Quand survenaient les vaisseaux du roi.

 Aux temps modernes (XVIème-XVIIIème siècles pour les historiens), c’est au tournant du XVIIIème siècle que les galères connurent leur apogée en tant qu’instrument militaire. C’est à Cette qu’elles faisaient escale quand elles opéraient en Méditerranée occidentale. Ces croisières posaient d’ailleurs de nombreux problèmes aux capitaines et aux communautés des ports d’escale.

Le port de Cette au XVIIème siècle

 Louis XIV et Colbert mirent sur pied une marine (la Royale) supérieure même à la flotte anglaise (250 000 tonneaux au total contre 200.000 aux Anglais). Elle pouvait aligner 120 vaisseaux de ligne de plus de 40 canons contre 100 aux britanniques. En Méditerranée, l’arsenal de Marseille armait 34 galères (chiffre inégalé). En ces temps où même le roi peinait à imposer des nouveautés, les galères étaient toujours considérées comme bâtiment de guerre. Les escadres du Roi-Soleil participaient aux opérations maritimes en Méditerranée. D’abord à l’apogée du règne lors de la guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1711) quand le royaume de France affronta une vaste coalition européenne : Angleterre, Hollande, Autriche, empire germanique, Espagne. En 1696, les Français assiègent Barcelone. Les galères sont chargées d’escorter les navires de ravitaillement et de soutenir les opérations sur mer. Le 12 août, 25 galères quittent le mouillage des îles du Frioul à une lieue de Marseille, poussées par un petit vent d’ouest-nord-ouest. A la pointe du jour, se lève une brise du sud-ouest qui incite le chef de l’expédition à faire escale à Cette plutôt que de traverser en une seule étape le golfe du Lion.
Mais le port n’est pas d’accès facile, surtout par vent d’est et « les bâtiments sont en danger de se perdre ». L’escadre va l’apprendre à ses dépens car elle relâche le 13 août, repart le 15 et, face à la grosse mer, regagne le port en désordre ; « entre qui peut », note le témoin, lieutenant à bord d’une galère. L’on ne repartira vers Port-Vendres que le 17. Messieurs les officiers apprécient la compagnie des « dames de Montpellier ». Les galériens se reposent. On se ravitaille. Il faut d’abord de l’eau. Les forçats s’hydrataient beaucoup et une galère emportait 300 barils d’eau (25.000 litres) qui étaient épuisés en cinq jours environ. Le témoin ne dit pas comment on a trouvé autant d’eau « au cap de Cette », ni de grandes quantités de pain base de la nourriture des rameurs, des matelots aux soldats. Il fallait du bois pour la cuisine et du vin. Le capitaine avait sa provision personnelle, mais les autres ? Le vin est le réconfort des matelots et un forçat ayant tiré sur la rame une partie de la nuit, arrosé d’embruns, affamé, doit attendre au matin l’heure de la distribution de pain. Alors, la piquette du bord est la bienvenue. A-t-on mis Agde, Frontignan, Mèze à contribution ?

Mais l’escale, pour le forçat, c’était aussi l’occasion de petits trafics dont celui du tabac que l’on fumait « en voguant »(*) et peut-être l’occasion de se faire « la belle » !

Hervé Le Blanche

(*) Au sens premier donné par le Petit Littré et repris par A. Zysberg (Les Galériens, Seuil, 1987), voguer c’est « être poussé sur l’eau à force de rame, ramer, faire aller avec la rame ». Ainsi, quand la chiourme entière ne voguait pas, la galère « voguait par quartiers ».

Sète la Singulière
par Louis Bernard Robitaille

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon

Ouvrage sur l'histoire de Sète

Sète la Singulière

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon