Histoire de Poussan

Poussan des origines : du néolithique aux Romains

A l’heure des visites guidées de Poussan, il est bon de se souvenir que l’occupation actuelle du site est le résultat d’une très longue évolution qui débutait à l’époque du néolithique.

Si bien plus tard, l’agglomération de Poussan se développera autour du château Montlaur, l’on a retrouvé des traces de l’époque du Néolithique avec une fréquentation humaine dans la périphérie de la commune. L’époque Paléolithique n’a pas de représentation à Poussan qui vivait alors sous le régime de la dernière glaciation (entre 80 000 et 35 000 ans) . Le site le plus proche occupé par l’homme de Néandertal serait celui de la grotte d’Antonègre, à Montbazin.poussCapture

 

Entre 3 200 et 2 500 ans av J-C l’homme, qui est devenu agriculteur, se serait installé sur le territoire communal. Il y a certainement vécu auparavant, mais aucune trace ne permet de l’affirmer. Il y fabriquait des haches, il réalisait des poteries, et commença à travailler le cuivre au Chalcolithique jusqu’en 1 800 av. J-C. D’après Raymond Monjardin et Marc Lugand, tous les deux archéologues, une dizaine de sites présentent alors des signes d’habitat avec des tessons de céramique comme à l’Estaque, aux Ors ou à Roumège, avec deux haches trouvées autour du Puech Bruneaud et du Mas Blanc et même avec un mobilier céramique qui concerne La garenne, les Oulettes ou Glauga. L’implantation des habitats alors constitués de cabanes réalisées avec des matériaux périssables est de préférence choisie sur des hauteurs en forme de terrasses, à l’abri du vent du nord. Certains d’entre eux ont en outre vue sur l’étang de Thau.

Cette ouverture sur la Méditerranée aura une influence déterminante aux périodes suivantes : celles de l’Age du Bronze et de l’Age du Fer. Bien plus tard, en 121 av J-C, les Romains victorieux à Marseille des Valques, créent une capitale, Narbonne et une voie de communication, la voie Domitienne. Traversée par cette Via Domitia, le secteur poussannais est mis en valeur, et le cadastre se formalise, dans un but fiscal. On en retrouve encore des traces sur la commune.

Et comme les terres doivent être exploitées, celles de Poussan dépendront du territoire de Nîmes. De cette période, l’on a retrouvé un Cippe funéraire (monument funéraire sous la forme d’un pilier bas qui signalait l’emplacement d’une tombe ), celui de de Lulius Chrysio, dans la basse-cour du Château au XVIIème siècle.

D’après Gilles Sauron, Chrysio était un citoyen romain, un notable, propriétaire à Poussan, d’une villa et d’un domaine. Sa villa devait être source de profit mais aussi lieu d’une résidence luxueuse avec des bains. Il semblerait qu’un autre notable, Porcius, ait possédé un domaine semblable qui serait à l’origine du nom de Poussan. Depuis 1960, plusieurs sites ont été découverts comme celui des Clachs, une exploitation agricole d’une superficie de 1 ha 1/2, avec un bâtiment composé de plusieurs pièces à vocation agricole et résidentielle. son occupation prendra fin vers le VIème siècle.

A 400 m de là, à « Roumège », un établissement Gallo-Romain fut aussi découvert : habitat luxueux, thermes avec tubulure de chauffage et cellier viticole pour ce domaine de trente hectares entre la colline et l’étang. D’autres sites comme celui du « Cateau », ou celui de la Fontaine de « Glauga » ont été étudiés, mais l’ activité du premier cessera vers le IIIème siècle, tandis que la source de Glauga fut divinisée et le lieu occupé jusqu’à la fin de l’Antiquité.. Enfin, au Mas Blanc, sur le site de Tarroussel aussi et au Puech Gayès, l’occupation connaîtra un développement jusqu’au VIème siècle.

De l’étang de Thau à Montbazin, la plaine n’est alors pas déserte même si le Puech Gayès n’est pas devenu une agglomération. La voie Domitienne y joue le rôle de frontière, mais la Pax Romana (jusqu’en 180 à l’annonce de la mort de l’empereur Marc-Aurèle) aurait fait perdre au Puech sa valeur stratégique. Poussan avait des campagnes exploitées avec des fermes et des villas.

Il faudra attendre le Moyen Age pour voir le phénomène urbain se manifeste.

Le plafond de la salle Vinas

Les plafonds en caissons peints de la Salle Vinas à Poussan sont un joyau pour la commune. Jean Laforgue, sur une proposition de Marc Lugand qui a écrit avec des Poussanais un bel ouvrage sur Poussan, lui avait proposé l'étude du plafond de la salle Vinas, dans le cadre de l'école de Chayot. Avant de commencer l'exploration du plafond de 54 m², il faut approcher d'une façon générale le "château d'en bas" devenu château Malbois au moment de la Révolution Française.
C'est un édifice très grand, avec une tour ouest construite au XIVe siècle qui en est le point fort. Au XVIe, toutes les structures en bois seront pétrifiées. Et après les Lévy, les propriétaires suivants ne firent plus grand chose. Il fut mis en sommeil, ce qui explique sa bonne conservation.
« Quant au plafond, il fut découvert en 1998 avec sa décoration. Mis à part un problème d'entretien, il était très bien conservé », précise Jean Laforgue.
Composé de 6 grands carrés, avec un espace libre pour la cheminée, il est fabriqué avec des poutres réelles et 4 fausses poutres transversales pour régulariser. On trouve ensuite selon des proportions bien définies, des planches et des couvre-joints. Mais entre le plancher supérieur et le plafond on s'aperçut que les concepteurs avaient utilisé de la paille compressée qui évite la déformation des bois. Outre les moulures classiques, rien n'a été laissé au hasard. Les solives moulurées sont posées perpendiculairement aux poutres à raison de 7 par caisson.
Le charpentier et le tailleur de pierres parlent le même langage, d'ailleurs on retrouve le même plafond, mais moins riche, sous cette salle. C'est le frère jumeau de celui de la maison Jacques Coeur à Monpellier, qui date de 1447, ce qui permet de donner une approximation pour la construction de celui de Poussan, aux alentours de 1454.
En suivant l'évolution des structures cela corrobore cette estimation. Ce serait à Tarascon que l'idée du caisson régulier aurait pris forme. Mais pour Jean Laforgue la richesse de la salle et du château provient aussi de l'immense cheminée gothique fixée dans le mur entourée par un magnifique escalier en colimaçon (grande vis). Si tout semble lié, le château d'en bas, qui pourrait être bâti sur un édifice antérieur, n'a pas fini de nous étonner.
Ces caissons peints, sont toujours aussi beaux tout en étant des éléments fondamentaux de l'art européen.

J.-M P

Le presbytère, un édifice qui s'est adapté au fil des siècles

Poussan s'est développé autour de son église, son château et autour du prieuré bénédictin dont le siège était au départ à Saint Vincent, probablement.
Si un prieur est mentionné à Poussan, en 1288, l'on sait par un texte à peine plus tardif, qu'un cloître existait déjà aux abords de l'église. Et si, selon Marc Lugand, archéologue de la CCNBT, un des prieurs possédait une demeure assez grande près de l'église, l'on peut dater la construction du bâtiment gothique actuel , "le presbytère", appelé "maison prieurale" par les textes modernes, entre 1333 et 1343.
Cependant, en 1861, des réparations nombreuses et urgentes sont demandées par Louis Bésiné, architecte du Département. La partie antérieure de l'édifice sera alors démolie, la façade reconstruite avec les mêmes matériaux, l'immeuble étant retranché d'un tiers de sa surface au profit de la rue. Si l'extérieur du bâtiment garde encore les traces des multiples transformations qui l'ont affecté, c'est un calcaire coquillier de couleur jaune, venant des carrières de »Peyrierres« qui a été utilisé.
En premier lieu, avec la construction du presbytère, les pièces étaient couvertes de croisées d'ogive. Dans un second temps, au milieu du XV ème siècle, une reprise concernera le jarrier, puis en 1853, la reconstruction de l'église paroissiale entraînera la destruction presque totale du bâtiment perpendiculaire qui sera en grande partie englobé dans l'église.
En 1862, outre le fait que sa surface ait diminué d'un tiers, c'est 'aspect extérieur de l'actuel presbytère qui sera profondément modifié : l'on remarque des "coups de sabre", sur les murs, est, et nord, ainsi qu'une "couture" qui résulte de la transformation et surtout, les fenêtres gothiques du premier étage crées certainement par Bésinet.
Quant au prieuré, s'il dépendait de l'abbaye de la Chaise Dieu, au premier étage il devait comporter des chambres, au rez de chaussée il possédait une cuisine et un réfectoire, pour la communauté, ainsi qu'un jarrier pour stocker les produits de la dîme.
Une magnifique bâtisse inscrite à l'inventaire des Monuments historiques mais pour laquelle les archéologues se posent des questions : citée comme un des témoins les mieux conservés de l'architecture domestique du XIV ème siècle, aux archives départementales, les plans relatifs à la reconstruction sont pourtant datés entre 1861 et 1863.

J.-M P

Une capitelle extraordinaire

Elle est cachée depuis des décennies dans les garrigues poussannaises. Protégée par des chênes, entourée d'oliviers, elle n'a certainement pas subi de transformation depuis sa construction.
Il faut dire que ceux qui l'ont bâtie n'ont pas lésiné sur les moyens. Des tonnes de pierres composent ses murs qui ont près de 1m d'épaisseur. Mais vu la taille de cette capitelle qui a un diamètre de plus de 4m, les constructeurs y ont rajouté d'énormes contreforts qui servent aussi à la camoufler.
Avec un porte-à-faux incroyable pour les dalles composant la toiture, il a fallu des spécialistes pour obtenir un résultat aussi parfait et de plus, stable. Si on la trouve au nord du territoire communal, son ouverture est elle située vers le sud.
Utilisée par des bergers ou par des ouvriers agricoles qui s'y protégeaient de la chaleur l'été ou du froid, l'hiver, l'on pouvait y faire du feu et s'y retrouver à plus d'une dizaine.
Pas de lézardes sur les parois de la capitelle dont la disposition des pierres rappelle celle de certaines constructions grecques.
Avec des niches pour ranger les outils, cette capitelle dont la structure a été réfléchie, est une référence dans notre patrimoine local.

J.-M P