De la Saint Louis et des joutes.

Les festivités de la Saint Louis, fête patronale de Sète, vont mettre en effervescence rues, quais et canaux de l'Ile singulière. Et l'on joute, singulièrement le lundi quand les poids lourds montent sur les tintaines. Si les joutes nautiques ne sont pas nées à Sète, ni même en Languedoc, elles sont constitutives de l'histoire de la ville-port.

On a jouté le 29 juillet 1666 : "On avait vu devant que se mettre à table (pour le dîner) passer en très bon ordre deux fort belles compagnies de Mariniers vestus de blanc, les uns parez de livrées incarnates et les autres de bleües, avec des toques de taffetas de ces mêmes couleurs… Elles estaient allées tambour battant et enseignes déployées gagner dans le canal, au son des hautbois, chacune dans leur Chalouppe ornées de même parure, l'une peinte en rouge et l'autre d'azur semé de fleurs de lys, montées par seize rameurs avec leurs Patrons et autres aydes et sur chacune douze jousteurs lesquels s'apprestèrent au combat tout aussi tôt qu'ils virent les Dames et toute la Compagnie sur le rivage", relatent le ou les témoins. La relation ne donne pas le nom du vainqueur du premier tournoi de joute à Cette qui reçut un prix des mains de Mme l'Intendante et "les vaincus mesmes furent consolez de quelques présens agréables". Il y avait peut-être dans les barques des natifs du lieu, mais le gros de la troupe venait de Frontignan et surtout d'Aigues-Mortes. Car c'est à partir de la cité royale que la pratique de la joute nautique se répandit en Languedoc.

On joute en Agde dès 1601, à Frontignan en 1628 et la pratique gagna sur tout le littoral de l'étang de Thau. C'est à Aigues-Mortes, port de la croisade, que les traditions de la chevalerie s'amalgamèrent aux coutumes festives populaires. Comme en bien d'autres lieux en France à la fin du Moyen-Age quand "les tournois se normalisent et deviennent un spectacle tout en restant un entraînement militaire". Des joutes nautiques eurent lieu à Lyon, à Marseille en 1349, puis au Havre, Lille (!) et  Strasbourg en 1744 pour célébrer la guérison de Louis XV. On ne sait qui importa cette très ancienne pratique de combat sur l'eau en France. Elle apparait surgie d'un très lointain passé, peut-être venue d'Italie. Car les Romains joutaient et joutèrent longtemps. En attestent la description des fêtes en l'honneur de Castor et Pollux à Ostie, ainsi que les céramiques montrant des jeux nautiques à Strasbourg en 303 ap JC en l'honneur de l'empereur Dioclétien. Avant eux, les Grecs dès le VIIème siècle av JC. Plus tôt encore, les Egyptiens dès que les pharaons établirent leur pouvoir sous l'Ancien empire (2780 à 2380 av JC).

Cette coutume plurimillénaire trouve à Sète un lieu d'épanouissement. Longtemps pour des raisons politiques : de Louis XIV à Napoléon. Mais aussi parce que, fête populaire, elle est, selon G. Maccone, "halte reposante" et "trépidante" où s'expriment rêves d'enfants et espérances d'hommes. Et dans la lumière du sud quand, parmi les oriflammes, sur une eau miroitante s'affrontent les hommes en blanc, c'est un spectacle…royal!

Hervé Le Blanche

joutes en Egyptejoutes en Egypte (source : www.flacsu.fr)

Sète la Singulière
par Louis Bernard Robitaille

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon

Ouvrage sur l'histoire de Sète

Sète la Singulière

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon