Histoire de Sète

Histoire du Port de Sète

L’histoire du port est le reflet de la vie économique et sociale de la région Languedoc-Roussillon.

Le port de Sète s'est traditionnellement développé de l'Ouest vers l'Est.

Par le Port de Sète sur http://www.sete.port.fr/fr/le-port/un-peu-dhistoire

1666 : La première pierre du Môle Saint Louis est posée, suite à la volonté de Louis XIV de créer un port d'exportation pour les produits du Languedoc. La création de la digue de protection du port, longue de 650 m signe la naissance du port de Sète.

1820 : Au 19ème siècle, le port de commerce se développe avec, comme principaux trafic, le vin, le soufre, le bois, les céréales et le fer. Sète est également un port de transite d'oranges et de citrons en provenance des Baléares et des Canaries puis d'Algérie et du Maroc, vers les autres régions françaises. Ce trafic s'est développé jusqu'en 1970.

Plus vieille photo de Sète : 1845

Aller plus loin sur : http://www.sete.port.fr/fr/le-port/un-peu-dhistoire

Histoire de Sète par l'Office de Tourisme


La ville de Sète est née, en 1666, d'une décision royale et de la volonté de trois hommes: Paul Riquet, Louis XIV et le Chevalier de Clerville.

Paul Riquet cherchait un débouché sur la Méditerranée pour le Canal du Midi dont il avait entrepris le creusement.
Louis XIV avait chargé son ministre Colbert de trouver une rade pour les galères royales et d'y créer un port d'exportation des produits du Languedoc.

Colbert confia cette tâche au Chevalier de Clerville, qui identifia le Cap de Sète comme le site le plus approprié pour la création d’un port.
Les travaux du port commencèrent dès 1666 avec l'édification du môle St Louis. Cette jetée longue de 650 mètres protège l’entrée du vieux port et offre un abri aux bateaux depuis le 17ème siècle.
 


Au 19ème siècle, le port se développe grâce au commerce du vin, du bois, du soufre, des céréales ainsi que du fer. Sète devint le 1er port de tonnellerie au monde.
Parallèlement, la population triple entre 1820 et 1870 et l’urbanisation s'étend en direction de l’étang de Thau. Le quartier à l’arrière du palais consulaire (ex CCI) témoigne de cette époque prospère.

 

Histoire de Sète en quelques mots…


Les premières traces du genre humain à Sète datent de la fin de l’âge de bronze, plus précisément, du Bronze final II et III (1100-800 avant notre ère). Aujourd’hui ces vestiges, découverts en 1973, se trouvent sous deux mètres d’eau dans le Bassin de Thau, au large du quartier du Barrou.
 

On retrouve les traces de cet habitat sur des cartes du XVIIIème siècle.

On sait que cette zone était encore habitée après la conquête de la Gaule du sud par les Romains et pendant tout l’Empire.

Etape commerciale pour les marins et commerçants des civilisations méditerranéennes, la montagne de Sète servait de repère géographique.
 

Repaire et refuge pour les navigateurs depuis l’âge antique, cette colline a longtemps été un site prisé jusqu’à la réalisation du port et de la ville au XVIIème siècle.


Jusqu’à la fin du XVIIème, la colline était très peu peuplée, voire déserte. Seuls quelques pêcheurs des villages voisins venaient poursuivre quelques bancs de poissons sur les rives de l’étang de thau. L’actuel Mont St. Clair servait également de refuge aux corsaires et aux pirates dont le plus célèbre fut Barberoussette.


A partir du XVIIIème, la colline s’est petit à petit garnie de petites constructions proches de la cabane, construites en pierres sèches, baptisées « baraquettes ». La tradition voulait que le dimanche venu, les familles grimpent les pentes de la colline pour y passer la journée. C’est une véritable institution avec ses traditions, ses histoires et ses rituels à l’image des chanteurs de baraquettes.

Afin de favoriser l’exportation des produits du Languedoc, le projet de la création d’un port avait déjà été envisagé et Henri IV en avait pris la décision le 23 juillet 1596, mais le projet pour diverses raisons n’avait pas abouti.


Sous Louis XIV et à l’initiative de son Ministre Colbert, les premiers enrochements de la jetée et le creusement de la plage pour relier mer et étang commencent le 29 juillet 1666.

Il est coutume de fixer la naissance de Sète à cette date. Les premières pierres furent posées et constituèrent le premier Môle qui fut agrandi et prolongé au XVIIIème. Les populations des villages avoisinants : Bouzigues, Mèze, Frontignan et Marseillan vinrent travailler à Sète. Peu à peu la vie s’organisa pour les premières nécessités, avec la création de divers commerces. La ville naissait alors véritablement.
 

histoire de Sète (c) Office de Tourisme de Sète

Ce jour historique du 29 juillet 1666 fut également consacré au premier tournoi de joutes à Sète. 
Depuis ce jour, la Fête de la St. Louis, avec ses tournois de joutes, demeure le plus grand événement de l’année et rythme la vie des sètois.

A l’aube du 25 juillet 1710, les sètois aperçurent une flotte anglaise qui s’apprêtait à fondre sur la ville. Affolée, la population prit la fuite à travers l’étang de Thau.

La ville de Sète fut donc anglaise pendant quelques heures, jusqu’à l’arrivée du Duc de Noailles et de ses troupes.


Sur la plage, il engagea le combat et remporta la victoire, chassant les anglais.

Cette attaque révéla une faille dans le système défensif de ce nouveau port. Immédiatement, plusieurs fortifications furent bâties. Tout d’abord, l’armement du fort St. Louis fut doublé. Sur la falaise, en bordure de mer, on éleva la batterie du cimetière au fort St. Pierre (l’actuel théâtre de la mer).

Dans les années 1850, des pêcheurs de Gaeta et Cetara, villages de la côte amalfitaine près de Naples, quittent l’Italie, poussés par la nécessité de trouver une vie meilleure : ils s’installent alors dans le Sud de la France, notamment à Sète et au Grau du Roi.
 

En 1928, Cette, que l’on pouvait écrire indifféremment Sette, Septe, Cète, ou Cept sous l’Ancien 
Régime, devient officiellement Sète par arrêté ministériel.

Dans les années 60, la pêche artisanale se développe grâce à l’arrivée de nouvelles techniques amenées par les rapatriés de l’Afrique du Nord.

A ce jour, la ville compte plus de 40 000 habitants et s’est urbanisée au nord et sur le Mont St. Clair.

 




Flânez tout en découvrant le patrimoine de Sète, grâce aux quatorze panneaux qui vous attendent sur chaque site emblématique de la ville.

Un parcours historique inédit a été mis en place pour les 350 ans du port, une façon de remonter le temps ...

1765 : Les curieuses joutes du 25 août

On joutait à la Saint Louis dès les années 1680, quand la Communauté de Cette fut constituée. En 1765, la tradition fut respectée et le tournoi se déroula sans incident notable. Mais sa dédicace marque en fait un certain esprit "cettois" d'indifférence au pouvoir central – fut-il celui du roi – d'indépendance locale. Car, outre Saint Louis, ces joutes honoraient la cinquantième année du règne de Louis XV.
Le communiqué des consuls indique vouloir célébrer "l'époque mémorable de la cinquantième année du règne du meilleur des Rois" par une "fête des plus brillantes". Mais en 1765, Louis XV n'est plus le "Bien Aimé" pour la santé de qui l'on priait vingt ans plus tôt. Et pour cause. En 1763, le traité de Paris, à l'issue de la "Guerre de sept ans", a entraîné la perte du Canada, de la Louisiane, des territoires français en Inde. La France a conservé les "îles à sucre" dans les Caraïbes, mais ce désastre majeur a discrédité la royauté. Le régime est mis en cause. Les Parlements (cours de justice) abusent de leurs droits de remontrance, contestent le pouvoir royal. A Rouen, Paris, Pau, Toulouse, les cours de justice s'opposent au pouvoir royal. A Rennes, éclate la vilaine "affaire La Chalotais" où, mené par un ambitieux président sans scrupule (La Chalotais), le Parlement entre en révolte en 1765. Et puis, la vie privée de Louis XV est endeuillée. Madame de Pompadour, "l'amie de vingt ans" après avoir été la maîtresse en titre, est morte en 1764. Et le Dauphin, le fils de 35 ans, aimé et estimé, pâle, amaigri, brûle d'un mal mystérieux.
Alors, le roi défend aux corporations, villes, communautés ainsi qu'à ses courtisans et ses familiers de marquer le cinquantième anniversaire du début de son règne. A Cette, eh bien, il n'y aura pas de jubilé le 1er septembre mais on marque tout de même l'anniversaire. Dès la Saint Laurent, 10 août, les sociétés de jouteurs se sont qualifiées pour le tournoi en décrochant le pavois suspendu sur la façade de l'Hôtel de ville. On se bousculait, "se jetait pêle-mêle sur le pavois". Le jour de la Saint Barthélémy (veille de la Saint Louis), les deux troupes (la jeunesse et les mariés) allaient drapeaux déployés "bailler des livrées" à toutes les personnes de marque (autorités, notabilités), "à tous les gens distingués de leur suite, surtout aux dames s'il y en avait". On accrochait cocardes et rubans aux vêtements : couleur rouge et verte pour les mariés, blanche et bleue pour la jeunesse. Après le défilé aux flambeaux, au matin du 25 août, chefs, officiers, enseignes des deux camps allaient à l'Hôtel de ville recevoir les insignes de leurs fonctions (cannes, épées, écharpes). En 1765, le chef des mariés est Jean Borne (négociant connu). Celui de la jeunesse, Henri Massé. Ils sont chacun à la tête de 16 jouteurs.
Et le 25 août, "à trois heures après les vêpres", s'affrontent les chevaliers de la tintaine. En 1765, "les habitants de la ville de Cette" joutent "dans le respect dont ils sont pénétrés pour leur Auguste souverain" (!) et "avec la décence convenable" (!). Curieuses joutes.

Hervé Le Blanche

Sources :
Jean Meyer, La France moderne – Histoire de France, Hachette, T IV
Michel Antoine, Louis XV, Fayard coll Tempus
Toussaint Roussy, Relation des joutes de 1765 (archives municipales Sète)

De la Saint Louis et des joutes.

Les festivités de la Saint Louis, fête patronale de Sète, vont mettre en effervescence rues, quais et canaux de l'Ile singulière. Et l'on joute, singulièrement le lundi quand les poids lourds montent sur les tintaines. Si les joutes nautiques ne sont pas nées à Sète, ni même en Languedoc, elles sont constitutives de l'histoire de la ville-port.

On a jouté le 29 juillet 1666 : "On avait vu devant que se mettre à table (pour le dîner) passer en très bon ordre deux fort belles compagnies de Mariniers vestus de blanc, les uns parez de livrées incarnates et les autres de bleües, avec des toques de taffetas de ces mêmes couleurs… Elles estaient allées tambour battant et enseignes déployées gagner dans le canal, au son des hautbois, chacune dans leur Chalouppe ornées de même parure, l'une peinte en rouge et l'autre d'azur semé de fleurs de lys, montées par seize rameurs avec leurs Patrons et autres aydes et sur chacune douze jousteurs lesquels s'apprestèrent au combat tout aussi tôt qu'ils virent les Dames et toute la Compagnie sur le rivage", relatent le ou les témoins. La relation ne donne pas le nom du vainqueur du premier tournoi de joute à Cette qui reçut un prix des mains de Mme l'Intendante et "les vaincus mesmes furent consolez de quelques présens agréables". Il y avait peut-être dans les barques des natifs du lieu, mais le gros de la troupe venait de Frontignan et surtout d'Aigues-Mortes. Car c'est à partir de la cité royale que la pratique de la joute nautique se répandit en Languedoc.

On joute en Agde dès 1601, à Frontignan en 1628 et la pratique gagna sur tout le littoral de l'étang de Thau. C'est à Aigues-Mortes, port de la croisade, que les traditions de la chevalerie s'amalgamèrent aux coutumes festives populaires. Comme en bien d'autres lieux en France à la fin du Moyen-Age quand "les tournois se normalisent et deviennent un spectacle tout en restant un entraînement militaire". Des joutes nautiques eurent lieu à Lyon, à Marseille en 1349, puis au Havre, Lille (!) et  Strasbourg en 1744 pour célébrer la guérison de Louis XV. On ne sait qui importa cette très ancienne pratique de combat sur l'eau en France. Elle apparait surgie d'un très lointain passé, peut-être venue d'Italie. Car les Romains joutaient et joutèrent longtemps. En attestent la description des fêtes en l'honneur de Castor et Pollux à Ostie, ainsi que les céramiques montrant des jeux nautiques à Strasbourg en 303 ap JC en l'honneur de l'empereur Dioclétien. Avant eux, les Grecs dès le VIIème siècle av JC. Plus tôt encore, les Egyptiens dès que les pharaons établirent leur pouvoir sous l'Ancien empire (2780 à 2380 av JC).

Cette coutume plurimillénaire trouve à Sète un lieu d'épanouissement. Longtemps pour des raisons politiques : de Louis XIV à Napoléon. Mais aussi parce que, fête populaire, elle est, selon G. Maccone, "halte reposante" et "trépidante" où s'expriment rêves d'enfants et espérances d'hommes. Et dans la lumière du sud quand, parmi les oriflammes, sur une eau miroitante s'affrontent les hommes en blanc, c'est un spectacle…royal!

Hervé Le Blanche

joutes en Egyptejoutes en Egypte (source : www.flacsu.fr)

1943 : le drapeau allemand flotte sur Sète

par David MALLEN

 

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David MALLEN

David Mallen, originaire d’Agde, tient sa passion pour l’histoire régionale en générale et pour la période de la Seconde Guerre Mondiale en particulier, de ses racines familiales.
Son grand-père paternel, Pascal MALLEN, a servi la France pendant cette époque notamment pendant la Campagne de France de 1940. Blessé puis fait prisonnier à Epernay, il fut par la suite interné dans le stalag IXA de Ziegenhain en Allemagne.
Son grand-père maternel, Joaquim FALO, fut aussi un témoin de cette période marquante. En tant que réfugié espagnol, fuyant la dictature de Franco, il fut également interné dans un premier temps au camp d’Argelès puis au camp d’Agde en 1939. Engagé volontaire aux travaux de la ligne Maginot jusqu’à la débâcle puis caché par les FFI à la Grand- Combe dans les Cévennes.

Ces grands témoins de l’histoire vécue ont fait naître en David MALLEN cette passion pour cette période allant de 1939 à 1945, à travers les différents récits qu’ils lui ont racontés dans son adolescence. Ils lui ont donné cette envie d’aller plus loin sur le sujet et de comprendre cette époque dans son contexte historique.

David Mallen a écrit un livre passionnant sur la ville d’Agde sous l’occupation allemande de Novembre 1942 à Août 1944. Cet ouvrage contient de nombreux éléments inédits : photos, documents d’archives de divers pays, interviews, etc.
Il sera publié d’ici la fin de l’année par les “Editions Histoire et Fortifications" et il contribuera à pérenniser l’indispensable devoir de mémoire des jeunes générations pour cette période où la liberté et les valeurs républicaines étaient en jeu. 

   

 Le drapeau de Kriegsmarine flotte sur le port de Sète  en 1943.

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Mariette Pacha à quai


Mariette Pacha à quai


Bateau Fla 30 Lucy Lady

 
Bateau FLa  32 Philomène I 

David MALLEN
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1788, Cette, les Anglais et les autres.

A la fin du XVIII° siècle, il semblait que des divinités malveillantes s’acharnaient à contrarier la vie de la cité portuaire. 8 500 habitants, après plus d’un siècle d’existence. La mauvaise chance. Le « guignon » aurait Baudelaire. Cette n’était pas devenue le grand emporium entre Massif Central, Rhône et Pyrénées.

Conditions locales : un frein au développement.

Le représentant du roi, l’Intendant Barville, évoque désabusé les handicaps du site de la ville-port (Mémoire sur le Languedoc 1788). Son territoire, « une lieue carrée » (environ 4 km2) présente « peu de terrain cultivé », ne produit qu’un peu de blé, d’huile, quelques légumes et fruits. Des plantes médicinales pour la pharmacie de Montpellier. Un peu de bétail et 2 400 hectolitres de vin. Sur ces maigres récoltes, les Cettois payent à l’évêque d’Agde dîme et champart. Infortune de terre. Infortune de mer : « la navigation et le commerce maritime sont presque encore dans leur enfance ». Le port risque l’ensablement et « les grands vents violents » interrompent la navigation sur l’Etang. Selon l’Intendant, les Languedociens « ont toujours craint de se livrer au commerce maritime » et « si l’on a armé accidentellement quelques vaisseaux pour les Isles, le peu de succès de ces premières tentatives a refroidi les spéculateurs.. » Les capitalistes languedociens « ne sont pas assez puissants et trop accoutumés à des placements sûrs ». Et Marseille « conserve le commerce exclusif avec le Levant ».

Languedoc prospère mais fortement concurrencé.

L’arrière-pays a pourtant des richesses naturelles à exporter, en particulier « les grains » si importants dans l’économie de l’Ancien Régime. Les diocèses de Castres et Saint Pons produisent seigle et « bled de Turquie » (maïs). Le Lauragais, l’Albigeois, le Montalbanais, un excellent froment, de même que le Narbonnais. Mais une grande partie des « bleds » part pour Toulouse, Montauban où la farine produite est exportée vers les colonies par Bordeaux. Seul, le Narbonnais exporte par le canal royal vers Toulon ou l’Espagne. Et encore, le canal de la Robine doit être amélioré. Combien Cette capte-t-elle des 1,8 millions de Qx d’excédents du Languedoc ? L’Intendant ne le dit pas. Or, la province est l’une des plus actives de France. L’industrie textile y est très importante. Mais c’est de Marseille que s’exporte la « Grande Draperie » vers Salonique, Chypre, Saint-Jean d’Acre, Le Caire, Alexandrie, l’Inde même. La concurrence anglaise est rude. Elle le sera encore plus pour les tissus de coton si importants fin XVIII°. A Montpellier, « Alby », Toulouse le coton du Levant devient toiles à voile, toiles de blanc, mouchoirs et rubans. Mais l’Anglais produit mieux, moins cher et profite du traité de commerce de 1783. Et il fait de tels achats sur le marché que les cours bondissent, portant un rude coup aux fabriques de Montpellier.

Dans le même temps, malgré le « pacte de famille » (1762) entre l’Espagne et la France, la Péninsule ibérique et l’Amérique espagnole se ferment aux produits français. A Cette, on exporte « bonnets, mouchoirs et autres petites étoffes ». Trafic que l’Intendant ne chiffre pas. Le port survivra, mais grâce à des ressources locales.

Hervé Le Blanche

 

Hervé Le Blanche

Hervé Le Blanche, professeur d'histoire et de géographie, passionné d'histoire, de littérature, d'art et de sa ville de Sète est notamment l'auteur de  "Histoire(s) de Sète et des Sétois" et de sa suite "Histoire(s) de Sète, des Sétois et de quelques autres..."

 

Février 1848 : les "Cettois" sans illusions ?

 Le 24 février 1848, face à Paris insurgé, Louis-Philippe abdiquait après 18 ans de règne. De la chute de la monarchie de juillet aux journées de juin 1848, ce fut "l'illusion lyrique". A Paris tout au moins, semblait s'ouvrir une ère nouvelle de Liberté, d'Egalité et, signe des temps, de Fraternité. Mais à Cette ?cetteP1010410

 D'après les sources les plus accessibles, à Cette, on ne semble pas avoir été saisi par "l'esprit de 1848". Encore que… Mais c'est sans agitation ni violence que la municipalité Reynaud cède la place à l'équipe Mercier, désigné par la Commission départementale qui, à Montpellier, a remplacé le préfet de Louis-Philippe. D'ailleurs, au conseil municipal, le "citoyen Lassalvy" fera observer (séance du 27 mai 1848) que l'administration Mercier n'a pas été élue et qu'elle n'a donc pas de mandat légal.

Quelque écho de l'esprit du temps, tout de même, mais si fugace. Car le maire intérimaire, Charles Mercier, est loin d'être un révolutionnaire. Il est issu d'une grande famille marchande. Au banquier Reynaud succède le négociant Mercier. Ce notable est plutôt libéral et il ne tente pas d'entraver prises de parole et réunions qui se déroulent sans que l'ordre soit troublé.

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 Lui-même se félicitera, lors de sa première prise de parole au conseil municipal, "…dans les circonstances les plus difficiles […] d'avoir maintenu l'ordre et la fraternité la plus admirable parmi les habitants"… (séance du 17 mai 1848). Il est étonnant que Sète ait connu une transition aussi paisible. Les débuts de la monarchie de Juillet avaient été tumultueux : légitimistes et républicains s'agitaient, s'affrontaient parfois. En 1835, une grève de tonneliers avait été durement réprimée. D'ailleurs, Cette est une ville de prolétaires. En 1849, dans une ville de 17 259 habitants, on dénombre 820 tonneliers, 160 ouvriers de fonderie, 275 travailleurs dépendant de la construction navale, 250 portefaix. Et on compte 913 marins (dont 445 mousses). Au total, 2 418 ouvriers ou artisans à côté de 250 cultivateurs et 500 pêcheurs. Globalement, environ la moitié de la population dépend d'une activité salariée.

Il est vrai que le règne de Louis-Philippe a pris fin soudainement : c'est le 22 février au soir que l'armée tire sur les manifestants rassemblés, boulevard des Capucines, devant le ministère des Affaires étrangères où siège Guizot, l'homme fort du régime.

 Le lendemain, Paris est couvert de barricades. L'armée est peu sûre. Et lorsque la garde nationale, pilier du régime, accueille le roi au cri de "Vive la Réforme" quand il la passe en revue aux Tuileries, celui-ci abdique. En deux jours, la monarchie de Juillet a sombré. Et tout le torrent du XIXème siècle s'engouffre dans la brèche, charriant liberté, démocratie, socialisme. Illusions ?

Cette 1698 : un avenir incertain.

Charles de Sainte-Maure, duc de Montausier
par Nicolas de Largilliere

Près de trente ans après sa création, le développement du nouveau port se trouvait sérieusement entravé. Les spéculations et calculs de Louis XIV et de ses prédécesseurs de faire de Cette le débouché du commerce atlantique, ou tout au moins de l’économie du Languedoc, se trouvèrent fortement remises en cause.
En effet, malgré les consultations et précautions de toutes sortes qui avaient précédé la création du port, celui-ci présentait un grave inconvénient : le risque de comblement. Les conséquences de l’ensablement de la côte avaient été mal évaluées et les moyens d’y parer étaient insuffisants. Ainsi, en 1693, les Etats du Languedoc en accord avec les commissaires royaux signaient un bail de trente ans avec un sieur Charles Sainte Maure pour « les jetées à faire au port de Cette, creusement et désensablement du dit port. » Il en coûte au roi 15 000 livres et au Languedoc 30 000 livres par an. Plus d’un million au total sous peine de voir le port inutilisable. Et puis, malgré l’appellation de « canal des deux mers », le chef-d’œuvre de Riquet ne vit pas débarquer les trésors atlantiques. Bordeaux, exportateur de vin, concurrençait Cette en « baptisant » les vins du Languedoc. Il fallait aussi compter avec des ports concurrents Agde et, signale l’Intendant Basville dans son mémoire de 1698, « le grau d’Aigues-Mortes ». D’après son enquête, le Languedoc importait pour 6 millions de livres par an et exportait pour 16,49 millions de marchandises.
Or, le pactole ne se déversait pas à Cette. Pour une part, à cause du système fiscal. Les taxes étaient levées par un « fermier » qui avançait les sommes au roi, à charge pour lui de se rembourser (et si possible au delà) auprès des contribuables. A Cette, celui qui levait les taxes royales sur les marchandises du port avait disposé des postes de douane autour de l’Etang. Et quand les marchandises étaient réellement embarquées, il se pouvait qu’elles soient à nouveau taxées. Les bénéfices du « fermier » ne favorisaient pas l’activité. Une solution sera plus tard mise en œuvre après les plaintes des Etats du Languedoc. Les impôts entravaient aussi la production d’une des principales ressources de la province : la production de draps. L’Espagne taxe les exportations françaises et la France les laines espagnoles, renchérissant les draperies de Montpellier, grand centre de production. Et puis, Marseille achète des laines en Espagne, jusqu’à Constantinople et Smyrne et les revend directement en Italie, en Allemagne. Les mêmes marseillais dominent le commerce avec les « Echelles du Levant ». C’est à Marseille que sont acheminés, conditionnés, taxés « les londrines… et autres draps qui seront portés au Levant ». Les Etats du Languedoc demandent que le port de Cette soit « franc et libre comme celuy de Marseille » et les marchandises soient « portées en droiture au Levant ».
Cette plainte reviendra, récurrente, jusqu’en …1789. Cette devait être « la marine de Montpellier » (la ville la plus active de la province), le débouché des campagnes de l’ouest du Languedoc. Mais, que d’obstacles à surmonter !

Hervé Le Blanche

 

Hervé Le Blanche

Hervé Le Blanche, professeur d'histoire et de géographie, passionné d'histoire, de littérature, d'art et de sa ville de Sète est notamment l'auteur de  "Histoire(s) de Sète et des Sétois" et de sa suite "Histoire(s) de Sète, des Sétois et de quelques autres..."

 

De Cette à Sète...

La ville de Sète est née, en 1666, d'une décision royale et de la volonté de trois hommes: Paul Riquet, Louis XIV et le Chevalier de Clerville. Paul Riquet cherchait un débouché sur la Méditerranée pour le Canal du Midi dont il avait entrepris le creusement. Louis XIV avait chargé son ministre Colbert de trouver une rade pour les galères royales et d'y créer un port d'exportation des produits du Languedoc. Colbert confia cette tâche au Chevalier de Clerville, qui identifia le Cap de Sète comme le site le plus approprié pour la création d’un port.

 

Source : OT de la ville de Sète - Musique : Les Mourres de Porc

Juillet 1756 : Cette fête le succès des armes du Roi.



prise de Port Mahon à Minorque

 

 

Au milieu du XVIIIème siècle, la monarchie (toujours de droit divin et en théorie absolue) est devenue administrative. Nous sommes ainsi mieux renseignés en particulier sur les fêtes dont la ville était le théâtre. Ces réjouissances célébraient des évènements importants de la vie du royaume. Souvent à l'initiation des autorités de la province.

Le "corps politique" de Cette semble bien à l'origine des festivités qui marquent la naissance des enfants ou petits-enfants du monarque. Mais c'est le gouverneur du Languedoc qui a demandé, en juillet 1756, que sur ordre de Louis XV soit fêté un succès militaire : la prise de Port-Mahon et l'occupation de l'île de Minorque. On était au début d'une nouvelle conflagration européenne (guerre de Sept ans 1756-1763) où se jouerait le second épisode de l'affrontement franco-anglais, si déterminant pour la prépondérance européenne. L'affrontement précédent, lors de la guerre de Succession d'Autriche (1741-1748), avait fourni aux Anglais deux points d'appui importants en Méditerranée : Gibraltar et Minorque. L'île était bien placée pour surveiller les "routes" vers la Méditerranée orientale et l'itinéraire Marseille-Gibraltar. Et de l'île, les corsaires britanniques inquiétaient les côtes espagnoles…et languedociennes. Aussi, l'action contre la plus petite des îles Baléares présentait un intérêt stratégique. Et elle fut couronnée de succès.

Un convoi de 193 navires, dont douze vaisseaux de ligne et cinq frégates, amena 12 000 hommes qui s'emparèrent de la capitale, Port-Mahon et, au prix de prodiges d'héroïsme de sa citadelle, fort Saint Philippe. Au large, l'escadre de La Galissonnière se heurte à celle de l'amiral Byng. Après quelques heures d'une canonnade indécise, celui-ci regagna Gibraltar. Victoire ! Et cette victoire doit être célébrée. On ne sait si les Cettois étaient bien au fait de la signification de ce succès. Peut-être avaient-ils le sentiment de l'éloignement d'une menace ? On n'avait pas oublié le débarquement de 1710. Chaque année, la Communauté payait une confrérie pour qu'elle brûle un cierge de fort volume (de la valeur de 5 livres, environ une journée de travail) pour remercier le ciel d'avoir été délivrée de l'invasion anglaise. Alors, une victoire sur les Britanniques en Méditerranée devait être bien ressentie. Que les Cettois s'enthousiasment pour la gloire du roi de France est plus problématique. Certes, maires et consuls défèrent aux ordres du gouverneur. Ils engagent des dépenses supplémentaires en vue de fêter ce grand évènement "dont le peuple ressent un si grand avantage". Il y aura un "jour de joye", des fusées, des boëtes comme à l'accoutumée. Et puisque le roi le veut, un Te Deum sera chanté dans l'église de la paroisse.

Une brève incise dans la lettre du gouverneur fait soupçonner que cette fête avait un aspect formel : le représentant du pouvoir militaire en Languedoc avise maire et consuls de Cette "de ne pas manquer d'y assister". Les Cettois avaient-ils des raisons de bouder le succès des armes du Roi ?

Hervé Le Blanche

 

Corsaire singulier

Photographe, plongeur, ex-archéologue amateur et inventeur d'épaves, passionné d'histoire maritime, d'histoire locale et de généalogie, Antoine Golf offre au lecteur l'occasion de découvrir la vie de nos ancêtres, il y a deux siècles autour du Bassin de Thau



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Parti d'une vérification sur la date de décès d'un matelot marseillanais pendant les guerres napoléoniennes, l'auteur a découvert l'histoire du navire corsaire sétois "La Comtesse Emeriau" et de son capitaine, Jean-Antoine Ytier (1776-1838).

A travers des documents inédits, issus d'archives françaises et britanniques, il a été possible de faire la lumière sur la vie de ce marin méconnu, natif de Martigues, dont les plus grands exploits furent accomplis en tant que capitaine d'une goélette armée à Sète.

 Du siège de Toulon à la bataille d'Aboukir, puis en mission de Cadix aux Antilles, on suit la carrière du mousse devenu officier, on croise Bonaparte devenant Napoléon, et de grands amiraux français et anglais comme Nelson.
Mais c'est surtout la guerre de course dans le redoutable Golfe du Lion et la Méditerranée occidentale, à l'époque du Premier Empire, qui est révélée ici.
Combats navaux inégaux, années de captivité à Malte, évasion audacieuse, abordages et prises de navires ennemis, cette vie de Jean-Antoine Ytier est digne d'un grand roman d'aventures maritimes!

Les passionnés de l'histoire maritime de Sète et du Languedoc trouveront aussi une étude sur le chantier naval Raynaud qui, au milieu du 19e siècle se spécialisé dans les navires en métal, propulsés par la vapeur et l'hélice. Un élan brisé par des complications administratives.

 Episode oublié de l'histoire de l'île singulière.

Sète la Singulière
par Louis Bernard Robitaille

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon

Ouvrage sur l'histoire de Sète

Sète la Singulière

« Île singulière » a écrit Paul Valéry de sa ville natale. Pendant des siècles, Sète resta un territoire vierge, une boule de calcaire couverte de pins et entourée de sables marécageux, qui servait de refuge aux pêcheurs et aux corsaires. Son accès y était malaisé, par terre ou par mer. Il fallut la décision de Louis XIV et de grands travaux d'aménagement pour que soit créé de toutes pièces en juillet 1666 ce nouveau port de mer qui avait vocation à desservir les États de Languedoc. Mais la seconde et véritable naissance de la ville date de l arrivée du chemin de fer en 1839 qui la reliait enfin au reste du pays. La population et l'activité portuaire grimpèrent en flèche en quelques décennies. La vraie nature de Sète qu on appela généralement Cette jusqu en janvier 1928 est donc celle d'une ville du 19e siècle. Une ville de canaux et d'îlots artificiels reliés par ses ponts de pierre ou de métal. Un port de commerce où venaient s'amarrer de grands voiliers puis des cargos venus du monde entier. La bourgeoisie se composait de grands négociants souvent protestants et originaires du nord de l'Europe. Sa tonnellerie, qui employa jusqu à mille artisans à la fin du 19e siècle, fut la plus importante au monde. Ville de dockers et de commerçants, Sète fut et resta une ville fiévreuse, traversée par les passions politiques et l'effervescence d'une vraie culture populaire qui s'exprimait au théâtre de la Grand Rue ou au travers de la littérature de « baraquette  ». » Amazon