« Cette » et le Second Empire.

La Gare

Emile Doumet (BNF)

« Cette », ainsi dénommée avant 1928, doit au Second Empire son essor et une part de sa physionomie actuelle. Certes, le régime de Napoléon III n’est pas responsable d’évolutions profondes favorisant l’essor de la ville-port, mais sa marque dans la vie de la cité est indéniable. Marque voulue par l’Empereur ?

De prime abord, Cette n’avait rien de commun avec le neveu de Bonaparte. La ville était en majorité ouvrière et républicaine. Si, malgré les affres du commandant de la place, Samary, elle ne s’opposa pas violemment au coup d’Etat, elle fut « une des cinq villes de France qui aient voté contre Bonaparte ». 97 Cettois sont poursuivis, plusieurs dizaines déportés en Algérie. Dans la ville, un homme incarne la politique bonapartiste : Emile Doumet. Né en 1796 à Paris, il avait fait une carrière d’officier dans l’armée. Mais « sa famille (était) solidement implantée sur les hauteurs de la ville ». Jusqu’au XIXème siècle, la cité Doumet était une enclave fermée pour la nuit. La famille « présente dans le négoce et l’armement » est très active à Cette. Désigné maire en 1845, il sera réélu jusqu’en 1863. Autoritaire, il épure le conseil municipal, mobilise la police et la troupe contre les grévistes. L’opposition républicaine, socialiste est réprimée tout autant que celle des légitimistes appuyés par le clergé local. Et cependant, il devait bien exister une certaine connivence cettoise entre les habitants de « l’Ile singulière » et le notable autoritaire. Aux législatives de 1863, face au candidat gouvernemental Pagezy, Doumet triomphe dans sa ville.

Battu dans le département, il se démet de tous ses mandats. L’opposition républicaine se fera pressante jusqu’en 1870, en dépit de l’essor de la ville et de la politique impériale. Les facteurs de croissance, antérieurs à l’Empire, porteront le port au 4ème rang en France. Le chemin de fer est installé dès 1839, les banques cettoises mobilisent leurs avoirs et l’Algérie fournit de beaux débouchés aux négociants en vin jusqu’en 1866. Le brise-lame est créé, l’actuel canal maritime creusé. Et Napoléon III semble avoir de la sollicitude pour ses administrés. Selon M. Jean Sagnes, historien languedocien (professeur émérite de l’Université de Perpignan), Louis Napoléon, en bon citoyen de son temps, était habité par un réel souci d’améliorer le sort des populations. « Saint Simonien couronné », il favorisa l’essor industriel et son souci d’urbanisation qui a transformé Paris se retrouve ici. Selon l’Histoire de Sète (collectif, éd. Privat 1987), « Doumet sera le baron Haussmann de Sète, créant un nouvel ordre urbain poursuivi jusqu’à la fin de son « proconsulat », fin XIXème siècle ». Deux réalisations complémentaires illustrent cette politique : en 1863, vingt fontaines publiques sont alimentées par l’eau d’Issanka (à 7 Km) et des machines à vapeur porteront l’eau au Château d’eau et jusque sur « la montagne » de Saint Clair. Et sera aménagé l’actuel jardin « Simone Weil ».

La population de Cette est passée de 9 000 habitants en 1821 à 27 000 en 1875. En 1876, la ville aura son avenue et le mur de clôture ancien sera détruit. Malgré-ou avec Doumet, le « rêveur de l’Elysée » a-t-il œuvré au bonheur des Cettois ?

Hervé Le Blanche

Sète la Singulière
par Louis Bernard Robitaille

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon

Ouvrage sur l'histoire de Sète

Sète la Singulière

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon