Cette 1698 : un avenir incertain.

Charles de Sainte-Maure, duc de Montausier
par Nicolas de Largilliere

Près de trente ans après sa création, le développement du nouveau port se trouvait sérieusement entravé. Les spéculations et calculs de Louis XIV et de ses prédécesseurs de faire de Cette le débouché du commerce atlantique, ou tout au moins de l’économie du Languedoc, se trouvèrent fortement remises en cause.
En effet, malgré les consultations et précautions de toutes sortes qui avaient précédé la création du port, celui-ci présentait un grave inconvénient : le risque de comblement. Les conséquences de l’ensablement de la côte avaient été mal évaluées et les moyens d’y parer étaient insuffisants. Ainsi, en 1693, les Etats du Languedoc en accord avec les commissaires royaux signaient un bail de trente ans avec un sieur Charles Sainte Maure pour « les jetées à faire au port de Cette, creusement et désensablement du dit port. » Il en coûte au roi 15 000 livres et au Languedoc 30 000 livres par an. Plus d’un million au total sous peine de voir le port inutilisable. Et puis, malgré l’appellation de « canal des deux mers », le chef-d’œuvre de Riquet ne vit pas débarquer les trésors atlantiques. Bordeaux, exportateur de vin, concurrençait Cette en « baptisant » les vins du Languedoc. Il fallait aussi compter avec des ports concurrents Agde et, signale l’Intendant Basville dans son mémoire de 1698, « le grau d’Aigues-Mortes ». D’après son enquête, le Languedoc importait pour 6 millions de livres par an et exportait pour 16,49 millions de marchandises.
Or, le pactole ne se déversait pas à Cette. Pour une part, à cause du système fiscal. Les taxes étaient levées par un « fermier » qui avançait les sommes au roi, à charge pour lui de se rembourser (et si possible au delà) auprès des contribuables. A Cette, celui qui levait les taxes royales sur les marchandises du port avait disposé des postes de douane autour de l’Etang. Et quand les marchandises étaient réellement embarquées, il se pouvait qu’elles soient à nouveau taxées. Les bénéfices du « fermier » ne favorisaient pas l’activité. Une solution sera plus tard mise en œuvre après les plaintes des Etats du Languedoc. Les impôts entravaient aussi la production d’une des principales ressources de la province : la production de draps. L’Espagne taxe les exportations françaises et la France les laines espagnoles, renchérissant les draperies de Montpellier, grand centre de production. Et puis, Marseille achète des laines en Espagne, jusqu’à Constantinople et Smyrne et les revend directement en Italie, en Allemagne. Les mêmes marseillais dominent le commerce avec les « Echelles du Levant ». C’est à Marseille que sont acheminés, conditionnés, taxés « les londrines… et autres draps qui seront portés au Levant ». Les Etats du Languedoc demandent que le port de Cette soit « franc et libre comme celuy de Marseille » et les marchandises soient « portées en droiture au Levant ».
Cette plainte reviendra, récurrente, jusqu’en …1789. Cette devait être « la marine de Montpellier » (la ville la plus active de la province), le débouché des campagnes de l’ouest du Languedoc. Mais, que d’obstacles à surmonter !

Hervé Le Blanche

 

Hervé Le Blanche

Hervé Le Blanche, professeur d'histoire et de géographie, passionné d'histoire, de littérature, d'art et de sa ville de Sète est notamment l'auteur de  "Histoire(s) de Sète et des Sétois" et de sa suite "Histoire(s) de Sète, des Sétois et de quelques autres..."

 

Sète la Singulière
par Louis Bernard Robitaille

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon

Ouvrage sur l'histoire de Sète

Sète la Singulière

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon