les prestigieux titres en 1936, 1939 et 1949 !

exposition JP Repetto 2018 (56) (Copier)

D'autres récompenses suivirent : Commandeur de l'Ordre du Mérite National,

Chevalier de la Légion d'Honneur, Palmes Académiques et d'autres toutes aussi prestigieuses.

Précurseur et inventeur de génie, il construisit en1922 un bateau amphibie, pour usage de canot de sauvetage, qu'il présenta à la ville de Cette, sur les boulevards, au Kursaal et dans le bassin de la gare. Une autre invention, un système de berceau pour tirer les bateaux à terre, dont il fit profiter ses collègues charpentiers de marine.

Jamais il n'a hésité à faire profiter ses collègues et concurrents de sa longue expérience.

Tous ceux qui l'ont côtoyé se souviennent de sa haute silhouette, de son visage aux traits réguliers et de son expérience bienveillante.

Il avait navigué sur tous les océans mais il a choisi les bords de l'étang de Thau pour y vivre !

A l’occasion de cet hommage sétois, la maquette du voilier « Notre Dame d’Armor » a été présentée au public ainsi que celle d’un chalutier et que d’autres maquettes de barques.

 

La maquette du voilier a été sa dernière construction et elle a été hors concours en 1973 et, plus tard, il en fit cadeau à la ville de Sète et au Musée Paul Valéry. Elle retrouvera prochainement les salles du Musée de la Mer.

exposition JP Repetto 2018 (17) (Copier)

Etaient présents lors de cet hommage : Michel Beauregard, ancien président régional des Meilleurs Ouvriers de France, Madame Lydie Lefèvre, Meilleur Ouvrier de France et détentrice de la Croix de l’Ordre du Mérite National, Madame Catherine Maraval, adjoint au Maire déléguée aux Musées, les membres de l’Association des Amis du Musée de la Mer et André Aversa, président d’honneur de l’association ainsi que Micheline Repetto présidente de l’association.

Le pot de l’amitié a clos cet hommage, bien mérité.

Christian et Joachim Belmas sculpteurs animaliers sétois

   

Christian Belmas a jadis été docker sur le port de Sète. Il a aussi été et il est toujours chasseur de gibier d'eau sur l'étang de Thau. Il préside l'association intercommunale de chasse maritime.
Il se souvient de ses chasses d'antan et de la nécessité, pour attirer les canards et autres volatiles, d'avoir ses propres pépettes » ou « appelants ».
Disposant sur les quais de Sète de la matière première, le liège, il a commencé, comme tout un chacun, à en fabriquer de très simples, juste une forme. Sa technique s'est affinée, ses « formes » sont devenues de plus en plus réalistes et ses amis chasseurs ont commencé à lui demander de leur en faire.
Très vite la sculpture sur bois est devenue pour lui une porte de sortie et une fenêtre ouverte sur la nature. Il en a fait son activité principale.
Christian Belmas en fabrique depuis plus de 35 ans. Amoureux de cette chasse traditionnelle, il a, à ce jour, réalisé entre 5 à 6.000 mannequins de bois. Issues d'une longue tradition sétoise, ses « pépettes » se retrouvent partout en France mais aussi à l'étranger dans les sacs des passionnées de cette chasse.
A sa grande satisfaction, Joachim, son fils, marche sur ses traces et lui aussi amoureux de la nature perpétue cette tradition.

Un nouveau client pour la famille Belmas, la "Maison régionale de la chasse et de la pêche" à Montpellier (inaugurée en novembre 2015). C'est une première du genre en France. Elle réunit sous un même toit la Fédération régionale des chasseurs et l'Union régionale de la pêche.
Son but ? Tout simplement faire connaître au grand public qui sont ces passionnés de chasse et de pêche et de pouvoir ainsi faire de la pédagogie sur leurs activités.
Pour l'occasion les deux sculpteurs sétois ont eu à créer, chose qu'ils pratiquent peu, des poissons et tout naturellement des oiseaux.

Autre satisfaction, leur contact avec un nouvel admirateur, Renaut Emmanuel de Megève, Grand Chef 3 étoiles au guide Michelin.  Ce dernier avait eu l'occasion d'admirer leurs sculptures chez le regretté Benoît Violier. Il leur a donc passé commande de représentations d'oiseaux qui viendront décorer les tables de son restaurant, « flocons de sel ». Aux dernières nouvelles les clients de Megève ont tant apprécié de déjeuner avec les sculptures que certains ont désiré les acquérir.



Quand on est un tant soit peu « ignorés » dans sa propre ville, il est réconfortant d'être appréciés ailleurs. Mais rassurons nous, Christian et Joachim Belmas ne manquent pas d'admirateurs.

Jean-Marc Roger

Michel Izoird

Figure de la Pointe-Courte


 

Le quartier si typique de La Pointe-Courte à Sète a vu passer, et il en voit encore, de « singuliers personnages », des « touche-à-tout » de génie mais aussi des artistes méconnus.
Tout d'abord Laurent Isoird, ancien pêcheur « petits-métiers » devenu au fil des années (avec sa femme Françoise), chanteur d'opérettes et d'opéras. Malheureusement il vient de nous quitter et il emporte avec lui sa joie de vivre et des « tonnes » de souvenirs. Je vous reparlerai de lui.
Autre personnage né dans ce quartier, Michel Izoird dit « Morizot ». Lui aussi a été pêcheur « petits-métiers » et il est plus connu sur Sète pour son active participation aux joutes languedociennes. C'est lui qui, sur sa barque « Le Général de Gaulle » (construite en 2000 pour le 30ème anniversaire de la mort du Général) sillonnait le canal Royal de Sète et transportait les jouteurs d'une barque à l'autre.
Il a laissé la place à plus jeune mais il continue à « laisser sa trace » à travers sa passion pour les joutes avec ses petites figurines tout en bois de pince à linge. Son « travail » mériterait une place dans un musée.

Autre facette de Michel, sa gentillesse et son besoin d'aider les autres, comme pour cette barque qu'un de ses amis, Pedro, lui a demandé de lui restaurer. Certes elle n'était pas en trop mauvais état mais il leur a fallu quand même, à eux deux, plusieurs semaines pour la remettre à flot. La « Pierre » a ainsi pu retrouver les eaux de l'étang. Et symboliquement Michel et Pedro ont tenu que cette remise à l'eau se fasse le jour de la fête du quartier, le 11 juin.


Afin d'en tester la flottabilité ils ont invité leur famille et certains de leurs amis, présents ce jour là, à embarquer à son bord. La nacelle a résisté à cet "assaut"».

Une autre barque a été, depuis peu, laissé tout près de son mas, une façon de lui demander de la restaurer elle aussi...
Et là aussi Michel acceptera même si parfois il grogne un peu.

Jean-Marc Roger

René Le Bail

la passion des pavois

René est un ancien jouteur et il a commencé les tournois en 1976 à la création de l'école de joute de la Marine. Depuis, il a cessé de « combattre » sur la tintaine.
Avec sa passion pour les joutes et vu son temps désormais libre il a eu cette idée de faire des pavois, pour faire plaisir aux gens et pour que le « patrimoine sétois ne s'efface pas, qu'il continue à vivre ». En fait il reste peu de monde qui fabrique des pavois. Depuis le lancement de son activité-passion il a eu un certain « succès » d'estime et il est récompensé quand il voit un petit jouteur recevoir un pavois et qu'il voit ses yeux briller, qu'il le sent heureux. Il aime en offrir aux enfants pour la Noël. Il n'a commencé à créer ses pavois que depuis deux ans. Screen Shot 08-13-16 at 04.21 PM
Il réalise ses pavois en pin. Il a mis un certain temps à fabriquer ses gabarits. Mais désormais il peut faire toutes les tailles traditionnelles Il s'est équipé de tout un petit matériel nécessaire pour le travail du bois.
Les petits pavois seront mis entre les mains des jeunes jouteurs en première année de joute. En fonction de l'âge et surtout du poids, les dimensions des pavois vont naturellement évoluer, ainsi que l'épaisseur du bois.
Son petit atelier, qu'il va agrandir, recèle des « trésors », des ébauches de pavois dont le bois sèche et qui, un prochain jour, iront, pour certains, décorer un dessus de cheminée, comme ces « pavois d'honneur » qu'il fabrique pour des amis.
René Le Bail est heureux que le pavois ait cette destinée. Lui qui a connu la maladie à travers les souffrances de son frère Alain emporté, à l'âge de 20 ans, par « cette putain de maladie », comme il le dit. En les réalisant, il a une pensée pour son frère qui lui aussi en faisait de tout petits dans les années 80.

Outre ces pavois de tournoi, il a commencé aussi à créer des pavois de décoration, qu'il fait à la demande pour des gens qui veulent comme une photo de famille mais sur un pavois. Ce fut le cas pour des mariages, des naissances...
Il a aussi commencé à créer des pavois représentant les quartiers de Sète, le Môle, le Souras-Bas, la Corniche, à l'aide de photos anciennes. L'idée de départ était pour lui de faire des pavois de joute peints mais son handicap c'est qu'il pense ne pas savoir peindre. Il a donc eu cette idée d'utiliser de vieilles photos de jadis. Son but c'est d'en créer sept et il pense pouvoir y arriver.
Depuis l'an dernier, aidé par son fils car il souffre de problèmes de dos, il décline des pavois qui sont personnalisables. Et il a amélioré sa technique en les imprimant à Mèze selon les demandes des clients.Screen Shot 08-13-16 at 04.19 PM  Ces pavois prennent alors toutes les directions, de Limoges à la Guadeloupe, du Canada à Monaco. S'il s'occupe de la peinture, de l'assemblage et de l'impression, il innove aussi en ayant créé des pavois à Leds, fin 2015 pour "Escales à Sète". Mais il peut aussi répondre à des demandes particulières en témoigne les boîtes à Ricard dont l'une d'entre-elles a été offerte au PDG de Ricard Monde.
S'il désire vendre des pavois et répondre à la demande toute l'année, sa passion vient aussi du fait qu'il souhaite promouvoir les Joutes languedociennes dans le Monde Entier.
Il en aura l'occasion durant la Saint Louis. S'il a imprimé la photo de la Saint Louis sur "un bout de bois en forme de pavois" (Précise René), il réalisera des pavois uniquement avec l'image, et cela avec l'autorisation de la Ville de Sète, en collaboration avec l'artiste, Mr Christopher Dombres. Vous pourrez alors, pour les découvrir, retrouver René à "La boutique du Pavois", derrière la tribune officielle des Joutes, pour la Saint Louis. Inauguration de la boutique le jeudi 18 août à 20 h. (06.48.09.31.99)

                                                                                         Jean-Marc Roger et Jean-Marie Philipon

Nicolas Figuerolles « inventeur ».

Eros

Césarion

Césarion

Olivier Chambon, régisseur des collections du Musée de l'Ephèbe

Le lendemain de Noël, le 26 décembre 2001, Nicolas Figuerolles plongeur amateur eut la chance de découvrir deux magnifiques statuettes de bronze.
Ce jour là il s'était mis à l'eau dans une zone qu'il fréquentait régulièrement en bordure de plage, côté mer vers Marseillan-plage, et il a fait ces deux incroyables découvertes. Durant cette plongée, il n'a pas seulement découvert la statuette de Césarion mais tout à côté celle d'Eros, le Dieu de l'Amour.
"Ce sont les tempêtes d'hiver qui remuent les fonds et font bouger le sédiment. J'ai vu le mollet de la première statuette, Eros, et je l'ai délicatement extrait des sédiments et en dessous j'ai alors aperçu Césarion... J'ai eu un moment de vide. Pendant 10 à 15 secondes je ne savais plus si je respirais..."
Les deux statuettes sont en bronze. Celle d'Eros a les yeux en argent et celle de Césarion avait les siens en pâte de verre mais ils n'ont pas été retrouvés.

L'envie de plonger lui a pris en 1997 durant une formation au Lycée de la Mer de Sète. Il avait un ami professeur qui adorait plonger. Cet ami était féru de tout ce qui était épaves, antiquités. Et à chacune de leurs rencontres Nicolas Figuerolles ne cessait de lui demander de l'emmener plonger avec lui. Et de "guerre lasse" il l'amena plonger sur cette zone "en fait pour ne pas que j'aille fouiller sur sa propre zone", précise-t-il.
D'où ces découvertes réalisées sur cette zone au bout de quatre ans d'exploration : "Quand j'ai enfin trouvé, ça valait bien les quatre années de fouilles. Il y en a qui passent autant de temps sans rien trouver."
Ensuite il y a eu la découverte de la Mosaïque le 10 mai 2003. La Mosaïque dénommée "la joute musicale d'Apollon et la condamnation du Satyre » fait au bas mot 40 kg. Elle a été découverte dans la même zone que les deux statuettes : "Un jour, j'ai voulu changer mon profondimètre (l'instrument que les plongeurs utilisent pour pouvoir consulter à tout moment la profondeur à laquelle ils se trouvent), »car dans toutes les plongées l'importance c'est la hauteur d'eau pour savoir si le sable est parti ou pas. Donc en revenant sur le même site si on s'aperçoit qu'il manque 20 cm de sable on peut espérer trouver quelque chose . Et ce jour là, en l'essayant dans cette même zone, je suis tombé sur la Mosaïque. Elle était plantée verticalement ensablée de moitié. De retour chez moi avec l'objet, j'ai téléphoné de suite pour prévenir de cette découverte. Afin de retrouver l'emplacement j'ai pris soin de laisser sur place un mousqueton métallique qui a permis, ensuite, de localiser le point exact de la découverte.
Cette mosaïque polychrome est composée d'une pierre calcaire et d'un assemblage au mortier de 15.000 tesselles.

Malgré toutes ces découvertes d'un très grand intérêt patrimonial, Nicolas Figuerolles a cessé ses plongées. Ayant eu un accident dans sa jeunesse, il en ressent aujourd'hui les contre-coups et la fatigue ne lui permet plus guère de plonger comme avant.


Le jour de ma rencontre avec lui au musée de l'Ephèbe au Cap d'Agde, Nicolas Figuerolles venait de déposer un nouvel objet : "un objet découvert du côté de Balaruc-les-Bains, un objet en bronze non encore défini donc « inconnu » qui pourrait être, d'après les premières hypothèses un plat ou un support de miroir à main. Sa styllistique le place sur une datation antique (voire gallo-romaine). Aujourd'hui, dès lors que « l'objet » a été déposé par son inventeur, s'engage l'étude de l'oeuvre (datation, utilisation, origine,....) ainsi qu'une prochaine restauration dans un laboratoire spécialisé dans le mobilier archéologique métallique avant qu'il puisse être présenté au public". (Informations données par Olivier Chambon, régisseur des collections du Musée de l'Ephèbe)

Il est à noter qu'après un séjour, de plus de 6 mois au Japon, Césarion va de nouveau, accompagné de l'emblema de Mosaïque, être prêté pour une exposition sur les 50 ans du DRASSM . Cette exposition, « Mémoire à la mer. Plongée au cœur de l'archéologie sous-marine », aura lieu au Musée d'Histoire de Marseille du 28 avril 2016 au 28 mai 2017.

Jean-Marc Roger

» Plus d'informations sur : www.museecapdagde.com

Nicolas Figuerolles et sa famille (crédit photo Lionel Roux)

Brassens (1921 - 1981)

C'est à Sète, ville dont le nom reste aujourd'hui intimement lié au chanteur, qu'Elvira Dagrosa, épouse de Louis Brassens, donne naissance à un petit garçon le 22 octobre 1921. Entrepreneur et maçon, Louis a épousé Elvira, veuve de guerre, en 1919. Ils élèveront ensemble la petite fille qu'Elvira a eue en 1912 de son premier mariage, Simone. Bien que ses parents ne s'entendent guère sur certains points majeurs comme la religion (Elvira est très pieuse, contrairement à Louis, anticlérical notoire), l'ambiance familiale est bonne et la musique ne manque pas de résonner dans la grande maison sétoise.

Maman et papa Brassens

 

cliquez sur une image ci-dessous pour l'agrandir

 

Le "Gyss" le second bateau de Brassens, est toujours à quai à Sète....  Mériterait-il un meilleur sort ?
Son nom provient des quatre initiales : Georges ( Brassens), Yves (Cazzani, son beau frère), Simone (sa soeur) et Serge (son neveu).

Photo : Jean-Paul Malachane

 

 

C'est tout particulièrement sa mère qui, d'origine napolitaine, a un goût certain pour les chansons traditionnelles de son pays et pour les mélodies à la mandoline. C'est d'ailleurs sur cet instrument que Georges apprend les rudiments techniques qu'il développera plus tard avec la guitare.

 Elève moyen, Georges Brassens se passionne très tôt pour la poésie, initié par un de ses professeurs de français, Alphonse Bonnafé. Ce dernier sera d'ailleurs le premier biographe du chanteur en 1963. Georges Brassens commence donc parallèlement à écrire quelques poèmes et quelques textes de chansons qu'il adapte à des airs dans le vent. Il crée à cette époque un petit orchestre nommé "Jazz", qui se produit dans quelques fêtes municipales. Il y tient la batterie.

Définitivement peu tourné vers les études, il quitte le collège en 1939 suite à une petite affaire de vol dans laquelle le jeune homme est impliqué sans y avoir vraiment participé. Agé de 18 ans, Georges songe à quitter Sète pour la capitale. Cet incident va lui en fournir l'occasion. En attendant le départ, il travaille avec son père. A la fin de l'année, la guerre éclate, mais Sète est encore bien loin des événements qui secouent l'Europe.
C'est en février 1940, que Georges Brassens prend le train pour Paris. Durant les premiers mois, il vit chez sa tante, Antoinette Dagrosa, et travaille comme ouvrier dans l'entreprise automobile Renault. Il continue en outre à écrire des chansons sur le piano de sa tante, et des poèmes. Après des bombardements sur Paris, Georges retourne quelques mois à Sète, et retrouve la capitale dès septembre 1940. Là, il se consacre entièrement à la poésie et en 42, il réussit à publier deux petits recueils, "A la venvole" et "Des coups d'épée dans l'eau".
En mars 43, Brassens est envoyé en Allemagne, pour le STO (Service du Travail Obligatoire), au camp de Basdorf.

En mars 1944, il est de retour en France pour une permission. Il ne retournera jamais en Allemagne, et se cache chez un couple qui tient une place de choix dans la vie de Brassens, Jeanne et Marcel Planche. Il leur consacrera d'ailleurs des chansons, dont les célèbres "La cane de Jeanne" en 1953 ou "Chanson Pour L'Auvergnat " (pour Marcel) en 1955.

Il restera chez eux jusqu'en 1966. Infatigable travailleur, c'est là, au milieu des chats dont il raffole, qu'il écrira une grande partie de son répertoire avec sa façon si spéciale de composer. En effet, il ne compose que rarement sur sa guitare. Il commence par créer les rimes des textes en scandant le rythme de la main sur un coin de table. Lorsque le texte est au point, il adapte la mélodie au piano. Sous des aspects simples, ses partitions sont en fait complexes, puisque n'ayant aucune connaissances en matière de solfège, Brassens compose ses musiques sans franchement respecter les règles précises de l'écriture musicale.
A partir de 1946, pour gagner sa vie, il écrit quelques articles dans une revue anarchiste, "Le libertaire". Sensibles aux idées anarchistes, Brassens exprimera toute sa vie ses idées d'une façon moins politique que Léo Ferré mais plutôt en luttant, par ses chansons, contre une certaine hypocrisie de la société, à travers ses bêtes noires telle la religion. Ses textes sont des prises de position en faveur des laissés-pour-compte comme les prostituées. Son action anarchiste se situe dans son irrévérence et sa désobéissance volontaires envers les conventions sociales pour lesquelles il n'a aucun goût.
En 1947, sort son premier roman, "La lune écoute aux portes". Il écrit aussi à cette époque, certaines de ses plus grandes chansons parmi lesquelles, Brave Margot,La Mauvaise Réputation ou Le Gorille , titre qui est interdit d'antenne pendant des années et dans lequel Brassens évoque son désaccord avec le principe de la peine de mort.
C'est également à cette époque que Georges Brassens rencontre la femme de sa vie, d'origine estonienne, Joha Heiman. D'un commun accord, le couple ne partagera jamais le même toit mais Joha, que Brassens surnomme Püppchen ("petite poupée" en allemand) sera jusqu'au bout près de son compagnon. Brassens dira d'elle :"Ce n'est pas ma femme, c'est ma déesse."

Il faut attendre le début des années 50 pour que Georges Brassens rencontre enfin le succès. Grâce à d'un autre chansonnier, Jacques Grello, Brassens est engagé dans quelques cabarets dont le Caveau de la République, le Lapin agile à Montmartre, Milord l'Arsouille ou la Villa d'Este, mais sans aucun succès. Personne ne s'intéresse à ses textes et le chanteur perd un peu espoir. En 1952, grâce à ses amis de Paris-Match, il rencontre la chanteuse Patachou qui est à la tête d'un des cabarets les plus en vogue du moment. L'audition que Brassens passe le soir du 6 mars séduit les quelques spectateurs présents dont Patachou, qui l'engage sur le champ, et le musicien Pierre Nicolas, qui deviendra son contrebassiste attitré. Patachou, qui est une de ses premières interprètes, le convainc de chanter lui-même ses titres, ce qui n'est pas totalement évident pour Brassens qui se voit plus dans le rôle d'un simple auteur-compositeur. De plus, sa grande timidité le pousse plutôt à ne jamais se mettre en avant.
Dès ses premiers concerts, Georges Brassens connaît un réel succès public et critique. Jacques Canetti, directeur artistique chez Polydor, et patron du cabaret les Trois Baudets, décide de l'engager dans son cabaret et pense même lui faire enregistrer quelques titres. En attendant, il lui propose une tournée d'été afin de le préparer à affronter le public parisien à partir du 19 septembre en première partie de Henri Salvador. Cette fois, Georges Brassens est lancé sur les rails du triomphe, bien que ses chansons ne soient pas toujours très bien reçues par un public qui se scandalise à l'écoute de titres tel que "Le Gorille", éternel sujet de discorde. Cependant, ce type de réaction, dont les chansons de Brassens seront souvent l'objet, n'empêcheront jamais le chanteur de continuer à dénoncer les travers de la société.
L'enregistrement des premiers disques de Georges Brassens rencontre aussi quelques obstacles, toujours dus aux textes des chansons. Mais l'obstination de Jacques Canetti permet enfin la sortie de ses premiers 78 tours et 45 tours dès 1952 sur son label Polydor.
Le 16 octobre 1953, il fait sa première grande scène parisienne en vedette à Bobino, théâtre dont le nom reste aujourd'hui lié au chanteur qui y passera 13 fois. C'est la consécration. La même année, est publié son roman "La tour des miracles".

En décembre, sort un premier album 25cm au nom révélateur, "Georges Brassens chante les chansons poétiques (et souvent gaillardes) de Georges Brassens".

Puis 1954 marque ses débuts dans le prestigieux music-hall parisien, l'Olympia, où il passe deux fois en février puis en septembre. Cette année-là sort un recueil de textes, "La mauvaise réputation". Brassens est reconnu non seulement comme un interprète au style novateur, mais aussi et surtout comme un poète maîtrisant brillamment la langue française. Ce talent est récompensé en 54 par le Grand Prix de l'Académie du disque Charles Cros pour l'album "Le parapluie". Mais outre ses propres textes, Georges Brassens chante souvent les autres poètes dont François Villon ("Ballade des dames du temps jadis"), Victor Hugo ("Gastibelza") ou son ami Paul Fort ("Le petit cheval"). En mars 54, sort aussi son deuxième 25cm.

Pris en charge par Jacques Canetti, Georges Brassens se lance dans de nombreuses tournées en Europe et en Afrique du nord. En 1955, la station de radio Europe1, toute nouvellement créée, passe pour la première fois "Le gorille", titre jusque-là interdit. En avril, paraît un troisième 25cm, puis en octobre, Brassens remonte sur la scène de l'Olympia. Enfin en 55, Brassens achète la maison de Jeanne et de Marcel ainsi que la maison voisine.
Après une série de récitals en janvier 1956 à Bobino, Georges Brassens interprète un rôle proche de son propre personnage dans le film de René Clair, Porte des Lilas. Ce sera sa seule apparition au cinéma.

Depuis le début de l'année, Pierre Onténiente est le secrétaire de Brassens et s'occupe de gérer la vie matérielle de son ami. Ensemble, ils créent en 1957 les Editions Musicales 57. Les concerts de l'année 57 à Paris se répartissent sur trois salles, l'Olympia en mai, l'Alhambra en octobre et bien sûr, Bobino du 29 novembre au 18 décembre. En 1958, outre un Olympia du 22 octobre au 17 novembre, il repart en tournée. Il continue toujours de vivre chez Marcel et Jeanne, mais en 58, il s'achète une grande maison à Crespières dans le département des Yvelines. Pour Georges Brassens, les années 50 s'achèvent par une nouvelle tournée et un récital à l'Olympia en novembre. Mais en cette année 59, lors d'un séjour à Biarritz, il est victime d'un violent malaise du aux problèmes de santé qui le font souffrir déjà depuis de nombreuses années. Cet incident lui inspirera, plusieurs années après, la chanson "l'Epave". Depuis la fin de la guerre, Brassens a régulièrement de très douloureuses crises de coliques néphrétiques et de calculs rénaux. Ces douleurs représenteront un tel handicap toute sa vie qu'il devra parfois même quitter la scène sous l'effet de la douleur.

L'année 1960 commence par une série de concerts à l'Olympia du 21 janvier au 15 février, suivi d'un nouveau passage à Bobino en avril, passage pendant lequel Brassens apprend la mort de son ami, le poète Paul Fort, le 20. En 61, il s'envole pour le Canada où il effectue une tournée entre octobre et novembre, avant de retrouver l'Olympia à la fin de l'année.
En décembre 1962, sort son neuvième et dernier album 25cm, "Les Trompettes De La Renommée . Le 31 décembre, sa mère Elvira, décède à Sète.
En 1963, Georges Brassens subit sa première opération des reins. C'est cette année-là, que son professeur de français, Alphonse Bonnafé, sort un ouvrage sur son ancien élève. Parallèlement, un coffret de dix disques paraît pour célébrer une carrière fort riche.
 En 1964, Brassens retrouve le cinéma mais cette fois, pour composer "Les copains d'abord ", chanson du film d'Yves Robert, "Les Copains". Ce titre se retrouve sur son premier album 30cm qui sort en novembre, pendant une nouvelle série de récitals triomphaux à Bobino du 21 octobre au 10 janvier 65, au cours desquels 120.000 personnes l'applaudissent. Le 28 mars 65, meurt Louis Brassens, suivi de Marcel Planche quelques temps plus tard.
Le 12 octobre, Georges Brassens a l'occasion de chanter avec celui qu'il admire depuis sa jeunesse, Charles Trenet, lors de l'émission de radio enregistrée en direct à l'ABC, "Musicora".

Il démarre l'année 66 par une tournée hexagonale, puis après Trenet, c'est avec Juliette Gréco qu'il partage l'affiche du TNP (Théâtre National de Paris) du 16 septembre au 23 octobre.
Après plus de vingt ans passés dans la petite maison de Jeanne et Marcel Planche, impasse Florimont, Georges Brassens décide de déménager pour un appartement plus moderne. Il y reste peu de temps, et s'installe finalement dans une maison du XVème arrondissement (en 69).
Après un passage à Bobino et une tournée, Brassens subit une nouvelle opération chirurgicale le 12 mai 1967. Dans les mois suivants, il reçoit le Prix de poésie de l'Académie française. Puis son ami, l'écrivain René Fallet, publie un ouvrage consacré au chanteur.
Georges Brassens observe les événements politico-sociaux de mai 1968 avec une certaine admiration et un certain bonheur, bien qu'il soit à ce moment-là cloué sur un lit d'hôpital, souffrant une fois de plus de ces douloureuses coliques néphrétiques. Mais un autre événement va en revanche assombrir l'année 68 puisque le 24 octobre décède Jeanne à 77 ans.
A la fin des années 60, Brassens rencontre un jeune guitariste, Joël Favreau. Ensemble, avec Pierre Nicolas, ils vont désormais former un trio de scène inséparable.
 Le 6 janvier 1969, sur l'initiative du magasine Rock et Folk, et de la radio RTL, Georges Brassens participe à un entretien historique avec Léo Ferré et Jacques Brel, deux autres piliers de la chanson française.

Cette année-là, les textes de Brassens sont d'ailleurs présentés au concours d'entrée de l'Ecole Normale Supérieure. Brassens finit l'année, et la décennie dans son théâtre fétiche, Bobino, du 14 octobre au 4 janvier 1970. Il enchaîne en mars 70 avec deux concerts à la Mutualité avant d'entamer une tournée.
En 1972, les 20 ans de chanson de Brassens donnent lieu à un coffret de 11 albums accompagné d'un ouvrage réunissant tous ses textes et poèmes. D'octobre à janvier 73, Georges Brassens se produit à Bobino avec, en première partie plusieurs jeunes chanteurs, dont Maxime le Forestier, Philippe Chatel (qui écrira un livre sur Brassens), Henri Tachan ou Yves Simon.

Toujours en 72, Georges Brassens achète une maison à Lézardrieux, près de Paimpol en Bretagne. Cet enfant de la Méditerranée a découvert cette région par l'intermédiaire de Jeanne Planche qui en était originaire. Au cours des ans, il a développé un tel amour pour ce coin de France qu'il se lança même dans l'apprentissage de la langue bretonne. Il y vient désormais de plus en plus souvent pour flâner et fréquenter le petit monde des pêcheurs qui lui rappelle son port natal. 
Affaibli par ses problèmes de santé, Georges Brassens a beaucoup vieilli durant ces dernières années et les concerts répétés deviennent fort fatigants pour le chanteur qui n'a pourtant que 51 ans.

En 1973, il entame sa dernière tournée en France et en Belgique, et donne un concert au Sherman Theatre de l'université de Cardiff en Grande-Bretagne le 28 octobre. Ce récital donne lieu à un des rares enregistrements publics de l'artiste et paraît en 74 sous le titre "Live in Great Britain".
En 1975, il obtient le Grand Prix de la ville de Paris.
Son tout dernier album original sort en 1976. Puis le 20 mars 1977, il monte pour la dernière fois sur la scène de Bobino où depuis octobre 1976, il a dans une ultime série de concerts, réuni un public nombreux et admiratif.
En 1979, son vieil ami, le musicien Moustache, lui propose de participer à l'enregistrement d'un album qui reprend ses plus célèbres titres dans des versions jazz. Georges Brassens, amateur de jazz depuis sa jeunesse, accompagne donc sur ce disque plusieurs jazzmen américains qui interprètent entre autres "Chanson pour l'Auvergnat", "le Pornographe", "la Chasse aux papillons", et un titre inédit, "Elégie pour un rat de cave", seul titre chanté de l'album. Le chef d’orchestre était le pianiste sétois Christian Donnadieu.
La même année, Brassens est aussi invité sur le conte musical du chanteur Philippe Chatel, "Emilie Jolie ". Il y chante la "Chanson du hérisson" en duo avec Henri Salvador.
A la fin de l'année, le maire de Paris Jacques Chirac lui remet le Grand Prix du disque. Enfin en 1980, très malade, il enregistre ses dernières chansons au profit de l'association Perce Neige, créée par le comédien Lino Ventura au profit de l'enfance handicapée. Dans cet album, Brassens chante de vieilles chansons françaises de Charles Trenet, Jean Boyer, Paul Misraki ou lui-même.
En novembre, atteint d'un cancer, il est opéré pour la troisième fois des reins. Un an plus tard, le 29 octobre 1981, la mort, qu'il a si souvent chantée, l'emporte dans le petit village de Saint-Gely-du-Fesc, près de Sète, chez son ami et médecin, Maurice Bousquet. Il est inhumé dans sa ville natale dans le cimetière du Py, surnommé le "cimetière des pauvres".

La simplicité de Georges Brassens en a fait un des artistes les plus aimés du patrimoine culturel français. Son répertoire, impertinent mais jamais provocateur, trace un portrait sans pitié, et pourtant si tendre, de ses contemporains. Aujourd'hui encore, ses chansons sont reprises par des artistes du monde entier, et ses textes sont étudiés dans les écoles. Ses interprètes sont innombrables. Citons pour les étrangers, Graeme Allwright en anglais, Sam Alpha en créole ou Paco Ibanez en espagnol. Quant aux artistes français, la liste est longue de ceux qui l'ont chanté et le chantent encore : Maxime le Forestier, Renaud, Barbara ou Les frères Jacques sont parmi les plus célèbres à lui avoir consacré un album entier. A l'initiative de Joël Favreau, un album, "Chantons Brassens" réunis des artistes et des comédiens (Michel Fugain, Manu Dibango, Philippe Léotard ou Françoise Hardy) autour du répertoire du chanteur. Mais la liste des hommages serait trop longue.


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La tombe familiale où repose Georges, dans le cimetière Le Py à Sète, aussi appelé cimetière des pauvres.

Tout est fini. Déjà ! Une simple tombe de marbre gris, surmontée d’une croix où s’allonge en lettres noires, entre trois pots de chrysanthèmes et deux mignonnettes, son passeport pour l’éternité : famille Brassens-Dagrosa.

"J’ai quitté la vie sans rancune
 J’aurai plus jamais mal aux dents
. Me v’la dans la fosse commune. 
La fosse commune du temps."

Au bord de la tombe, un prêtre, un ami, le père Barrès, se contente de quelques phrases prononcées devant la boîte de chêne clair.
« Je respecte la conviction du défunt. L’important est que ses amis soient là. Que chacun formule librement sa prière. Georges est toujours vivant pour nous. Il voulait la simplicité. Nous respectons sa volonté. Que Georges et ses parents reposent en paix. »
Une bénédiction rapide. Quelques signes de croix dans l’assistance. Une toute petite cérémonie de rien du tout. Une poignée d’amis et de parents. Joha ou plutôt Püppchen, sa compagne de toujours, dissimule son visage sous un châle gris. De même, sanglote discrètement Simone Cazzani, la sœur du poète. Non loin, formant un petit groupe, au milieu de quelques dizaines de Sétois, se tiennent les copains. Ceux de la chanson.

Ces copains d’antan, rescapés de la bande bruyante et passionnée qui faisait les 400 coups, Victor Laville, Loulou Bestiou, Fernand Gazagne, Roger Thérond. Et puis aussi le fils et la veuve de Henri Delpont, Eric Battista et Pierre Nicolas. Et quelques autres. Bouleversés, mais fidèles aux leçons d’irrespect de leur ami disparu, il ne pleurent pas. Comme se taisent d’autres amis parisiens qui n’ont pu arriver à temps, pris de court par cette disparition brutale. Parmi les absents, (…) René Fallet est un des plus désemparés (…) il ne reste plus qu’à faire glisser le cercueil dans la tombe.

Fany Julien